DE LA FOI
que je parle^ et je leur dis : Vous repentez-vous d'avoir embrassé Jésus-Christ^ ou bien vous félicitez-vous de Ta- ?oip rencontré? Êtes-vous heureux de le connaître? Sentezvous du moins que vous seriez malheureux de ne le connaître pas? Eh bien ! prenez garde qu'on ne vous le ravisse ; car si peu que vous jouissiez aujourd'hui de sa possession^ demain vous seriez horriblement malheureux de sa perte; et c'est le perdre, n'en doutez pas, que de le laisser diminuer. Après avoir reçu Jésus-Christ, vous voulez sans doute marcher en lui; après avoir cru, vous voulez non-seulement continuer à croire, mais croire toujours mieux. Hélas! tant de choses s'y opposent dans votre cœur; vous êtes incrédules par tant de côtés, de tant de manières; les tentations oïdinaires de la vie font déjà tant de brèches à votre pauvre foi! Faudra-t-il encore que quelques sophismes adroits, quelques paroles sonores, peut-être même vides de sens, se jouent de vos convictions et dissipent ce trésor si péniblement gardé? Cela n'est que trop facile, cela n'est que trop vraisemblable. Puisse-t-elle, cette foi, grandir au dedans de vous par Texercice que vous lui donnerez, et gagner dans les larmes et dans la joie cette triomphante clarté qui engloutit toutes les ténèbres ! Puissiez-vous ainsi gagner de vitesse cette fausse philosophie et cette tradition humaine dont tôt ou tard vous devez subir la rencontre ! Mais, en attendant l'heureux jour qui vous mettra pour toujours à Tabri, veillez sur ce trésor encore mal assuré; gardez votre cœur, gardez votre esprit; employez pour vous défendre * tous les moyens généreux dont Dieu vous permet et vous commande l'usage, ces armes nobles et loyales, ces armes diverses, que Ton porte, comme dit saint Paul, de la main droite et de la main gauche, mais qui, de quelque mafti qu'on les poilc, doivent, comme il le dit encore, être des armes de justice. [2 Cor., VI, 1.) Or,\eeo\v^vi\.ô.ç>\\\.'^'^'îisè^
150 LES Piuf CAUTIONS DB LÀ VOI.
n'est pas un de ces combats dont Tissue équivoque laissa à chacune des parties le droit de chanter victoire. VouLâ n'en sortirez que vaincus ou triomphants^ plus faiblas qu'auparavant ou plus forts; si vous n'en ressortez pas avec une foi meilleure^ vous en sortirez avec une foi moindre i si votre foi ne s'est pas amoindrie, elle en sera meilleure; il faut qu'à l'issue il en soit ainsi; il faut que vous soyez plus que jamais enracinés en Jésus-Christ dans la foi ; il faut que si naguère vous étiez pauvres dans la foi, maintenant vous abondiez en elle; il faut que si naguère vous vous saviez bon gré à vous-mêmes de croire, aujourd'hui avec transport vous en rendiez grâces, a Comme donc vousavei a reçu le Seigneur Jésus-Christ, marchez selon lui, étant a enracinés et fondés en lui, et affermis dans la foi, selon a qu'elle vous a été enseignée, y faisant des progrès, avec a des actions de grâces. » (Golossiens, II, 6, 7.) Telle est l'exhortation de l'Apôtre, et en quelque sorte la sommation qu'il vous adresse; tel est le vœu que nous formons pour vous et pour nous-mêmes, demandant au Père céleste d'avoir pitié de ses enfants, de les guider dans ce monde ténébreux, et de les faire marcher parmi ces rochers et ces ronces comme par un chemin uni, à la ^oire de sa bonté. Ainsi soit-il.
Ptmrquoi vous charge-t-on d'ordonnances,,, établies suivant kt commandements et les doctrines des hommes, lesquelles ont à la vérité quelque apparence de sagesse dans un culte volontaire et dans une certaine humilité, en ce qu'elles n'épargnent point le corps, et qu'elles n'ont aucun égard à c$ qui peut satisfaire la chairî Ck)lo8siens, H, 20, 22, 23.
La loi de rÉvangile^ mes chers auditeurs^ est une loi de perfection. Elle Test par son principe même; car en donoint pour objet à notre foi Tunion personnelle et intime de Dieu avec Thumanité^ Tanéantissement et la mort voktotaire de celui en qui^ par qui et pour qui sont toutes cboses dans les cieux et sur la terre^ elle a demandé pour ee Dieu manifesté en chair tout notre cœur et toute notre ^; Dieu s'étant fait un avec nous^ nous devons être un •vcclui; or, avouer ceci, n'est-ce pas avouer que nous tommes appelés à la perfection? Il est vrai que la loi de l'Évangile est une loi de liberté; il est vrai que devant elle ont disparu, comme les étoiles devant le soleil, les minutieux et innombrables préceptes de l'ancienne loi; mais c'est précisément parce qu'elle est parfaite; tous ces comniandements particuliers, qui paraissent étendre la sphère ^ y obéissance, lui imposent réettemenl àe*\\m\fô5»\ ^^
cela seul qu'une chose particulière est commandée^ uno autre ne Test pas; quelque nombreux que soient les préceptes, ils se laissent compter; quelque reculée que soit la borne, elle est quelque part : cette loi peut être accablante sans être infinie. Eh bien, il est une autre loi qui est infinie sans être accablante : c'est la loi de la liberté^ c'est-à-dire la loi de l'amour, qui est la liberté de l'âme i l'amour ne connaît point, n'accepte point, ne conçoit point de limites. « L'amour de Jésus, dit l'auteur de Vlmitation, a excite toujours à ce qu'il y a de plus parfait. Celui qui « aime, court, vole; il est dans la joie, il est libre, et rien « ne l'arrête : il donne tout pour tout. L'amour souvent a ne connaît point de mesure; sa ferveur le fait débor- « der par delà toute mesure. Jamais il ne prétexte l'im- « possibilité , parce qu'il se croit tout possible et tout a permis (1). »
Aussi, mes frères, c'est à ceux qui ont accepté la loi de l'Évangile comme une loi de liberté ou d'amour que s'adressent des paroles comme celles-ci : « Tendez à la pe^ « fection. » (2 Corinthiens, XIII, i i .) « Soyez parfaits comme a votre Père est parfait. » (Matthieu, V, 48.) Du moins, c'est pour eux seulement que ces préceptes ont un sens évident; c'est à eux que le sacrifice entier de leurs personnes parait simplement leur raisonnable service. (Romains, XII, 4.) Et quant à ceux qui ne sont pas encore sous le régime de cette sainte liberté de l'amour, des préceptes comme ceux-là les avertissent en les étonnant. De même que les premiers sont descendus du principe vers la conséquence, c'est-àdire de la perfection de la charité en Dieu vers la perfec-
(1) « Amor Jestt ad desideranda semper perfectiora excitât. Amor liber eit et non tenetur. Dat oninia pro omnibus. Amor modum ssepe nescit, sed soper omnem modum fervescit; de impossibilitate non causatur, quia cuncta libi posse et Ucer0 arbitratur. • {Imitatio, lib. III, c. t.)
hk PERFECTION FANTASTIQUE. 153
tion de Tobéissance dans rhomme^ les autres^ en rencontrant ce précepte, sont comme forcés de remonter de la conséquence jusqu'au principe, c'est-à-dire de la perfection de Tobéissance dans Thomme à la perfection de la charité en Dieu; en se demandant compte du précepte, ils sont conduits à se demander compte du motif; ils vont de la loi au législateur, de Thomme à Dieu, et, si Ton peut dire ainsi, de la croix du chrétien à la croix de Jésus- Christ. Et pour tout dire, la loi de la perfection trouvée dans l'Évangile leur a fait retrouver cette mémo loi au dedans d'eux-mêmes; quelque étonnement qu'elle leur ait causé, ils découvrent que leur conscience y consent, que leur meilleur moi y souscrivait d'avance; ils sentent que, même indépendamment de l'Évangile, ils sont appelés à la perfection; que le commandement, suivant l'expression de saint Jean, est tout ensemble ancien et nouveau, et que la loi nouvelle n'a fait autre chose que regraver, à l'aide d'un ciseau divin, une loi primitive, une loi éternelle.
Cette loi de la perfection, que l'Évangile appelle aussi la loi de l'esprit (parce que l'esprit tend naturellement à la perfection), a pour adversaire la loi de nos membres ou la loi de la chair, qu'on pourrait appeler la loi de l'imperfeetiany parce que, incapable de nier absolument la loi, il &ut bien qu'elle se contente de l'affaiblir ou de la dénaturer. Elle fait plus que de nous retenir, dans la pratique, au-dessous de nos devoirs et de notre destination; elle nous fournit des raisonnements, elle nous enseigne un système à l'usage de notre infidélité; elle trace des limites idéales là où l'amour n'en voit point; elle distingue arbitrairement entre les préceptes et les conseils; elle marque, tantôt plus loin, tantôt plus près, un point où il faut bien que chacun arrive, mais où il est loisil)le à chacun de s'arrêter; il y a, pour elle, dans la luotAlc c\\\èlvvivNXNtt. ^^Ni.
15& LA F KRFEGTION FANTÀ8T1QUK.
nécessaire et du superflu; et la perfection n'est à ses yeta qu'une spécialité ^ à laquelle on est déterminé par une vocation particulière, et que Ton cultiva par goût plutdt que par devoir. Elle veut bien ne pas juger ceux qui la cidtivent; au besoin^ elle les admire; à eux^ dit-elle, le beau; son objet, à elle, c'est le bon; or^ on sait bien que le beam. n'est que Tornement du bon, et que nul n'est tenu d'être sublime. Mais ses jugements ne sont pas toujours si mo-^ dérés; et il ne faudra que la contredire sur ce points în-— sister sur la nécessité de ce qui lui parait surérogatoiie^ pour lui arracher un aveu, qui est son dernier mot et I^ fond de sa pensée^ c'est qu'au delà des limites qu'elle as* tracées, tout n'est que fantaisie et chimère.
Il est vrai qu'il lui serait malaisé de nous montrer Fen-— droit où le grand fleuve de la vérité chrétienne se divisa et commence à couler dans deux lits : l'un dont les flot» continuent à marcher vers l'océan de Dieu, l'autre donfe les ondes endormies croupissent et se perdent dans Ic^ sable, loin du but qui les appelait. II lui serait bien diffi^ cile de trouver deux christianismes dans le christianisme^ deux races distinctes dans la postérité spirituelle du second Adam, deux degrés d'obligation dans une grâce égale^ deux espritâ dans une même œuvre. U lui serait difScile d'établir, contre les déclarations de Jésus-Christ lui-même, que quelques-uns peuvent venir après lui, sans renoncer à eux-mêmes et sans se charger de leur croix; que le royaume de Dieu doit être emporté de vive force par les uns, mais que par les autres il peut être conquis sans coup férir, et que, en faveur d'un certain nombre de chrétiens, l'Évangile déroge à cette sentence d'une teneur si absolue : a Que Celui qui àîme sa vie la perdra, h Aussi est-ce, mes frères, sans avoir rien prouvé de tout cela, et en mettant sous ses pieds l'Évaftgile lui-même, qvie k loi de la chair
hk PERFECTION FANTASTIQUE. 165
établit son système^ qui manque également de base et de itmites. De limites^ ai -je dit; car pour avoir supposé que l\>béi8sance a des limites^ on en vient involontairement à établir que la désobéissance n'en a point; et Ton a d'av^ance accordé tout à la chair en refusant quelque chose à l'esprit.
Mais la loi de la chair (et je vous crois^ mes frères^ trop bmiliers avec le langage de l'Évangile pour ignorer que c^ qu'il appelle la chair c'est l'homme naturel tout entier, y compris son intelligence et sa moralité), la loi de la chair ^ suscité à la loi de la perfection un autre adversaire.
Remarquez qu'il ne s'agit pas pour l'homme naturel ^'échapper d'une manière plutôt que d'une autre au juste empire de Dieu : il s'agit de lui échapper. Lorsque l'enfant Jirodigue se sépara de son père, après avoir réclamé sa ixurt des biens paternels, il n'avait pas peut-être formé le «lessein de dépenser son héritage dans la débauche, à laquelle il se peut même qu'il ne fût pas particulièrement incliné. Ce qui le décida, ce fut son goût pour l'indépendance, ce fut l'impatience du joug paternel, et peut-^tre ne se livra-t-il à tant d'excès que pour se prouver à luimême et mieux goûter sa liberté. Nous aussi, nous tous, Doos voulons être libres, mais d'une autre liberté que celle de l'amour. C'est le désir de cette fausse et injuste liberté qui nous a fait sortir de la maison paternelle; céder à ce dérir a été le premier péché de l'homme, le péché dont tous les autres ne sont que les diverses formes ou les diverses conséquences. Mais, chose étonnante, et qui montre quelles profondes racines a jetées dans notre nature ce penchant à séparer notre volonté de celle de Dieu, c'est que, bien souvent, après avoir accepté l'Évangile, et par conséquent après nous être offerts à Dieu en holocauste vivant et perpétuel^ sans rien réserver çout uousrca-èTOftç»^
LK TBRf
nous avons le secret de lui reprendre ce que nous lui avons donnéj et de nous retrouver nous-mêmes dans le sacrifice que nous lui faisons ^ et au moyen même de ce sacrifice. Et ce n'est pas tout encore : c'est en affectant de iniem nous sacritierj de mieux nous séparer de nous-mêrm^s, c'est en encKérissant en apparence sur la ferveur des pius ^ zélés et sur la soumission des plus obéissants que nôus P assurons le succès de notre résistance à reinpire absolu (ie Dieu. Telle est la forme la plus subtile et la plus raffinée de la rébellion. Le succès en serait moins sûr si celte entn^ prise était préméditée ; ou plutôt^ c*est une entreprise qui n'aurait jamais lieu si elle était préméditée. On ne peul^ proposer sérieusement un acte d'hypocrisie aussi détestable, ni peut-être un aussi pénible , un aussi long détour pour se remettre en possession de sa volonté. Cela ne se calcule point j c'est impossible; car, dès que ce seniit affaire de calcul^ on calculerait tout différemment, on préférerait la voie la plus commune à cette voie extraordinaipcs et l'on irait du premier coup au facile et au médiocre. Aucune tromperie n'est plus sûre que celle qui commence par tromper le tromj>eur lui-même; aucun piège n*e«t plus infaillible que le piégo où s'est laissé prendre celui même qui Ta tendu. Et c^est pour cela que rinsubordination du cœur sous la forme d'une soumission plus absolue et plus parfaite exerce une si grande séduction et a tant d'involontaires sectateurs. Ceux qui en donnent rexemple
■ sontj en quelque sorte, des imposteurs de bonne foi ; avant I détromper les autres, ils ont été trompés eux-mêmes;
■ mais par qui ? par leur propre cœur. Notre cœur est noire H premier séducteur ; le cœur est trompeurj dit le propbète, H et désespérément malin par-dessus toutes choses : qui k H connaîtra ? personne ; non pas même chacun le sien.
