LA GRACE ET LA FOI
Vous êtes sauvés 'par grâce, par la foi, Êphésiens, H, 8.
Ces! aux Êphésiens, naguère idolâtres^ sans Dieu et sans espérance dans le monde^ que saint Paul adresse les paroles de notre texte. Il n'était besoin d'aucune circonstance particulière pour le déterminer à leur tenir ce langage. Leur parler ainsi, c'était tout simplement leur annoncer l'Évangile, dont la doctrine, quelque vaste qu'elle soit, se résume tout entière dans les paroles que nous vous avons lues. Il est probable toutefois que ces paroles ont, dans cet endroit, une intention particulière. Environnés de Juifs, mêlés à des Juifs, les nouveaux chrétiens avaient à craindre, même de la part des Juifs qui avaient comme eux embrassé le christianisme, les plus funestes influences. Les Juifs, avec leurs traditions et leur esprit tout légal, pouvaient leur intercepter les rayons, quelques rayons du moins, de la lumière évangéhque. Car, même en acceptant Jésus-Christ, les anciens disciples de Moïse voulaient devoir quelque chose à leurs œuvres, et, jusqu'à un certain point, être sauvés par leurs œuvres. A jHîine proclamée, la bonne nouvelle allait donc être alléréc, dénaturée. C'est à ce jKîril, ou jKiut-être h ce mal déjà ilagraul, (\\xe s\\\\V V^evxX ^\\^^'^
Fautorilé de sa parole. Quoi qu'on vous dise^ semHe-l^ 1 crier aux ÉphésîenSj quoi qu'on vous allègue, sacheA I bien; vous êtes sauvés^ noQ par vos mérites^ mais par pun 1 gL^âcGj non par vos œuvres^ maïs par le moyen de k fci, I Cette même voix de saint Paul gourmande, à toutes b I époques^ ces Jnîfs^ non de uaisBânce^ mais de c<Bur, qv 1 s'obstinent sans cesse à parler de justice où il ne jïeut ètir 1 (jucstion que de gvâce^ à se prévaloir des œuvres au tica 1 de s^appuyer sur la foi. Gar^ dans l'erreur des Juifs^ TApto 1 a découvert deux erreurs, auxquelles il oppose deux ir«ri- 1 tés. Les Juifs prétendent se sauver eux-mérnes, ce qui ^ 1 gnifie, à le bien prendre, qu'ils prétendent n'avoir partie- 1 soin d'être sauvés; leur saîut^ que payeront leurs méntet^j estj à leurs yeux, affaire de droit rigoureux et de jtJisêBtl pure; on leur répond : Non, mais la grâce toute seuJe fm les frais de votre salut. Les Juifs m reposent sur leuts oh vres, c'est-à-dire sur des actions proprement dites^ mit m déploiement extérieur de leurs forces; non, leur dit Paul, vos œuvres, quelles qu'elles soient, vos tm comme œuvres, ne vous seront pas imputées : on ne vom imputera que votre foi. C'est par grâce et par la foi que voo^ pouvez être sauvés. Est-ce à dire, mes frères, quil jAi deux moyens de salut? La grâce fait-elle une moidé dt] Tœuvre et la foi Tautre moitié? Les expressions méxoeid^] saint Paul nous défendent de le penser; elles mprpoiiaiA] évidemment tout notre salut à la grâce ou à Dieu ; vous étei| sauvés par grâce, dit-il, et il ajoute même un peu plus lits: | Cela ne vient point de vous. Et pourtant TApôtre dit atisii: 1 Vous êtes sauvés par la foi* Que vient faire ici la foif Dti» 1 quel rapport se trouve-t-elle avec la grâce? Comment k 1 laisso-t-clle subsister tout entière? Gomment rhoinntel peut-il i}tre sauvé pat ^ foi (cjav assurément la foi c'est n 1 foi) et devoir néanmoms \jouV %ovi ^u^ ^^\^ ^etot\C^ |
mes frères^ ce que nous voudrions éclaircii\ En généralj il importe à chaque clirétien, et à chaque hamnie, de bien entendre cette partie de la théologie qui traite de la grâce et de la foi* Que ce qui est impénétrable reste impénétrablej maïs que ce qui est fait pour être compris soit bien compris. Prenons gaixle de n'avoir entre nos mains, au lieu d'idées, que de vains mots. Ayons la clef de notre trésor, et osons l'ouvrir* Apprenons de TÉvangile et de Texpérience quels sont les rapports vrais^ naturels^ inévitables^ de la foi avec ■l grâce; sauvons-nous ainsi de ces malentendus qui glacent He cœur ou Tirritent^ et qui^à Tordinairej font Tun et