U COLÈRE ET LA PRIÈRE
Je veux que les hommes prient en tout lieu, levant au cid des mains pures, sans colère et sotis contestations. 1 Tfano* thée, n, 8. '
La prière est représentée dans l'Évangfle comme un acte saint et solennel, que nous ne saurions entourer de trop de précautions pour empêcher que rien de pro&ne et de mondain ne trouble la respectueuse intimité de cet entretien de la créature avec son Créateur. Si la prière nous est le plus souvent présentée par les auteurs sacrés comme le moyen de la vie chrétienne, on dirait quelquefois, aies entendre, que la prière en est le but, et qu^il faut tour à tour prier pour pouvoir vivre chrétiennement, et vivre chrétiennement pour pouvoir prier. La prière prépare aux actes d'abnégation, de courage et de charité ; et à leur tour, les actes de charité, de courage et d'abnégation préparent à la prière. Ce double rapport de la prière avec la vie ne doit étonner personne. N'est-il pas naturel qu'on se retire auprès de Dieu pour se retremper dans le sentiment de sa présence, pour puiser dans ces trésors de lumière et de force qu'il ouvre à tout cœur qui l'implore, et pour retourner ensuite dans \a \\e ^e.\ÀN^, m\^\x3L «i^-^^osîSssRswaft
LA CÛLiim Ef LA PRîàlll«
d'amour et de sagesse ? D'un autre côté, ii'^est-îl pas natu- I rel qu'on se prépare par une oondutte pure h élever à Dieu I des mains pures, et qu'on éloigne avec soin tout co qui i pourrait nous rendre ou difficile, ou redoutable, ou mutile, un acte si important et si nécessaire? Cependant, mes frères, quoiqu'il ne soit guère possible d'avoir une de ces persuasions sans avoir aussi Tautrc, on peut dire que la première de ces vérités est moins sentie que la seconde, ■ et que se faire de la prière im but, et régler sa vie en vue I de ce moment solennel, suppose un pro[^rès dans les voies I da la piété, et une délicatesse de sentiment chrétien à la- I quelle on n'arrive que par degrés. Toutefois, quand le be- I soin de prier est devenu une habitude, et qu'on s*est I pmscrit de se trouver seul à seul avec Dieu à certains mo- I m^nts de la journée, la perspective prochaine d*une ren- I contre toujours redoutable, môme dans sa plus grande I douccmr, est. bien propre à exercer la vigilance, et à ré- I primer, h mesure qu'ils s'élèvent dans Tàme^ les mouve- I ments de la passion ou de la convoitise; et à moins que I cet acte de la prière n^ait dégénéré en observance phari- I nïque, rien n'est plus propre sans doute à discipliner I doucement toute notre vie jusque dans ses moindres dé- I taïls. C'est dans cette comiction, et probablement d'après I cette expérience, que rexcellent apôtre saint Pierre recom- I mande aux pères de famille la douceur et lindulgence dans I leurs relations domestiffucs, afin, dit-il, que leurs prières I ne soient point troublées; et quand saint Paul^ dans notre I texte, veut que les hommes j en tout lieu, lèvent au ciel I des mains pures, sans colère et sans contestations, cer- I tainement il ne veut pas dire que la colère et la contesta- I lion ne doivent pas se mêler à Tactc de la prière; car cela I est trop évident; mais il entend qu'une disposilion qui est 1 trop naturelle à tout le monde, Itoç WXixVu^'^V ^At^%x>â.
