‹ Études ÉvangéliquesChapitre 24 sur 28 · partie, et dont toutes les douleurs retentisaent dans ton · texte numérisé non relu

partie, et dont toutes les douleurs retentisaent dans ton

ftbiiit 601 1 dans le deuil et soupire l Peu importe que tu te 1

•entes privé de la vraie paix et pour jamais incapable de 1

toute véritable j oie 1 Tes besoins ne sont rieHj et te» devoir» 1

seni tout. Beçois d'abord la loi ; que le reste, ensuite^ |

TioJino ou ne vienne pas; la religion n'a point à s'en iii- |

ipliéter. p Sévères enverg Dieu uiéniej k qui vous semblez |

ëm î aO infinie cbaritél péprinieï-vous! contraignez-vous l j

Vous ne demandez qu'à vous répandre : sachez vous res^ 1

»eiTerl Voua vouliez parier à riiomme de votre amour; 1

ftttriez-lui seulement de vos droits. Vous vouliez le gagner 1

Bbr la miséricorde : ne le gagnez pas. Vous pouviez Tenla- 1

oer dans les réseaux de la com|mssion : laisseH-le s^écliap- 1

jer. Vous vouliez le toucher : ne le toucliez point. Ne lui I

■ffraz pas ce qu'il demanda : ofFrez-lui ce qu'il ne demande 1

pas. Bonté infinie, soyez seulement h sainteté inliniel J

Amour, ne soyez pas amour I » I

Mals^ mes chers auditeurs^ si la religion ne dit pas à 1

l'humanité cette parole de consolation que rhumanifô 1

attend, que lui dira-t-elle doncî Qu'estH^e^ en effet, quVne 1

religion, qu'est-ce que la religion 1 C'est une consolation, I

Le recueil le plus complet des préceptes moraux les plus J

élevés n'est pas une religion. La morale ne devient une i

religion que par respéranoo. Nous donner une morale^ I

ftl-€Q la plus imrfalto des morales, ce n*mi pas nous don- 1

Èf une religion. Lit religioTu sans doute, doit renlormer I

Se morale^ et une morale parfaite ; mais la morale, prisa 1

elle-même, réduito h elle-môme, plus elle est parfaite^ |

ïins elle est une religion. Nous faire connallre mieux les I

ptes de la loi, c'est eeulement aggraver notre respou- 1

lihfllléj et porter au couibli! notre détresse. Ainsi donc,

Dieu n'aurait parlé que |w»itr it *^p! et ce n'est

f asêcM que hi r< ligtOP * ^\iWfek ^

2i8 t'UTILlTARlSME CHR^TIIN.

plus qu'elle inspire Tépouvante ! En eifet^ il est nécessaine que vous en veniez jusque-là; vous ne sauriez vous arrêter à mi-chemin ; et^ ne Tayant pas voulue aimable^ il faut cpM vous la fassiez terrible !

Approfondissez davantage encore la situation du gfixm humain. Ce n'est pas seulement d'être consolé qu'il a besoin : il a besoin d'être rassuré. Vous ne l'ignorez pas^ k malheur de l'homme n'est pas uniquement de se sentir inférieur de beaucoup à l'idée qu'il se fait de sa destination; son malheur encore, et qui tient au premier^ c'est de se sentir justement et irrévocablement privé de la bienvdllance du Dieu qu'il a offensé; c'est d'être obligé de se représenter^ sous différentes formes^ (et qu'importent iddes formes, des images et des mots!) son Dieu comme u Dieu irrité^ aliéné de lui; c'est de s'avouer qu'avec Dieu, le souverain bien, la véritable vie, l'éternité lui échappera; c'est de se sentir, vivant, la proie de la mort; c'est d'éprouver, dès ici-bas, les atteintes du ver qui ne meurt point et du feu qui ne s'éteint point. Voilà la situation qu'on a beau se déguiser, se pallier, et dans l'horrible vérité de laquelle la conscience nous replace incessamment Voilà le sujet de la première question que tout homme adresse à toute religion; et, pour ne pas tromper cette attente, il faut qu'une religion soit tout d'abord une offre ou une promesse de réconciliation. Nous disons qu'il le faut, mes frères, et qu'une religion qui ne fait pas ceb, qui ne commence pas par là, n'est pas une religion. Nous disons qu'il serait inutile d'annoncer à l'homme, en supposant qu'il ne la connût pas, la vérité sur sa destination et sur ses devoirs, sans l'avoir préalablement assuré que Dieu le reçoit en grâce, que sa vie sera jugée par la tendresse d'un père, et que les péchés de ses jours passés, et les faibles^s qui resteronl alXadcLfe^^ ^ \fâvs\«^ ^'s» ^>x<t^

m rUTILÎTARÎSStE CHBBTIEÎÏ, 2*»'

mB frapperont pas de stérilité ses efforts et sou zèle. Une feligîon vraie doit dontî être une bonne nouvelle^ un Évan- ■ple; toutes les religions ^ plus on moins , ont prétendu ^être-

5Ies frères, nous avons parlé txaixliment au nom de tousj ■tous avons supposé ce sentîmes de condamnation et ce ■lesoin de réconciliation présent dans le cœur de tous ceux qui nous écoutent. Maintenant nous convenons que s'il m est qui aient la conscience de n'avoir jamais été séparés île Dieu, d'avoir toujours ai nié ce qu'il aime et voulu ce qu1l veut ; sll en est qui n'aient jamais été en arrière avec Dieu, et, que sais-je? avec qui Dieu^ au contraire , soit en reste ; sil est ici^ en un mot^ des hommes qui no soient pas des hommes, des hommes d'une autre race que celle BCAdam^ l'argument que nous venons d'employer ne les Hffiiïde pas^et il est naturel qu'ils n'en soient pas touché^^ ^pfr 8Î leur inaltémhle sécurité ne les a pas rendus insen'* lîbles à une situation qui n'est pas la leur^ nous osons les Mmmev eux-mêmes de nous dire si cette reli^ionj qui ne ^nit être la leur, n'est pas telle qui! la faut au reste des hommes, et si, dans la touchante condescendance qu'aile révèle en Dieu, ils trouvent rien qui soit indigne de Dieu et qui soit indigne de l'homme. lodigne de l'homme? Ah! j'en conviens; si la perspective ouverte à l'homme par la religion était celle d'un bonheur terrestre ; si Dieu Tatti* rait, osei'ûï-je dire l'allécliait^ par rap|)At des jouissances de la chair et de la vanité; s'il lui garantissait dans ce ^ûnde^ je ne dirai pas des voluptés et des trésors, mais Ikie existence paisihle, douce et honorée; si même, en Ten voyant nu delà du tombetm Teffet de ses promesses, il remplissait 1 éternité d'un bonheur mondam^ et transportait la terre dans le ciel, un tel système ^rait tellement inâigne âa ï %om me, écoutci bien^nes tt^t«&»Q ' ^^

L'OTÎtlTARtSMS CHUËTIEN.

n'en voudrait point, [l n'y a du moins que des et des peuples avilis qui puissent^ à ce point, laisser per leurs besoins et matérialiser leurs espérances* Le heur de Fliomme est un malheur subhme, et sa doule^ quelque chose do saint. Ce qu'il cherche dans k rtlipm, c'est le ciel et l'éternité^ et sous le nom du ciel et àtfé ternité» c'est Dieu* C'est Dieu qui manque à sou k sa vie, c'est de Dieu qu'il se sent a^ainé; mais besoin du ciel et de ^éternité serait beaucoup moins j^ptii^ tuel que nous ne le faisons^ quand il se réduirajt, il semble se réduire chez beaucoup d'hommes, au de rimmortalité et à la crainte de tomber, au sortir iêm monde, dans les mains d'un Dieu irrité^ trouvez-vous ipi ce besoin même soit indigne de rhommcî oroyea^voiii^ son désintéressement doive aller jusqu'à no se point d*une éternelle réprobation? Quand vous hiî i une pareille abnégation, n'en faites-vous pas plus ou qu'un hommoj n'en faites-vous pas un dieu ou un déinoiif n'est-il pas môme probable que celui qui renonoenildl gaieté de cœur à toute prétention à l'éternité et à iM$ perspective de posséder Dieu, serait un démon ptotH qu'un dieu? et eu ètcs-vous venus à ce point de fat» M crime à rhomnie, non plus de s'aimer trop^ mais en |^ néral de s'aimerî

Ce qui serait indigne de l^homme, ce ne serait pa§ cepter ces conditions, ce serait de les repousser. Il pas de mérite, je le veuic, à s'emparer d^une griee oSéiH et il ne semble pas qu'il fbille un grand etfort pour Mh: mais si ce consentenKint ne mérite aucune louange, Cfofr on que ce refus ne soit digne d'aucun blâme? Taiite k question est de savoir si le pardon est réellement otteti^ 81Ï Fest, nous ne sommes \m^ ^ulo^mcnt insensés, oon* snmnwH f^oupables de T\e ^^ WçA;e:^V?:ï.^^^Ts«ise^

L'uTiuTARism GHiuhn». 151

ftàce offerte i>ar Dieu lui-même^ lui dire par ce refus ou ipie nous pouvons nous passer delui^oU que nous sommes uses forts pour slq^porter sa colère; lui dire que nous ne voulons de lui ni pour maître^ ni pour père^ ni pour guide^ ni pour lumière; lui dire, quand il nous offre l'unique moyen de nous unir à lui, que nous ne faisons nul cas de eette union ni de lui; qu'est-ce donc, mes frères^ si ce n'est pas on crime et le plus funeste des crimes! Diteé donc tout ce qu'il vous plaira du début égoïste de la vie Ghrétienne : comment ce début serait-il indigne de TJiomme, i fo parti contraire en est si profondément indigne (i) ?