l'autre. W Vous êtes aauvéSj dit TApôti^î ; par conséquent vous étiez perdus. Cette dernière idée n'est pas une idée simple, La perdition de l^bomme se compose de deux éléments, ou se présente souts deux aspects. L'homme est condamné, l^homme est mort dans ses fautes et dans ses péchés. Mais ■ces deux faits ne font-ils que s'ajouter Tun à l'autre? N'ont- PBs pas de rapport plus intime? Ils en ont un si intime, mes cbefô frères, que la vraie difficulté n'est pas de les lier, mais de les distinguer. En quoi consiste la condamnation? quelle en est pour ainsi dire la matière et l'étoffe? N'esUce pas, avant tout, par-dessus tout, notre séparation spirituelle d'avec Dieu? A quoi de plus rigoureux que l'interruption de toute relation avec Dieu pouvait être condamné un être Kqui est fait pour DieUj et qui n'est pas plus propre à vivre ■hors de Dieu que l'oiseau a vivre hoi's de l'air et le poisson à vivre hors de l'eau? Or, cette asphyxie pei^pétuelle de Tôtre moral n'est pas autre chose que cette mort dont nous parlions loutàTheui-e d après saint Paul, cette mort spirituelle dans laquelle le péché nous a précipités, et k laquelle nous nous sommes condanmés nous-mêmes avant que Dieu nous y condanmâi* La condamnation peut renfermer autre chosCf mais à coup sûr cU^ E<ii\£ermc^ ç;^V\jsi\stfi^i '^^'^ï^»^
290 LA GRACX
mort nécessâiremeat est k partie principale, le fond même
de la condamnation. Toutefois, mes frères^ sous un certain
rapport^ la condamnation et k mort sont bien réellem^
deux, comme Dieu et Thomme sont deux. Si dans le bH
de la perdition nous consid^ns k justice de Dieu, k pe^
dition est condamnation; si nous regardons à Thomme,
nous voyons surtout la mort. L'homme est p^rdu dans deux
sens : en ce que Dieu le renie et en ce qu'il renie Etieu; ce
double renoncement, cette répulsion réciproque,cette fuite,
si OH Tosait dire, du Créateur loin de k créatiire dont k
méchanceté offense ses divins regards, et de la créature
loin du Créateur, dont k ^ule pensée lui cause un eSm
mêlé de haine, une haine remplie d'effroi, «^ voilà oe qui
s'appelle la perdition de l'homme, voilà de quel abîme Paul
a vu sortir les Ëphé^ens lorsqu'il leur dit : Vous êtes sauvés»
Vous étiez perdus. Ces mots ne signifient-ils que ceci :
dangereusement exposés, gravement compromis, éclipsés
et non pas éteints? Non; ces mots signifient, pour ce qui
est de k peine : condamnés en dernière instance^ safls
eapç^ et sans recours, et pour ce qui est de k dédiéance
morale : morts; ce mot en dit assez. Quand vous aurez va
un arbre déraciné et jeté loin de son lieu, y ^petouraer, s'y
repknter, s'y redresser de hèi-mème^ vous pourrez onMce^
sans le comprendre néanmoins, que l'homme, égatofiieiit
déraciné, puisse par lui-même se planter de nouveau dans
le terrain de k réconciliation et de k vie, et repi^endre
dans le jardin de Dieu son ancienne pkce «t ses anci^is
honneurs. Le mot perdu a donc dans cet endroit; \m sens
complet, absolu, irrévocable. Il lï^y a {dus de ressotffce^
hormis celles qu'il n'est donné à personne d'ioiaginer ni
de prévoir.
Et maintenant, dit l'Âçôtee, vous ^ui étiez perdus, vous
êtes saavés. Je ne *m^ax«ète ^& ^ c)û«t^à«si «^^ ^s^!|^\Bk^
ET Lk FOI. 891
saint Paul> les Éphésiens étaient en état ou en voie de salut au moment où il leur dit : Vous êtes sauvés; oe que ces paroles signifient certainement^ c^est que tous les frais de leur salut avaient été payés^ que tout ce qui pouvait se fiedre sans eux avait été fait^ en un mot qu'il ne tenait qu'à eux d'être sauvés ; mais nous n'insistons pas même sur cette signification si probaUe de la déclaration apostolique^ et nous n'y voulons trouver qu'une seule pensée^ que chacun assurément y trouvera ainsi que nous : il y a un salut^ un moyen d'échapper à la condamnation et de se sortir de la mort; ce moyen s'appelle la grâce, ce moyen s'appelle aussi la foi.