H Et c'est parce que nolte cçBUt^V\Nt^'^\vki-m4tfte^ nous
LA PKRrBCTIOIf FAlfTASTIQUE. 157
trompe continuellement, qu'il a fallu que Dieu plaçât aupès de nous un moniteur, un censeur, qui ne se trompe \ jamais. Ce censeur, ce moniteur, c'est sa parole. Ce n'était i pets même assez que cette parole une fois pour toutes ou- 4 Titt les yeux à l'homme naturel, espèce de sauvage, à qui 1^, il but enseigner la vraie dépendance, et dans cette dépens duice la vraie liberté. Même dans l'homme arrache à sa 4 ntore sauvage^ et discipliné par l'Évangile, il reste à ^ Tiincre un principe de révolte plus intérieur et plus caché; il reste à extirper une racine d'amertume qui, si l'on n^ prend garde, ira chercher un terrain et puiser des sucs noarriciers dans le sein de la religion même; il reste à signaler une infidélité qui ose accuser la fidélité même d'être infidèle, et dont le langage, dont les dehors, empreints d'une extraordinaire sainteté, séduiraient les élus i eux-mêmes^ s'ils pouvaient être séduits. (Matthieu, XXIV, ^ 24.) Les apôtres ne tardèrent point à dénoncer à l'Église chrétienne un ennemi qui n'avait pas tardé à semer sa dangereuse ivraie au sein de cette Église, et les renseignements précis que saint Paul nous a laissés serviront dans tons les temps à reconnaître sous ses déguisements les plus divers ce faux ami de l'Évangile, qui, en nous présentant l'image d'une perfection fantastique, n'a d'autre but qoe de nous faire mépriser et par conséquent négliger la ^e perfection de la vie chrétienne.
Saint Paul^ mes frères, ne s'engage pas pour cela dans de longs discours, et c'est à peine s'il attaque par des raisonnements les partisans de cette fausse perfection. Il ne to guère qu'une chose : il annonce de quels prétextes et de quels faux semblants ce subtil ennemi de la perfection chrétienne saura couvrir son pernicieux dessein. Il nous avertit, comme saint Jean, de ne pas croire à tout esprit, *^ de ne pas nous engager dans une voie nouvelle sur la
foi de quelques mots^ qui sont également à Tusage de b vérité et de Terreup. Il nous fait observer qu'il y a UM fausse obéissance^ une fausse humilité, une âtusse mortn fication^ comme il y a une obéissance, une humilité, une mortification véritables. Il nous apprend que Timperfeetion peut facilement attacher à son front le masque d'miB perfection plus grande, et que l'infidélité peut aisiémenttt faire prendre, non-seulement pour la fidélité, mais poiff h fidélité par excellence. Il nous conduit par là même anchercher dans l'Évangile et dans notre conscience qiidi sont donc les caractères de la vraie fidélité. Cela suffit! saint Paul, et cela nous suffit; car s'il ne nous dit pas qadi sont ces caractères, tout ce qu'il a écrit, tout ce qu'il a Sli tout ce que ses compagnons d'œuvre, tout ce que Jésoi* Christ lui-même ont enseigné, toute la teneur^ tout ï» semble de l'Évangile, nous expose amplement et clair»ment ce qu'il ne dit pas en cet endroit, ou ce qu'il ne ùil qu'indiquer.
Quelles sont les séduisantes apparences dont Terreur se revêtira pour nous faire négliger la perfection vraie et noai faire embrasser, à sa place, le fantôme de la perfection t Les voici. C'est l'apparence d'un culte volontaire, c'est l'^h parence de l'humilité, c'est l'apparence d'un saint mépns pour les besoins du corps.
La redite de chacune de ces choses est essentielle au christianisme. S'agit-il d'un culte volontaire? Dieu a déclaré, dès les jours anciens, qu'il se préparait un peuple de fireinche volonté , et ce peuple n'est autre que l'Élise chrétienne. S^agit-il de l'humilité? Dieu n'a-t-il pas dit qu'il enseignerait sa voie aux humbles? Jésus-Christ n'a-t4] pas dit aux hommes : « Laissez -vous enseigner par moi 3 a parce que je suis doux et humble de cœur? » Saint Pau lui-même ne nous dit-il pas : « N'aspirez point aux choses
LA pnmcnoN fantastique. 159
« élevées, mais marchez avec les humbles? » S'agit-il enfin de la mortification de la diair? Il est écrit : a Que celui c qui sèmera pour la chair moissonnera de la chair la « corruption; d il est écrit : oc N*ayez pas soin de la chair a pour satisfaire ses convoitises. » Saint Paul^ joignant Texemple au précepte^ se conduit de manière à pouvoir dire : <i Je traite durement mon corps, et je le tiens assuc jetti; » et Jésus-Christ avant lui, à qui appartenaient de droit toutes les richesses de la terre, Jésus-Christ, se refusant ce que la libéralité du Créateur n^a pas refusé aux renards et aux oiseaux de Tair, Jésus-Christ n'avait pas voulu avoir un lieu où reposer sa tète. Mais vous ne prétendez pas^ mes frères, que nous allions tirer de l'Évangile tous les passages qui prouvent directement ou indirectement que la franche volonté, l'humilité de cœur, le sacrifice des convoitises chamelles sont essentielles au chrétien? n fiiudrait, dans ce cas, vous réciter tout TÉvangile; et à quoi bon^ puisque d'avance vous êtes convaincus de cette vérité, que nous avons seulement voulu rappeler avant d'aller plus loin?
Oni^ sans doute, l'obéissance du chrétien est une obéissance volontaire, puisque c'est l'obéissance de l'amour; et à nul autre titre elle ne pourrait l'être. Soit qu'on aime, soit qu'on n'aime pas, l'obligation est la même, il faut obéir; et si l'on n'aime pas, l'obéissance est pénible, parce que la loi n'est pas aimable à celui aux yeux de qui le législateur ne l'est pas. Le choix n'est pas entre obéir et ne pas obéir, et saint Paul Ta bien exprimé en parlant de lui :
a Car encore, dit-il, que j'évangélise » (et le simple chrétien dira : encore que je serve Dieu), a je n'ai pas de quoi
a m'en glorifier, parce que la nécessité m'en est imposée;
« et malheur à moi si je n'évangélise pas! Si je le fais de
a bon cœur, j'en aurai la récompense i> ^^x^ ^wi^\ ^^a^
récompense est déjà dans son cœur) ; a mais si c'est i a contre-cœur, je n'ai fait que m'acquitter de la char^ « qui m'a été donnée. » (1 Corinthiens, IX, 16-17.) Yousk voyez : le choix n'est pas entre obéir et n'obéic pas, mm entre obéir de bonne ou de mauvaise grâce, de bon cœur ou à contre -cœur, par force ou par amour. Or, ce qi caractérise le chrétien, ce n'est pas seulement à'dbàt, mais d'obéir de bon cœur, à moins pourtant qu'on ne dise (et nous y souscrivons) qu'on n'obéit vraiment que qoand on aime, ou, en d'autres termes, que l'obéissance n'e* accomplie que dans Tamour. Mais je vous supplie, mfli frères, de vous rappeler que l'amour accomplit l'obé»sance et ne l'abolit pas, non, pas plus que la foi n'abolit b loi; que celui qui aime obéit avec joie, mais qu'il obéit; qu'il obéit mieux, mais qu'il obéit; que si le bien qu'il &S est devenu pour lui un plaisir, ce bien n'a pas, pour cela, cessé d'être un devoir; ce dont certes il s'apercevra toç aisément dans les intermittences ou dans les défaillances de son amour; car alors il s'avouera que le bien qu'il Élisait hier avec joie, il faut qu'il le fasse aujourd'hui sans joie. Rien, rien dans le progrès le plus sublime de la vb spirituelle ne peut abolir l'obéissance, et la vie spirituelid ne saurait être en progrès là où Tobéissance est en déclin: la marque du progrès est de mieux obéir. La franche volonté est un caractère du chrétien; l'obéissance en est un autre; ils marchent ensemble, ils concourent, ils croissent d'une même croissance; la franche volonté augmente avec l'obéissance, l'obéissance avec l^w franche volonté, car elles ont un même principe, et ne sont que deux formes d'une même vie.
C'est cette union intime, cette solidarité, pour ainsi dire; de la franche volonté et de l'obéissance que voudrait rom pre le prince du mal. Il cherche à nous persuader qu<
LA FBRFBCnON FANTASTIQUR. 161
*un des éléments exclut l'autre, ou qu'ils ne peuvent, du moins, que s'affaiblir Tun Tautre. Votre volonté, semble- Ml nous dire, ne sera franche que lorsque vous oublierez qae vous obéissez, ou plutôt lorsque vous aurez le sentiment de ne pas obéir. Étrange idée ! comme si celui qui nût volontairement sa chaîne n'avait plus de chaîne ! (Eh! ne la sentira-t-il pas dès qu'il s'arrêtera?) Gomme si rnnour, dont on veut faire l'ennemi de l'obéissance, était Mtre chose qu'un médiateur, un moyen de conciliation entre l'obéissance et la liberté! Mais enfin, c'est ainsi que nous sommes séduits; on nous enlève, au nom de l'amour, le principe de l'obéissance, et pour nous apprendre, dit-on, i rendre à Dieu un service plus digne de lui, on nous enseigne à n'obéir qu'à nous-mêmes. Autant vaudrait nous dire encore une fois : a Vous serez des dieux ! » car, si nous n'obéissons pas ou si nous n'obéissons qu'à nousmêmes, que sommes-nous? Au moins est-il certain que nous ne sommes plus des hommes; et puisque les anges obéissent, nous ne sommes plus, comme il est écrit, un peu inférieurs aux anges : nous leur sommes supérieurs de beaucoup. Après cela, qu'on parle, tant qu'on voudra, de service et de culte : il n'y a pas de culte sans obéisttnce; la profusion des actes, la diversité des pratiques, la plénitude des sacrifices, n'y font rien : nous n'employons pes notre volonté à obéir, nous nous retrouvons tout enfers où il fallait nous perdre , nous protestons à genoux contre notre dépendance, et nous nous élevons si haut, non point pour nous approcher de notre principe, mais pour être hors de la portée de la loi; nous faisons plus qu'elle ne demande pour ne pas faire ce qu'elle demande. Tout nous est bon, tout nous est facile, plutôt que d'obéir. Je sais bien, mes frères, qu'on peut, dans un dessein tout opposé, dans h pensée de m\eu\ oVi&vt *^ \S\fc>\>
163 LA PBRIBGTIOIf VANTASnQUK.
s'imposer des devoirs imaginaires ^ qui prennent la fiam et le temps réclamés par des devoirs plus réels. Ifais^ coin qu'une telle erreur n'est pas commune puisque celui qi est pressé d'obéir ne s'égare point si aisément^ une tcdi erreur est de celles pour lesquelles Dieu lui-même est iiH dulgent. C'est ce chaume ou ce bois que le feu pouni consumer^ mais sans atteindre le fondement sur lequel on a. élevé ces constructions éphémères. Le vœu des fils de Récab^ qui s'étaient interdit à eux-mêmes et à leurs descendants l'usage du vin, ne correspondait à aucun conh mandement et même à aucun principe de la loi de Diea; peulrêtre était-il peu judicieux; peut-être y avait-il peu de sagesse à engager, avec les vivants^ ceux qui n'étaient pai nés encore : toutefois les enfants de Récab furent bénis, et l'Étemel protesta a qu'il ne manquerait jamais d'y a?(»r quelqu'un des descendants de Récab qui assisterait toujours devant lui. » (Jérémie, XXXV, 19.) Ce que Dieu bénit dans cette occasion, c'est ce qu'il bénit toujours, et sans quoi rien ne peut être béni : l'obéissance. Les Réc*bites avaient cru remplir un devoir; les Récabites avaient obéi, n semble que Dieu ne voulut pas voir autre chose; le principe de l'obéissance est trop précieux, trop fondamental, trop facilement négligé, pour que Dieu, quand fl le rencontre, s'enquière trop sévèrement de la forme dans laquelle il a été réalisé; il ne chicane pas, si j'ose parler ainsi, sur le vêtement du principe, car, à ses yeux comme aux yeux du bon sens, a le corps est plus que le vêtement,! et parce que l'abstinence que les Récabites se prescrivaient n'avait rien en soi de mauvais, il la bénit, jugeant dans sa divine sagesse que l'obéissance ne saurait être trop encouragée, ni les scrupules de l'obéissance trop tendrement ménagés.
Mais faire ce que Dieu ne demanda ^^, ^t&<^lsément
tk PERFECTION FANTASTIQUE.
ia:rce qa^it ne le demande pas^ entrer dans une certaine
me parcô quil ne l'a pas indiquée ^ aller au delà de ses
commandements pour n'être pluSj s'il est possible^ dans
sa juridiction ^ se prescrire à soi-même des devoirs diffi-
jdles pour avoir le plaisir de s'obéir à soi-même^ ce culte
put volontaire, comme saint Paul le désigne ^ n'est pas le
culte de Dieu, mais celui d'une idole. Cette idole j c'est le
jim' humain, qui, brisé dans la conscience par la croix de
Hbus^brîst^ s'obstine j tout brisé qu'il est^ à se relever^ et
8e relève d'autant plus baut qu'on l'avait fait descendre
jliis bas. Perfides suggestions de Findestmctible ennemi î
■Nnbien d'âmes n'avez-vous pas ramenées au monde par
" chemin d'une dévotion extraordinaire et d'une piété
jdBnée ! ramenées au monde par cela seul que vous les
Be£ soumises à l'empire illégitime du moi! mais ramenées
m monde dans tous les sens^ sachons-le bien, parce qu'il
est impossible de remettre le moi sur le trône sans subir
toutes les conséquences do cette malheureuse restaura-
tiori; parce qu*il est impossible que celui qui n'en veut
bm qu'à sa volonté, ne fasse jamais d'autre mal que ce-
i-là mt^me; parce qu'il est impossible que Phomme na-
irel, réintégiT., se contente de l'aliment que lui offre une
kotion arbitraire et fantastique; parce qu'il est inipos-
'■ que les passions ordinaires de l'homme animal soient
iiocue» dans une âme qui n'est pas soumise; parce
gu'enOn les intérêts de la spiritualité, qui peuvent suflire
m âme unie à Dieu par une obéissance pleine d'amour
' un amour plein d'obéissance, ne sauraient suffire à
le irrégénérée^ qui^ dans ces pratiques sévères de
dévotion et dans ce service assidu de Dieu, n'a réellement
derché qu'elle-môme. Cette âme, quoi qu'il en semble,
fl^esl point sortie du monde; et peut-être y a-t-il entre ello
I ùmichement mondaines celle ^^\!^^ ïv^^t^^îMcfe^
16( LA PERFECTION FANTASH^tlB- ^
qu'étant aussi près du danger qu'aucune d'elles, elle s'cB croit plus éloignée : cette erreur même fait qu'elle en est plus près.