308 LA COL^RB
hommes^ et que les cont)rariétés du dehors tendent toujours à réveiller chez les esprits même les plus modérés ei les plus calmes^ que la disposition à la colère et à la contestation doit être surveillée et réprimée avec le plus grand soin^ afin que, quand le moment de la prière arrivera, nous puissions élever au ciel des mains pures*
Mais, mes chers frères^ nous ne pouvons nous empêcha de voir dans la pensée de Tapôtre davantage encore; et ces quelques mots qui arrivent à la fin du verset d'une manière si inattendue^ et qui excitent chez tous les lecteurs^ nous le croyons, un moment de surprise, ces deux mots : a sans colère ni contestations, b renferment une allusion bien sensible et bien touchante à la situation oii se trouvaient alors les chrétiens. Il faudrait peut-être nous trouver dans une situation semblable à la leur pour sentir toute la force et la beauté de la recommandation que les apôtres font sans cesse à leurs disciples^ de prier pour tons les hommes et principalement pour les puissants de h terre^ c'est-à-dire pour leurs ennemis naturels. Quand saint Paul dit aux Philippiens : a Que votre douceur soit connue a de tous les hommes » (IV, 5), il donne un précepte de charité que les malveillants peuvent prendre, s'il vient à être connu d'eux, pour un conseil de prudence. Mais si, le secret de la correspondance apostolique leur étant livré, ils y trouvent ces paroles : a Je recommande avant toutes a choses qu'on fasse des requêtes, des prières, des supplia cations » (voyez comme l'apôtre se répète ici par abondance de charité), « et des actions de grâces pour tous les « hommes » (rien n'est oublié : il faut remercier Dieu des grâces qu'il leur fait comme si c'était à nous qu'elles fussent accordées), a pour les rois et pour tous ceux qui sont « constitués en dignité, afin que nous menions une vie pai- (x sible et tranquille eu loulô v^èXfe ^\.\jow&fe V!L<^\uifiteté ; »
kl, à la suite d6 ce motif si misonnable et si pur^ ils trouant cet autre motif, si élevé^ si touchant : a Car cela est m bou et agréable k Dieu notre Seigneur, qui veut que tous m les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance M de la vérité; car il y a un seul Dieu et un seul médiateur « entre Dieu et les hommes^ Jésus-Christ honmie, qui s'est «donné lui-même en rançon pour tous;.», » si ces hommes reconnaissent à ces nobles paroles que les chrétiens ne savent plus voir dans tous les hommes^ et même dans leurs persécuteurs, que des frèreSj dont il faut encourager 1^ pas sur le chemin du eiel^ et qu'il faut entraîner avec nous, par Tcffort el la sainte violence de nos prières, jusqa^aux pieds de notre Père, qui veut être aussi le leur; f'ils voient que, dans celte lutte terrible que les disciples du Crucifié ont engagée avec le monde^ leur règle suprême de conduite c'est la charité, le plus haut secret de leur politique c'est rinterccssion,.,. ohl mes frères, que dirontils? que pourront-ils diret Us pourront encore les accuser de folie; mais voilà tout; et quel éloge ou plutôt quel hommage qu'une semblable accusation! Or, mes bienaimés, cette grande idée, rintercessîon pour les ennemis et les persécuteui^j c'est celle qui occupe saint Paul en cet endroit, c'est celle dont il est encore tout plein^ lorsqu'il dit à Timothée dans notre texte : a Je veux que les homa mes prient en tout lieu, levant au ciel des mains pures, Q sans colère ni contestations, » Nous devons comprendre maintenant Tintention de ces derniers mots; ils sont pleins de prudence et de délicatesse* L'Apôtre n'a pas dit que ces rois, ces puissants, et en général tous ces hommes non convertis au christianisme, seront et sont déjà pour les chrétiens des ennemis et des persécuteurs; il ne se plaît pas à élargir, à envenimer la plaie; c'est même à peine s'il Vindique; et au lieu de nommet \eî. t^MSK^ <is^ ^iss»^
310 LA COiàRB
testations et de colère que les fidèles peuif^oit renoontrei dans ToppositioB 4u monde, c'est de cette eoèère seide* ment et de ces contestations qu'il parle; c'est à ces dispositions uniquement qu'il semMe faire attei^ion et qu'il s'at» taque; son affaire principale n'est pas de ju^er ceux qoi troublent l'âme des chrétiens : c'est ce tiouble ipi'il con* damne, quelle qu'^ soit la cause ou le préÉexte; elflopprimant ou négligeant des explications superfines, fl semUe dire à ses disciples : « Tout ce que vous poaTiec éjpDoawt de la part des hommes peut produire en tous, 8e4on qw vous avez ou que vous n'avez pas l'Ëspiît de Dieu, deoL effets bien différents : ou vous irriter et vous dispeser à la contestation, ou vous exciter à la prière; a&uoier ea mm la flamme de la haine ou ceUe de la charité; donner des aliments au vieil