‹ Études et souvenirsChapitre 5 sur 34 · CCLXXV« DÉPESCHE · texte numérisé non relu

CCLXXV« DÉPESCHE

Du xxix° jour de septembre 1572.

Je luy ay réplicqué, quand au doubte qu'elle faysoit de

la conspiration, que nul ne devoit mettre en difficulté cç3l^\\a

n'eust esté clèrement advérée àVozMajestezet aulx vostres pre mier qu'eussiez lasché la mein contre les conspirateurs ; et que si heust esté de quelques aultres qu'on vous la heust rapportée, vous heussiez par advanture mesprisé Tavis, ou heussiez mis peyne de le remédier aultrement ; mais considérant que c'estoit de gens qui estoient merveilleusement promptz à la mein, hazardeux jusques au bout, qui ne layssoient rien de si diflicile qu'ilz n'enlreprinsent, et souvant ung petit nombre d'eulx avoil surprins de grandes villes, et s'estoient rendus mestres d'ung infini nombre de peuple; qui par leurs consistoires et monopoles avoient dressé une si grande monarchie à part pour euli, dans voslre royaume, que le feu Amiral se vantoit de pouvoir mettre en ung subit trente mille hommes de pied et quatre mille chevaux en campaigne ; et ne leur pouvoit si tost passer une bien petite mouche devant les yeulx qu'incontinent ilz ne retournassent, avec la plus grande impacience du monde, à leur habitude accoustumée de vouloir tout renverser parles armes, sans faire non plus de difficulté de s'attaquer à vousmesmes, qui estiez leur Roy, que feroit ung quéréleux de desgainer son espée contre son compagnon, vous ne pouviez. Sire, après leur avoir excusé les dix ans de troubles passés, et la ruyne de tant de vos villes et pays qu'ilz avoient mis en désolation en vostre royaulme, et les armées étrangères qu'ilz y avoient introduites, et l'épuisement de voz finances, et les in- ' finys debtes où ilz vous avoient constitué, sinon louer etremercyer infinyement Nostre Seigneur de vous avoir meinlenanl dellivré de la malheureuse conspiration, par laquelle, pour revencher la blessure du feu Amiral, dont vous ne pouviez mais, et en estiez très-marry, et leur en vouliez fère avoyr la p!o5 prompte réparation que faire se pouvoit, ilz vous vouloient, et toutz les vostres, mettre misérablement à mort, de sorte qnô vous hayssiez encores ceulx qui estoient exécutés, et aviez en très grand hayne ceulx qui restoient encores en vye de la dicl« conspiration

Nous n'avons pointvoulu interrompre ce récit, dont la fidélité s'atteste par son . propre caractère , et^ dehors de la position même de son auteur ; cependant» pour ceux auxquels cette démonstration ne paraîtrai* pas déjà surabondante, nous voulons citer une seul^

LA SAlNT-BARTHÉLEMY. 35-

des dépêches de Charles IX à son ambassadeur, qui prouve les tergiversations de ce prince et de la reine dans le courant même de l'action ; tergiversations qui révèlent encore sous un nouveau jour le défaut d'un plan mûrement combiné et dont nous retrouverons la trace dans toutes les pièces officielles qui nous restent à examiner.

CXVIIP.

Le Roy à M. de la Mothe-Fénehn.

Du xxvo jour d'aoust 1372»

Monsieur de la Molhe-Fénelon, je vous fais hyer une despesche de l'émotion qui advint dès le matin, qui continua hyer, et qui véritablement, à mon très-grand regret, n'est encore apaysée ; mais, pour ce que Ton a commencé à descouvrir la conspiration que ceux de la religion prétandue réformée avoient faicte contre moy-mesmes, ma mère et mes frères, vous ne parlerez poinct des particuUarilez de la dicte émotion et de roecasion, jusques à ce que vous ayez plus amplement et certainement de mes nouvelles ; car j'espère, dedans aujourd'huy au soir ou demain matin, avoir esclaircy le tout, et vous manderay aussitost la vérité, ayant advisé vous despescher ce courrier en toute diligence, priant Dieu, monsieur de la Mothe- Féoelon, vous avoir en sa saincte garde.

Escript à Paris, le lundy xxv» jour d'aoust 1572.

N'envoyez pas au sieur Du Croc les dernières lettres que je lui escripvois de la dicte émotion, et que je vous manduis luy faire tenir, pour ce que je luy en ferai demain, comme à vous^ une bien ample.

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