Biais s'il n'y a> dans l'offre de la réconciliation^ rien qui loil iftdigne de l'homme^ comment s'y trouverait-^il quelfÊB cfaos^ qui fût indigne de Dieu? Toutefois^ mes frères^ riKitdotiB h seconde question comme si elle n'était pas i^Bivtmce absorbée dans la solution de la première»

n faut sans doute^ pour que cette offre soit digne de Keu, quô le bonheur qui nous est offert en son nom soit propre à nous unir à lui^ qu'il ne nous concentre pas en tiDus-mémes> mais qu'il nous répande et nous communii|ëtej en un mot^ que notre bonheur soit propre à contribuer au bonheur de tous et à la gloire de Dieu* Noire bonbeur serait injuste^ je dis jdus^ il serait faux> préccûre et nftiileux> s'il ne nous sortait pas de noul-mémes^ s'il ne MUS apprenait pas à nous donner à tous^ s'il ne nous faisait pas, en quelque sorte^ la proie de tous, en un mot s'il

(I) • Art tfaM uBiler th« tfraiiny of tiat a •ItTC to vroionf habilat tt enmlty ■ with God, and a ikalkiog fugitive froni tby own cooKience? 0, how idle the

• dispote, whetber the iistening to the dictatef of prudence from ptudcntial and t Mlf-lntereited motitet be tirtAe or merit, wken the nol Uitening iigtUt, misery,

• DwdseM aod deiptiri The beat, the moit tkrittianlike pity thou «anit thow, it

• to take pity on thy own loul. The beat and moat acceptable terfice thou eantt

• rendcr, ia to do Juatiee and thow merey to <Ay««(f. •

^GMiiiMft, ait» l« lUI|A«^to«^^

252 l'ctilitarishe chiuItien.

ne devenait pas amour^ et si^ de cet amour rallumé dans notre âme, Dieu n'était pas le premier objet. Gar^ si nous n'aimions pas Dieu^ seul être digne absolument et par laimême d'être aimé^ nous ne pourrions aimer personne d'un amour véritable, d'un amour de charité. Si nous n'aimions pas Dieu, nous n'aimerions pas, entre les hommes, ceux qu'il nous est impossible d'aimer autrement qu'en Diea et à cause de Dieu. C'est ce que saint Jean a bien exprimé lorsqu'il a dit : a Nous connaissons à ceci que nous ai- « mons les enfants de Dieu, lorsque nous aimons Dieu « (I. Jean, V, 2) ; » c'est-à-dire que nous ne sommes sûn d'aimer véritablement nos frères et même nos plus proches «imis, que lorsque nous aimons Dieu; ou plutAt qœ nous sommes très sûrs de ne point aimer véritablement nos frères^ et même nos plus proches amis, lorsque non n'aimons point Dieu. Enfin, si nous n'aimions pas Dien, qui est la sainteté même, nous n'aimerions pas la sainteté, nous n'aimerions pas la loi de Dieu; puisque l'amour de Dieu n'a point de sens et n'est qu'un vain mot, si l'on n'aime pas ce qui est essentiel à Dieu et ce qui fait qull est Dieu. C'est donc une condition irrémissible du bonheur que donne la religion^ de nous disposer à l'amour et à k sainteté; car, s'il ne nous y disposait pas, ce serait, nous le répétons^ un bonheur injuste et un faux bonheur : im bonheur injuste^ attendu qu'il n'est pas juste que noos soyons heureux hors de l'ordre; un faux bonheur, attenda que l'homme ne saurait, hors de l'ordre, pour lequel Sa été créé et organisé, être heureux autrement qu'en apparence et pour un temps.

Or, que peut-on redouter, ou plutôt que ne doit-on pas

espérer, pour la sainteté de l'homme, et par conséquent

pour la gloire de Dieu, d'une religion qui lui montre Diea

aussi saint qu'il est aima\Ae, avxs€\ i\tMîc^&^'^^^.^wsi.^

L^UTILLTARISUE GURKTIEK. 253

ii qui, en lui exposant la loi dans toute sa pui'eté et dans toute sa beauté^ n^ôte à cette loi que ce qu'elle a de redoutable et d'accablant? Sans doute la promesse du salut ne lait pas tout, et ne peut pas tout faire; mais quand cette promesse vient de ce même Dieu de qui nous n'avions à attendre qu^une sentence de condamnation, quand un bienfait, immense et immérité, nous lie par la reconnaissance à un Être dont les yeux sont trop purs pour voir le mal, cette reconnaissance, pour peu que nous en soyons capables, n'aura-t-elle rien de sanctifiant? Et s'il y avait en nous, au milieu même de nos péchés, quelque besoin de pureté et de vertu, qui se soulevât de temps en temps dans notre cœur et retombât sans cesse faute d'être soutenu pai* Tespérance; si une crainte servile et glaçante trait jusqu'alors comprimé au dedans de nous les élans de notre âme vers le monde spirituel et vers les choses de Dieu, la suppression de cette crainte par la promesse de la giftce ne pourra-t-elle pas creuser dans l'âme de nouveaux sillons et y déposer, comme une semence bénie, l'amour trec la joie? L'âme, ainsi ensemencée et labourée par les oonsolations d'en haut, ne deviendra-t-elle pas une terre iëconde, où toute plante divine croîtra désormais à souhait et comme d'elle-même? Ah! mes frères, s'il en est ainsi, la promesse du salut fait entrer dans notre âme un bonheur innocent et saint; ce bonheur est digne de Dieu; cette bonne nouvelle est plus que le préliminaire de la vérité , elle en est une partie essentielle ; et le reste, je veux dire la règle de la sanctification, quoique bien im- |)ortante et bien digne d'une étude continuelle, en découle comme de soi-même, en procède comme les rameaux du tronc qui les porte et qui les nourrit.

Sous quels traits, d'ailleurs, nous est présenté ce salut dont \a bonne nouvelle a donné sou wotii ^d V'^^dw^O.

254 l'utiutarumb ghrrtibm.

Nous trouvons bien dans TËvângile quelques images sensibles du malheur des réprouvés; mais y trouvon8-nous,8ur le bonheur des élus^ rien qui le fasse ressembler aux gro^ sières félicités du temps présent? Par delà le retranchement des afflictions de la terre, exercice temporaire qui prend ISn parce que Tépreuve est accomplie, que troave^ vous dans ce bonheur du ciel? de quoi se compose44! quel en est l^élément principal et le caractère essentid! N^est-ce pas la communion avec Dieu? n'est-ce pas la libre vie de Tesprit? n'est-ce pas Famour? Et n'esirce passons ces traits immatériels que tous les vrais chrétiens se le représentent? n'est-ce pas avec ce caractère qu'ils le désirent et qu'ils l'espèrent? n'est-ce pas de posséder Dieu qu'ils se réjouissent? ambitionnent-ils, prétendent-ils antre chose? et déjà, dans leur espérance, le ciel est-il autre chose que l'amour? Que serait, en effet, tout le resteî Que peut désirer l'être qui, soustrait pour jamais aux peines et aux besoins de la vie, se sait uni pour jamais à Dieu par le lien d'une mutuelle communion? Or, tel étant, au point de vue chrétien^ le caractère du bonheur céleste ou du salut, ce bonheur étant l'amour méme> l'amour étant ainsi donné pour perspective et pour espérance i l'amour^ comment pourrait -on reprocher à l'Évanpb d'avoir compromis la dignité de Dieu en nous pariant de | bonheur?

Après tout cela, mes frères, nous voulons bien qu'on ne trouve pas dans ces caractères de l'Évangile une garantie suffisante, qu'on tienne pour nuls et non avenus tous nos raisonnements, et qu'on nous demande des fetts. Mais, de notre côté, ne pourrons-nous pas exiger de ceux qui ne tiennent aucun compte du raisonnement et ne se rendent qu'au témoignage des faits , que quand nous leur aurons produit des faits^ ils s'en contentent, et ne raisonnent plnS)

L^UnUTAIUSlIB CHIUÉTIBEf. S55

et ne s'annent pas contre ce qui est de ce qui leur paraît devoir être? Le christianisme accepte la question telle qu'oD la lui pose : en promettant, en offrant le bonheur^ a-t-a obtenu Tamour? ou bien a-t-il^ en offrant le bonheur, fermé les âmes à Tamour? C'est désormais toute la question*

lEais^ en vérité^ est-ce une question ? Faut-il, après dixhuit siècles^ instruire un procès jugé depuis dix-huit siè- «des? Et lorsque^ pendant tout ce temps^ amis, indifférents^ ennemis méme^ sont convenus tout d'une voix que le vrai chrétien est essentiellement un homme d'amour et de dévouement^ lorsqu'on est obligé de rapporter au christianÎBme les foits les plus sublimes d'abnégation et de renoueement, lorsque toutes les vies employées à un ministère de charité 9 ont été^ sans exception^ des vies chrétiennes^ lorsque mille institutions, mille monuments offrent encore à nos yeux le touchant témoignage de l'esprit miséricordieux que Jésus-Ohrist a déposé dans sa religion, lorsque, pour Cèdre circuler dans les veines desséchées du corps social la sève pure et fraîche de l'amour, on est obligé, partout, de recourir au christianisme, il nous faudrait prouver que le principe du bonheur dont il fait usage, bien loin de nuire à l'amour, tourne au profit de l'amour? Le prouver ! Mais le devons-nous ? Mais ceux qui ont besoin qu'on le leur prouve, sont-ils dignes qu'on le. leur prouve? Mais ne se raillentrils pas de nous, lorsqu'ils disent qu'ils en ont besoin? Mais condescendre à leur demande, n'est-ce pas entrer dans l'esprit de cette méchante raillerie et se rendre complices, jusqu'à un certain point, d'une aussi étrange injustice ? Et le silence n'est-il pas la seule réponse convenable, la seule qui soit conforme à la dignité de notre cause?