Mais non, mes frères; nous nous exprimons maL Le moyen, en toutes choses, c'est ce qui se trouve entre la cause et l'effet^ et ce qui les lie. Or, pour que la grâce fût un moyen, il faudrait qu'il y eût quelque chose en deçà, quelque chose plus haut, et certainement il n'y a rien. La grftce n'est donc pas le moyen de notre sahit ; elle en est le principe, la source, la raison, la cause. Notre salut sort tout entier de la grâce ou de la volonté miséricordieuse du Père des esprits, comme l'oiseau sort tout entier de l'ceuf, comme le fruit sort tout entier du rameau, quoiqu'il ait fallu la chaleur pour faire édore l'œuf et la main pour cueillir le fruit. La grâce est donc la cause, la source du salut; la foi n'est que le moyen, ou, si vous le voulez^ il y a deux grâces, celle qui s'accomplit hors de nous^ et que l'Apôtre appelle simplement la grâce, et une autre qui s'accomplit en nous, et que l'Apôtre appelle la foi. En principe, la grâce est une, mais elle a divers moments, divers lieux, diverses formes. U y a plusieurs dons, mais tout est don* Grâce hors de nous, grâce en nous, voilà TÉvangile.
Ainsi donc les termes du texte ne désignent ni deux wo/em, imisque Ja grâce n'«8l v^ ^ain Qtf^^\^ ik^ftN^
moitiés d'un tout, puisque la grâce est tout. La grâce est le tout, dont la foi est une partie. Vous êtes sauvés par grâce, voilà la vérité générale; vous êtes sauvés par la foi, voilà la vérité particulière. En d'autres termes, il faut, pour que le salut se consomme, que la grâce produise la foi.
Mais puisqu'il est évident que, dans la grâce, tout n'est pas foi, il est naturel de nous demander : En avant et indépendamment de la foi, lorsque la foi n'est pas encore, qu'y a-t-il? Ou autrement, avant de nous donner la foi, qu'est-ce que Dieu nous a donné? qu'est-ce que Dieu a fait pour nous ?
Il a pardonné. Ici les termes, les conceptions mêmes nous manquent ; car le Dieu éternel a pardonné de toute éternité. Il a remis la dette avant qu'elle fût contractée; il s'est apaisé avant de frapper. Baissons les yeux devant ce mystère, et parlons librement le langage que Dieu nous permet de parler. Dieu a pardonné. Ce mot ne semble pas avoir besoin d'explication. Tout le monde entend que pa^ donner c'est remettre la peine qu'une offense avait méritée, c'est remettre l'offenseur dans la position où il était avant d'avoir offensé. Telle est l'intention du pardon; et si nous ne considérons le pardon que dans son intention, l'idée d'un homme qui pardonne est suflSsante pour nous faire concevoir l'idée d'un Dieu qui pardonne; et, à vrai dire, c'est par la première seulement que nous pouvons nous élever à la seconde. Mais si nous regardons au pardon comme fait accompli, au pardon effectué, une grande différence se présente. Un souverain qui fait grâce, un particulier qui renonce à la vengeance, n'en ont pas moins conféré une grâce effective et pleine, encore que l'objet de leur clémence reste le même absolument ou le même à leur ég^vày ou encore qu'il éprouve l'effet de leur générosité sans en connaître la &o\M5çe* Qûaiû^fe wxxtfsa^àoKasè^^
fl n*en est j^i moins gracié. C'est ainsi qu^îl en va dans Tordre temporel. Mais nous n'avons pas déjà oublié ce que c'estj pourThommej que d'être perdu. Être perdu, ce n'est pas seulement être condamné , c'est être mort dans ses fautes et dans ses péchés^ et cette mort spirituelle suftit à sa condamnation. Rester dans cette mort, c*est rester dans k condamnation ; la condamnation, sans cette mort, ne serait plus possible, ou ne serait plus la condamnation; car il n'y a plus de condamnation réelle pour celui qui jouit de cette communion de volonté et de pensée avec i Dieu, laquelle est la vie de notre Ame comme la séparatiou j en est la mort> D'après cela, vous comprenez sans douta que ce changement de cœur, dont l'absence ne réduit pas I i rien le pardon accordé par un homme à un autre homme, , ■bst essentiel dans l'œuvre de clémence de notre céleste roi. Ce changement n'est pas la condition préalable du pardon i^vin ou de la grûce^ dont le caractère^ au contraire, est ' d'être inconditionnel ; ce changement du cœur, des pensées, de la vie, ce changement de tout l'homme, cette j liouvelle naissance, est la réalisation, et, comme on pour* ■bait parler, la substance même du pardon, de même que I la mort spirituelle est Tétoffe de la condamnation* Et c'est ' dans ce sens qu'un apôtre a exprimé en ces termes le fait i de la rédemption : « Vous avez été rachetés de la vaine { a manière de vivre que vous aviez apprise de vos pères » | (1 Pierre^ I, j8), et qu'un autre apôtre, exposant aux re^ gards de ses disciples la récompense finale de leur fidélité et Facconi plisse ment des promesses de Dieu, leur dit que « Dieu les a prédestinés à être conformes à limage de son û Fils- » (Uomains, Vm, 28,)
Les deux idées de pardon et de ré{?énéTation sont donc unies aussi étroitement que les deux idées de condamnation et âc mort spirituelle . Je ne i\^ \ïa^^ti&içv^^«^^iA'e.\\xsK!w^
que cette mort spirituene^ cette mort tirante, soit tottte h condamnation^ ni qne cette régénération on cette nouvelle vie de Tàme soit foui Feffet du pardcm; je dis seulement que la mort spiritueHe est le principal élément de la condamnation^ et que la régénération du cœur est la consommation de la grâce et le fond même du salut.