homme ou un sujet d'exercice au iioii*' veau ; vous faire avancer ou vous Mve reculer dans la voie où Dieu vous a fait entrer. €ette question vous est de nouveau posée à chaque nouvelle attaque de vos esDea», c'est-à-dire que chaque nouvelle attaque vous ientem né* cessairement à la colère ^t à la contestation, puisque voU êtes hommes, si elle ne vous pousse à la prière puisfOi vous êtes chrétiens. Vous ne pouvez vous sauver de la c^ 1ère que par la prière, de la haiiàe que par l'amour; «I pour ne pas être m^u^trier, puisque la haine ^gk un inear* tre, il faut, autant qu'il est en vous, donner la vie à cdin à qui vous vouliez donner la naort; il faut du naoinsiade'' mander pour lui; il faut, par vos prières, l'enfanter à uni nouvelle existence; il faut^ dans tous les cas, en priaot pour lui, vous exercer à l'aimer, fl faut que la -colère etjh contestation s'éteignent et meurent dans la prière. »
Mes frères, appliquant à vos circonstances, qudks qu'elles soient, le précepte que Paul adressait aux ps&miers chrétiens dans des dtcoiâtosicj^ q^À ^(m^ :«rai^ fos
ET LA FHl&RE, 3fl
oetles de nous tous, ja viens, d'après les paroles de ce saint i afïètre, insister sur l'obiigatioG où nous gammes tous, I ifuelle que soit noti'e situation, dans quelquess rapports que J nous vivionSj de remplacer les contestations et Ja colère Iiark prière d'intercession. Je tâctàerai de prouve Pj selon j f expression de buint l^auL, que cela ast bou et agréable à I Dieu notre S*3igncui%
Deux ëortes d'hommes peuvent nous donner matît^re de . fiilèi% et de contestations. Les premiei's sont tes ennemis ' I de nos pei*sonnes; ee sont ceux qui^ [uli* intérêt^ par envie I Mt par vejigeance^ sont opposés à notre boidieur; et plus ' (riuéniiement tous e^ux qui nous ont fait lort ou dont nous
avoir à nous plaindre* Les autres se trouvent nos J par 1 opposition de leurs vues et de leurs opinions 1 aux nôtres j ou de leur conduite à nos vœux* Les uns et les autres sont pour nous des occasions de colère et de contestattons* L'Évangite veut qu'ils soient pour nous des oceaskms de prière.
Quant aux preniiei%,je veux dire nos ennemis |Xîrsonnels, I^UfOUmiis me borner à vous dii'e que Dieu ne les connaît If^iÉmme nos ennemis. Dieu n'entre pas dans nos passions et n'épouse pas nos ressentiments. Il sanctionne et approuve toutes les relations qu'il a créées lui-iiiéme> celles de fils à pèie, d'épouse à époux, de sujet a souvemin; mais k^sebtion impie d'eunemi à ennemi est tout entière notre fflUVlB^ ou pluUH celle du démon : Dieu ne [>cul la connaître que pour fa maudire. Du reste, tous les honinu^ • m nnE^h ne sont à ses yeux que des hommes^ et les uns par lapjjort aux autreSj que des frères, i\ n'a donc point d urcitles pour nos distinctions téméraires, lorsque nous cUsons ou
Cblons dii"e : Celui-ci est mon ami, je prierai pour lui; i-là est mon ennemi, il n'aura point de part à mes ptièwB, U ne voit dans vos ennemis quft vos Im^^^^Xx^^ûs»
dl2 LA GOITRE
n'avez pas le droit de voir en eux autre chose. N'a4^ pu dit par la bouche de son apôtre (11^ \), qu'il faut &ire des supplications pour toutes sortes de personnes^ et pensezvous qu'il en ait excepté vos ennemis Y Ne croyez-vous pas que si TApôtre eût développé sa pensée^ et énunaéré toutes les sortes de personnes pour qui vous devez prier^ il eût, dans ce dénombrement^ donné à vos ennemis une des premières places? Ne Ta-t-il pas fait sans le dire, lorsqu'il a recommandé à l'intercession des premiers chrétiens les pe^ sonnes précisément qu'ils avaient le plus de sujet de redouter et le plus de raisons de haïr? Enfin^ et cela suffit sans doute^ cela vaut tous les arguments, Jésus-Christ laiméme ne vous a-t-il pas recommandé de prier pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, et ne vous en a-1ril pas donné l'exemple? Vous voudriez distinguer pourtant et rester dans la voie ordinaire; mais c'est l'extraordinaire qui fait loi dans le royaume de Dieu. Vous voudriez ne prier que pour vos amis seuls; mais cette prière eUemême vous est interdite^ et vous demeure impossible, si vous ne retendez pas à vos ennemis. Et si vous persistiez à les exclure de vos prières^ soyez sûrs que Dieu n'accepterait pas même celles que vous lui adressez en faveur des personnes que vous aimez. Vos supplications seraient repoussées; la fumée de votre offrande retomberait sur votre offrande; vos vœux ne parviendraient point à ce cœur paternel qui s'ouvre à tous les vœux. Que dis-je? pourriezvous même prier? Serait-ce d'un cœur endurci et resserré par la haine que pourraient s'échapper ces ardents soupirs dont parle le poète, ces soupirs qui,
Sacrés pour Dieu lui-même^
Vont fléchir dans le ciel la charité suprême (1)?