Nous chargeons de notre réponse ei \'ersaires

356 L^UTIUTARISIIE CHRBTIBN.

du christianisme qui se plaignent à si haute voix et depuis si longtemps que le christianisme n^est composé tout entier que de renoncements et de sacrifices, et que, nous dépossédant follement de nous-mêmes^ il nous jette en proie au premier venu. Ceux-ci, mes frères, il faut leur rendre justice, ont tiré leur grief des faits et des faits seulement; et rinjustice de leur reproche tient à ce qu^ils n'ont pas regardé à Tintérieur de la doctrine qui leur eût révélé h compensation secrète et surabondante des sacrifices dont. Ténormité les épouvante, tandis que l'injustice des autres tient à n'avoir voulu voir que l'intérieur de la doctrine, h religion abstraite, et de n'avoir tenu aucun compte des Ma extérieurs qui sont les conséquences de la doctrine. N'esiil pas juste, mes frères^ que nous laissions les premiers réfuter les seconds, et ceux-ci à leur tour réfuter les premiers? N'est-il pas juste, en particulier, que ceux que scandalise le principe égoïste de la religion chrétienne, scneni invités à s'expliquer à eux-mêmes, et à nous expliquer aisuite, pourquoi une clameur si ancienne et si générale reproche à la religion chrétienne le contraire précisément de ce qu'ils lui reprochent? Quand ils auront résolu cette difiSculté, nous serons, j'en conviens, tenus de leur répondre.

Mais si les effets étant reconnus, si la présence de l'amour dans le cœur et dans la vie des disciples de Jésus- Christ étant constatée, si le caractère généreux et tendre du christianisme étant mis hors de question, on insistait encore , si Ton continuait à reprocher au christianisme d'avoir recouru, pour produire ces effets glorieux et touchants, à ce mobile du bonheur ou de l'intérêt personnel, si la scrupuleuse pureté, nous dirions volontiers le puritanisme de ceux avec qui nous discutons, en était encore honteux et scandalisé, que xvo\v^tes\fcmV^^«œLQ^^^\^

t'tlttLItillIISVE CHUériKM,

renvoyer à mieux faire ? que leur resterait-il à eux-mêmes, H

sinon de 1 essayer? H

C^est, donc une entreprise vaine que de vouloir séparer H

le bonheur de la vertu, ou, ce qui revient au même, de vou- H

■blr exclure de la religion rélément du bonheur ! Quoi que H

ftous fassions, il y trouvera une place, et la seule question H

est de savoir quelle place il occupera; s^l viendra à la suite H

de l obéissance , ou s'il la précédera. Il n'y a pas d'autFc al- H

lemative. Entendezi-Ie bien, mes frères :obéitez-vous à Dieu ■

paur qu'il vous aima? ou lui obéirez-vous parce qu^il vous H

aime? Obéirez -vous afin d'être sauvés î ou obéirez -vous H

jjarci:^ que vous êtes sauvés? H

Ce choix, Dieu ne nous l'a pas laissé. 11 savait bien que H

%i nous devions être sauvés par l'obéissance, nous ne se- ■

rions jamais sauvés. C'est pourquoi , sans re^^aixler à noâ H

tsobéissances passées ^ et sans attendre que nous soyons H venus obéissanL^:, il nous a aimés le premier, il Cï^t venu ■ à nous^ il a dit ; « Paix sur la ten*e^ ^ il nous a remis à tous H des lettres de grâce , après avoir prononcé sur tous la sen- H tence de condamnation; il nous a tous enveloppés dans la H rébellion, pour nous faire miséricorde a tous* CliPist* le ■ messager de cette bonne nouvelle, en a été aussi le garant; H son incarnation^ ses souffrances, l'effusion de son sang m-* U uocentj Font muni d'un sceau immorteL Une race avilie, H fc ui do génération en génération se transmettait Tanaibème H Ht ne se perpétuait sur la terre que pour y perpétuer le dés^B fpirdre et la rébellion, une race qui ne semblait avoir con-* H serve qui'lques traits de sa dignité primitive et quelques H restes de son empire sur la création que pour corrompre H les desseins de Dieu, pour troubler par sa présenee et paf H ses actions runiverselle harmonie, celle race malheureuse . vu s'élendî'e vers elle, dans le ténébreux dé^tt do. ^A'îx cii^ h mmn patemellc de \Swxk. a»d ~ V\^viknw ^^«^^^

268 L'UTIIITAfllSIIB CHftinCN.

soleil s'est levé un astre lumineax et pur; un second Adam a été donné pour chef à une seconde humanité, afin qne^ comme tous meurent en Adam, tous revivent par Jésas- Christ; le Médiateur, dont la lointaine espérance avait cotsolé sur le chemin de la tombe les hommes des anciemi jours, est venu dans la consommation des temps accomplir sa mystérieuse mission et réclamer du haut de la croix l'effet de cette divine promesse : « Demande-moi, et je te a donnerai pour héritage les nations, et pour ta possession a les bouts de la terre, d (Psaume II, 8.) Elles sont à Im les nations, elle est à lui Thumanité; il en est le prince et le pasteur; car son sceptre est une houlette, et ses sujets sont des brebis qu'il nourrit et réchauffe sur son sein avec autant de tendresse qu'il les défend avec puissance et les gouverne avec autorité. Son règne est un règne de perstiasion et d'amour; il ne veut que des sujets libres, il ne veut régner que sur les cœurs; il ne reconnaît pour ses sujets que ceux qui lui sont unis par la foi et ne veulent devoir qu'à lui la paix, la consolation, la joie et la force. Il ner^ connaît pour ses sujets que ceux qui, se reconnaissant euxmêmes pécheurs, privés de toute gloire devant Dieu, et incapables de rentrer par leurs propres forces et leurs propres mérites dans la communion du Père des esprits, crient grâce et merci au pied de sa croix, et n'attendent rien sur la terre et rien dans le ciel que de sa puissante médiation. Je conviens très volontiers que l'homme n'eût pas inventé ce système, et qu'il est en dehors de toutes les combinaisons que nous aurions pu imaginer; mais après tout, mes frères> le système dans lequel, en abandonnant celuici, nous sommes forcés de retomber toujours, je veux dire le salut par l'obéissance , ce système si raisonnable n'est^il pas au-dessus de l'humanité et de chaque homme en pa^ ticulier? Est-il un seuHndividu de notre espèce qui puisse

l'crritiTARisin chiuStisit. SB9

Tembrasser sérieusement sans embrasser la condamnation^ le suivre jusqu^au bout sans arriver au désespoir? Et au contraire^ cet autre système/ si insensé que saint Paul Ta appelé sans détour une folie ^ mais la folie de Dieu, ne donne4*il pas à Tbomme, avec la joie et la paix, des forces qui lui étaient inconnues; ne crée-t-il pas dans son cœur ce qu^il y cherchait en vain et ce qui fait toute sa force, ce qui est Tœuvre par excellence, ce qui renferme en soi toutes les œuvres, je veux dire la confiance en Dieu et Tamour de Dieu? Cette folie, qui inspire la sainteté, n'estelle pas la raison même? et en revanche, cette raison qui ne produit ni la sainteté ni la paix, n'esi-elle pas une folie? £t si rélément du bonheur surabonde dans le christianisme, qu'importe, si cette surabondance de bonheur produit une surabondance d'amour? Et qu'est-ce, en définitive, qui est le plus noble, le plus généreux, de travailler en vue d'une récompense , comme dans le système de la religion naturelle, ou de travailler en retour d'une grâce obtenue, c'est-à-dire par reconnaissance, comme dans le système de cette religion surnaturelle que nous appelons ITÈvangile?

Et si l'on nous disait que bien peu de gens acceptent ces étranges et sublimes conditions, que bien peu de gens obéissent par reconnaissance, hélas! nous nous le sommes dit à nous-mêmes; mais enfin ceux-là obéissent, ils obéissent en esprit et en vérité; et où sont ceux qu'un autre principe, soit le devoir, soit la crainte, ait élevés à l'obéissance du cœur? Qui est-ce qui obéit, sinon celui qui aime ? Qui est-ce qui aime, sinon celui qui se croit aimé? Le nombre ne fait pas la vérité, et n'y eût -il qu'un seul homme sur la terre qui eût accepté l'Évangile, il faudrait voir dans cet homme l'humanité Tes\awtfe^,\^ ^'S5îCN.'^^>a. vén% la race de Dieu. La questionrfesX^^ôj^^w^^^^^^^

L'rilLITAmSUË GHftéTIEN.

set

déclaration de Jésus-Ghrîst : « que l'œuwÊ de Dieu (ou j « Toeuvre selon Dieu) , c'est de croire en celui qu'il a en- I <f voyé. a Ce sont eux dont l'injuste bonheur et riiisolente paix scandalisent les faibles, enhardissent les adversaires du christianisme j et donnent une couleur au reproche le pïus injuste et le plus téméraire qu'on ait jamais pu adresser à cette sainte religion.

Nous n^avons pas voulu que cette déplorable théologie, Cet utilitarisme déguisé en religion, tournât à la confusion 1 i ctiristianisme ; et c'est pourquoi, autant que nous Tavons j ij nous avons montréj d'un côtéj que l'élément de bon- j sur renfermé dans TÉvangile n'a rien de contraire à IV 1 >ur, qui est, selon l'expression de saint Jacques, « la fin 1 1 ou la somme du commandement, » et d'un autre côté, I le le christianisme, en développant dans le cœur humain 1 ïes trésors d'amour, a l}ien prouvé quil portait en soij à 1 cùlé du bonheur, et dans le bonheur môme, un principe fécond de bienveillance et de charité. Disons, répétons, 1 prouvons, tant que nous le pourrons, cette grande vérité : montrons, dans le christianisme, le bonheur et i'amour j réunis et d'accord; mais que notre exemple ne nuise pas à j nos discours; qu'on sente que, môme dans le deuil exté- 1 rieur et dans les larmes, ceux qui parlent du bonheur que 1 donne le christianisme l'ont réellement goûté; qu^on sente j surtout que ce bonheur est religieux, qu'il est spirituel, 1 ju1l est sans égoïsnie, qu'il est tout pénétré d'amour; j l'on sente qu'un premier bonheur en a produit en nous.] eotid, que le bonheur do la déli\Tance a donné nais* 1 à celui de la charité, qu'ils se sont fondus l'un daniJ Pltpe, en sorte qu'aujourtrimi Ton ne saurait discerner si] ous sommes heureux d'avoir échappé à la colère à venir j i d'être entrés en communion avec ce grand Di(?u notre j I, qui est a la fois tout bonheur et tout amour. Aiten J

Il VOUS est avantageux que je m'en aille; car si je ne m'en vais, le Consolateur ne viendra point à vous; mais si je m'en vais, je vous VenverraL Jean, XVI, 7.