Et pour passer maintenant au second mot d'ordre des partisans d'une perfection imaginaire, Y humilité , il y eaa une vraie, il y en a une fausse. Par cette dernière nom n'entendons point une humilité hypocrite ou un déguisement volontaire de l'orgueil , non, mais une humilité qd se trompe elle-même en choisissant mal son objet. Car, s'il est vrai qu'on ne peut trop s'abaisser, cela n'est pas vrai de tout abaissement, et celui qui s'abaisse, mais dod devant Dieu ou au nom de Dieu, s'abaisse mal à, propos. Je dis plus, nous devons à Dieu même, nous devons «u principe qui nous porte à nous humilier devant lui, de ne point nous humilier devant un autre. Si tout chrétien eit prêt à reconnaître en soi <c le premier des pécheurs, » si tout chrétien, regardant chacun de ses frères comme jAis excellent que lui-même, brigue plus volontiers la demièie place que la première, aucun chrétien ne prosternera sa dignité d'homme et de chrétien devant un titre, ou une fortune, ou un nom. Au contraire, on reconnaîtra le chrétien à la noblesse modeste de son maintien et à la douce liberté de sa parole en présence des riches et des puissants de la terre; celui qu'intimide l'appareil de la grandeuTi l'éclat de la gloire humaine, ou même la supériorité dn talent et du savoir, celui qui, dans un homme, verrait, sans pouvoir dire quoi, autre chose qu'un homme, celui qui, devant un des privilégiés de la fortune ou de la nature, s'annulerait^dans les démonstrations d'une obséquiosite servile, celui-là, s'il est chrétien, il le cache bien soir gneusement, ou plutôt, à vrai dire, ce qu'il cache si bien n'est rien. Vous en convenez sans peine, mes frères; mais vous dites peut-être en vous-mêmes cyi'vl ne s'agit pas de
LA FIRFBCTION FANTASTIQUE. 165
cela^ car jamais on ne songera à faire passer pour de la religion^ encore moins pour un perfectionnement de la religion, rabaissement volontaire d'un homme devant un homme. Non, certainement; mais le principe qui met un homme aux pieds d'un homme peut mettre un homme aux pieds d'un ange, d'un saint, d'un martyr, ou de celle « que tous les âges appelleront bienheureuse. » Il y a moyen, par une humilité mal entendue, de faire passer à d'autres qu'à Dieu la gloire dont Dieu lui-même a déclaré qu'il ne la donnerait point à un autre. Parce que tel ou tel parmi les enfants des hommes nous paraît beaucoup plus excellent que nous-mêmes, et l'a été peut-être en effet, nous le plaçons, par nos hommages, à côté de ce Dieu jaloux à côté de qui il ne faut placer personne. Est-ce une simple erreur? Ne gagnons -nous rien (du moins selon l'homme naturel) à nous humilier ainsi? Ces prétendus intermédiaires que nous plaçons entre Dieu et nous sont-ils des moyens de communiquer avec lui , ou des moyens de nous passer de lui ? Est-ce dans l'intérêt de l'esprit ou dans l'intérêt de la chair que, non contents de l'unique médiateur qui nous a été donné, nous plaçons entre nous et lui d'autres médiateurs, moins puissants, nous le savons bien, mais aussi moins saints, qui, s'ils ne nous représentent pas toute la grâce, ne nous représentent pas non plus toute la loi, et en diminuant Jésus-Christ comme sauveur, le diminuent comme législateur et comme roi? Mais je crois vous entendre, mes frères : Allez, nous dites -vous, allez dire ceci à nos frères de l'Église romaine; cela ne nous regarde pas, et nous prenons en pitié comme vous toute cette mythologie qu'ils ont greffée sur l'arbre de l'Évangile. Quand cela ne regarderait qu'eux directement, cela vous regardei»ait indirectement comme hommes; car cette erreur est une erreur humaine, que vos pères ou\.\v«î\a.%fe.^, QfMîï.x^\i&
166 LA PBRTECnON VAl«TA8TIQim.
partageriez vous-mêmes si vous étiez nés dans le sein de cette Église^ et qu'elle a tirée du même fonds d'où nous tifez toutes les vôtres. Mais est-il vrai que cette humilité fausse ou mal entendue vous soit complètement étrangèret i Il faut que vous en jugiez.
Comme nous ne parlons aujourd'hui que de ceux qm affectent une perfection supérieure à celle ctont l'Évangile nous a tracé Timage, et non pas de ceux qui cherchait des prétextes pour rester au-dessous de ce modèle^ noue n'avons pas à vous entretenir de cette perfide et funeito humilité qui les porte à refuser les grâces de l'Évangile parce que^ di^nt-ils^ ils en sont indignes^ comme si Fon pouvait être digne d'une grâce, et comme si l'idée de grâce ne supposait pas celle d'indignité ! Nous parlons u^ avec saint Paul, de ceux qui veulent enchérir sur le christianisme, et qui, comme si le christianisme nelee humiliait pas assez, cherchent curieusement autour d'eux quelque autre sujet de confusion ou quelque autre mojfen d'abaissement. En vérité, s'il a été permis à saint Paul de dire aux Athéniens qu'il les trouvait dévots à l'excès, nous pourrions dire de ceux-ci qu'ils sont excessivement htuiH blés; car le dernier degré de l'abaissement ne leur suffll pas, et l'on dirait qu'ils cherchent une place au-dess(Mtf du néant. Mais savent-ils, ou ne savent-ils pas qu'au delà de tout il n'y a rien, qu'on ne peut faire un vide dans kl vide, et que ce qu'il y a au delà de l'humilité chréti^mey n'est plus de l'humilité, mais du mensonge ou de la bai* sesse? Écartons cette dernière idée, tenons-nous-en à c^ de mensonge, et que ce soit, je le veux bien, un mensonge tout involontaire. Si c'est de l'humilité que de confesse! a qu'on est conçu et né dans le péché, enclin au mal, în- « capable par soi-même d'aucun bien, » est-ce encore de rbumilité que de se petsuadex G^OLOti e%\. ww v^ xv^assIL
Li fWKnmOV FA19TA8TIQUB. 167
devant Dieu, non-seulement en œuvres et en sentiments, mais en nature même, et que ce Dieu nous absorbe inces- ■amment comme nous absorbons, à chacune de nos aspi- Tations, l'air qui nous environne? Si c'est de Thumilité, en même temps que de la raison, que d'avouer que les voies de Dieu ne sont pas nos voies, que ses pensées ne sont pas nos pensées, est-ce encore de l'humilité que de nous interdire d'apprécier ses dispensations d'après l'idée du bon et du juste qu'il a mise en nous, et après cela, néanmoins, de nous exhorter les uns les autres à admirer ces mêmes dispensations, comme si nous pouvions les admirer sans ks mesurer à quelque chose? Si c'est de l'humilité que de dédaier que nous sommes sauvés par grâce, absolument par grâce, et que Dieu met en nous tout ce qu'il y trouve de bon, est-ce encore de l'humilité que de regarder comme iodiffërent tout ce qui se passe en nous et tout ce que nous faisons, afin, disons-nous, de maintenir intacte la doctrine du salut gratuit? Si c'est de l'humilité que de compter uniquement sur la force de Dieu et d'avouer « que c'est quand nous sommes faibles que nous sommes « forts, 1» est-ce encore de l'humilité que de s'interdire tout acte de volonté, de se perdre dans une contemplation passive et béate, et d'attendre que Dieu nous pousse à faire sa volonté, quand la première impulsion de Dieu, nous devons l'avouer, est celle qui nous pousse à chercher sa volonté? Si c'est de l'humilité que de se croire aussi aveugle que faible, et d'attendre de Dieu le conseil ainsi que la force, est-ce encore de l'humilité que de renoncer à fiedre usage de sa raison, d'interroger des signes dans les cieux et sur la terre, comme si la conscience n'était pas le premier des signes, ou enfin de faire, si j'ose m'exprimer ainsi, de la Parole de Dieu une devineresse? Si c'est de l^unub'té que de reconnaître que ce mèm^ ^Y^\\.\)K)Sfifi^
488 LA PEHFECTiOK ÏAKTASTIOUS» I
appelé par rÉcriture « une lampe divine qui sonde lesplttil cr grandes profondeurs j n est en même temps ^ pour ce 1 qui concerne le salut^ un aveugle incapable de Irouvt^rMl route j est-ce encore de rhumilité que de le mépriser là 1 même où il n'est point méprisable, et de négliger, sôuttj prétexte des abus qu'on en a pu faire^ des talents dont il| nous sera demandé compte ainsi que de tous les îiutreà, et dont nous devions seulement user avec actions è^J grâces'? Si c'est de riiuuiilité que de recounaître que n m a qui est grand devant le monde est abominable dcT^at a DieUj d si c'est de rhumiUté que d'avouer que dausie royaume de Dieu les premiers seront les derniers, e^t-a encore de rhumilité que de confier sans discernement à des ignorants ou à des esprits faibles ^ uniquement pafcr qu'ils ont la foi, les intérêts spirituels les plus délicate ^ le gouvernement de l'Église de Christ? C*esten noui fusant passer^ en toutes ces choses ^ au delà de rhumililé, que l'ennemi introduit dans notre champ, pour le déinster^ milfe autres ennemis^ et même TorgueiL Et mèam ^orgueil ! Ne devrions-nous pas dire : et surtout rorgueil! car rien ne se touche de plus près que la fausse huuiilK^^ et Toi-gueil; ajoutez-y l'indolence spirituelle^ Tcsprit de secte, le fanatisme; vous n'aurez encore qu'une liste incomplète des maux qu'amène à sa suite cette dunge^dU^ illusion.
L absence de tout ménagement envers la chair est le de^ nier des traits qui donnent à la fausse perfection une apparence de sagesse. Aucuji prétexte^ il faut Tavouer, n't?ut plut d^appareuce* Cet instrument dont notre âme fut pounintt afin de se manifester aux autres et peut-être à elle-miîme, et afin de correspondre au monde sensible, objet tout eosemblii ei tliéfltrede son activité, cet instrument, dis-jc^cv ie corps n'est pas autre c\io&fô> "a l^v ^a ^a^ ^«c^\ï:fiaî^jum.lîl
LA PKRFECTION FANTASTIQUE. 169
tmdis cpie, dans tous les autres êtres, la matière obéissante «l docile reproduit exactement l'idée dont elle est la forme, k corps semble avoir violé les clauses du contrat qui l'associait à Tâme. Il semble, ai-je dit, car il n'est en lui-même ni docile ni indocile; mais Tâme, lorsqu'elle cessa d'être mite au Père des esprits, glissa rapidement sur une pente an sommet de laquelle nul autre que Dieu ne la retenait; eOe glissa, si Fon peut parler ainsi, du monde de l'esprit wts celui de la matière, de la sphère des principes ou de la aisoD vers la sphère des instincts, et elle sentit d'autant pins par les sens extérieurs qu'elle sentait moins ou plus eonfusément par le sens intérieur, qu'on peut appeler le lens des choses divines. Et nul, mes frères, nul ne sait jusqn'oii il descendrait si la pitié de Dieu, hélas ! ou si l'orgueil ne le retenait sur cette pente; car, il ne faut pas l'oublier, le premier péché fut un péché d'orgueil, et l'orgueil, tout CDnemi qu'il est de Dieu, ne consent pas à toute espèce d'abaissement: souvent même il nous en inspire l'horreur. Mais enfin, l'équilibre a été rompu; le corps, notre ancien lenriteur, n'est plus qu'un ennemi, vainqueur ou subjugué, mais un ennemi; ou plutôt le corps a changé de maître : il sert toujours, mais au lieu de servir l'esprit, il sert la chair, oui, le corps sert la chair; car la chair et le corps ne iont pas une même chose : ils sont souvent distingués l'un de l'autre dans l'Évangile ; ils le sont dans notre texte même, où saint Paul nous montre les partisans d'une sainteté factice dnrs envers le corps, de peur de flatter la chair; le corps ou les membres, que nous devrions, selon l'expression de saint Paul, faire servir à la justice et à la sainteté (Romains, VI, 19), ser\'ent, sous les ordres de la chair ou du principe animal, à l'impureté et à l'injustice. Le corps est donc un serviteur qu'il faut rendre à son véritable maître, qui est l'esprit : mais le véritabie ennemi deVespt\\.,Ç;e^\.\3iL0û:ivî%
170 %k PKRÏfECTION FANTASTIQUE-
et aussi, daiis l^vangile^ ce n'est pas le corps^ c'est la àm qui est condamnée ; car c'est de la chair et non du corp&qiie nous servons j dît saint Paul, à la loi du péché* (Rom.>,\T^ â5.) Jésus-Christ, revêtu mystérieusement de œtie ckiî profondément et universellement infectée, a condamné la péché dans sa chair (Rom., "Vlïï^ 3}, quoiqu'il leût vaincue^ ou quoique, ainsi qu'il le dit lui-même, le prince du moiuk n'eût rien en lui* (Jean, XÏYj 30») H a solennisé sur la cïoijt la malédiction de la chair, en livrant à la destruction soo corps innocent et pur uni à cette même chair ou k ce priocipe animal^ auquel il n'accorda jamais rien. C'est qu'il fdprésentait Thumanité tout entière, dont k chair a été niatH dite, et qui n'aurait jamais su et n'aurait jamais voulu croo» que, pour vivre à l'esprit, il faut mourir h la chair, si 11 mort de Jésus-Christ homme n'avait proclamé TuniverseBl et irrévocable malédiction de la chair.