Cela ne nous oblige pas à confondre ce qui est ffistind, ce qui veut être distingué. La rémission des péchés, Tabolition de notre dette, le dessein arrêté de traiter l'homme pécheur comme innocent, le pardon, en un mot, sceDé d garanti par le plus grand des sacrifices, tout cela est autre chose que la grâce de la nouvelle naissance; mais, après ces réserves faites, une supposition nous est permise. Supposons que le décret miséricordieux de notre Créateur sort demeuré enseveli dans son sein, ou plutôt supposons qae Tamnistie soit restée un secret entre le Père étemel et le Fils étemel; supposons que, pour procurer ce pardon, pour faire entériner ces lettres de grâce, le bien-aimé du Père ait répandu son sang, ou dans quelque autre monde bien loin de nos yeux, ou sur la terre, si Ton veut, mais à notre insu. Tout est consommé ; seulement nous n'en savons rien; nous ne savons pas même que quelque chose ait été projeté. Serons-nous sauvés? Vous pourrez médire qu'en vertu de ces grandes mesures, bien qu'elles nous soient inconnues, nous ne trouverons pas dans l'autre monde, au sortir de celui-ci, les peines dont nous pensions être menacés. J'y consens, mais je demande encore : Serons-nous sauvés? Serons-nous sauvés, à moins qu'alors notre ignorance ne cesse, et que la bonne volonté de Dieu ne nous soit alors révélée, en un mot, que l'Évangile ne soit annoncé aux morts? Quand l'Évangile ne vous aurait donné sur ce point aucune lumière, vous répondriez : Non, nous ne pouvons être sauvés ipM \H\ft ç^^^ ^\ xNfcxtfSos»
If %K SOI.
change point, et nous ne saurions être changés par ur\it\ grâce qui no nous a point été révélée*
Aucun de vous^ je le crois, ne me démentira; aucui|i| même ne me demandera la preuve de ce que j'avance. Je suppose pour un moment que tous mes auditeurs ne soient pas chrétiens j mais que tous respectent sîncèrenfient les principes de la loi morale. J'aurai donc deux classes d'auditeurs, et j'aurai l'assentiment de l'une et de Tautre. Ce ne seront pas les chrétiens qui pourront prétendre que le vrai bonheur, par conséquent le bonheur éternel (car il n'est éternel que parce qu'il est vm)^ puisse être le partage de ■uréa turcs dont le cœur est encore séparé de Dieu , hostile k Dieu* Ils savent^ ils sentent le contraire ; et si leur foi leur défend de faire d aucun mérite humain la condition légale du salut^ ils sont bien convaincus que la sainteté est une partie essentielle et intégrante du salut. Et quant aux autres, aux momlùtes ( s'ils permettent qu'on les appelle ainsi), ce serait renier leurs principes et les renier gratuitement que de supposer possible un bonheur auprès do Dieu qui ne serait pas en même lenips un bonheur selon Dieu* Au jugement des uns et des autres, il se pourrait bien que Tamnistie dont on parle eût écarté quelques peines matérielles; mais cette amnistie^ ignorëcj et par là même «Ans action sur le cœur, dans lequel elle aurait laissé subsister une hostilité impie, ne pourrait assurer la béatitude j céleste; elle ne pourrait empêcher que rhomme, reslaull le niémcj ne fût inexprtmabïement et éternellement mal*A heureux* Et si Ton par^Tnilit à leur prouver le contraire^^ ou leur aurait prouvé tout d'un temps que Dieu n'est pas! saint, que Dieu n'est pas Dieu, I
■ Or. une fois qu'il est convenu que l'œuvre rédemptrices mmt iiiu8oire si elle ne nous est révélée et que a mon servi- ^ Wkeurjustef n amm que parle foa\Oïiv*eu\\isHÂ^^tT^^^^^^
que parla connaissance qu'ils auront de lui (Ésaïe^LIIIy il), nous n'avons plus qu'un pas à faire pour établir la nécessité et pour déterminer le rôle de la foi. Il y a ceci de commun entre celui à qui le pardon n'a pas été révélé et celui qui ne croit pas au pardon : tous deux t^noren^; l'incrédule est un ignorant comme l'autre; ne croyant pas^ il ne connaît pas; et tous les avantages spirituels qui peuvent résulter de la connaissance sont perdus pour lui comme pour le simple ignorant; et d'autant que le bonheur suprême est attaché à ces avantages spirituels^ qui^ à vrai dire^ sont la base et le fond même de ce bonheur^ ni l'ignorant ni l'incrédule ne sont aptes à le goûter^ ou, comme s'exprime le Maître, ni l'un ni l'autre ne sont propres pour le royaume de Dieu.