A la pensée des persécutions et des souffk'ances dont Jésus vient de leur ouvrir la perspective sans fin, le cceor des disciples se resserre; l'épouvante le ferme à Tamour; tout pleins d'eux-mêmes, ils ne pensent plus à leur Maître; il faut que lui-même, lui présent et tout près de chacun d'eux, se rappelle à leur souvenir, et que, leur mettant dans la bouche une question qu'ils devaient lui faire d'euxmêmes, il leur dise : « Nul de vous ne me demande : Ok « vas-tu? » Et alors, devançant ou suivant leur pensée, B répond lui-même à la question que lui-même leur a prêtée, ou plutôt à une autre question qu'il découvre sous la première. « Où vas-tu? » signifie sans doute aussi : « Pourquoi « t'en vas-tu? Pourquoi ne restes-tu pas au milieu de nous? a Pourquoi nous laisses-tu seuls sur la terre? » Question pleine de trouble et d'anxiété, mes frères, question qui nous paraîtra bien naturelle si nous savons nous mettre à la place des disciples, et à laquelle notre Seigneur répond avant même de l'avoir entendue, et sans y mêler, à ce qu'il nous semble, ni reproche ni étonnement.

hisus mvisiBiB. S83

Les disciples n'étaient point alors ce qu'ils devinrent plus tard. Jésus-Christ les avait contraints^ pour ainsi dire^ à croire à sa mort sanglante comme à un événement certain, nécessaire et prochain. Mais Jésus-Christ devait sortir du tombeau, reparaître parmi les vivants; et pourquoi, rentré en possession de la vie, n'en prolongerait-il pas le cours au milieu d'eux, au sein de son Église? et comment cette Église pourrait-elle se passer de lui? et que deviendrait-elle, ou plutôt dans quel néant n'allait- elle pas retomber en l'absence de son Chef? Ils ne trouvent en euxmêmes aucune réponse à de telles questions. Disons mieux : ils y trouvent, ils trouvent dans le sentiment de leur faiblesse et de leur incrédulité, la plus accablante des réponses; et ils sont obligés de se dire que si l'avenir de l'Église dépend uniquement d'eux, roseaux fragiles et tremblants, l'Église n'a point d'avenir.

Telle était leur faiblesse, que Jésus-Christ ne pouvait pas même, à cette heure du moins et de sa propre bouche, résoudre pleinement la difficulté qui s'élève dans leurs esprits. Sa réponse, si complète en elle-même, pour eux nécessairement est incomplète et provisoire. Elle les calme, les rassure plutôt qu'elle ne les réjouit et ne les édifie. Le Mattre a parlé, c'est quelque chose; le Maître a fait entendre qu'un grand avantage devait résulter de son départ; c'est beaucoup, s'ils ont égard à l'autorité de celui qui leur parle ; mais c'est peu pour des esprits dans la condition des leurs; et, chose remarquable, avant d'avoir reçu, d'avoir goûté la compensation qui leur est promise, l'envoi du Consolateur, ils ne sont en état ni d'apprécier cette compensation, ni de s'en faire une idée; c'est au Consolateur lui-même à leur faire connaître le Consolateur ; c'est au bienfait promis à leur donner, une fois accordé, sa propre mesure. La parole de Jésus est précieuse sans

Hdi sisVS INVISIBLE.

doute, précieuse comme enseignement, précieuse comme une prophétie dont Taccomplissement fera glorieusement éclater l'infaillibilité du divin prophète; mais c'est plus tard qu^on sentira tout ce qu'elle valait; à Theure où elle est prononcée, elle n'est pour les disciples, ainsi que tant d'autres prophéties, rien de plus a qu'une lampe qui luit (c dans un lieu obscur. »

Rendons-nous justice, mes frères : nous aurions tous, comme eux, demandé à Jésus : « Pourquoi, Seigneur, fen « vas-tu? Reste avec nous, Seigneur! car sans toi nous ne a sommes rien, et loin de toi nous périssons !» Et que sais-je si aujourd'hui même nous ne sommes pas tentés de le dire, si l'absence de Jésus, et de tout signe visible de son invisible présence, n'étonne pas notre foi, et si ce besoin de voir qui soulevait dans le cœur des disciples cette question douloureuse : « Pourquoi t'en vas-tu? » si ce besoin ne nous agite pas nous-mêmes, et ne nous dicte pas, en des occasions diverses, bien des objections, bien des murmures peut-être, analogues à la question des apôtres?

Que ce soit donc, par supposition, de nous que la question vienne, à nous que s'adresse la réponse. Seulement, nous ne disons plus, comme les apôtres : a Pourquoi f en ce vas-tu, Seigneur? » mais : « Seigneur, pourquoi t'en es-tu (( allé? et pourquoi ne demeures-tu pas au milieu de nous « jusqu'à la fin des temps? » Écoutons la réponse de Jésus.

Mais non; avant la sienne, écoutons la nôtre. Lui seul nous dira toute la vérité, et ce que nous-mêmes nous pourrions dire, nous vient aussi de lui ; nous ne sommes sages que de sa sagesse; il ne peut être question de lui rien dérober, mais seulement de voir si, avant de connaître la propre réponse de Jésus-Christ à la question de ses disr ciples, nous n'avons pas, et eux aussi^ quelque moyen de

nous exidiquer le départ et la disparition de Jésus-Christ.

Supposons donc que le Fils de riiomme^ condescendant à la faiblesse de ses disciples et au vœu secret de la nôtre, eût consenti, après sa résurrection, à demeurer sur la terre jasqu^au dernier jour du dernier des siècles réservés à Thumanité. n n^y pouvait demeurer que pour y mourir sans cesse ou pour y triompher à jamais. A laquelle de ces deux alternatives faut-il nous arrêter? Vous le savez trop bien, mes frères. Jésus-Christ, toujours également aimable, serait toujours également haï. La même soif de son sang s'allumerait partout et en tout temps, et si Jésus apparaissait successivement en différentes contrées, chacune à son tour serait humectée de ce précieux sang. Chose horrible à penser, horrible à dire! Jésus ne renaîtrait chaque fois du sein de la terre, devenue sa mère, que pour livrer aux méchants sa chair innocente et sanctifiée; toutes les formes du dernier supplice seraient tour à tour essayées sur ce eorps adorable; toute Teffroyable variété de la corruption humaine s'exercerait et s'épuiserait, s'il était possible, dans ce parricide étemel, et l'Église, appelée, selon la parole de saint Paul, à compléter ce qui manque aux souffrances de son Chef, c'est-à-dire à le représenter et à le continuer dans cette partie de son œuvre, l'ÉgUse souffrirait avec lui, si plutôt, comme l'exemple des premiers disciples doit nous le faire pressentir, elle ne s'enfuyait loin de sa croix, y laissant tout au plus quelque saint Jean, à qui Jésus, plus isolé que jadis sur la terre, n'aurait point à confier une autre Marie.

S'il est selon la piété de croire que le Fils de Dieu est mort une fois, lui juste pour nous injustes, si cela môme est la base et le fond du mystère de piété, il est impie de croire que le Fils de Dieu a dû, plus d'une fois, revêtir une chair mortelle, et que, plus d'une fois, la postérité bénie

266 lisUS INYISIBLl.

de la femme devait laisser briser son talon par Tange des ténèbres. Hàtons-nous donc de repousser cette première alternative^ quoique la plus probable, quoique la seule admissible, et Jésus^ dans notre supposition^ .continuant à honorer la terre de sa présence^ remplaçons la perspective d^une éternelle passion par celle d'un triomphe étemel.

U a vaincu^ lui vivant et revêtu de notre humanité, il a vaincu l'incrédulité générale. Uhosanna de quelques centaines dlsraélites sur le chemin de Jériisalem est devenu le cri de tous les peuples. Jésus règne; il est le roi de toute la terre^ il est le roi de tous les rois. Sa domination paisible est une domination absolue. Il n^a plus d'ennemis^ il n'a point de rivaux ; et ce qui a été dit emphatiquement d'un roi de la terre dans un livre juif est exactement vrai de Jésus : a La terre se tait devant lui. » Son règne^ quoi qu'il ait pu dire, est de ce monde; mais ce règne, si glorieux qu'A paraisse, ne laisse pas d'être un exil; car si Thumanité, avant d'avoir été glorifiée dans les lieux célestes, est un exil pour les justes, combien plus le doit-elle être pour le prince des justes? Jésus-Christ n'est pas où il doit être, et il me semble, comme aux jours de son ministère, l'entendre s'écrier encore : a Jusqu'à quand serai-je avec vous? » Les sujets de ce roi du monde ont même un avantage sur lui; et il se trouve, en dépit des paroles mêmes de Jésus, que le serviteur est plus que son maître; car, une fois du moins, Jésus-Christ a souffert; et que peuvent avoir à souffrir ceux qui l'environnent? Un seul de ses regards les couronne de gloire; avgir été vu, remarqué par lui, avoir reçu de sa part un ordre, une question, un signe seulement, c'est assez pour être aux yeux du reste des humains quelque chose de plus qu'un roi ; la fidélité, toujours récompensée, toujours sûre d'être applaudie, ne coûte plus rien; l'idée et jusqu'au nom de la désobéissance ayant disparu de tous les esprits,

iiêVB INVISIBLl. 267

il n'y a plns^ de la part des amis de Jésus^ ni difficulté à surmonter ni lutte à soutenir; ce n'est plus à travers le feu qu'on est sauvé ni par beaucoup d'afflictions qu'on arrive à la gloire. La victime n'est plus salée de feu; ou plutôt il n'y a pkis de victime, la religion n'est plus un sacrifice; la bénédiction de la voie étroite et le royaume céleste ravi par les violents ne sont désormais que de vains mots; et après s'être demandé ce que fait Jésus ici-bas, il ne reste plus qa'à se demander ce que ses disciples y font eux-mêmes, et pourquoi, s'il est permis de s'exprimer ainsi, la terre n'est pas déjà transportée dans le ciel.