Après cela, tout était clair; on savait que la chair deraît mourir; on n'était chrétien qu'à ce prix ; on savait i|i» ceux qui sont à Christ ont crucifié (d'avance et en principe) la chair avec ses convoitises (Gai., Y, 21), et qu'ils s'engagent à la sacrifier toujours de nouveau. Maïs il vint «te hommes qui, voulant être plus chrétiens que Jésus-Christ étendirent au corps c-c qui ne devait s'entendre que de h chair, et conclurent de la destruction de la chair h la deitruction du corps. Ici-, mes frères, la mépri.se était facfle; la chair est unie au corps, et il est impossible^ dam t&* tains cas, d'atteindre la chair sans blesser le corps. Oq te confondit, et parce que Jésus-Christ avait condamEiéb chair, on condamna le corps. Cette méprise n'était paB noikvelle, et elle n'est pas même particulière à l'Église chrétienne* Elle est, au contraîrej de tous les temps el uni* versellc, La voix de la conscience^ l'expérience^ ailktfl dénoncé la chair comme un grand ennemi ; mais on m «1
LA PERFÊCTlOn FAKTASTIQt^l. WÏJ
derrière elle un ennemi plus grand dont il fallait avoir n; on ne vit pas que l^âme était le vrai caupablej et on , chose iniquCj le corpsj cet organisme attaché au nice de l'esprit, d'être le principe et Tautaur du mal. lien des sectes lui déclarèrent une guerre acharnée^ et ne nt voir que dans un suicide plus ou moins prolongé le mède du grand mal qu'on était forcé de s'avouer. Quoique ehristianisme ait été infecté de cette erreurj il en est si peu le principe que, si vous le comparcE aux autres relilOQs, vous trouverez qu'il a réhabilité le corps» Le chris-isme ne nous a jamais représenté le corps comme un ndice arbitraire et importun de l'esprit, mais comme tae partie essentielle de Thomme; le christianisme a horé le corps en rappelant à être « le temple du Saint- Esprit; D le christianisme a honoré nos membres en les ^stinaDt; comme nous Tavons déjà rappelé, à être des intrumenl-s et, pour ainsi dire, des armes de justice et de inteté; le christianisme^ cnfin^ admet le corps glorifié à ir(^ger la destinée de Tcsprit glorifié. Ce n'est donc pas l corps qu'il a déclaré la guerre.
Voici ce qu'il a fait* Il a condamné la chair comme prieipe de péché. Mais ne pouvant séparer l'un de l'autre la bair et le corpSj qui sont deux et qui sont un^ il a bien fallu îll consentit à ce que le corps souffrît, dans certains cas, ce que souffrirait la chair* Le glaive des bourreaux qui intilait les martyrs condamnait le péché dans leur chair, lâis en même temps détruisait leur corps. Le zèle de la foi^ rtr^ glaive, autre flamme, use prématurément^ chez Ta* kre, les forces du corps, qu'une activité plus modérée et ût plus longs inlenalles de repos auraient maintenu quelques années de plus. Mais dans ces cas la destruction du corps n'est point cherchée pour elle-même, n'est çoint le hui; et réellement eUe ne Test jamais çout \^ t\wtfeîC\'à\^.\^
172 LA PERFECTION FAIfTASTIQUE.
chrétien conserve son corps pour l'employer, et combiett souvent même il le conserve en l'employant! Si le chrétieD ne l'épargne pas, c'est quand le service de Dieu le y&A ainsi; si même, à l'ordinaire, il le traite durement, s'ilk tient assujetti, c'est que, dans ce corps, il y a une chair de péché qu'il faut traiter durement et tenir assujettie; mai» il ne va pas au delà de ce but, car il ne lui est pas permis de détruire le temple du Saint-Esprit; et la dureté, ouptatôt la sévérité plus ou moins grande avec laquelle il traite son corps, ne va jamais, sauf les cas extraordinaires dont nous avons parlé, jusqu'à détruire ou seulement à diminuer les forces d'un corps dont il doit compte au Seigneur. A prendre l'ensemble des faits, ce sont les mondains qui détruisent leurs corps, et les chrétiens qui conservent les leurs.
C'est cette distinction que ne savent ou ne veulent pas faire ceux dont saint Paul reprend l'erreur dans mon texte. Et il est vrai que, s'ils ont voulu enchérir sur l'esprit de mortification de l'Évangile, c'était la seule manière. En se tenant exactement dans les termes du principe évangélique, qui est la mortification de la chair et non la destruction da corps, il leur était impossible d'aller, dans l'application^ plus loin que l'Évangile. Ils ne pouvaient rien dire qu'A n'eût dit, rien pratiquer qu'il n'eût au moins suggéré. S aucun chrétien n'est appelé, selon l'Évangile, à quelque chose de moins qu'à crucifier sa chair, que veulent de plus ces chrétiens? On ne saurait le concevoir. Mais en sortant de ces limites, ils ont la campagne ouverte devant eux. D n'y a ni fin ni trêve aux supplices du corps et de l'âme; on peut, selon le degré d'exaltation dont on est atteint, s'élevei jusqu'à l'horrible, ou, dans le sens de ces chrétiens, jusqu'au sublime; et comme la perfection est .la règle de tous^ /J est clair que si celle çeïfec\\otv.^^\.VâL\mfe^ l'Église ne
LA PERFECTION FAirTASTIQUB. 173
8era,(lans son état régulier, qu'un établissement de tortures tans mesure comme sans but, un véritable champ de carnage, et pour le coup Tinfidèle aura raison de reprocher ad chrétien sa religion de sang. Mais qu'importe? dans cette perpétuelle et générale immolation, une seule victime aura été oubliée; la volonté de Thomme naturel, le moi lui seul aura été épargné ; seul il vivra parmi cette mort; seul il triomphera dans ce champ de destruction; et cette grande bataille, engagée, ce semble^ contre lui seul, n'aura laissé debout que lui seul.
Vous ne viendrez pas nous alléguer votre Maître livrant aux bourreaux sa chair innocente. Vous laisserez ce sophisme aux adversaires de TÉvangile. Mais prenez garde, quand ils disent que la religion de Jésus-Christ est une religion ennemie de la vie, de la société et de la nature, de ne pas leur donner raison par vos actes. Ils auraient tort encore, mais vous en seriez responsables; car c'est vous qui auriez attaché au fait capital de l'Évangile cette déplorable conséquence. Ou bien, est-ce qu'en efifet vous raisonneriez ainsi? est-ce que vous penseriez que parce que Jésus a laissé sa vie entre les mains des méchants, ou parce que Jésus a scellé de son sang les lettres de grâce qu'il est venu vous apporter, vous devez, sans but (car n'ayant pas le sien, vous n'en avez point], multipUer dans votre vie d'oiseuses privations et de stériles douleurs? N'est-ce pas le contraire que vous devez penser? Ne devezvous pas penser que ce qui regarde Jésus-Christ ne vous regarde pas, et que votre tâche à vous se réduit à ces deux choses : crucifier en vous la chair de péché, et offrir vos corps à Dieu en sacrifice vivant et saint, c'est-à-dire les dévouer à son semce pour tout ce qu'exigera l'intérêt de son règne et le bien de vos frères? C'est là, dit l'Apôtre, c votre service raisonnable; jd mais, au Mii, v\\x'^ 'àAA^^
LA PERÏECnON FATftASTiQOE.
raisonnable? qu'y a4-U d'évangélîque? qu'y a-t-il d'iitae! qu'y a-t-il de saint? Que pouvez-vous dire en faveur de toi pratiques^ k moins que vous ne disiez que vous voulez espier vos péchés? A la bonne heure; mais si vous vôulei les expier, sachez qu'après tous les supplices dont ?ol« chair peut être le théâtre^ voua serez encore Ioîq de compte.
Quand on vous voit multiplier les œuvres surérogatoh^s, on est tenté de croire que vous avez traversé , sans vous y arrêter beaucoup^ le champ des obligations les plus ta' médiates. Souffrirez -vous que je vous le dise? Si vous n'aviez voulu entrer dans cette seconde carrière qii'apièi vous être bien assurés de l'étendue de la première^ vous n'y seriez jamais entrés. Si vous aviez su que la premièn tâche est infinie^ vous n^auriez pas même songé à la seconde; oVy sachez qu'en effet la première est infinie. Le principe de votre erreurj ou ce qui vous y retient, cj d'ignorer cela. Et si vous Tignorez^ c'est que vous n^ pas encore compris cet Évangile que vous voulez pei tionner. Oui^ la crucifjxîon de la chair et de ses convoiliaei (sans y ajouter cette destruction du corps qui n'est qe'im suicide) est à elle seule une tâche infinie; et comme îlïi*y a que Tamour qui puisse la mesurer^ il n*y a non plus qufi l'amour qui ose Tentreprendrep Elle est belle pour lui, eBe Tattire, elle le fait palpiter d'un saint enthousiasme; car les sacrifices dont elle se compose ont pour résultat h gloire du Père et l'amour du prochain; mais elle n'en est pas moins infinie. Si vous le saviez, vous n'en seriez laxnaii sortis. On ne vous aurait pas vus courir après ces doulott» reuses délicatesses ^ après ces recherches cruelles d'one prétendue perfection j et négliger grossièrement des devoirs à hauteur d'appui et des sacrifices à votre portA.% Car voici ce qu'on a remarqué cent fois : c'est que de*
LA PBRFIGTION FANTASTIQUS. 175
hommes simples^ qui n'entendent pas même les tennes techniques de votre spiritualité^ s'acquittent plus réguliènment et plus complètement que vous des devoirs les plus fiochains et les plus essentiels. Vous pouvez le plus^ et ne pouvez pas le moins; vous savez voler, et ne savez pas marcher.
Qui vous inspire de courir si loin pour chercher votre croix? Elle est plantée à votre porte. Pourquoi poursuivre llnnocent quand le coupable est sous votre main? Cet innocent c'est votre corps^ ce coupable c'est votre chair^ je veux dire le vieil homme avec toutes ses passions. Voilà h victime qui vous est livrée et que vous devez sans cesse immoler. Personne ne vous a dit de chercher des suppliées; ce n'est jpas l'Esprit de l'Évangile^ où vous lisez que le Fils de Thomme n'est pas venu pour détruire la vie des kommes^ mais pour la conserver. (Luc^ IX ^ 56.) Mais mns chercher les supplices^ vous les trouverez dans la tâche qui vous est imposée. Soumettre dans un seul cas une seule de vos passions favorites, déraciner une seule des habitudes qui vous sont chères, renoncer par humilité ou par désintéressement à l'emploi d'une seule de vos forces, laisser passer devant vous, laisser intercepter par d'autres des occasions que votre naturel vous porte à saisir •videment, en un mot refouler le péché à mesure qu'il ppend Tessoi*, peser de toute votre vigueur, de tout votre poids sur les portes que ce prisonnier s'efforce de rompre, (voir incessamment les yeux, les bras, l'esprit tendus vers ce but unique, je vous le demande, cette seule action toute négative, toute de silence, toute de refus, cette immobile énergie d'un esclave enveloppant dans ses propres chaînes, étouffant dans une longue étreinte son propre esclave incessamment révolté, cette action, dirai-je, ou cetta passioo, a-t^Ue des bornes conuueS) v\i-^^ >ssv^
autre fin que celle de la vie? Votre part est la meilleure au point de vue de la nature ; car^ à supposer que voos souffriez autant et même plus que les chrétiens plus simples, vous avez des souffrances de votre choix; souffrir de la sorte, c'est agir; et qui ne sait tout ce qu'il y a de jouissance cachée dans Taction et dans la liberté? Ceux, an contraire, dont je vous propose Texemple acceptent toujours et ne choisissent jamais; ils ne vont au-devant d'aucune douleur inutile, mais ils se soumettent à toutes les douleurs utiles; ils ne commandent jamais, ils obéissent toujours; et lorsque le monde, qui ne les comprend pas, s'imagine, à la vue de leurs combats, qu'ils cherchent h souffrance, il est dans l'erreur; non, ils n'ont cherché que le devoir, et n'ont trouvé la souffrance qu'à l'occasion du devoir. Ce n'est donc pas action que leurs souffranceSi c'est passion toute pure, et combien cette seule circonstance élève leurs souffrances au-dessus des vôtres! Encore une fois, cherchez-vous des supplices? essayez de ceux-cL Cherchez-vous votre croix? elle est à votre porte.
Vous me direz que l'amour transforme tout, rend tout supportable. J'allais vous le dire. Dieu me garde en effet de voir toute*la vérité dans le lugubre tableau que je viens de tracer ! A Dieu ne plaise que j'oublie que la joie du chrétien se retrempe sans cesse et reverdit comme b palme, au sein de ces eaux d'amertume! Oui, l'amour transforme tout; mais n'oubliez pas que, loin de retrancher un seul de ces sacrifices, il les multiplie. L'amour transforme tout, c'est vrai; mais l'orgueil aussi transforme tout, pensez-y bien, et craignez que l'orgueil ne soit le vrai charme de vos douleurs. Que cette crainte est légitime, quand il s'agit de douleurs cherchées, de douleun choisies, où le moi triomphe en s'anéantissant, et ne meurt. pour ainsi dire, que poux ie&s\x&d\i&t ^Vv]& vivant et plui
LA PERFECTION FANTASTIQUE. iT7
brtl Voulez-vous, par un seul exemple, comprendre toute notre pensée? Lequel, à votre avis, souffre le plus dans lOQ orgueil, de celui qui fait en public, en détail, à plufleurs reprises, une confession humiliante qu'on ne lui demandait pas, ou de celui qui, en particulier, en téte-àléte, se laisse reprendre par un de ses égaux, par un de ses inférieurs, par un homme peut-être dont il se croyait bÎHDéme le guide et le censeur naturel? Lequel jugezvous plus humble, de celui qui prévient la critique en se rmfligeant, ou de celui qui la subit sans la prévenir? Eh bien ! dans ces deux hommes vous avez Tidée de ces deux classes de chrétiens dont les uns acceptent toutes les épreuves sans en chercher aucune, et dont les autres cherchent mille et mille épreuves sans en accepter aucune? les uns ont la juste idée de la perfection chrétienne, les autres poursuivent une perfection imaginaire; les uns sont dans les termes de TÉvangile, les autres n'y sont pas; du leste, ils ont tous leur récompense et leur consolation : les uns Torgueil, les autres l'amour. Omnes acceperunt ^^treedem suam : vani vanam.