Mais ce n'est que sous un rapport, et provisoirement, que nous avons pu placer sur la même ligne l'incrédule et le simple ignorant. Le premier, à qui le pardon fut offert et qui l'a repoussé, est assurément dans ime position pire. Aucun homme n'a droit à l'amnistie; mais on peut en être doublement indigne, et c'est son cas puisqu'il l'a refusée. Quelle sera définitivement la condition de l'ignorance involontaire, je ne le sais pas, et je puis me passer de le savoir; mais ce que je sais bien, c'est que, tout comme celui qui aura connu la volonté de son maître et ne l'aura pas faite sera frappé de plus de coups, de même en sera-t-il de celui qui aura connu la bonne volonté du Père et ne l'aura pas acceptée. En tant que l'amnistie qui invite les coupables à se pourvoir de leurs lettres de grâce dans un certain terme aura été clairement et régulièrement promulguée, en tant que celui qui ne s'en sera pas prévalu ne pourra prétexter ignorance, l'amnistie, pour ce qui le concerne, tombe de plein droit et le laisse rentrer dans \a coTvâÂWo^w \»a\V\fc\«ft\ise où il
^êlaît avant cette promulgation. On ne Ta pas exclu du paiv don, mais il s'en est exclu lai-mémc; il est relaps; sa dernière condition est pire que la première; il y a pardon pour tous les pécheurs^ il n'y en a point pour le pécheur impénitent.
m Mais^ mes frères^ ne nous écartûns pas^ et réduisonsnous à considérer, au point de vue positif, les rapports de la foi avec la grâce. En soi, disons-le bien, la grâce est complète; c'est la porte de la maison paternelle rouverte à deux battants, et les richesses de cette demeure livrées à discrétion à quiconque voudra entrer. La grâce, c*est le coupable considéré comme innocent. La grâce^ c'est tout le passé abolie et un nouveau point de départ donné à la \ie humaine et à rhumanîté. La grâce, ce sont des enfanta qui retrouvent leur père, et un père qui retrouvo ses enfants. Maïs on a beau faire, il faut, pour que cette grâce se réalise, que celui qui la donne en donne aussi la connaissance, H le faut, à moins qu'on ne veuille que le bonheur des cieux soit tout matériel, auquel cas la connaissance préalable serait sans doute inutile, le cœur de l'homme n'ayant pas besoin d'être changé pour goûter un bonheur matériel ; mais un bonheur de cette espèce se-^ rait indigne de Dieu, et môme, sll faut tout dire, serait I indigne de l'homme. Or, quel est le bonheur des cieux T i Un bonheur spirituel; il n'y a qu'à voir de quel nom l'Écriture le nomme : voir Dieu, le voir tel qu'il est, lui être I conforme, connaître comme on a été connu, possède? ] ITiéritage des saints dans la lumière ; la paix extérieum de cet état nouveau, où il n'y aura plus ni pleursj ni cri, ni travail, ne fait que compléter l'idée de cette félicité et ne k constitue pas. Or, qui peut goûter ce bonheur, sinon celui dont le cœur a été changé? et quels cœurs pourront être changés^ sinon ceux qui amoîvV côtom. *L^\^^«x>w\îect^
SOS LA GRACB
à quel point le Seigneur les a aimés et de qaelle manifiN il leur a certifié son amour? Et voilà pourquoi la foi M partie de la grâce qui sauve^ et pourquoi saint Paul dit aux Éphésiens : Vous êtes sauvés par grflce^ par le moyen de la foi. La foi est la main avec laquelle nous saisissons le pardon, les promesses^ Tamour du Père; et c'est à nous pourvoir de cette main spirituelle que consiste le second acte de la divine charité^ le second miracle de la grflce. La foi est la mystérieuse insertion qui nous fait être autant de sarments du cep qui est Jésus-Christ^duquel, étant unis à lui, nous tirons désormais toute notre sève, et dont la vie devient la nôtre. Il suffit de le savoir pour comprendre que la foi sauve.