Telles sont les réponses que suggère à tout le monde la connaissance la plus superficielle de l'Évangile. Écoutons maintenant Jésus^Christ. Sa réponse est seule complète, va seule au fond de la question ; sa réponse est la seule qui réponde. Car la question des disciples se rapportait à eux. Pourquoi t'en vas-tu? signifiait : Pourquoi nous laisses-tu seuls? que deviendrons-nous sans toi? et nous avons jusqu'ici répondu à tout, excepté à cela. Nous avons négligé de nous placer au point de vue des disciples; Jésus^hrist, lui, s'y place tout d'abord ; les premiers mots de sa réponse le font bien voir : « Il vous est, leur dit-il, avantageux que « je m'en aille. » Voyons en quoi consiste cet avantage, qui n'est pas uniquement celui des premiers disciples, mais le nôtre.

« Si je ne m'en vais, le Consolateur ne viendra point h a vous; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai. »

« Reste avec nous. Seigneur, et nous serons consolés, d Ainsi, peut-être, eussions-nous répondu, mes frères. Car nous sentons bien un besoin général de consolation ; hélas ! dans leurs plus mauvais moments, c'est de vivre, c'est d'iHre, que plusieurs voudraient être consolés! Mais qui peut mieux consoler que Jésus? Jésus absent n'est qu'un

lisoB nnnsiBLE*

malheur de plus; et qui nous consolera de Tabsence de Jésus?

Jésus eût pu répondre : Étes-vous consolés? Ma pressée vous suflSt-elle? Le vide de votre cœur est-il comblé? L'û*quiétude de vos esprits est-elle calmée? Avez-vous la paix? Non; et pourtant je suis au milieu de vous; vous pouvez tous les jours me voir, me parler et m^entendre; à votre manière vous m^aimez : à quoi tient-il donc que quelque chose en vous, moi vivant, moi présent, crie encore après la paix, après la consolation? Vous avez donc encore à demander, à recevoir le Consolateur.

Il ne faut pas d^ailleurs (et les paroles qui suivent notre texte nous en avertissent) donner un sens étroit à ce mot de Consolateur. La consolation dont il s^agit n^est pas seulement celle qui dédommage d'un bien perdu ou qui le fait oublier : c'est celle qui fait cesser la solitude de Tàme; c'est celle qui l'unit à son objet et à sa fin; c'est celle qui la met en possession de son vrai bien; c'est toute la lumière, la force et la vie dont elle est susceptible; ce sont de nouveaux yeux, un nouveau cœur, une seconde naissance ; c'est toute la puissance de Dieu dans la faiblesse de l'homme. Le Consolateur, c'est le Saint-Esprit de Dieu.

Les signes ou les effets de sa présence sont nombreux et divers. Mais comme il s'agit de prouver que le départ de Jésus est la condition de cette grâce suprême, et qu'il fout, chose étrange ! qu'il s'en aille pour faire place au Saint- Esprit, remontons des grâces plus particulières, qui peuvent sembler compatibles avec la présence personnelle de Jésus-Christ, aux grâces plus générales qui sont le principe et la source de toutes les autres ; nous n'aurons pas de peine à comprendre que celles-ci, et par conséquent toutes les autres, ne pouvaient naître et se développer qu'après le départ du Fils de l'homme ; et nous conclurons en disant

à ce divin Ami : « Oui, Seigneur, ton départ était nécessaire; il nous a été bon que tu t'en sois allé i »

Deux consolations du Consolateur^ deux grâces du Saint- Esprit^ composent tout Thomme nouveau : Tune est la foi, l'autre est cette affection selon TEsprit/dont saint Paul a dit qu'elle produit la vie. Jésus-Christ est Tobjet de Tune et de Tautre^ mais à condition de devenir invisible pour nous.

La première des grâces de la nouvelle alliance est la foi. Le propre de la foi est de s'attacher, avant tout et après tout^ à ce que Dieu a dit, commandement^ enseignement ou promesse^ et soit qu'il Tait écrit sur quelque substance matérielle^ soit qu'il Tait gravé dans le fond de notre cœur. Croire, c'est se reposer entièrement sur l'infaillibilité et sur la fidélité de Dieu; c'est mettre au-dessus de toute certitude et de toute garantie celles qui naissent de son témoignage; c'est tenir chaque mot sorti de sa bouche comme XAus substantiel et plus réel que la réaUté même ; c'est^ dans la pratique^ regarder le devoir, tel que Dieu l'a imposé^ comme plus évident et plus fort que tout; c'est par conséquent aller, les yeux fermés, au-devant des événements, comme au-devant de Dieu même; c'est ne demander point à voir, mais considérer la vue ou comme la récompense définitive de la foi, ou comme un miséricordieux soulagement que Dieu pourra, quand il le jugera nécessaire, accorder à notre faiblesse ; c'est, plus généralement encore, vivre de l'esprit, qui est la meilleure partie do nous-mêmes, nous dérober à la tyrannie des sens, nous attacher en toutes choses au fond, à l'essence même de la vérité, non à des accidents extérieurs ou à des signes ; préférer l'invisible, qui est étemel, au visible, qui est passager, et la possession du bien suprême aux marques sensibles de sa présence ; enfin, pour ce qui concerne parti-

370 JRSUS INYISIBLl*

culièrement Jésus-Christ^ bénir Dieu de ce que la Parole a été faite chair, et de ce que la sagesse étemelle a conversé avec les enfants des hommes, mais ne pas voir en Jésus-Christ^ bien qu'il soit homme dans un sens parfiut^ un individu ordinaire^ dont la présence est indissoluble* ment attachée au corps qui le figure, en telle sorte quH serait moins présent, moins proche et moins uni à nous lorsque nos yeux cesseraient de le voir. Or, telle était h disposition des disciples, et telle est, en général, me» frères, la nature humaine, que, Jésus -Christ demeurant sur h terre, la foi, ce divin principe d'une nouvelle vie, fût restée éternellement à Tétat d'enfance; il en eût été comme d'un jeune oiseau à qui sa mère ne permet pas d'essayer ses ailes ; on se fût reposé sur la présence corporelle de Jésus, non sur sa présence spirituelle, qui est sa vraie présence; même avec un Jésus-Christ pauvre et humilié, on eftt marché par la vue; l'homme en Jésus eût obscurci le Dieu; l'idée pure ne se fût jamais entièrement dégagée du fait extérieur; toutes les pensées du chrétien seraient demeurées étroites et temporelles; jamais il ne se fût élevé à cette glorieuse liberté de l'esprit, qui devait être la gloire de l'économie évangélique. Enfin, la faiblesse naturelle des disciples serait, à tout moment, retombée de tout son poids sur ce Jésus visible et présent, qui devait, comme tel, suflSre à tous nos besoins, et dont la présence devait donc éterniser notre état de minorité ; aujourd'hui encore, ce n'est pas nous qui croirions, mais lui qui croirait pour nous, lui qui vivrait pour nous, lui qui serait chrétien à la place des chrétiens; les magnifiques développements de l'Église chrétienne se trouveraient ainsi supprimés avant leur naissance; ou, pour mieux dire, il n'y aurait point d'Église chrétienne, l'Église étant l'assemblée de ceux qui marchent par la foi et vivent de l'Esprit.

liai» RfvisiBLB. S7i

J'ai nommée après la foi^ Taffection selon TEsprit. C'est d second caractère de rhomme nouveau. II aime^ et ce L^est pas en cela qu'il diffère absolument du resté des lommes^ mais en ce qu'il aime spilrituellenient. Toute affection humaine est chamelle dans son principe. VâmCy {lû est de la terre, est le siège de cet amour; il ne passe |X>iiii jusqu'à Vesprit^ qui est le sens des choses divines. aimer spirituellement^ c'est aimer comme Dieu aime et comme Dieu veut être aimé. Tout ce qui^ dans l'amour, n'est que nature, instinct, goût, complaisance pour soimême^ tout ce qui, dans l'amour, est fait à l'image du monde et du temps, disparaît ou se subordonne. L'amour, épuré et divinisé, s'élève et s'attache à ce qui est invisible et immortel; il devient à la fois plus tendre et plus saint, plus intime et plus respectueux ; il aime Dieu en toute âme, il aime toute âme en Dieu : le fidèle, qui voit toutes choses avec l'œil même de Dieu, aime, si l'on ose s'exprimer ainsi, avec le coeur même de Dieu. Et pour citer un exemple qui nous rapproche de notre sujet, presque tout le inonde aime Jésus ; les ennemis mêmes du christiatiisme ont une espèce d'amour pour Jésus. Et comment boulez-vous qu'on n'aime pas celui qui fut doux et humble de cœur, qui aima les petits et les pauvres, qui voulut vivre de leur vie, n'usa de sa puissance que pour secourir et bénir; celui, enfin, dont le doux nom, depuis dix-huit siècles qu'on le prononce, éveille dans tous les esprits des idées de clémence et de paix, de justice et de miséricorde? Mais aucun de ces hommes du monde qui, à leur manière, aiment Jésus-Christ, ne saurait avoir pour lui plus d'amour que le fils de Jona; et ne savons-nous pas que Jésus ne voulait point être aimé comme il l'étîiit de Simon-Pierre ; que, touché sans doute de cet attochcment naïf, il le repoussa cependant, que du moins il en réprima l'essor, (*t

J^SIIS INVISIBLE.