Après tout ce que nous avons dit, pourriez-vous encore vous attendre (en supposant que vous n'eussiez point lu lïvangile) à y trouver des préceptes dans le sens de cette piétendue et mensongère mortification? Nullement, mes bères; et afin que vous ne vous trompiez point à ce silence, saint Paul l'accentue pour ainsi dire et l'articule en vous déclarant, dans les paroles qui précèdent mon texte, que de semblables ordonnances (il veut parler de Tinterdiction de certaines viandes) ne sont fondées que sur des doctrines et des commandements d'hommes. Il y a plus encore : alors mémo que ces observances auraient eu un Qteilleur principe, saint Paul ne leur est pas favorable, les regardant^ àil-il, a comme pernicieuses çat \vi\ït^ vî!û\i&. tk
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Ce n'est pas qu'il condamne^ comme exercices oa comme moyen de mieux vaquer aux devoirs du culte^ certaines abstinences que notre Seigneur lui-même semble avoir autorisées; mais voyant^ dans toutes les souffrances che^ chées^ un prétexte de se soustraire aux souffrances imposées^ et comme un passage souterrain par où le noiml homme peut retourner vers les traditions de TancieD^ il en signale le danger plutôt qu'il n'en établit la légitimité et l'avantage; et ce que Jérémie^ au nom de rËtemel, avait dit d'un culte idolâtre^ saint Paul semble ne pis craindre de l'afiSrmer de cette autre idolâtrie : a Je n'ii « point commandé cela, je n'en ai point parlé, et je n'y d a jamais pensé. » (Jérémie, XIX, 5.) Saint Paul était bieB placé, ce me semble, pour parler ainsi. Il en était de fan comme de ces braves qui, couverts d'honorables cicatrices, peuvent refuser un cartel. Il pouvait crier à ses compagnons d'armes de réserver leur sang pour ces champs de bataille où lui-même avait répandu le sien. Il n'aurait pas eu bonne grâce, du sein d'une vie commode et lâche, à décrier ces pieux excès; il aurait eu tort a ayant raison. Mais de quelle autorité ne revêtait pas ces avertissements une vie toute consacrée à la lutte contre ie péché, à la lutte contre le monde, une vie toute de sacri* fices et toute de sacrifices utiles, une vie de fatigues, de privations, de périls, d'opprobres, d'amertumes, dont chacune avait eu sa raison et son but, un crucifiement perpétuel, non-seulement des convoitises du vieil homme, mab des affections qui ne sont pas interdites au nouveau, on douloureux enfantement du monde à l'Évangile, une mort de tous les jours, une croix de toutes les heures! Ah! que peu d'hommes, après lui, ont traité le même sujet avec h même autorité, et que c'est bien avec la rougeur sur te ÏTODt que ceux qui lui succëd^ul àa.w%\^ m\\À.^\}^^^N\&\!^^^
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Qomme lui protester contre des excès dont ils ne sont que tatop innocents! Il faut le faire néanmoins; mais il faut se due à soi-même^ et il faut dire à tous^ que si une fausse mortification est dangereuse^ le manque de mortification Vest bien davantage^ et que si la témérité est coupable^ la llcfaeté Test bien plus encore.
Nous avonS; mes frères ^ condamné la perfection fan- Mîque de la vie chrétienne dans les principes sur les- (pels elle se fonde. Mais elle a pris soin de se condamner elMnôme en se montrant. Ses œuvres et ses effets parient contre elle. L'histoire des diverses écoles qu'elle a créées le rattache étroitement à celle des épreuves les plus iligeantes et des plus sensibles affronts qu'ait subis ÏÈfj&se chrétienne. Suivez à travers les âges ses pas destauctearsy et voyez de quelles ruines le terrain se couvre iprèselle.
Et d'abord^ avec la prétention d'élever^ si Ton peut dire linsi, le christianisme au-dessus de lui-même^ elle Ta toujours amoindri et dégradé. Cela devait être. Comme au ddà de tout il n'y a rien^ comme on ne saurait ajouter ouelque chose à Tinfini, il est inévitable que tout ce qu'on piétend ajouter à la vérité ne s'y unit points mais s'y oppose, ne l'augmente point, mais la diminue. Car, de ce que la loi est complète, de ce que Dieu a commandé tout te qui était digne de lui et bon à Thomme, il faut en condore hardiment que tout ce qu'il n'a pas commandé il l'a défendu. Si la condamnation atteignait également sous i'aQcienne alliance quiconque retranchait quelque chose du commandement de Dieu et quiconque y ajoutait quelque chose (Deut., XII, 32], ceci n'était qu'un symbole et UD avertissement pour les membres de la nouvelle alliinee. L'erreur que nous combattons était prévue; le ,mème principe qui pariait à l'un de ses ^\^% Vm^\Kfe^-
tion de Tobéissance, devait porter à son autre pôle la per fection fantastique ou d'invention humaine; si cette pe^ fection n'était pas selon la vérité, elle devait donc être contraire à la vérité; si elle n'ajoutait rien à la perfectioD vraie, elle ne pouvait que la diminuer; si elle ne complétait pas le christianisme, elle ne pouvait que le mutiler. Le principe étant un principe d'infidélité, les résultats devaient répondre et ressembler au principe, et une foittse perfection ouvrir la porte à de trop vraies imperfections. Et c'est ce qu'on a vu. Christ a été diminué de toutes les manières par cette ferveur infidèle; diminué dans sa nature, dans sa dignité, dans sa nécessité; diminué dans 8a pureté et dans sa sainteté. 11 n'est pas une de ces écdes qui, en tendant à l'excès certaines cordes qui devaient rester flottantes, n'ait relâché d'autant celles qui devaient être tendues. 11 n'est pas une de ces écoles qui n'ait signalé son passage par la destruction ou l'afiaiblissement de quelqu'une des vérités fondamentales de la religion ou de b morale. En sorte que quand il serait vrai que les partisans de ces écoles auraient, pour leur propre compte, troufé dans leur perfection idéale la perfection vraie du christianisme, comme un plus petit cercle est enfermé dans un plus grand, comme le moins est compris dans le plus (et nous ne l'admettons point), toujours estril que ce superflu dont ils jouissent aurait coûté à la multitude son néceasaire, et que leur luxe, comme celui des despotes avares, aurait été composé de la misère publique. Car s'il ne leur est pas possible d'entraîner le peuple dans la sublimité de leurs voies, il ne leur est que trop possible de lui faire accepter des erreurs qui s'accordent avec le relâchement aussi bien qu'avec l'exaltation ; il ne leur est que trop fiicile d'accréditer des hérésies, qui, paraissant compatibles avec le plus haut degré de ierveAvC) \^ ^\il k i^lus forte
LA PËftFECTlOTT fANTASTlOETB. 181
raîsoïi avec la franche médiocrité où se réduit le commun des chrétiens. Oui j ces erreurs énervantes, assoupissanteSj iffadissaiiles, qui font peu à peu descendre le christianisme
I niveau de la morale mondaine^ ce sont, quoi qui! en ible, ces exaltés j ces fervents, ces enthousiastes, qui oui propagt^es : on s'est prévalu de leur zèle pour embrasser des erreurs commodes, mais quant à leur zèle, bien ou mal entendu^ on le leur a laissé ; on a su extraire de leur dévotion des doctrines de relâchement, mais conlent de s'être approprié un fruit empoisonné, on s'est gardé h prendre ^enveloppe.
Et ce ne sont pas seulement les vérités de FÉvangile que ces sectaires ont altérées ; ils ont porté atteinte à des dogmes non moins sacrés, qui ne sont pas dans ITÏvangile parce <fue l'Évangile les suppose, de même qu'on ne voit pas les fondements d'une maison précisément parce que ce sont les fondements et parce qu'ils soutiennent tout. Ces affeciions premières, ces éternels instincts de la nature^ sans lesquels la vie n'est pas une vie humaine, sans lesquels homme n*est pas homme, et qui, propices à notre faie^ divisent, pour ainsi dire, en plusieurs espaces raoréchelle invisible par où notre âme s'élève à son m objet, ces atïections, ces instincts, ils tes ont niés, fautant qu1l pouvait dépendre d'eux, ils les ont détruits, i ceci soit un dommage immense apporté à la religion eu elle-même, c'est ce dont ne peuvent douter les lis philosophes^ qui de tout temps ont reconnu deux vééi» également importantes : Tune, que l'Évangile, et TÉ^ kgile seul, nous ramène à la nature; l'autre, que l'Évanvaut avoir atfaire à des hommes véritables, complets, , à des faritiimes sous le nom d*hommeSj qu'on ne peut ttfa vraiment chrétien a moins d'être vraiment homme, et 1» foi ne ftorte de vrais et de bons îï\i\V?j cçù^ ^'s^vs* ^<as^
182 LA PERFECTION FANTASnQUB.
âmes franchement humaines. Ce n'est donc pas rendre service au christianisme que de nier Thomme ou une partie de rhomme^ comme le font ces théologies^ car c'est l'altérer dans son essence; mais, de plus, c'est le décrier. Le monde, mes frères, n'a que trop de peine à accepter l'Évangile dans sa simplicité; mais enfin, quand on le lui montre tel qu'il est, il ne peut s'empêcher de le trouver beau, excellent, et convenir qu'il est beau, qu'il est excellent; c'est, involontairement, reconnaître qu'il est vrai. Gom\n&ï donc ne sont-ils pas coupables ou malheureux, ceux dont les inventions arbitraires rendent confus un caractère A distinct, et qui, en défigurant la vérité, fournissent à ses adversaires un moyen de la méconnaître, et un prétexte pour la nierl Ne sera-t-il pas terrible, lorsqu'un jour on. aura ouvert les yeux, d'avoir à se dire : « C'est à cause de a moi que la voie de la vérité a été blasphémée ! » (IL Piene, II, 2.) C'est parce qu'en la couvrant ou de ronces ou de fleurs, je l'ai efifacée, qu'on ne l'a plus discernée, et qu'on a prétendu qu'elle n'existait point. C'est parce que Tennemi a pu dire, en montrant au doigt les fantômes de mon imagination : Voilà l'Évangile 1 que tant d'âmes simjdes se sont détournées de l'Évangile, et ont, les unes lonfr temps, les autres jusqu'à la fin, langui et dépéri loin du courant de cette eau vive. Est-ce là un résultat assez déplorable de ma présomption et de ma témérité? et si je trouve dans le cœur de Dieu assez de clémence pour effacer ma faute, trouverai-je dans mes yeux assez de larmes pour la pleurer?
Enfin, mes frères, il faut le dire, ces systèmes d'une pe^ fection arbitraire ont parlé hautement contre eux-mêmes par les chutes de leurs sectateurs. « Il n'y a personne, dit a saint Jacques, qui ne bronche en plusieurs choses» (Jacq.j in, 2), personne, pas mfeme \e e\«èX\fc\i, e^ic \u8cpi'à
LA FBRVECnON FANTASTIQUE. 183
la fin de ses jours il voyage en compagnie de Tennemi; et si la marque indispensal)le de la vérité d'une doctrine était l'infaillibilité morale de ceux qui la professent, le christianisme lui-même lie serait pas vrai. Mais il est d'une éternelle vérité, comme d'une étemelle nécessité, que l'orgueil marche devant l'écrasement, et que plus quelqu'un s'élève, plus il sera abaissé. Que cette hauteur où s'élèvent ces esprits téméraires vous fasse mesurer d'avance la profondeur de leurs chutes. Le mondain peut tomber aussi bas, mais tombant de moins haut, il est moins entièrement brisé, et ces fractures connaissent des remèdes. Le chrétien, qui ne veut pas être sage, comme dit saint Paul, au delà de ce qu'il feut être sage (Rom., XII, 3), tombe moins qu'il ne ploie, et il n'a pas encore touché la terre que la main paternelle Ta déjà relevé. Mais il n'en est pas ainsi de celui qui, s'obstinant à perfectionner la perfection même et faisant le procès à celui qui l'a formé, ose lui dire : « Que fais-tu? a tu n'as pas d'adresse à ton ouvrage; » de celui qui dit à son père : « Qu'engendres-tu? » et à sa mère : a Qu'as-tu « aimanté? » (Ésaïe, XLV, 9, 10.) Ce n'est pas sans y avoir pensé qu'on a prétendu que l'esprit du mal hante plus volontiers chez les amateurs de l'extraordinaire en religion, et qu'un premier esprit de ténèbres revient avec sept autres esprits plus méchants que lui dans ces maisons si pompeusement ornées. (Matth., XII, 44, 45.) Personne n'a jamais donné à l'Église de plus déplorables scandales que ces esprits subtils et altiers; aucune route n'a jamais abouti à des abîmes plus profonds; et cela est si vrai, mes chers frères, que la dignité de ce lieu et de cette chaire s'oppose absolument à ce que nous donnions à cette assertion toutes les preuves dont elle est susceptible, tant ces preuves sont accablantes, tant elles sont honteuses ! Quel puissant motif d'apprécier et de respecter cette recom-
181 LA PETIFECTIOÎT FAHTASTIQUB.
maiidation de Tapôtre : a N^aspirez point aux choses éle- « vées, mais marchez avec les Immbles! » (Rom.^ XII, IG.) Mais pour échapper aux périls d'une fausse élévalion, comme pour répondre aux desseins et aux grâces de votit CréateuTj pour ne tomber nî dans les pièges de la chair, ni dans les pièges de Forgueilj aspirez à des choses plus élevées que toutes celles que le monde ou Fesprit de secte appellent injustement des choses élevées- Ni à droite^ ni à gauche j enfants de la promesse! ni à droite, ni à gauck» mais en hautî en haut, c'est-à-dire dans la pratique de tous les devoirs que Dieu vous a donnés à remplir ; en hautj c'est-à-dire dans un amour simple pour celui qui voi» a aimésj et dans la recherche assidue de sa gloire au mépris de la vôtre; en haut, c'est-à-dire en bas^ dans rexactitud^, non scrupuleuse et légale, mais tendre et zélée^ de robéi*» sance chrétienne, dans une humilité vraiment humble, dmis cette simplicité d'enfant qui s^acçorde si admirablement avec la raison de l'homme fait^ dans Tacceptation intelligente mais docile des grâces que Dieu vous a faites H Ae$ vérités qu'il vous a enseignées 1 Ne chercher pas un moyen terme entre deux excès, en déterminant la place de la vérité d'après la place de Terreur ; mais élevez-vous à cette hauteur d'où vous n'apercevez plus de milieu, plus de di»» tance entre deux erreurs qui ne sont plus îi vos yeux qu'une même erreur^ qu'un même péché sous deux formes diffé* rentes. Dominez-les Tune et Tautre de toute la hauteur de votre simplicité chrétienne. Et d'abord, demandez à Dieu cette inappréciable simplicité, dont les uns sont si éloigni**^ et dont tant de causes conspirent à éloigner les autres. Otî qu'elle est belle, oh! qu'elle est rare et difficile cette simplicité! Olil qu'elle doit ôlrc difficile en effet, puisqiiUli n'est pas autre chose que la fidélité, pas autre chose qw la foi I 0ht qu'il nous faut la demander et la redemander
Lk PERFECTION FANTASTIQUE. 185
^Dieu^ afin que nous finissions par n'avoir^ sur lui-même et sur nouS; d^autres pensées que ses pensées. Puissionsnous du moins avoir la simplicité de demander^ puisqu'il nous a été si solennellement promis qu'il sera donné à quiconque demande^ et que tous ceux qui cherchent trouvelont ce qu'ils ont cherché !