n est vrai, mes chers frères, que j'ai parlé jusqu'ici de la connaissance plutôt que de la foi^ ou que je ne les ai pas distinguées Tune de l'autre. C'est que la foi e^connaissance y et c'est sous ce point de vue d'abord que je voulais vous présenter la foi« Mais si la connaissance et h foi se ressemblent^ en ce que la connaissance est comprise dans la foi^ il Importe pourtant de les distinguer. Toute connaissance ne sauve pas ; l'on pourrait même dire que ce n'est pas la connaissance qui sauve, mais la foi^ et qu'il faut, pour opérer notre salut, que la connaissance devienne de la foi« Deux choses sont nécessaires : la connaissance elle-même, et une certaine manière de connaître. Combien de gens qui connaissent et qui ne sont pas dans la voie du salut! C'est que leur connaissance est une connaissance passive et inerte, où la volonté, la moralité, l'âme n'entrent pour rien; c'est qu'ils ont vu et n'ont pas goûté combien le Seigneur est bon ; c'est qu'ils ont trop peu mesuré leur misère pour pouvoir bien mesurer son amour; c'est qu'ils ont accepté sans répugnance comme sans attrait cette croyance comme 'A^ e\s&^\^. ^i:x^^\& \&
ir Lft foi.
première Yeoiie; c'est qaHs n*ont employé à l^Mqiiisiticm de ce trésor que les moindres parties et la snr&ce de leur ftmè; c'est qu'ils ont parcouru, portés sur les épaules de ces esclates qu'on appeDe le préjugé, l'autorité, l'habitude, ou dans ce char commode et roulant qu'on appelle la logi* que, un chemin qu'y &ut fidre à pied, pieds nus, à genoux phitdl, à travers les cailloux tranchants, les épines et les ronoes. Dans d'autres voyages, c'est le terme qui importe; id, c'est la route. Quand aa ne connaK la vérité que comme ils la counaissmt, véritablement on ne la con-> naît pas. On ne peut palper une substance délicate avec une main de fer ou de bois. La mort ne peut pas s'afqpro* prier la vie. L'acte destiné à nous mettre en communion de pensées, de volonté, d'habitude avec Jésus-Christ, doit être un acte moral. La foi est un désir, la foi est un hommage, la foi est une promesse, la foi est presque un amour. Elle est à la fois tout cela, et elle est en même temps tout ce qu'il y a de plus simple : un regard du cœur vers le Dieu de miséricorde, «une sérieuse et véhémente « oonsidération de Jésus-Christ crucifié, » l'abandon de tous nos intérêts entre ses mains divines, le repos de l'esprit et la paix du cœur dans la certitude de son amour et de sa puissance, notre main placée enfantinement dans sa main comme dans celle d'un protecteur et d'un guide : telle est la foi. Elle peut avoir pour point de départ une certitude historique ; mais cette certitude n'est pas la foi ; elle peut prendre la forme d'une théorie philosophique, mais cette théorie n'est pas la foi; elle peut rester à l'état d'opinion, mais cette opinion n^est pas la foi; elle peut se réduire à un préjugé populaire, mais ce préjugé n'est pas la foi. Croire, c'est se confier; croire, c'est compter sur Keu. Ainsi crut Abraham, et c'est cette foi, cette foi seule qui lui fut imputée à justice. Q\i\Ti^ t^isi^^tàx^^Nssx's^
300 LA GHAGS
telle manière de connaître est le principe^ le germe impé* rissable d'une nouvelle vie^ et que nous sommes en effet sauvés par la connaissance?