Ah! la charité seule petit se faire entendre de la chanté; il n'y a point de communication entre la haine et Fainouii AinieZj aimez^ et vous pourrez prier* 1
Mais il y a bien plus, mes frères; non-seulement nous devons prier pour nos ennemis quQiquHi& soient nos ennemis ; mais nous devons prier pour eux ^ym^ce qu'ils sont nos ennemis. Dès qu'ils sont redevenus pour nous comme le i reste des hommes, une autre distinction se prononce, et j tin droit nouveau naît en leur faveur. Ils ne se confondent j un instant avec k masse de nos semblables que pour en ressortir bientôt comme des êtres privilégiés et avec un titre particulier à nos prières. Un ennemi? N^est-ce donc rien pour le chrétien qu'un ennemi ! Lui est^il permis de J le confondre avec le reste du monde? et ne lui doit-il rien de plus qu'à un inconnu? Qu'es t*ce que notre ennemi, si- j non un homme misérable comme nous, mais dont noua 1 connaissons mieux la misère que celle de tout autre 1 homme? Loin de nous faire une illusion favorable sur son état, nous nous en exagérons probablement le danger. Ses défauts se grossissent h nos yeux de tout le mal qu1l nous j a fait, de tout le mal qu'il nous veut, Et à ce titre, cet I homme, dont nous connaissons si bien la misère et les besoins, n'estril pas un des premiers que nous devions ro. ' commander à Tamour du Père céleste? Plus il nous a nui, plus il doit nous sembler à plaindre, et par conséquent plus j il doit exciter d'intérêt dans notre cœur, plus il doit prendre de place dans nos prières. Pensez-y bien; et vous verrez que ceci n-est pas un jeu d'esprit, mais la vérité- Vous , avouer que le cbrétîen ne peut haïr ficrsonnej eommenti après cela, ne reconnaîtriez-vous pas qu'un ennemi n'est ] pour lui qu'un frère dont la misère lui est mieux connue, et a par là mémo un droit |>articulier à ses secours?
Lorsque nous rencontrons une oççoïK\ou ^^ tifôxis. ^sa^.-
3i4< LA GOliRB
patiente et nous irrite^ la prudeace chrétienne noui conseille de prier pour que cette tentation s'éloigne de nous^ et en particulier^ pour que notre amour-propre et notée sensibilité blessée n'affaiblissent pas dans notre âme la charité pour le prochain. Mais si ette ne nous conseille rien de plus, cette prudence, meis ^hers frères^ n'est point assez prudente. Si le même mouvement qui nous porte à prier ne nous porte pas à pA&v pour nos adversaires ou nos contradicteurs, il est difficile de croijie que ce s^t im mouvemejU de charité. La eharité ne s'arrête pas ainsi. Q est dans sa nature de surmonter le mal par le Ûen^ ee qui veut dire, non-seuiem^fit qu^elle ne rend pas le mal pour ie mal, mais qu'dle rend le bien en échange du mal. Elle ne serait pas la charité si elle faisait moins. D'un premier pas elle franchit eette Umite imaginaire, qu'elle ne voit même pas, qu'elle ne connaît pas*. Car elle ne se borne pas à ne point haïr, eUe aime. Elle ne ferait point assez, si elle ne faisait trop. U faut, pour pardonner véritablement, bire plus que pardonner. Il faut que le mal soit surmonté par le bèen, et que, selon l'exemple de Dieu lui-même^ là où Tof» fense a abondé, la gr&ce surabonde. N'est-ce pas dire, mes frères, que pardonner, épargner, aimer, tous ces devoiis ne sont en sûreté da^ l'âxiae offensée que quand elle prie pour Toffenseur? PeuA'On admtijbre qu'une âme soit v€(ritablement pressée de la cjUarité Âe Qmst, qu'eUe ait pardonné dans un esprit de vr^ charité, et que le noUe besoin qu'eUe éprouve ne cherctàe pas à se satisfaire par le moyen le plus à sa portée, le plus sûr et le plus parfait? que, pouvant parler à Dieu, elle ne lui parle pas de cet ennemi qu'elle plaint et qu'eUe aime; que ce mouvement ne se cooifonde pas, pour ainsi dire, avec le premier mouvement de sa charité, et que, de peur de retomber cUuis ^e resseuiimeul^ dans la haine,eUe w^ ^\i^^ %i^itL<^^Q4¥^ieUe-
ET LA PHÎEHË*
ïcré en le recommandant k Dieu ! nouveau et sublime rapport? Peu1>-on retourner à haïr celui pour tjm on a prié? Chaque vœu, c.haquc demande, que nous élevons à Dieu pourluîj ne nous ; !e rend-il pas pluB cher? Chacune de nos prières ne le met* j elle pas davantage au-dessus de Tatteintc de nos passionst , Et si nous faisions moins, pourrions-nous jamais nous répondre de ne pas retomber dans la haine? Non, mes frères, j l'œuvre de la miséricorde n^est accomplie qu'alors, et Ton j ne peut se rendre le témoignage d'avoir pardonné à un ad* | Tersairo qu'après qu'on a prié pour lui ,