Est-ce là ce que vous regardez^ Luc, XXI, 6.
Cette parole, messieurs (1), est une parole de reproche, et pour n'avoir rien d'amer, elle n'en est que plus sérieuse et plus pénétrante. Les disciples sont entrés avec Jésus- Christ dans le temple, et frappés de la splendeur et de la majesté de cet édifice, dont l'aspect toutefois n'a rien de nouveau pour eux, ils ne se contentent pas de l'admirer en silence, ils interpellent leur Maître, ils l'avertissent d'admirer comme eux, en lui faisant remarquer que cette maison de prière est ornée de belles pierres et de beaux dons. — Pour toute réponse, Jésus leur dit : « Est-ce là ce que « vous regardez ? » Les jours viendront qu'il sera démdi et qu'il n'en restera pas pierre sur pierre.
Si quelqu'un de vous était tenté d'excuser les disciples, voici ce qu'il pourrait dire : Si ceux qui avaient construit ce temple et qui l'avaient orné de belles pierres et de beaux dons ne furent pas coupables, les disciples ne l'étaient pas
(1) On a conserTC «e mot là où il se trouTC dans le manuscrit de raoieiir. Il peut servir à rappeler au Icetcur que les discours où il est employé, ainsi qoa plusieurs autres de ce recueil, ont été composés par H. Vinet en vue de son enseîgnemenl.
davantage en admirant leur œuvre. La première question est de savoir s'il était convenable qu'un tel édifice fût beau, mais il est d'ailleurs bien certain que le beau est fait pour être senti; c'est là une impression naturelle à laquelle, si Ton est bien organisé, on ne résiste point; et les constructeurs de cet édifice n'avaient rien négligé pour que, dès le seuil de ce sanctuaire , le regard fût à la fois surpris et charmé. On pourrait aussi rappeler que ce temple, bâti par Hérode le Grand sur l'emplacement de celui de Zorobabel, surpassait en grandeur, sinon en magnificence et en gloire, le second et même le premier temple; on pourrait nous le montrer assis sur la plus haute de trois terrasses, unies l'une à l'autre par de vastes degrés, et transformées en parvis par un double et triple rang de colonnes ; on pourrait montrer, au-dessus de ces péristyles dominés les uns par les autres, un dernier péristyle qui était proprement le parvis du sanctuaire; on pourrait, à travers cette dernière forêt de colonnes , nous introduire dans le temple même, dont les murs hauts de cent coudées, et l'enceinte large d'autant, étaient partout revêtus de marbres précieux et brillant de l'éclat d'un or pur; on nous ferait parcourir par la pensée ces constructions latérales, ces vastes dépendances, élevant leurs triples étages autour de l'enceinte sacrée, et reproduisant toute la distribution du premier temple dans des proportions agrandies, comme pour mieux dissimuler, dirai-je, ou pour rendre plus frappante la désolation du saint des saints, absolument nu, vide et sans mystère. Tant de grandeur, tant d'éclat, dont la seule description remue notre imagination, pouvait-elle être sans eflfet sur l'imagination des disciples ? et ne les excuseronsnous pas lorsqu'ils s'écrient : Maître, voyez quelles pierres, quels dons, quelle magnificence?
Est-il personne, messieurs, je dis parmi les chrétiens
188 LIS nERAES DU TEMPLE»
les plus austères^ qui^ en entrant dans la nef de notre cathédrale, non pas pour la première fois, mais pour h vingtième, et laissant ses regards errer le long de cette avenue de colonnes, ou dans la profondeur, si mystérieuse jadis et encore aujourd'hui si touchante, de ce chœur Idntain, ou vers ces cintres légers et hardis, qui, comme une puissante végétation de chaque pilier, élancent et entrelacent leurs jets au foyer de la voûte, est-il personne, je vous le demande, qui ne se soit dit : Que cela est beau! que cela est harmonieux! quel concert entre toutes ces pierres! quel hymne que cette architecture! quel poème que cet édifice! ceux qui l'élevèrent sont morts; mais quoique morts, ils nous parlent encore, et leur pensée, pleine d'adoration, leur pensée, qui était une prière, est tellement unie à leur œuvre qu'on croit la sentir et la resjHrer à mesure que Ton s'avance dans ces murs, qui la prolongent à travers les siècles ! Voilà, messieurs, ce que Ton pense, et si Ton n'est pas seul, on ne peut guère s'empêcher de le dire; on fait donc comme les disciples lorsqu'ils s'écriaient : Voyez quelles belles pierres et quels beaux dons! et ne s'expose-t-on pas à s'entendre adresser par le Seigneur cette parole de reproche : Est-ce là ce que vous regardez?
Et pourquoi non, messieurs, si notre âme ne va pas plus loin que notre regard, si elle s'arrête où notre regard est obligé de s'arrêter, si les symboles, les apparences> les choses visibles la retiennent captive, et si ces magnificences de l'art enchaînent notre cœur à la terre au lieu de l'élever dans le ciel? C'est là ce que Jésus-Christ reproche à ses disciples. Il avait lu dans leur âme. Il y avait démêlé cette convoitise de la chair, cette convoitise des yeux et cet orgueil de la vie, qui sont les trois chaînes d'obscurité par lesquelles l'ennemi de Diew ivo\3k& ^^ é^^jK^Uôrnent aux
ténèbres du dehors. L'homme et le Juif s'étaient également révélés à lui dans cette exclamation involontaire; Thomme ébloui de tout ce qui paraît, plein de mépris pour ce qui ne paraît pas; le Juif, enorgueilli de la pompe extérieure d'un culte dont le sens profond^ la pensée intime lui avaient depuis longtemps échappé^ et se rattachant opiniâtrement à la loi, c'est-à-dire à une ombre, au moment même où cette loi était plus que jamais une ombre. Est-ce là ce que vous regardez? Quoi! ces quelques grains de poussière, qui ne sont grands que parce que vous êtes petits! Quoi! ces dons extorqués par la peur, par la vanité, par la coutume, à des ftmes qui n'ont pas voulu commencer par se donner à Dieu! Quoi ! le fastueux mensonge de ces marbres et de ces dorures, de tous ces ornements dont le sens pieux est depuis longtemps oublié ! Est-ce là ce que vous regardez?
D'ailleurs, messieurs, une circonstance à laquelle j'ai à peine besoin de vous rendre attentifs donnait un à-propos tout particulier à cette parole de notre Seigneur. Lui aussi, en sortant du temple, avait regardé quelque chose, et l'avait fait remarquer à ses disciples, qui, sans cela, n'y auraient pas pris garde. Qu'était-ce, messieurs, qui avait attiré les regards et fixé l'attention de notre Maître ? C'était une pauvre femme, déposant une pite dans le tronc des aumônes, c'est-à-dire venant avec son nécessaire au secours des nécessiteux. Jésus-Christ avait fait remarquer à ses disciples cette libéralité, plus grande, à son jugement, que les aumônes les plus abondantes de la richesse; et c'est lorsqu'il venait de mettre sous leurs yeux un exemple si touchant de charité, et lorsque, par un mot aussi simple que frappant, il leur avait ouvert un si beau sujet de méditation, c'est alors, et comme pour répondre à un avertissement par un autre, que les disciples invitent leur Maître
LIS PiSnitES Dlï TEKPLE,
à admirer avec eux les magnificences du sanctuaire* Comme s'ils lui voulaient dire : Voilà ce que vous avez jugé digns de votre attenlionj et voici ce que nous jugeons dig^ne île !a nôtre* Yous regardez une âme simple qui se sacrifi^j et nousj nous regardons des pierres. La grandeur et la beauté morales sont le spectacle que vous aimez ; la grandeur ei
Ila beauté matérielles sont le spectacle qui nous plaît, Co seul acte de ce culte que vous avez appelé vous-même le culte en esprit et en vérité vous distrait des splendeurs du culte tout extérieur qui se célèbre dans cette enceinte; et nous, ces splendeurs visibles emportent nos regards bien loin du culte en esprit et en vérrtéj le seul qui honore notre Père- Etnon^seulement notre instinct nous attire d'unautn c6té que vous^ mais vos avertissements mêmes ne nous m mènent pas. Yous nous avez dit : Voilà ce qu'il faut admirer; et nous disons, nous ; Voilà ce que nous admirons*
A ces paroles, à ces pensées du moins, Jésus-Christ* répondu ; Est-ce là ce que vous regardez? Que n'aurait-U pas pu ajouter encore? Par combien d'arguments» s'il Teitt jugé convenable, ne pouvait-il pas réprimander et la distfiotion des disciples et leur préoccupation ! Mais notre Se* gneur était sobre de paroles et n'argumentait pas t)eaucoii|K Un mot à l'ordinaire, un argument entre tous^ lui suffisait, mais péremptoire, décisif^ et atteignant, comme U a été dit de la parole divine en gêné rai j les dernières divisions de Tâme et de Tesprit, des jointures et des moeUe&. Il iie dit donc qu'une seule chose, et la voici : Les jours vieih dront qu'il ne sera pas laissé de cette maison pierre SVf
■ pierre qui ne soit renversée*
H II s'agit évidemment d une destruction instantanée^ vit> H lent«, furieuscj et non pas de celle que les années et le* H siècles consomment insensiblement. Cette deslmctjoti ^ra
■ l'œuvre d'un ennenii plus impatient que le temps». U
comme il ne peut entrer dans la pensée de personne que ce temple soit démoli par le peuple qui Ta élevé, qui en fait sa gloire et y voit le foyer de sa nationalité, c'est donc d'un autre peuple qu'il s'agit, c'est d'une invasion, d'une conquête; ce seul mot ouvre donc à la pensée des disciples une perspective d'opprobre, de ruine et de désolation ; ce mot renferme peut-être la prophétie d'une totale extermination du peuple et du nom juif. Le divin prophète ne garde le silence que sur un point; il ne dit pas quand ces choses arriveront : «Les jours viendront, » dit-il; mais bientôt après, laissant un libre essor à la prophétie qui bouillonne dans son sein, il fait trop bien comprendre à leurs cœurs angoissés que cet avenir n'est pas loin, qu'ils y sont personnellement intéressés, et que ce temple, tout jeune encore parmi les monuments, puisqu'il est bâti depuis moins de cinquante ans, n'en verra pas cinquante autres encore.
Mais quand la destruction du temple ne supposerait pas la ruine du pays et l'extermination du peuple, et quand rien de tout cela ne serait imminent, la réponse de Jésus- Christ n'en serait pas moins pleine de sens et de force. Admettons encore que la destruction du temple doive être l'œuvre lente et silencieuse des années; il n'en est pas moins vrai qu'en disant à ses auditeurs une chose que d'ailleurs ils savent trop bien, c'est-à-dire qu'un jour il ne restera pas pierre sur pierre de ce magnifique édifice, notre Seigneur justifie pleinement cette répréhension aussi grave que douce : « Est-ce là ce que vous regardez? »
Admirable argument, qui les renferme tous. L'éternité et la vérité sont inséparables, ainsi que l'erreur et la caducité. Tout ce qui est vrai est éternel, tout ce qui n'est pas étemel n'a de l'être que l'apparence et le nom. Dieu a fait tout ce qui paraît de ce qui ne paraissait point. L'esprit,
192 LKS PIERRES DU TBMPLB.
dont le foyer est Dieu^ existait avant la matière^ sans ht matière; la matière n'a été créée que pour servir d'instrament à Tesprit créé, de forme à sa vie, d'objet à son act vite. Mais elle n'a point de valeur intrinsèque, absolue; elle tire toute celle qu'elle a de son but et de son emploi. L'esprit seul, issu de Dieu, semblable à Dieu^ capable de s'unir à Dieu, l'esprit seul est immortel, parce qu'il eA digne de l'être. Un seul esprit vaut tous les mondes; ou plutôt tous les mondes ensemble, actuels et possibles, ne peuvent se comparer, se mesurer à un seul esprit. L'esprit seul mérite par lui-même la principale attention de l'homme, puisqu'il a obtenu la principale attention de Diea; et d'autant que l'esprit et tout ce qui tient à l'esprit eA invisible, on peut dire avec vérité qu'il n'y a que les choses invisibles qui méritent qu'on les regarde, et qu'il fout, dsDB un certain sens, être aveugle pour tout le reste.