s'indigna contre ce disciple, qui ne voulait pas que sa maître goûtât la meut? L'affection de Pierre n^était paiif^ rituelle ; celle du monde pour Jésus l'est j s'il se peut, om encore. C'est un attachement humain^ qui ne suffit pftsi Jésus et qu'il ne peut accepter; car cet attachetnvol tt renferme aucun des principes de cette vie nouvelle est venu répandm dans Thumanité, aucune étîneeUe feu qu'il lui tardait d'allumer sur la terre. Cet attacl ne conduit point à Dieu, Et comment y conduirait-il que, dans le jour de la colère et du pardon célestes, put conduire au pied de la croix? Mais cet attat^b demeurait humain aussi lon^emps que Jésus lui-mto demeurait dans une condition humaine; il ne fùixvd prendre des ailes et s'envoler dans le ciel qu'après «jw Jésus y semit monté. Jusque-là Christ n'était qu'une pf^ sonne^ et non point encore le chemin, la vériti» et là ne. On ne raimait pas comme on aime le chemin, la vérité M la vie, mais comme on aime une personne- La personne visible, corporelle^ bornée, devait disparaître pour faiie place à ridée qu'elle représentait et qu'en ménie elle voilait. 11 fallait que rameur des disciples nepM^i aucune manière, ou se partager ou prendre le chan^e^ qu'en un mot dans le Christ ils aimassent véntablemiiilli Christ. La faiblesse humaine demandait en quelque iùilà cette salutaire privation, semblable à celle qui refuse à Vf^ faut le doux lait de sa mère pour raccoutumeràuneiKNB^ ri turc plus solide. Les disciples ne comprirent point dV bord cette nécessité; et comment l'aumient-ils comprise* mais elle leur apparut, un peu plus tard^ tout« lumimeiist d évidence. « Je ne connais plus personne selon lu cli&îf. « s'écrie Papôtre des gentils; et si jamais j'ai connu Cbfttl w selon la chair, je ne le connais plus dt* celte manière, p L'onlendez-vous? Il s'en félicite, il s'en vante* Un autfp ^

jisUS INVISIBLE. 273

t vanté d'avoir vu le Christ; saint Paul, qui probablement vait va, ne daigne pas même s'en expliquer; il lui im- »Tte beaucoup plus de nous apprendre qu'il ne le connaît M selon la chair^ afin^ sans doute^ de nous apprendre à nu-mémes à ne le point connaître, à ne le point aimer » cette manière, mais spirituellement.

Si b foi et Taffection spirituelle sont la vie de TÉglise, était donc avantageux à l'Église^ non que Jésus restât i milieu d'elle^ mais que Jésus s'en allât. Les faits Font en prouvé. Où était l'Église avant le départ de Jésus? nlle part; non pas même au sein de ce collège d'apôtres, n, nous avons lieu de le croire^ connaissaient moins bien ■08 et Taimaient moins à son gré que ne le connaît et ne lime aujourd'hui une pauvre servante chrétienne. Si, «nme nous sommes trop naturellement portés à le croire, présence corporelle est très importante et l'emporte sur souvenir^ les apôtres^ ayant Jésus au milieu d'eux, deient être plus forts que les apôtres séparés de Jésus. Et (Hibliez pas que l'Esprit, puisqu'il est question de l'Esprit, ivait point été donné à Jésus par mesure, et qu'il est en le maître de prendre de ce qui est à lui pour le donr à ses amis. Pourquoi ne le fit-il pas? Pourquoi ses enignements fureni-ils moins puissants sur ses apôtres que le furent, après lui, ceux de ses apôtres eux-mêmes? (urquoi sa seule présence ne fut-elle pas pour eux une ondante et perpétuelle effusion des dons du Consolateur? »urquoi peut-on dire de Jésus ce qui, plus tard, fut dit I saint Paul : a Sa présence est méprisable ; ce sont ses lettres qui sont fortes? » Car enfin ce sont là des faits. mni le départ de Jésus-Christ il n'y a point d'Église; il en a une après qu'il a disparu. Ces hommes qui, après oir passé un si long temps avec leur Maître, lui font des lestions et lui proposent des doutes dont nous nous sen-

tons liumiliéâ pour emc^ sont, après qull les a quittés, è»1 Iiommes écslairés^ intelligeiitSj ïésolas. Cette Église, m 1 1 n^a laissé que son souvenir^ et où les signes visibles dit I puissance n'ont duré que bien peu de temps^ elle sobâii 1 encoi'ej et aujouixl'huij dans ie déclin de toutes las croj^uei 1 et la déroute de tous les systèmes^ elle est la ^iile ikm qui ait de la forec, de la vie et de l'avenir. H est du tam évident que l'existence de TÉglise ne tenait pas à li p^ sence visible de son chef, et Jésus savait bien ce qu'il di* sait lorsqu'il déclarait à ses disciples qu'il était avâiUiffiiB, | qu'il leur était avantageux qu'il s'en allât. « Eh quoîl aflU frirons-nous moins? serons-nous moins mépri&ésî iH tâche en sera-t-êlle plus facile? m U me semble leur isiitfi» dre faire ces questions. Jésus y avait répondu d'aiiaace* Bien loin de soutîrir moins j ils devaient souffrir bien pta; mais ils devaient souffrii* avec joie; tel est Vavanta^ qm leur apporterait le départ de leur Maître. Or les fait& iiaui prouvent que cette prévision divine s'est merveiUeuseiiiart justiûée^ et que, dans un sens spirituel et âublime» k départ de Jésus leur fut avantageux*

Mais nous supprimons^ va-t-on dire^ 1b minide de h Pentecôte. — Nous ne le supprimons pas* — Nouâ naissons^ va-t-on dire, le sens de ces paroles de Christ ; « Je vous enverrai le Consolateur, n — Hom méconnaissions point. Nous n'avons point prétej Dieu ne soit pas le maître de ses dons^ qu'U ne xiiïtenir, et que celui-ci n'ait une date. Nous croy0jisi|iiiitai] manifestation de la puissance divine, le jour de la oôtc^ était nécessaire, ètqull ne s'y est rien mélii de tlu; car la prodigieuse magniBcence de Dieu i contenue entre les bornes du nécessaire. Hais riôui une observation \m\>ona.v\l*i ^^ \itéafâsv\K>t'. e'^^iLci^ force rien^ n'^attenle iamaV&léiiMilT^\\\«ix^à^%v^5^

JSSUS INVISIBLE. 275

n'est au^ chose qu^une éloquence toute divine^ un esprit pariant à un espnt, l'Esprit de Dieu à Tesprit de Thomme. D frappe à la porte^ mais il ne Tenfonce pas; il sait trop bien Tart de se la faire ouvrir. Tout est mystérieux^ rien n'est magique dans Tœuvre de la conversion; les lois de notre nature y sont observées^ et nous ne cessons pas un instant d^étre hommes. Nous appliquons ceci à la grande lévolution qui se fit dans le cœur des disciples. Elle fut l'œuvre de Dieu ; mais cette oeuvre de Dieu, Dieu lui-même l'avait préparée^ Dieu Tavait rendue naturellement possible en retirant son Fils de la terre, et en réduisant les disciples à la foi nue et à la nue charité. C'est de lui seul qu'ils pouvaient recevoir ce qu'ils en reçurent en effet; mais ils ne pouvaient pas le recevoir avant que leur Maître eût échangé le séjour de la terre contre les demeures du ciel : alors seulement leur confiance humaine pouvait devenir de h foi, leur affection humaine une affection selon l'esprit. Cesl tout ce que nous avons voulu établir, et nous pensons qu'il en valait la peine.

La vue de Jésus-Christ ressuscité était décisive également pour la vocation et pour l'avenir des disciples. Sans cette vue, rien n'est possible, et la tombe du Seigneur, vide à l'insu de ses amis, ensevelit à jamais et leur espoir et nÊglise. Cet événement peut suffire à nous expliquer leur joie, leur première ardeur et leur dévouement. Mais ne perdons pas de vue les idées qui nous ont occupés. Qu'est-ce que le christianisme réalisé dans un coeur d'homme, sinon le triomphe de l'invisible sur le visible et le règne de la foi? Qu'est-ce que la nouvelle vie qui se rattache à ce principe, sinon un amour supérieur, par sa pureté et jmr son caractère spirituel, à tous les amours de la terre? La seule question est de savoir si le germe de ces deux vertus, qui sont tout le christianisme, eût pu se développer dans une ÉgUse

où^ jusqu^à la fin des siècles^ Jésus aurait été personnellement présent? Nous avons cherché à montrer le contraire. Et il ne nous reste plus qu^à demander : Que signifient, si elles n^ont pas cette signification, les paroles de Jésus- Christ? Comment comprendre, en dehors de ces idées, qu'il put être avantageux aux disciples de voir leur Maître s'éloigner, et qu'il puisse nous être avantageux à nousmêmes d'être privés de sa présence? Sans compter que h terre ne pouvait pas retenir Jésus-Christ au delà du terme fixé par rétemelle prescience, ne comprend-on pas que sa présence prolongée, nous entendons sa présence corporelle, pouvait être un obstacle à quelques-uns des buts de sa venue en chair? Son départ n'était-il pas le signal naturel de l'avènement du Saint-Esprit? Et n'était-ce pas lorsque la terre posséderait les hommes spirituels, qui sont le peuple de la nouvelle économie, lorsque les œuvres de l'Esprit seraient manifestes et ses fruits abondants sur la terre, que ce même Esprit, selon la déclaration du Sauveur, pourrait, avec puissance, a convaincre le monde de « péché, de justice et de jugement? » Nous vous laissons, mes frères, répondre à ces questions, impatients que nous sommes d'arriver aux instructions pratiques qui découlent, comme d'elles-mêmes, de notre texte.

Oserions-nous prétendre, mes frères, qu'il a été bon aux apôtres que Jésus-Christ s'en allât, et que ce qui leur fut nécessaire et avantageux nous est, à nous-mêmes, inutile, et mauvais? Nul de nous, certes, ne le dira. Il est trop évident que la situation, que les besoins sont encore les mêmes, et que nous ne saurions nous passer mieux que les apôtres de la douloureuse privation que leur Maître leur imposa.