Le christianisme a exclu les œuvres en tant que fondement de notre assurance : j'entends les œuvres extérieures; car saint Jacques apparemment nVait pas cessé denuupcher de droit pied quand il disait a que nous sommes jusa tifiés par les œuvres et non par la foi seulement. » Eh! qui ne voit en effet qu'il faudra bien qu'au dernier jour nous puissions produire des œuvres comme témoignage de notre foi, et qu'en ce sens au moins les œuvres nous justifient? Aussi est-il écrit : a Heureux ceux qui meurent < au Seigneur; car ils se reposent de leurs travaux et leun c œuvres les suivent ! x> Mais si Ton a pu dire avec rmson: Quelle foi que celle qui ne produit point d'œuvres! est-ce avec moins de raison qu'on a dit: Quelles œuvres que celles qui n'ont pas la foi pour principe ! Quelles œuvres que celles de l'incrédulité ! Quelles œuvres que celles d'un pécheur orgueilleux et impénitent! Quelles œuvres que celles d'un être qui a repoussé l'amour de Dieu! Quelles œuvres que celles qu'on n'offre pas à Dieu! La foi véritable produira donc des œuvres, et les œuvres de la foi seront de véritables œuvres. Mais il me semble, en vérité, que ceux qui réclament à grands cris les œuvres, et les œuvres à l'exclusion de la foi, sont bien difficiles en Givres s'ils ne reconnaissent pas dans cette foi même, qui renferme tant d'efforts, qui suppose tant de luttes, qui emploie tant de forces, une œuvre aussi, la première des œuvres, l'œuvre des œuvres pour ainsi dire, l'acte le plus profond, le plus riche, le plus multiple, le plus fécond dont un être humain soit capable, un acte qui contient tous ceux qu'il faut faire, qui exclut tous ceux dont il faut s'abstenir, et qui prépare V&xa^ WmmR ^ \a. tftwcontre de
BT XA ton
toutes les difficultés et à Vaccomplissement de tous les ^H devoirs. Ils sont bien difficiles en œuvres l Celle qu'ils mé- ^M prisent^ qulls repoussent^ dévorera un jour en présence ^| de Dieu toutes les œuwes dont ils se vantent ^ comme le ^| serpent de Moïse dévora tous ceux des magiciens, ^H
Vous avoir représenté la foi comme une vie de l'âme, 1 c'est vous avoir dit d^âvance que la foi peut avoir des de-^ ^m grés* Entre croire et ne pas croire j c'est-à-^iire entre pos* ^M séder et ne pas posséder Dieu, il y a sans doute un abimei ^M comme entra la vie et la mort; aussi ne peut* on pas étrt ^| plus ou moins sauvé; mais si l'on ne peut être plus ou^H moins mort , on peut être plus ou moins vivant. On peut ^H croire plus ou moins, comme on peut savoir plus ou^| moins^ sentir plus ou moins^ jouir plus ou moins, se por*^H ter plus ou moins bien. 11 y a des progrès dans la vie dt ^H la foi comme dans toute vie, et ces progrès sont même It ^| condition et le signe de la vie. La foi peut gagner en cet^ ^M Utude^ en clarté ^ en vivacité ^ en énergie. C'est tout celi^^H probablement que les disciples demandaient à Jésus-Christ ^^ en lui disant : Augmente-nous la foi, G^est sous l'un ou ] Tautre de ces rapports/ou peut-être à tous ces égards, que saint Paul désirait d'ajouter ce qui manquait encore à la ^J foi des Thessaloniciens* Ce sont tous ces progrès que saint ^M Pierre avait en vue lorsqu'il écrivait aux fidèles : « Croissez ^ a dans la connaissance; » car, en matière de religion, croire et savoir ne sont qu'un. La mesure de la foi est, pour chacun^ la mesure de la paix, de la charité ^ de la liberté, de la vie. Il n'est pas permis de n'en pas désirer toujours au delà de ce qu'on en possède ; et l'on pourrait dire de quiconque ne se soucie pas de la mesure de sa foi ^ c'est^ à-dire de son union avec Dieu , qu'il ne se soucie pas du salut, et qu'il n'a pas même encore, selon l'énergique expression de saint Paul, saisi la me èl&m^i^^v
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C'est ainsi 9 mes bien^aimés frères^ que nous eoneefons les rapports de la grâce et de la foi. La grâce est l'objet de la foi^ la foi est le complément de la gÀce. Mais arrive» ronshnous att terme sans rencontrer aucune objection! Ne se trouvem4*il personne pour nous dire : L'objet de la tci, ce n'est point un foit impersonnel j c'est une personne^ o'est Jésus -Christ^ et ce n'est pas une partie de Jésos^ Christ ou de son oeuvre^ c'est Jésus^hrist tout entier tU question que les premiers prédicateurs de l'Évangile adieitalent à leurs néophytes était celle-ci : Croyez-vous en Je* 8us«Christt et quiconque répondait affirmativement^ dès l'instant même passait pour chrétien. Nous sentons le poids de cette objection^ et nous en admettons le pria* cipe. A Dieu ne plaise que nous divisions Jésos-Chrbtl Oui, c'est bien Jésus*Chrlst et Jésus-Christ tout entier qui est l'objet de la foi, et nous n'oublions pas qu'il nous a élé fait de la part de Dieu sagesse^ justice^ sanctification et ré» demption^ toutes ces choses