Je me demande après cela ce qui pourrait retenir cap^' tîve ou refouler dans notre cœur cette prière d'inlercessîon sans laquelle nous ne sommes pas sûrs d'avoir pardonné à notre prochain, ou plutôt sans laquelle nous sommes sftrs de ne lui avoir point pardonné. Car d'alléguer la gravité, la profondeur de l^ofFcnse que nous avons reimej il n'y a pas d'apparence ; si nous avons pu prendre sur nous de pardonner à celui qui Ta commise, nous pourrons bien prendre sur nous de prier pour lui, et si nous ne pouvons prier pour lui, nous ne lui avons point pardonné. Une offense 1 Maïs pensez-y bien^ pouvons-nous réellement être offensés? Ce mot est trop fier et trop grand pour nous. L'offense a pu, en passant^ affecter très péniblement notre sensibilité ou froisser nos intérêts; mats elle est allée plus haut. Quelque injustice qui nous ait été faite, quelque droit que nous ayons de nous en plaindre, ce n'est pas là qu'est le vrai mal : quel mal y a-t-iîj absolument, h ce que notre foi ait été éprouvée et notre patience exercée? Parce que notre fortune a été entamée, notre réputation compromise, nos affections froissées, Tunivers en va-t-it plus ^mal? Aucunement. Le mal, le seul mal réel, c'est le péché âfi eette ime^ c'est rinfmclîoB de \a\ÇA i:^fcTw3^^, ^<;*^
316 LA COhkSLE
l'atteinte portée à Fordre divin; et si quelque autre mal peut s'ajouter à celui-là, ce sont nos murmure» qui rajouteront, puisque, quand nous aurons murmuré et contesté, au lieu d'un pécheur, il y en aura deux. Gherchiez-vous donc une raison pour refuser à vos adversaires votre inter« cession, et par conséquent aussi votre pardon? La voilà trouvée ; voilà un digne sujet de ressentiment : Di^u votre père insulté dans Tinsulte que vous venez d^essuyer. filais montrez-moi, je vous en prie, cet homme extraordinaire qui, tout prêt à pardonner pour son compte, ne peut se résoudre à pardonner pour le compte de Dieu! Ah! cet homme ne s^est jamais rencontré et ne se rencontrera jamais ! car s^il est en état de prier Dieu pour un ennemi, il connaît Dieu; et s'il connaît Dieu, il sait que la vengeance lui appartient, et quil n'est pas plus permis aux honunes de s'irriter pour son compte que pour le leur. Si nous connaissons Dieu, nous nous connaissons nous-mêmes; et nous sommes trop pénétrés du sentiment de notre indi* gnité, nous avons un trop récent souvenir d'avoir été les ennemis de Dieu, pour avoir, à l'égard d'autres ennemis ou d'autres enfants rebelles de Dieu, un autre sentiment que celui de la pitié. Il peut appartenir à Dieu d'être irrité contre eux : il ne nous convient, à nous, que de les plaindre, et de les plaindre d'autant plus qu'ils ont plus gravement offensé Dieu. Ce Dieu, d'ailleurs, qui nous a exhortés, qui nous a appris à pardonner, est sans doute un Dieu qui pardonne; le châtiment est son œuvre étrange; sa colère toute divine n'ôte rien à sa charité; il prierait, s'il était homme, pour ces mêmes ennemis de sa volonté; Jésus-Christ, son fils, que le zèle de la maison de son père dévorait sans doute, a prié pour les eimemis de son père; bien loin donc que Dieu nous défende l'intercession, c'est lui-même dont Tespril crée «w àaàfitw% ôi^ ww^a^^w^w^ur
ET lA PRîÎhI,
de ses ennemis^ des soupirs qui ne se peuvent exprimer, AiDsij mes frères, si dans un certain sens nous disons avec David ; « Éternel î ne haïraîs-jo pas ceux qui te haïssent? n (Psaume CXXXIX, 21.) comme David aussi, «nous prions a pour eux, n (Psaume CIX, i.) Alil bien loin que la vue de Dieu offensé dans notre propre offense étouffe dans notre cœur l'intercession naissante, plus au contraire cette douleur sainte nous distraira de notre douleur égoïste et cliarnellej je veux dire, mes frères, plus nos ressentiments personnels s'effaceront dans la tristesse de voir notre Père offensé, les petits scandalisés, la semence du péché multipliée, Tempire des ténèbres étendu, plus notre cœur sera libre de pardonner, d'aimer et de prier. Quand le premier crî de la nature aura été refouté en nous par le gémîssement de cette douleur qui faisait dire au prophète : u Mes « yeux se sont fondus en ruisseaux d'eau parce qu'on n'obu ser^'c pas ta loi; mon zèle m'a miné parce que tes en-
\ a nemis ont oublié tes paroles » (Psaume CXIX, 136, 139), alors nous sentirons d autant mieux le malheur de cet ennemi que Dieu nous a appris à aimer, et qu'il aime luimême; alors, notre premier besoin, après avoir crié à Dieu : tf Non point à nous, non point à nous, Seigneur, « mais à ton nom donne gloire a (Psaume GXV, 1), sera de nous écrier, à l'exemple de saint Etienne : « Que ce ff péché ne leur soit point imputé l » (Actes, Vlî, 60,) et à Texemple du divin Crucifié : « Père, panionne-leur, car ils
I a ne savent ce quils font. » (Luc, XXÎH, 34.)