Aucun chrétien, cependant, n'y consent volontiers. On s'y résout à mesure qu'on est plus spirituel, c'est-à-dire à

raesure qu^on possède mieux Jésus-Christ dans le cœur, et ciu'on le voit plus distinctement des yeux de la foi. Mais il :ii'est rien de plus universel ni de plus naturel que le re- ^et de n^avoir pas vu Jésus-Christ, le désir de le voir un jour, je dirai presque un sentiment d^envie à Tégard des mortels privilégiés qui contemplèrent le Fils de Thomme sous sa forme de serviteur. Oubliant combien ces hommes étaient faibles du vivant de leur Maître, et que toute leur force date d^une époque où ce divin Chef n'était plus présent sur la terre que par son Esprit, on s'imagine qu'on pourrait tout avec Jésus-Christ si Jésus-Christ se rendait visible, qu'on n'aurait plus ni doute ni frayeur, et qu'on serait, dès lors, tout ardeur pour le service d'un si grand maître. Que dans un premier mouvement l'on pense et Ton parle ainsi, cela se conçoit et cela peut se pardonner; mais comment après réflexion peut -on tenir un tel langage? Et qu'on est loin, quand on peut le tenir, d'une pleine intelligence de l'Évangile.

Qu'est-ce que le corps de l'homme? Une statue vivante. Le corps est une image, un signe commémoratif de l'existence et de la présence d'un être moral, auquel, à travers le corps, pour ainsi dire, s'adressent tous les sentiments que cet être peut nous inspirer. Que l'âme ne soit jamais sans le corps, et que leur union indissoluble soit une condition essentielle, un caractère éternellement ineffaçable de la nature humaine, nous n'en faisons nul doute, et nous en avons pour garant l'Évangile lui-même, qui ne parle point de l'immortalité de l'âme, comme font les philosophes, mais de la résurrection de la chair. Cette chair toutefois, cette organisation, nécessaires à l'homme pour se manifester et pour remplir sa destinée, ne sont point l'homme ; nous l'avouons tous lorsque nous refusons de chercher la valeur d'un homme ôatvç» ^ow ç>w:^% \^ ^iKss>

rien de ce qui nous parait tenir à son corps^ et la mettons tout entière dans son intelligence et dans sa volonté; or, rélément dont nous ne tenons aucun compte dans cette évaluation serait-il l'homme lui-même et tout lliomme? Et en revanche, Thomme^ tout Thomme n'est-il pas dans cette intelligence et dans cette volonté que nous faisons, toutes seules, entrer en ligne de compte?

Plus, dans nos attachements, nous nous mettons audessus des impressions que le corps peut faire sur le corps, plus nous nous élevons (qu'il me soit permis de parler ainsi) de la statue à l'homme qu^elle représente, plus nous sommes contents de nous-mêmes. Une affection sur laquelle ni la décadence extérieure de Tobjet aimé, ni son absence, ni la mort, n'exerceraient aucun pouvoir, une telle affection serait à bon droit la plus honorée; ce ne serait pas encore, je Tavoue, une affection selon l'Esprit, dans le sens de l'Évangile; mais rien n'y ressemblerait davantage; rien ne serait plus propre à en donner Tidée, et même à en Jure naître, selon les circonstances, ou le désir ou le pressentiment.

Si quelque être doit être aimé purement, c^e^ sans doute le Fils de Dieu. Le culte en esprit, qu'il a recommandé et rendu possible, n'est autre chose que l'adoration de l'esprit adressée à l'Esprit. Si le Fils de Dieu a paru en chair, ce n^est pas pour nous faire adorer sa chair ou sa présence corporelle; c'est pour habiter parmi nous, pour être homme comme nous, pour vivre de la vie humaine, et pour goûter la mort. Il a donné ce point d'appui à noire amour; mais notre amour doit s'attacher à ce qui est en lui pensée, volonté, amour, et si nous n'aimons pas en Jésus -Christ l'éternelle vérité et le Dieu éternel, nous ne l'aimons point encore comme il veut être aimé.

Mais, puisqu'il s'agit moins, en ce mom;ent, des prin-

si»m incYisiBLE. 379

cipes qae des conséquences, répondons à ceux qui s'écrient : a Oh ! que nous serions forts si nous pouvions voir Jésus-Christ! » Hélas! combien d'autres l'ont vu, combien l'ont vu tout à loisir et sont demeurés faibles! De même en seraii-il de vous, mes frères, si Jésus-Christ vous apparaissait et conversait avec vous, à moins toutefois qu'il ne vous communiquât cet Esprit, qu'il n'accorda à ses premiers disciples, vous le savez bien, que sous la condition de sa propre absence. Sans doute c'est une grande gloire, comme une grande douceur, que d'avoir vu le Fils de l'homme sous cette forme de serviteur qui est le fondement de sa propre gloire; les premiers apôtres l'avaient vu; il fallait l'avoir vu pour exercer l'apostolat, et nous entendons saint Paul, méconnu par une partie de la primitive Église, s'écrier : a Et moi aussi, n'ai-je pas vu Jésus- CSirist? » Mais cela ne fait rien, absolument rien à la question qui nous occupe. Cette question la voici : L'Esprit a pu remplacer Jésus-Christ et compléter son œuvre : Jésus-Christ, par sa présence, peut-il remplacer le Saint- Esprit? Sa présence peut-elle produire en nous ce que le Saint-Esprit n'y aurait pas produit ou n'y produirait pas? Rien, absolument rien ne nous autorise à le croire. Toute analogie serait trompeuse. Le seul aspect d'un grand personnage, le seul bruit de sa présence, ont pu, dans des conjonctures graves, exercer une influence décisive; mais, quelque grands que fussent les résultats, ils étaient humains; le moyen et l'effet n'étaient pas disproportionnés entre eux. Mais des effets spirituels veulent une cause spirituelle. Tel n'est point, à lé prendre en lui-même, le fait de la présence corporelle de Jésus-Christ, Il n'a rien de spirituel. S'il n'exclut pas absolument l'action de l'Esprit, il n'en sîiurait tenir lieu. Et nous avons pu nous convaincre que l'établissement du règne de l'Esprit dans l'Église

a pour condition la présence de Jésu&-Ghrist à la droite de son Père, et non sa présence au milieu de nous.

On veut voir dans cette absence du Christ visible et corporel une diminution, une perte. Mais c'est la chair ellemême, c'est le charme de la vie présente qui nous en font juger ainsi. Jésus-Ghrist absent n'est point diminué, ou plutAt Jésus-Ghrist absent n'est point absent. Son Esprit c'est luimême. Il est présent tout entier dans la présence de son Esprit. On a dit d'un grand capitaine que son ombre eût pu encore gagner des batailles; mais l'Esprit saint n'est pas l'ombre de Jésus-Christ; ce n'est point son portrait que Jésus-Christ nous a laissé en nous laissant le Consolateur; et si, comme il est vrai, un éternel train de guerre est ordonné à Jésus-Christ sur la terre; si, comme nous n'en doutons pas, il livre à jamais des batailles, ce n'est pas son ombre, c'est lui-même qui les livre et qui les gagne. En nous donnant son Esprit, il fait plus que de prendre de ce qui est à Lui pour nous le donner, il se donne lui-même; oui, tout aussi personnellement, tout aussi effectivement que dans la nuit mémorable où le soleil s'éteignit dans les cieux, il se donne encore, mais sans effusion de sang, mais dans la gloire et dans la puissance, invisible aux yeux de la chair, mais visible aux yeux de l'âme, et immédiatement, personnellement saisi par la foi.

C'est quelque chose, à la vérité, que l'espérance du retour de Jésus-Christ; et quelle que soit la forme de ce retour, de quelque manière que Jésus-Christ se manifeste en cette grande journée, elle a été promise à notre foi, et sans doute elle différera de celle dont les rapides heures composent le temps de notre pèlerinage. Il y aura une manifestation, une vue. La vue a toujours été la récompense, J 'encouragement de la foi. Mais il a fallu croire d'abord. Jésus-Chrisi faisait peu de m\™Afes> tf e,^W^\^^ ^<y^w^Ns\^

JBSUS INTISIBLB. 281

peu à te vue^ là où il rencontrait beaucoup (incrédulité. Après tout, la foi c'est la vie. La vue est une royauté. Mais pour régner, mais avant de régner, il faut vivre; et la vue n'est une gloire et une félicité que pour celui à qui, longtemps avant de voir, il a été donné de croire.

a C'en est assez, dites-vous, c'en est trop peut-être. Nul de nous n'a la pensée, encore moins Tespoir, d'arracher le Fils de ITiomme à la bienheureuse lumière des cieux pour le fahre habiter une seconde fois dans les tristes ténèbres de cette vie. » Je le veux croire, mes frères; mais ifavez-vous point quelque autre prétention toute pareille à celle que vous désavouez?

Si vous n'osez prétendre que Jésus soit personnellement visible, vous voulez qu'il le soit de quelque autre manière ; en d'autres termes, vous voulez des signes visibles de la présence invisible du Seigneur.

Si les signes que vous réclamez ne sont autre chose que ces fruits de l'Esprit, ces bonnes œuvres, cette activité sainte qui constitue et qui manifeste le christianisme du cœur, assurément vous avez raison. Il faut de ces signes, il en faut beaucoup, et nous n'avons là-dessus qu'une observation à vous faire : ces signes de la présence de Jésus- Christ, c'est à vous-mêmes, d'abord, que vous devez les demander.

Mais ce saint désir n'est pas celui dont nous parlons. Il en est un autre moins pur; c'est celui qui inspirait aux Israélites cette requête téméraire : a Fais-nous des dieux « qui marchent devant nous, d II n'est pas un homme qui ne demande, du fond du cœur, des dieux qui marchent devant lui, et pas un chrétien qui, dans de certains moments, n'en demandât, s'il l'osait, de pareils.

Ce n'est pas, à Dieu ne plaise, quelque chose comme ]d yf^au à'or; ce n'est pas même VaxcVve Am \NSfe>\\v^"«s^\^>^

282 lésUS INVISIBLE.

n'est pas même la nuée. Nous n'en sommes plus là. Qu'esirce donc? Nous allons vous le dire.