Et c'est pourquoi la pite de cette femme, tombant saas bruit dans le tronc des aumônes, méritait plus d'attention que les pierres et les ornements du temple. Ce n'était pas une pite, c'était un mouvement invisible de l'esprit, rendu visible par cette aumône. C'était une grande chose qœ cette action, une chose plus grande que le temple avec ses degrés, ses péristyles, ses voûtes, ses murailles colossale. Et même, toute comparaison est injurieuse. Les disciples peuvent comparer, s'ils le veulent, la pensée qui a élevé ce temple à la pensée qui fait tomber cette obole des mains de la veuve ; mais ils sont loin d'y songer ; et quand ils y songeraient, messieurs, nous n'accepterions la comparaison que pour relever l'action de la veuve; car, entre le prince fastueux qui a bâti cette maison de la surabondance de son trésor ou de la sueur de ses sujets transformée lentement en or, et cette pauvre femme jetant furtivement dans le trésor de la charité le tribut qu'elle a levé sur sa misère,
« tout ce qu'elle avait pour vivre, » dit Jésus-Christ, quelle différence, messieurs I Que cette pauvre femme est grande, que ce grand monarque est petit î
Que ce soit dans Tàme de chaque individu qu'il faille chercher la juste mesure et le vrai nom de chacune de ses actions, ou, en d'autres termes, que les actions de Tâme soient les véritables actions, c'est une de ces idées vers lesquelles l'empire des objets sensibles ne nous permet de gravir qu'avec peine , et auxquelles toutefois il faut nous élever si nous voulons être au point de vue de la vérité et de Dieu. Nous appelons exclusivement du nom d'action tout emploi que fait notre volonté de nos forces ou de nos facultés corporelles pour accomplir quelque changement hors de nous; et nous n'appelons pas actions, mais pensées, sentiments, désirs, ce qui se passe dans notre âme, ou plutôt ce que fait notre âme sans le concours de nos facultés corporelles et sans qu'aucun changement en résulte dans le monde extérieur; tellement que quand nous avons eu quelque intention bien déterminée, et que des obstacles tout à fait indépendants de notre volonté nous ont empêché de la réaliser, nous ne croyons point avoir agi. Et cependant, non-seulement ces intentions-là sont des actions (preuve en soit le remords qu'elles nous causent quand elles ont été mauvaises), mais ce sont même les vraies actions; nos actes extérieurs n'en sont que le témoignage et la manifestation extérieure, et ne sont aux yeux du juge des cœurs, à qui les changements extérieurs importent tort peu, que des gestes plus ou moins expressife; ce n'est pas sur ce que nous aurons fait (à prendre ce mot dans son sens matériel) , que nous serons jugés, mais sur ce que nous aurons voulu, ou autrement sur ce que nous aurons fait intérieurement, sur les actions de notre âme; car il n'est pas dit que nous recevrons selon ce que
idk LBS PIBRRES DU TBMPLB.
nous aurons fait avec notre corps^ mais selon ce que nom aurons fait étant dans notre corps. Nos actions extérieures figureront alors comme des symboles, comme des témoignages; il ne sera pas indifférent d'avoir fait telle ou telle chose, car premièrement ce sera la preuve que nous avons voulu telle ou telle chose, et en second lieu, ces actions, nées de notre intérieur, auront réagi en bien ou en mal sur notre intérieur, en bien si elles étaient bonnes^ en mal si elles étaient mauvaises; mais en tout cas, c'est Faction intérieure qui sera jugée, c'est le cœur qui sera sondé; autrement il faudrait admettre que celui qui, conservant ses ficultés intérieures, aurait été privé de tout moyen d'action, ne serait pas sujet au jugement, et que quand quelqu'un n'aura pas fait tout le bien ou le mal qu'il a réellement voulu faire , ni ce bien ni ce mal ne lui seront portés en compte; supposition qui ne va pas à moins qu'à annuler toute responsabilité et anéantir toute morale. L'homme juge les actions du dehors. Dieu juge les actions du dedans, ce que l'on exprime ordinairement en disant que Dieu juge ■• le cœur ou regarde au cœur; et nous-mêmes, pauvres humains, n'y regardons-nous pas autant que nous le pouvons, et ne nous est-il pas arrivé cent fois de réformer en nous-mêmes les jugements de la justice criminelle, en prononçant intérieurement que tel homme, convaincu d'un grave attentat, est réellement moins coupable, vu l'état de sa volonté, que tel autre, convaincu d'un simple délit! Ainsi donc, tout en continuant à appeler action ce que tout le monde appelle de ce nom, et à distinguer, dans le langage ordinaire, l'action et la pensée, nous sommes autorisés à dire que, dans le fond, nos pensées volontaires sonic nos véritables actions, et que nos actions ne sont que de^ symboles.
Étendons cette idée : tout ce qui est extérieur, visible^
matériel, n'est que symbole; il n'y a de véritable action que les actes de Tesprit; Tesprit seul fait de véritables actions; et les changements qu'il produit au dehors de lui, dans le monde des sens, ne font que l'exprimer. Ce sont des actions encore, je le veux; ne leur ôtons pas ce titre; mais ce sont des actions purement symboliques, des signes de ce que nous sentons et de ce que nous voulons, ou aussi des moyens d'exercer notre homme intérieur, et c'est là que gît leur importance. Ce que nous disons de nos actions, U faut le dire de nos productions; elles ne nous font pas être ce que nous sommes, elles l'expriment seulement; elles le témoignent aux autres et à nous-mêmes; leur importance s'arrête là; mais afin que nous ne confondions pas le symbole avec la réalité, et le signe avec la chose signifiée, le temps détruit successivement tous ces symboles^ quoi que ce soit d'ailleurs qu'ils aient exprimé; aucun n'est épargné ; la matière subit les lois de la matière, la poudre retourne en poudre; et ce corps, qui n'est pas nous-mêmes, mais notre forme seulement, ce corps qui est pour nous la première partie du monde des phénomènes, le premier objet comme le premier instrument de notre action extérieure, ce corps change, dépérit, succombe , et nous rappelle à tout moment par ce caractère de défaillance continué, par cette mort incessante, qu'il n'a dans notre existence qu'un rang subordonné et qu'une importance relative.
Loin de nous le rêve insensé de ceux qui ont révoqué en doute l'existence de la matière et la réalité du monde extérieur; loin de nous de traiter de simples illusions les phénomènes de l'univers; mais pourtant il y a dans la conscience de l'homme quelque chose qui le contraint d'unir indissolublement l'idée de l'être et celle de l'immortalité; « ce qui doit finir, a dit un grand orateur, est à peine sorti
a du néant; n ce qui n'est pas fait pour durer toujours^ de quelle manière^ à quel titre existait-il? L'Écriture s'est-elle trompée en disant que a Thomme chemine parmi Tq^paa rence; » et vos prédicateurs^ après' elle^ se trompen(-ik lorsque^ dirigeant vos regards vers le monde invisiUe^ ib vous pressent de vous attacher aux seules réalités!
Non, dans le sens religieux du mot^ disons-le haidiment, il n'y a de réel que ce qui est éternel. Tout ce que nous voyons périr , crouler autour de nous^ près de nous (et notre corps est une de ces choses qui sont près de noaft)i n'était pas absolument rien, puisqu'une ombre est encon quelque chose, mais après tout ce n'est qu'une ombre; tout cela n'était pas absolument rien, puisqu'un symbde est quelque chose, mais enfin ce n'est qu'un symbole. Dieu ne veut pas que nous y soyons trompés, et c'est pocuv quoi la loi du changement ronge à petit bruit ou renvem avec éclat tous ces symboles; les plus saints périssent k leur tour; ce temple aussi, dont les disciples admiraient h masse et la splendeur, ce temple devait périr; une dispensation vengeresse ne faisait qu'accélérer l'inévitable catastrophe. Et comment ce temple élevé par la m^in des hommes aurait-il pu ne pas périr, lorsque Dieu destine k la destruction le temple qu'il a lui-même construit?
L'univers est le premier, le plus saint, le plus magmfique des temples. L'appeler ainsi, c'est lui rendre son nom, c'est donner une raison à son existence; car si l'umvers n'est pas un temple, qu'est-il, je vous le demande! Or, ce temple dont Dieu lui-même est l'architecte et le fondateur, il doit périr. Dieu l'a dit. Profané comme il est, comment subsiste-t-il encore? Celui qui, nouveau Samson, mais avec toute la sainteté que Samson n'avait pas, tomba entre les mains sanguinaires des ennemis du peujrfe de Dieu, ne pouvait-il pas, de sa main divine, ébranler le»
LIS niRREs DU teupls. 197
piliers de cet édifice immense^ et ne laisser son innocente rie que' sous les ruines de Tuniversî 11 ne Ta pas fait; et iprès des symptômes passagers de destruction^ destinés à ivertir Thumanité que la terre elle-même avec ses habiïuits ne subsistait que par miséricorde^ la terre et les cieux r^ermis ont continué à voir^ dans une imperturbable séeie^ les jours succéder aux nuits et les nuits succéder aux jours ^ la mer se balancer sous la pression des astres^ et les astres eux-mêmes accomplir dans les cieux leurs orbes accoutumés. Mais la sentence n'est que retardée ; la terre^ comme un malheureux navire qui brûle en pleine mer^ doit^ au milieu de sa navigation immense^ disparaître dans la flanune et dans la tempête^ devenir elle-même un cadavre et une cendre après avoir englouti tant de cadavres et de cendres ; et ne subsister que comme un étemel et mélancolique souvenir dans la mémoire des célestes intelligences qui assistèrent à sa naissance et qui auront vu son trépas. Que dis-je? ce temple même, à Tarchitecture mobile, où la terre tient si peu de place, doit s'abîmer tout entier dans un océan de feu, afin qu'une catastrophe si facile et si rapide confirme à tous les esprits créés ce principe étemel du gouvernement divin : la matière pour l'esprit, l'esprit pour la vérité et pour Dieu.
Ainsi, de ce temple comme de l'autre, il ne restera pierre sur pierre, ce Est-ce donc là ce que vous regardez? » Et eïi eflfet, s'il ne faut pas regarder ce qui doit périr, fauWl regarder, plus qu'autre chose, ce monde qui s'en va périr?
Patients investigateurs des mystères de la nature, prétendons-nous vous condamner? Non certes, si c'est l'esprit que vous cherchez dans la matière, si, à travers le visible, c'est l'invisible que vous regardez, et dans cet univers l'auteur de l'univers; mais s'il n'en est pas ainsi, Jésus- Christ vous dit à vous comme aux disciples : a Est-ce là ce
a que vous regardez? » Je veux que votre admiration soit plus réfléchie et votre curiosité plus savante ; mais qu'importe si votre curiosité s'arrête en chemin et si votre admiration se trompe d'objet? Je consens que vous regardia ce que vous regardez; mais c'est d'en haut et non d'en bas qu'il faut le regarder, et l'on voit mal ou l'on voit inutilement tout ce qu'on ne voit pas en Dieu. Qu'admirez-vous dans toutes ces merveilles^ si vous n'y admirez pas une pensée^ et par conséquent une pensée de Dieu? Expliquezvous; ne nous laissez pas dans le doute sur la droiture de votre sens. Jusque-là nous vous dirons toujours : a Ëst-oe a là ce que vous regardez? » Un bûcher funèbre, un tombeau mystérieux attendent pour l'engloutir le monde des astronomes^ le monde des physiciens^ le monde des géologues; au séjour de la réaUté, aux sources de l'être, il ne sera plus question des phénomènes changeants; tout aura été consumé^ hormis la pensée qui leur donna naissance et qui leur dicta des lois : si cette pensée n'a pas été l'objet de vos regards, qu'avez-vous regardé?
« Ce ne sont pas, dites-vous, des phénomènes, ce sont des lois que nous avons regardées, et une loi est une pensée. » C'est ici que nous vous attendions. Dites-nous donc positivement que c'est la pensée de Dieu, sinon nous dirons que c'est la vôtre, votre sagacité, votre pénétration, votre esprit de découverte, et que, par conséquent, c'est vous-mêmes que vous avez regardés, en sorte que la nature entière n'a été qu'un miroir pour l'orgueil de votre intelligence. Digne objet de regard qu'une sagesse qui ne veut pas relever de Dieu! Digne sujet d'admiration que l'homme détaché de Dieu! Mais au fait, je me trompe, il y a bien de quoi regarder. Les monstres n'ont pas moins que les prodiges le droit de fixer, du moins pour un moment, nos regards épouvantés. Ainsi 4onc, a^\^s ^Novt Y^^ardé ce
monde sans y voir Dieu, regardez ce regard lui-même. Il n'est pas moins digne de votre attention que les merveilles de l'univers. L'univers lui-même pourrait le regarder. La création^ si elle avait une âme et une voix, se récrierait à la vue d'un si effrayant prodige. La nature, qui en renferme un si grand nombre, n'en a certainement point de pareil; car ses monstres mêmes réalisent quelque loi; mais le monstre dont nous parlons, Thorrible merveille de Thomme sans Dieu, aucune loi ne saurait l'expliquer.
Ceci, messieurs, nous conduit aussi près que possible d'une importante application des paroles de Jésus-Christ. Il se trouve assez de gens qui méprisent la grandeur matérielle et réclat visible. Ils s'en piquent du moins, et c'est déjà quelque chose. Mais sur quoi tournent-ils leurs regards? Quel est l'objet de leur admiration? Si c'est l'intelligence, ou ce qu'on a trouvé à propos d'appeler Yesprit, c*estr-à-dire la vie, le reproche de Jésus-Christ les poursuit encore : a Est-ce là, leur dit-il, ce que vous regardez? »
L'intelligence, quelle que soit sa dignité, n'est pas autant au-dessus de la matière qu'elle est au-dessous de la cha- • rite. £n faisant ces distinctions et en mesurant ces distances, nous ne prétendons pas séparer ce que Dieu luimême a uni. Nous savons que la sainteté, ou, comme quelques-uns la nommeraient plus volontiers, la moralité, ne saurait exister sans l'intelligence, et que l'être qui ne pense point n'est point un être moral. Nous devons croire pareillement que l'intelligence créée est nécessairement unie à des organes, puisqu'elle le sera dans le séjour même de la consommation ; tellement que Thomme, dans Tintégrité de son idée, est un être à la fois physique, intellectuel et moral : réduit à un seul, ou même à deux de ces éléments, ce ne serait plus l'homme. Mais si, malgré l'intime um'on de l'intelligence et du cotç^/\\^%V.^^t\sàs»^^-
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firmer qu'il n'y a nulle comparaison à foire entre le corps et rinteïligence^ vous ne vous étonnerez pas que nous disions que le principe moral^ quoique inséparable du principe intelligent^ lui est supérieur de beaucoup. Un ra]^[xxt se conçoit très bien entre le supérieur et rinférieur; fxxh lemQnt c'est un rapport ou une union de subordination. Or le rapport de l'intelligence à la moralité est le même qne celui du corps à Tintelligence ; le corps est l'instnimeiit de rintelligence^ et Tintelligence à son tour est rinstement de la moralité; à moins qu'on ne veuille dire (et poa^ quoi non?) que le corps et Tintelligence^ inégaux eotn eux, sont ensemble, et l'un par l'autre^ les deux instruments de la moralité. Celle^i est donc le but^ ceux-là sont les moyens. Moyens nécessaires^ je le veu^^^ mais toutefois simples moyens. Je ne vais pas môme^ en parlant ainsi» aussi loin que va l'Écriture ; c'est elle qui a dit : a Graignei « Dieu, et gardez les commandements^ car c'est là tout a l'homme; s> si c'est là tout l'homme^ qu'est-ce que tout le reste? Mais nous comprenons Salomon : tout l'homme, c'est toute sa destination^ toute la raison de son existence, toute sa gloire devant Dieu«
Le prix qu'a payé pour notre salut le divin Amour de* vait sans doute racheter ou sauver notre intelligence en même temps que notre cœur; mais quel a été le but de l'envoi du Sauveur? Est-il venu expier les erreurs de notre jugement ou les torts de notre volonté? Est-il venu nous apprendre à bien raisonner ou à bien agir? A-t-il voulu foire de nous des savants ou des saints? Ce seul foit établit assez la vérité que je vous propose ; et sans ce foit, j'ose m'en assurer, votre conscience l'établissait. La gloire de l'homme est dans la rectitude et le bon emploi de sa volonté ; et la gloire de l'intelligence est de servir au triomphe du principe movdl.