Mais hélas! (et veuillez ici nous bien écouter, mes frères,) au lieu de ne voir dans llnjure que l'on nous fait que Finjure faite à Dieu, nous nous appliquons insolemment jusqu'aux offenses dont il est le seul objet, nous nous sentons blessés dans ce qui le blesse, nous nous^ irritons en conséquence^ au lieu de nous afiligeï ; Yveui^uit %v^ ^èSk%e^^^
318 LA colIcre
prier, nous n'avons pas maudit! Oui, cette religion à laquelle Dieu a daigné nous attacher, nous en faisons notre bien, le sujet de notre amour-propre, notre héritage tc^ restre; c'est une opinion que nous avons épousée, une position que nous avons prise; nous devions être à elle, elle est à nous; et quand nous la voyons insultée ou menacée, ce n'est pas tant notre piété qui s^alflige que notre amoiuv propre qui se révolte et notre colère qui s'allume. La ceN titude même de notre foi ne sert qu'à mettre nos passions plus à l'aise; nous nous sentons heureux de pouvoir nous indigner à coup sûr et de donner essor à notre haine ou à notre orgueil sous le couvert de notre zèle. Nous allons jusqu'à nous réjouir de l'injustice, non pas parce que nous avons été jugés dignes de souffrir pour la cause de Dieu, mais parce que c'est de l'injustice, et une injustice dont nous sommes exempts. Une injustice, grand Dieu! Et la nôtre ! Qu'en penserons-nous si un jour nous la voyons telle qu'elle est ou telle qu'elle fut? Que penserons-nous de tous ces jugements précipités et téméraires, de cet empressement à croire le mal, de ces refus de toute explication, de ces anathèmes mal déguisés sous des expressions de pitié, de cette coupable industrie que nous avons mise à attiser le feu que peut-être nous ne pouvions pas éteindre, mais que nous pouvions ne pas entretenir? Que penserons-nous de tout cela quand nos yeux seront ouverts? Et quelle position nous paraîtra pire, de celle des infortunés qui attaquaient la vérité, ou de celle des hommes qui la défendaient avec des armes empoisonnées? Ah! si les attaques des adversaires de la religion n'étaient pas un signal à notre charité aussi bien qu'un appel à notre zèle, si nous ne sentions pas alors la charité de Christ nous presser, si notre compatissante affection ne redoublait pas pour les malheureux adversaires delà vén\è, àtvows» xv^ ^^\5ci&\Rale
ET U PHlèaR.
sincère besoîn de voir leur conduite aous le jùm te moins défavorable et de nous les excuser à nous-mônies; sî ces mêmes hommes^ de qui peaMtre jusqu'alors nous n'avioni paâ fait mention dans nos prières^ n'en devenaient pas dès ce moment les objets particuliers et privilégiés^ cei-tes il serait temps de faire un retour sur nous-mêmes, de nous demander si jusqu'alors nous avons véritablement cru^ et si^ sous le nom de religion ^ nous avons eu autre chose qu'un système ou une opinion.