C'est, en général, tout ce qui donne une forme distincte et un corps palpable au règne spirituel que Jésu&-Christ est venu fonder sur la terre.

Au premier rang sont les institutions et les usages que le temps a consacrés au sein de TÉglise chrétienne. Ces circonstances tout extérieures, qui ne sont point l'Église elle-même, nous les apprécions jusqu'à les prendre pour l'Église; si de certains murs, de certains mots, de certains sons viennent à nous manquer, c'est l'Église elle-même qui nous manque; il semble que la force de notre communion, il semble que Jésus-Christ lui-même soient comme attachés à ces moyens ou à ces images, et que l'événement qui leur a substitué d'autres images et d'autres moyens ait emporté, du même coup, et cette communion spirituelle dont le siège est dans le cœur, et Jésus-Christ lui-même qui n'est présent au milieu de nous qu'autant qu'il habite dans notre cœur. Nous nous trouvons alors comme ensevelis dans la nuit et comme perdus dans le vide. Nous ne savons i^us où nous prendre; la terre manque sous nos pas; notre cœur se fond au dedans de nous; et il faut que nous soyons bien gardés pour ne pas nous écrier avec cette femme : « On a « enlevé mon Seigneur, et je ne sais où on l'a mis. »

Quelquefois nous donnons pour représentants à Jésus- Christ des hommes voués à son service et que nous jugeons pénétrés de son Esprit. Tout chrétien, dans un certain sens, représente Jésus- Christ et le représente d'autant mieux qu'il lui est plus soumis. L'erreur est de vouer à un simple homme des sentiments qui ne sont dus qu'au Seigneur, et de regarder comme nécessaire un instrument, guel qu'il soit. Cette erreur est commune, et détourne de Jésus^bnst, tout en paTa\ssa\\l\^^\\à%.^^^^^^^, ^^s\sss«sr

jKsus imrisiBLE, 283

mages dont il doit être Tunique objet. Combien de fois^ de cette manière, notre adoration se déplace et s'égare! Combien de fois ne faisons-nous pas de Tautel du Dieu vivant le piédestal d'une idole ! £i quand la juste main de Dieu renverse et brise cette idole, quand cet homme nécessaire a disparu, tout a disparu avec lui. Il était a le Dieu <r qui marchait devant nous ; » ses inspirations étaient toute notre sagesse; sa voix, malgré nous peut-être, avait fait taire en nous la voix de ITEsprit : nous a-t-il quittés? le silence est complet, la nuit profonde; il était, à notre insu, devenu pour nous Jésus présent, Jésus visible; et la mort, ou Tabsence, ou quelque autre dispensation, en nous enlevant cet homme, nous a laissé seuls avec nous-mêmes, encore que nous eussions pris pour nous cette parole du Christ : « Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde. »

Les succès, la prospérité extérieure du christianisme sont encore, pour nous, une espèce de Jésus visible. Nous voulons bien ne pas le croire absent tant que nous voyons sa religion honorée, la foule abonder dans ses temples, la société le reconnaître, au moins tacitement, pour son chef, rincrédulité ne s'avouer qu'en rougissant, et la haine (car nous ne pouvons ignorer qu'il a des ennemis) chercher l'ombre pour le maudire. Notre foi se fortifie dans cette vue; hélas! cette vue fait toute la foi du grand nombre ! .Quelle ruine de nos espérances et même quel ébranlement de nos croyances, quel écroulement intérieur lorsque de grands changements survenus dans l'état social enhardissent l'inimitié, et que tout à coup et les pensées du cœur a de plusieurs sont manifestées. » Rien de nouveau toutefois; Jésus-Christ n'a pas plus d'ennemis; ceux qui le sont aujourd'hui l'étaient hier : tout ce qu'il y a de plus qu'hier, c'est qu'on les connaît et qu'ils se connaissent*, mais çarce qu'on croit que Jésus a plus d'etmeTïù^ , ^*a:c ^^^'^^xs^*^^

284> JÉSUS IMTISIBLB.

moins d'amis; que dis-je? il semble que cette foule d'ennemis ait emporté Jésus-Christ; car, ainsi qu'Enoch, cil a ne paraît plus; » il semble qu'il n'ait jamais paru, qaH n'ait jamais été^ et que^ chose horrible à dire, il y ait de moins sur la terre, non pas un être, mais un nom ! Tout ce qu'on avait entendu et répété, que le règne de Dieu ne vient point avec éclat , que le règne de Jésus n'est point de ce monde, que l'Église n'est point le monde, que la doctrine de la croix est, au sens naturel, une folie, que la vérité ne perd jamais son amertume, que jusqu'à la fin les viab croyants seront une élite peu nombreuse, que l'humiliation et les mépris sont l'héritage de l'Église sur la terre, tout cela s'en va de la mémoire, et il paraît bien qu'on l'avait dit jusqu'alors sans le comprendre et sans le croire. Tous ne sont pas ébranlés à ce point; mais les plus fermes sentent leurs genoux ployer, et plus d'un, qui croit encore, parce que la foi véritable ne peut mourir, plus d'un crie à Jésus, comme autrefois les disciples : a Demeure a avec nous, car le soir commence à venir, et le jour est « sur son déclin! » (Luc, XXIV, 29.)

Mais Jésus-Christ, qui ne peut souffrir ni que nous le servions comme une idole, ni qu'à sa place nous mettions des idoles , ni que nous cherchions ailleurs qu'en nousmêmes le témoignage irrécusable de sa présence, Jésus- Christ, comme en ce jour où la multitude égarée voulait le couronner roi, « se retire sur la montagne. » Il éteint, par cette nouvelle retraite, les brillantes clartés qu'il avait allumées; il nous oblige à le chercher sur la montagne, c'està-dire dans notre foi, et nous contraint à le regarder avec d'autres yeux que ceux de la chair. Ces jours, si pareils à des nuits, sont des jours d'épreuve, mais par là même des jours de bénédiction. La véritable foi s'étonne alors, nous on convenons, mais eWe çîeTe^^fexvôi^ ç?\^\ft.tetfi^ wi.^>^^

nieux dire^ au Christ invisible^ loin duquel elle s'était aissé entraîner vers des reflets et des symboles. Un jour semblable nous a été donné. Les ténèbres s'épaississent. 1,68 flambeaux s'éteignent. Le monde est^ plus franchenent que jamais^ le monde; et les chrétiens, de nouveau^ Kmt à ses yeux « ces gens-là. » Ce n'est pas le fond, c'est l'aspect des choses, qui est changé ; les quantités respecihres de la foi et de l'incrédulité ont sans doute peu varié; niais l'incrédulité, chez plusieurs, a changé de caractère : slle est sérieuse, elle affirme, elle croit, elle soulève des montagnes. Ces montagnes l'écraseront, car elle n'est forte lue pour nier, et elle provoque, en s'élevant à l'affirmation, l'unanime et accablant démenti des faits et de la nature entière. Mais, quoi qu'il en soit, que de raisons n'avons- Qous pas de dire aux puissances du mensonge : a C'est ici c votre heure et la puissance des ténèbres! » (Luc, XXII, S3.) C'est un de ces soirs, un de ces soirs funèbres, où l'Église a besoin, pour s'éclairer, de la lumière qu'elle porte en elle; mais c'est aussi un de ces soirs dont l'obscurité éveille, pour ainsi dire, mille feux dans le ciel de l'Ëg^se. Ne les voyez-vous pas, l'un après l'autre, poindre et se multiplier dans l'ombre? Ne voyez-vous pas , de tous !Ôtés, la vie et le mouvement renaître, l'intérêt se ranimer x>ur les œuvres dont la gloire de Jésus-Christ est l'objet, 'esprit d'entreprise et de conquête redevenir l'esprit de ce >euple chrétien si longtemps étranger à cette divine impaience qui fait voir aux uns toutes blanches ces mêmes ^mpagnes qui pour tous les autres sont encore à trois nois de la moisson? Qui est-ce qui oserait dire que l'Éçlise, la véritable Église, se meurt? Personne, non pas nême ses plus fiers ennemis. Qu'importe que la flamme 3riile à récart et sur un étroit foyer? Qu'importe si elle est mssi pure^ aussi vive, aussi dévoratxlo ç\v\e Ywvvixs^

986 jéSTJS IKVlSIBLfi.

Résistons, mes frères, avec toute la force que le Dieu fort nous aura donnée, aux dangereuses tentations de cette a convoitise des yeux » que nous portons, charnels que nous sommes, jusque dans la plus pure des religions. Majesté de la puissance, antiquité des souvenirs, prestige de rétendue et du nombre, éclat des actions, charme du talent, ce sont tout autant de manières dont nous voulons que Jésus-Christ se rende visible à nos yeux. C'est une chair mortelle dont, après son ascension glorieuse, nous prétendons le revêtir, afin de pouvoir connaître selon la chair Celui qui ne veut être connu et ne veut être aimé que selon l'Esprit. Nous le revêtons d'une chair mortelle, et par là nous le faisons mortel. Oui, nous le rendons, une seconde fois et toujours, capable de mourir, et quand il vient à mourir en effet dans cette chair dont nous l'avons enveloppé malgré lui, combien, hélas! n'est-il pas à craindre qu'il ne meure aussi dans nos cœurs ! Chrétiens bibliques, nous regardons en pitié les sectateurs de la présence réelle, et c'est par la forme seulement que nous différons d'eux; puisque, comme eux, nous évoquons un Jésus-Christ en chair, pour le faire, plus sûrement encore, mourir sur l'autel de nos cœurs. Le goût, l'amour, le culte de l'invisible est rare chez ces mêmes hommes qui répètent tous les jours qu'il faut s'affectionner aux choses invisibles qui sont étemelles, et que leur véritable vie est cachée avec Christ dans le sein de Dieu. Mes frères, nous avons tous, à cet égard, de grands progrèâ à faire. Puissions-nous les désirer! Puissions-nous les demander! Ce sera presque les avoir faits...

Page 1