Or, ÎI iï*est pas besoin^ méinE aujourd'hui, d'établir à( ^ands frais de raisonnement la supériorité de riritelligence Pbr la matière, quoique b matière tnomphe dans bien des 1 coeurs et môme dans bien des théories. Mais il est besoia peut-être de réprimer renthousîasme du savoir et rorgueil | de Tinte Higence. Il est besoin de dim aux hommes que si leur assemsseraent à la matière est une dégradation^ Ja subordination de la moralité à ^intelligence est une autre dégradation; que l'homme le plus intellectuel, s'il n'est 1 rien de plusj n'est qu'une bête intelligente ; que les triom- \ jhes d'une intelligence démoralisée ne sont point essen- ■eïleiïicnt différents des triomphes de la force brutale ; et j H|il^exces5ivo admiration du génie part du même princîpa ^B cette convoitise des yeux, enveloppée par un apôtre dans la même condamnation que la convoitise de là chair et que l'orfîueil de la vie.
Il est un faitj messieurs » qu^on ne peut ni contester ni
ibsQudre, c'est qu'en tout pays^ mais peut-être surtout
d^s certains pays, les talents de Tesprit ont obtenu grâce
ûour les torts les plus graves de la conduite, et que quand
Ees talents ont été supérieurs^ transcendants, ils ont jeté
Btelout le reste le voile le plus épais. Tel homme n'aurait
Hp^iié dans la société que comme un misérable» s'il avait
manqué d*esprit; mais avec beaucoup d'esprit on n'est
(loinl un misérable; tout le monde l*eût évité, mais il a de
fasprit, et tout le monde le recherche. On le voit du moins
Su autre œil que tel autre homme qui n'étale pourtant I tte plus mauvaises mœurs et qui n adiche pas de pires feues; on ira même jusqu'à dire qu'une certaine régularité morale est incom[^atible avec le génie, et qu'on aurtit trop à faire d'avoir à la fois beaucoup de talent et beaucoup de vertu.
Il est un ïïuire MU messieurs, qu'on ue ^XiX m t'&x?^st^^sst
20â LES PnSRRES BU TmPLV.
ni absoudre : c'est que la simplicité d'esprit, Fignoranoe même involontaire, ou un certain travers dans le jugement, exposent un homme à un mépris quelquefois insultant, quelles que soient la pureté de ses mœurs et la bonté de son caractère. On reconnaîtra peut-être ses bonnes qualités, et même on les mentionnera, mais comme des circonstances atténuantes. On conviendra peut-être que cet homme est un homme selon le cœur de Dieu, mais on ne cherehen pas à se réchauffer à son foyer, à emprunter de lui cette sagesse entre les parfaits, qui, selon l'Écriture, éclaire ki plus simples, et que les plus simples enseignent aux pbtt savants. Il n'a pas d'esprit, ainsi donc il ne compte pas. Qu'il ne fût pas recherché pour sa conversation, c'est-àdire qu'on ne lui demandât pas ce qu'il ne peut donner, cela irait sans dire; mais non, ce n'est pas tout; il a tort de n'avoir pas d'esprit, comme cet homme apparemment a tort de n'avoir pas ajouté une coudée à sa taille, comme cet autre, je le présume, a tort d'être pauvre... Vousi vous récriez, messieurs; mais réfléchissez auparavant. Est-il vrai ou ne l'est-il pas que la pauvreté nous expose au mépris de certaines âmes, comme la richesse nous recommandée leurs respects? Gela est inconcevable, absurde, mais ceb est; or le mépris de la pauvreté intellectuelle a-t-il quelque chose de plus absurde, de plus inconcevable que le mépris de l'autre? et si les âmes tout à fait vulgaires sont capables de mépriser l'homme dénué des biens matériels, d'autres âmes, plus élevées d'un degré, ne seront-elles pas capables de vouer au mépris ou du moins au dédain les hommes dénués des avantages de l'intelligence?
L'idolâtrie moderne a élevé deux autels vers lesquels s'empresse une foule d'adorateurs; un de ces autels est celui de la matière, l'autre celui de l'intelligence. Sur l'un comme sur l'autre on offie à^s NVeXm^^ Wvc^vxves^ car
us PIERRBS DU TEMPLIC. 203
tous les cultes idolâtres sont des cultes meurtriers. L'adolation de Tesprit a sa barbarie comme Tadoration de la matière. L'homme d'esprit trouve son compte à ne rien épargner. Celui qui méprise le plus passe pour avoir le plus de sagacité. On a pu dire que le cœur a souvent de l'esprit, mais l'esprit n'a point de cœur. Dans les voluptés effrénées de Tesprit, comme dans les voluptés effrénées des sens, le cœur se dessèche, Thomme devient cruel. 11 faut tout dire : il devient même stupide. Il y a tant de choses dont on ne peut juger qu'avec le cœur, que, le cœur venant à manquer, il faut de toute nécessité que la raison déraisonne. Pour connaître à quel degré le cœur rend intelligent, à quel degré aussi le culte de l'esprit abaisse l'intelligence, placez vis-à-vis d'un cas de conscience un homme d'esprit et un homme de piété, a Ta loi, ô mon Dieu, c donne de la sagesse aux plus simples; t'a-t-on regardé, a on en est illuminé ! »
Et c'est pourquoi, dans nos jours, l'ivresse des triomphes intellectuels me fait presque autant de peur que l'entraînement si général vers les jouissances matérielles. Et c'est pourquoi je voudrais diriger vos regards avec les miens du même côté vers lequel notre divin Maître cherchait à tourner ceux de ses disciples. Pauvre veuve de l'Évangile, humble femme que mon Sauveur a d'un seul mot rendue à jamais célèbre, faites encore tomber votre pite, vos laborieuses sueurs mêlées peut-être de vos larmes, dans le tronc de la charité. Dites-nous, si votre humilité vous le permet, ou plutôt puisque notre intérêt l'exige, quel mouvement de votre âme a fait couler de votre indigente main vers d'autres indigents cette partie de votre nécessaire, ou, comme vous pourriez nous le dire, cette partie de votre chair. Nos yeux sont rassasiés des magnificences du sanctuaire symbolique : ouvrez-nous le sanc-
9ûk LBS PIBRRBS DU TBHPLI.
tuaire de votre âme, et découvpezHaous d'autres magnificences. Montrez-nous vos souffrances se transformant en pitié, votre misère vous donnant des yeux pour voir la misère d'autrui; faites-nous lire dans cette âme généreou, prenant pour elle des préceptes qui, pauvre comme vous êtes, ne vous regardaient peut-être pas; dites-nous qudle reconnaissance vous éprouvez de ce que Dieu vous a donné une pite pour la donner; mettez-nous dans le secret da surcroît de labeur qui Ta gagnée, de la prière peut-être qui Ta obtenue, de toute cette vie, à la fois heureuse et douloureuse, de fatigues et de renoncement; admettes nous en tiers dans ces communications glorieuses que vous entretenez, au sein de votre obscurité, avec le Uea de toute consolation. Oh ! j'ai besoin de reposer mes regards de tant d'éclat passager et mes oreilles de tant de bruit inutile ; les pompes de la puissance, les pompes de l'esprit, autre puissance plus altière et plus tyramûque, m'étourdissent et me fatiguent; mon cœur vide et afEuné a besoin de substance, de réalité, et la réaUté, la substance sont là : chez tous, pauvre femme abandonnée des hommes et visitée de Dieu; mais chez vous surtout, ô mon divin Sauveur, en qui il n'y a ni forme ni éclat; chez vous qui avez dit : a Je suis un ver et non pas un homme, » et qui n'en êtes pas moins le Seigneur à la gloire de Dieu le Père!
Car c'est là en effet, c'est en Jésus-Christ que triomphe l'esprit dans l'anéantissement de la chair, et que dans Tabsence de toute grandeur, la vraie grandeur, la grandeur de Tesprit, paraît. « Il n'y a rien en lui, à le voir, qui nous le a fasse désirer; » mais qui parle de voir ? il s'agit de sentit* Fermez les yeux du corps, ouvrez les yeux de l'âme, et vous direz avec Pascal : a Oh! qu'il est venu en grande a pompe et en une proàigv^\x!&e m%:^5rââs.^vv(ie aux yeux da
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t cœur^ et qui voient la sagesse! » Voilà, pour le coup, voilà le vrai temple du vrai Dieu. Un temple de marbre, étincelant d'or, retient vos yeux loin du temple vivant, où réside la plénitude de la divinité, a Est-ce là ce que vous « regardez? » Pouvez- vous regarder autre chose quand la Charité est là? Or la charité est la gloire de Tesprit; elle est la gloire même de Dieu; et celui en qui réside la suprême charité vous représente par là même la suprême grandeur. Voilà ce qu^l faut regarder, et regarder éternellement.
Âh! messieurs, si vous ne les approuvez pas, vous les comprendrez du moins, ceux qui, ayant vu des yeux de la foi Jésus-Christ, la charité vivante et personnifiée, n'ont phis voulu regarder autre chose. Ils se trompaient, mais toutes les erreurs ne sont pas égales : entre celui qui regarde Jésus-Christ et ne regarde plus rien, et celui qui regarde tout excepté Jésus-Christ, qui de vous pourrait hénter? Mais ce que vous comprendrez et ce que vous approuverez, c'est qu'après avoir vu Jésus-Christ on prenne en pitié ceux qui ne le regardent pas; c'est que l'on dise, comme lui-même, à ceux dont toutes les grandeurs périssables de la matière et de l'esprit enlèvent tour à tour le regard : a Est-ce là ce que vous regardez? » Du point de vue de Tétemité, l'herbe des champs est égale en durée, égale en grandeur, à tous les monuments, et même à toutes les plus hautes conceptions de l'intelligence; car dans le naufrage universel, toutes choses périront qui ne se trouveront pas unies à Dieu, seul au-dessus de tous les naufrages; toutes choses, ai-je dit, et même vos pensées. Pyramides ou systèmes, n'importe; Alpes chenues, rêves plus élevés que les plus hautes montagnes, vous périrez ensemble; Dieu seul est immortel, et ne communique son immortalité qu'à ce qui lui est conforme, à ce qui lui est uni. L'obéissance dans i'humilité,Vo\>è\S!&axvw\«t\%^
iOO LVS PIERRES 1>U TIMFLB. 1
voilà ce qui ne périt jamais ; les dons de la nature sot^tré- 1 vocables, les dons de la grAce sonl immortels.
C'est aussi dans ce sens, messieurs^ que Jésus-Chrtst i mis cil évidence ta vie et l'immortalité, et l«i grandeur du christianisme est d'avoir rédnit à leur valeui* les chost*^ visibles et remis dans leur rang les choses invisibles* O caractère est même si saillant que le christianisme ne serahte pouvoir être compris et reçu que comme le règne de reprit et le triomphe de Tinvisible- Mais le christianistne i pris une forme dans le monde; il est devenu \isible: en traversant les siècles^ en se propageant dans le mande^ ili pris place parmi les choses que le monde regarde ; et oulR cette grandeur d'espace et de duréCj qui lui concilie fie k part des plus indifférents une sorte de respect, il a, para grandeur intellectuelle^ je veux dire par la grandeur des idées qu*il exprime et de celles qu'il fait naître, captivé les regards et Tadmi ration des penseui-s* Le voilà grand à b façon du monde. Prenons garde de Tadmirer surtout à cause de cette grandeur-là. Craignons que sa vraie grandeur ne nous échappe. Ne laissons pas nos regards s t^ garer, et n'obligeons pas Jésus^hrist à nous dire encore: a Est-ce là ce que vous regardez? a Quel serait notre malheur si nous n'étions entrés dans Tempire de rinvisibk^ que pour nous enchaîner au visible avec plus de séciirité» et si dans le royaume de l'esprit nous n'avions su trouver que le monde? Quel maïheur si j nous fiant à ces paroles vnïom et creuses : « Le temple de rÉternell le temple de 1% « temel! le temple de rÉternell » (Jén^ Ytl^ 4-) nom négligions, comme le dit le prophète au même lieu^ i 4i a corriger notre vie et nos actions! » Regarder uniquemeiit cette double grandeur, matérielle et intellectuelle du rfarii^ tianisnie, c'est vraiment, comme les premiers compagnon de Jésui-Christj attacher nos regaitls sur des pierres, Xêstat
pensées^ traditions séculaires^ éclatants souvenirs^ ce sont des pierres que tout cela^ des matériaux froids^ durs et morts. Il est d'autres pierres^ il est des pierres vives^ qui forment les unes avec les autres un édifice spirituel et un saint sacerdoce. (I Pierre, II, 5.) Du nombre de ces pierres vives était probablement cette femme dont Jésus-Christ avait remarqué la généreuse aumône; de ce nombre sont toutes ces âmes sincères et humbles, que la pénitence a fiût naître à une nouvelle vie, cachée avec Christ en Dieu; âmes dont quelques-unes peut-être n'ont rien pu donnera Dieu qu'elles-mêmes, mais se sont données franchement à lui. Voilà ces belles pierres et ces dons magnifiques qu'il &ut que nous regardions; cherchons-les; cherchons, audessous de ce monde bruyant que la vanité emporte, comme au-dessous de la majesté extérieure du culte, audessous des formes peut-être imposantes de rétablissement religieux, cherchons ce monde secret, en quelque sorte souterrain, ces catacombes de Thumilité, où se célèbre, dans le silence, le culte en esprit et en vérité, et où se pratique la religion pure et sans tache. Là nous attend un spectacle spirituel dont la beauté ravira nos cœurs : l'humilité, le pardon, l'aumône, la patience, la prière, le dé^ vouement à Dieu, la soif de la justice, le zèle pour la gloire divine, telles sont les magnificences de ce sanctuaire, magnificences que le contraste rend plus éclatantes encore, quand c'est un pauvre, un esclave, un ignorant, un enfant, que dis-je? un malfaiteur repentant, qui nous les montre en sa personne. Ohl qu'un sincère amour de la grandeur véritable est encore loin de notre cœur! que l'obscurité, la tristesse quelquefois, qui enveloppe cette beauté, nous rebute facilement! que nous restons volontiers là où est le bruit et l'orgueil! que nous sommes encore charnels! que nous sommes peu propres encore pour ce royaume de
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DieU; qui est le royaume de l'esprit! que* nous avons encore à changer^ à grandir, si ce n'est pas à naître! Ude puissance au-dessus de la nôtre, au-dessus de toute puissance humaine, peut seule nous soulever jusqu^au point de vue d'où tout ce qui est petit paraît petit, d'où tout ce qui est grand paraît grand. Mais ne pouvons-nous du moins demander dès à présent à celui qui dispose de cette puis^ sance d'en disposer en notre feveur, et de nous donner enfin, comme il les a donnés à d'autres, <x ces yeux du a cœur qui voient la sagesse? »