Ce que nous avons dit jusqu'ici, mes frères, suffît pour établir le devoir que nous avons en vuo. Mais k h considération du devoir se joint celle d^'un intérêt prochain et sensible. Mémo lorsque nous ne haïssons pas^ la pensée d'un ennemi nous remplit d'amertume; et soit qu'il nous inspire ou non de la crainte, c'est un odieux souvenir que celui de ses offenses passées, une odieuse idée que celle des offenses qu1l nous prépare. Nous avons un tel besoin d*aniour et d'estime que la pensée d'un seul être qui nous les refuse est pour notre âme un ver rongeur comparable à celui du remords. Mais quand nous avons prié pour lui, ce n^est plus pour nous le même homme; ce n'est plus notre ennemi; c'est notre protégé; et comme il est naturel de s^attacher au îïîcn qu'on a faît^ la pensée de cet homme nous occupe dorénavant comme une douce pensée; nous nous plaisons h cultiver ce premier bienfait et k le consolider par de nouvelles prières. Cette pensée ,nous relève sans nous enorgueillir; elle nous donne la force de supporter sans murmure et sans ressentiment les nouvelles atteintes de sa haine ; elle nous inspire dans nos rapports avec hiJ, si nous sommes forcés d'en avoir ^ une douceur et des ménagements auxquels peut-Atre il finira par être sensible. Elle nous dispose à reconnaître nos torts, si nous en avons eu^ h les a rouer rvbc candeur, ^ les tfe^tet\ ^ ^^tn^
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telle conduite n^adoucit pas toujours son amertume, cornbien ne contribuera-t-elle pas à mettre notre ftme en repos l
Ciomparez à ces résultats de la prière les fruits ordinaires de la colère et des contestations. En vous y livrant^ nonseulement vous vous mettez en opposition avec la sainte loi de DieU; mais vous détruisez la paix de votre vie et celle de votre ftme; vous empirez une situation déjà déplorable; vous attisez la haine dans le cœur de votre ennemi; vous rendez^ de son côté comme du vôtre, la réconciliation tou« jours plus difficile; vous courez de péché en péché pour assouvir votre orgueil; et cet orgueil lui-même ne vous donne que des jouissances amères^ empoisonnées et criminelles. Combien donc la prière ne vaut-elle pas mieux que la colère et les contestations^
Mais ce ne sont pas seulement nos ennemis personnels qui sont pour nous une occasion de colère et de contestations. Ce sont encore^ ainsi que nous Tavons dit^ tous ceux dont les opinions^ les vues et la conduite sont en Disposition avec nos intérêts ou nos principes. Combien Timpatience qu'ils nous causent diffère peu de la haine ! Nos ennemis personnels nous en inspirent souvent une moins vive. Voyez Texaspération mutuelle des partis et des sectes. Voyez ces guerres d'opinion^ les plus cruelles de toutes^ et que la mort seule apaise. Certes^ si ce n'est pas là de la haine^ si ce^ne sont pas là des ennemis, il n'y a dans le monde ni haine ni eimemis.
A regard de tels ennemis, notre méthode la plus ordinaire est de ha!r en silence, si nous nous sentons faibles, ou de contester opiniâtrement, si nous nous croyons forts. L'Évangile nous propose une autre méthode. Il n'approuve ni la haine ni les contestations. Non pas qu'il autorise une lâche indifférence; non i^^ qa^ V\\v<i\^^l\ou.ue soit aussi
séante au chTétÎGn qu*à Jésus lui-mâmc lorsque les tei*ri blés épi l h et os à^hy/jotTitcs et d'imensés sortaient de sa bouche divine ; non point qu'il ne faille prendre hautement la défense de la vérité et de la justice^ et devenîi' spirituellement rennenii de leurs ennemis. Agir autrement m serait désavouer nos père s ^ condamner les apôtres, renier Jésus* Mais la colère de l'homme et Tesprît de contesta-* tion que souffle l'orgueil n'ont rien à faire dans ces noblea combats. Le zèlcj le courage^ la persévérance, Tindignalîon mémcj tout doit être pénétré de charité^ ou plutôt tout doit être de la charité ; d^une môme source doit jaillir rindîgnation et la prière : la première^ de Tamour de Dieu; la seconde , de Tamour des hommes : ainsi ^ toutes les deux de l'amour*
wL Qu'il y a loin de cette conduite à. celle qu'on tient communément dans le monde 1 Qu'un gouvernement commette une erreur, on la relève avec empresse m ent, on la commente avec amertume ; et c'est tout ce qu'on sait faire* Qu'un chef de doctrine professe un système qu on juge dangereux, on s'empare de ses moindres paroles, on les
Bole de manière à les dénaturer, on explique hardiment sa vie par ses opinions, ou ses opinions par sa vie, et l'on ne va pas plus loin* Qu'un particulier sur qui sa position et