ensemble, aucune séparément. Mais tout cela ensemble, c'est la grâce, et c'est de la grâce tout entière que nous avons fait l'objet de la foi. Avoir h foi, c'est croire à toutes ces choses, dont le foyer, le 00a* tre, la source est Jésus-Christ crucifié. La foi qui ne croi* rait pas à toutes ces choses et ne les recevrait pas toutes ensemble comme grâce, la foi qui diviserait^ ou qui diminuerait Jésus-Christ, ne serait pas la foi; et pour n'avoir pas voulu embrasser tout son objet, on peut dire en tonte vérité qu'elle n'en aurait point. Nous avons assez montré que qui croirait à la grâce du pardon sans croire à la grâoe de la régénération , ne croirait réellement pas au pardon, qui est illusoire sans la régénération. La foi complète em* brasse la conviction que Celui qui n'a point épargné son ipopre FilS; mais qui l'a livré pour nous tous, nous donnera avee lui tout le reste, ca q\u e&\ duo^ «Ivà!vo^x^\aKtGL«aqllfîl ne
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se rçpeiiïîra point de mn premier don et qu^l no le retirera point. Sous le nom de grâce, c'est donc bien Jésus-Clinst et Jésus-Christ tout entier que nous avons proposé comme Tobjet de la foi, et non -seulement le Dieu, mais l'homme, m seulement sa mort, mais sa vie; ni seulement sa docirîiiej mais son exemple ; ni seulement son sacrifice, mais 8a gloire; car c'est par toutes ces choses réunies, sans en excepter aucune , sans en diminuer aucune, que Jésus- Christ est notre sauveur. Mais parce que le pardon est à la tôle de cette œuvre, parce que cette œuvre tout entière û'ost que le développement du pardon, parce que c'est âaus Taspoct et sous le nom du pardon que cette oeuvre, une et indivisible ^ se présente a nos premiers regards, parce que le pardon est la sève qui circule dans tous les j!ameaux de cet arbre immense , la saveur partout répandue jusque dans les plus petites miettes de ce pain de vie, nous avons pu dire , et nous disons bien encore , que le pardon^ avec toutes ses conséquences, avec tout son déve^ loppoment, est robjot de la toi chrétienne. Ce n'est pas détourner les regards do Jésus -Christ, qui nous garantit le pardon^ qui nous le confère lui-* même (^latthieu, IX, 0), et qui le consomme.
Je ne sais, mes frères, si, après tout ce que nous avons dity il itïâtera encore quelque scrupule dans l'esprit de ces respectables adorateurs de la grftce divine , qui s'alarment a la seule i>ensée de lui voir enlever quelque chose. En tout cas, ce ne serait pas contre saint Paul qu'ils s'élèveraient, niais contre nous, qui l^aurions mal interprété. Saint Paul, en effet, veut que nous soyons sauvés par la foi, ou par le moyen de la foi, Qu'avons-noua dit de plus? Et comment aurions-nous pu m^me dire quelque chose de plusî Bien îi*est plus net, plus précis; rien ne se laisse moins étendre ni resserrer que celte parole : Vous 6\^ wàH^^^>a.\^>
C'est la plus claire de TËvangile. On peut r^^profonfo plu ou moinS; on ne peut pas lui donner plus d'un sens. Gomim qu'on s'y prenne , la foi n'est pas la cause du salut^ et k foi est la condition. Pour avoir part au bénéfice du pardon, aux fruits du dévouement de Jésus-Christ^ il &ut croire, et la foi est un fait moral qui se passe dans Hiomme. Nom avons dit tout cela, mais nous n'avons dit que cela, et nom ne voyons pas comment on pourrait entamer notoe expo* sition sans entamer saint Paul. Que serait-ce si nous avions dit que ce qui manque à la grâce , la foi le supjdéet Eh bien! saint Paul a dit quelque chose de tout pareil : tGe « qui manque, dit-il, aux afflictions de Christ, j'achève de a le souffrir en ma chair pour son corps qui est l'Église. • (Colossiens, I, 24.) Eh bien 1 dans le même sens^ qudqœ chose manque à la grâce, tant que nous n'avons pas la foi, c'est-à-dire que Dieu n'a pas encore fait tout ce qu'il veut faire pour nous. De même que les afflictions de Christ coq» tinuent dans chacun de ses membres qui ne font qu'un corps avec lui, de même la grâce de Dieu continue dans chaque fidèle par la foi qui est encore la grâce. Christ est dans chacun de ses membres qui souffrent; la grâce est dans l'âme de chaque pécheur qui croit. Pourquoi la foi, qui est une œuvre de l'homme, ne serait-elle pas en même temps une œuvre de Dieu? Pourquoi celui qui a accordé le pardon ne pourrait-il pas donner la foi T Gomment tout ce qui conduit à Dieu ne viendraitril pas de Dieu t Où est h difficulté de l'admettre, et comment ces zélateurs de la grâce ne voientrils pas qu'ils lui rendraient plus entièrement gloire, en ne s'obstinant pas à voir dans la foi une œuvre purement humaine, au lieu d'en faire hommage, comme de tout le reste, à la libéralité divine? Sous cette réserve, qui met à l'abri l'honneur de la grftce^ ils peuvent coavemr franchemenl &e Aa Ti^f^esjà!^ ^^\a.^<cÀ^ VQ.^ijeler