■l manière de penser ont fixé les regards hasarde une dé^ marche imprudente, mais imprudente peut-être à force de candeur, on sonne ralarmc a grand bruit, on étourdit le
Bpblic de clameurs injurieuses, on ameute toutes les pas* «ions contre un fait insignitianl, souvent contre un mol, on place devant tous les yeux le microscope do la haine, et l'on s'en tient là. Et dans ce déchatuement de l'indignation publique, celui-là passe pour modéré et clément, qui remplace la colère par une dérision insultante et froide. Qu'un nos parents^ ou seulement une 4e uos» ç^xïîv:^'^^^^^^^
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faisant trop peu àè ek& èe nos conseils ou de nos exemples, suive dans Féducation de ses enfants^ ou dans la conduite de ses affaires^ ou dans les habitudes de sa vie ^ un autre système que celui dont nous lui avons fait valoir les avantages, qu'il ose penser, parler, agir autrement que nous, c'est souvent bien assez pour qu'il nous devienne plus odieux que tel homme qui nous a directement et volontairement offensés : faiblesse humiliante et plus commune qu'on ne croit, source cachée et profonde des haines les plus amères. On la nourrit en silence, on s'enivre en secret de ce mortel poison; on devient malheureux, mais non par compassion, de Terreur d'autrui ; on la hait, non comme erreur, mais comme opinion opposée à la nôtre; fût-elle vérité, on la haïrait de même et par la même nuson; c'est tout ce que l'on ressent, c'est tout ce que Ton sait faire pour ce frère que pourtant on croit bien à plaindre. Son sort faisait appel à la charité, et c'est Tamouppropre qui a répondu. Ainsi dans les torts de nos frères, qui sont pourtant des malheurs, tout devient un aliment à l'esprit de colère et au besoin de contestation. Mais de prier, mes frères, mais de supplier le Seigneur de répandre son esprit de lumière sur ce gouvernement, sur ce chef de doctrine, sur ce particulier; mais de combattre pour eux devant la divine miséricorde... ah! c'est à quoi Ton ne songe guère. Et comment le ferait-on si l'on n'aime pasî comment le ferait-on si l'on se réjouit plutôt de l'injustice que de la vérité; si cet abus, ce vice, cette erreur, contre lesquels on semble irrité, ne sont dans le fond qu'une mine qu'on se plaît à exploiter; si, bien loin d'en hâter la guérîson, on aimerait à les entretenir comme une source intarissable de plaintes et de déclamations?
Où sont-ils ces amis de la sainteté divine, que tout désordre contraire à la lo\ àe 'DKcvx feciX. ^QvsSfvt\ v^^ vsc^^
ET LA FRIPEE >
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ces cœurs chaiitahles que les péchés de leurs frères aflligent sérieusement^ et qui, avec la même bonne foi et la fïit'mo sollicitude qu'ils priemieut pour eux-môoieÊ, exposent k leur Père céleste les raisèrefi et les besoins de leurs eiiiieniis^ Il en est saos doute^ grâces a Dieu^ il en est qui^ daiis le silence et dans la madestie^ remplissent tous le!s jours cel oflice de la charité, liienfaiteui^s inconnus du moixlej ce mni eux qui obtiennent du Dieu bon ce baume immortel qui calme les reâseutiments^ adoucit les haines^ éteint la colère. C'est à eux que la société doit; sans le savoir, la réparation de mainte injustice, la con*eo lion de mainte erreur^ le triomphe de mainte vérité. Ce sont euîL dont les bras, tendus vei's le ciel, protègent contre sa colère un monde qui les luéeonïiàît peut-être ou tout au moins les ignore. C'est par eux que le règne de Dieu ^ ^atmvé par tarit d'obstacleS;, fait peu à peu son chemin sur te terre, qu'un jour il doit tout entière envahir, C*est à cette puissance obscure, à ce crédit ignoré que sont dus tant de biens dont une activité inquiète et turbulente s'attribue exeiusivement la glou'e. Tel homme ijui |>oursuit utilement uni* carrière d'aboi^ épineuse, tel autre luîn de qui de pénibles tentaiions se soiit soudainement écartées, tel autre que la vérité et la paix semblaient fuir et qui les a trouvées, le doivent à rinlenenUon obscure d'un homme qu'ils n'ont jamais vu, ou qu'ils rencontrent saûs prendra J garde ^ lui et sans se douUir qu1i prend gai*de à eux, d'uu I houmiB tellement cliétif qu'il leur parait impossible de lui devoir jamais quelque c hose. Tel est le crédit de la prière; J et si lu iioaibre de ces bienfaisants solliciteurs au^oieatait^ I que de maux seiuient détruits §ur lu terrt^ que d'erreurs déracinées, que d'abus se corrigeraient d eux-iuémesj m Mfis frères, je n'ai rien dit d*j trop; vous m'en êtes té* 1 moifl^. Ou Ja prière n'mêi v\m^ ou eVV^ li^l^^TO eiwm^J^i^*&^%