LA COLÈRE
tout ce que je viens de dire. Et si, jetant les yeux sur le monde ^ et en appelant à ^expérience, vous nous dites: Mais où est donc cette puissance, où sont tous ces effets! nous vous répondrons en vous disant : Mais où sont ceux qui prient? Je vois dans le monde assez de gens qui contestent, qui murmurent^ qui accusent : mais où sont ceux qui prient? Et pour ne point porter nos regards trop loin, où sont^ dans cet auditoire, ceux qui prient habituellement pour leurs adversaires? Où sont ceux, non pas qui se font une règle littérale et une formule d'ajouter à leurs actes de dévotion un mot banal pour leurs ennemis, mais ceux qui, émus d'une tendre compassion, tremblent pour le sort de leurs frères égarés, les recommandent avec amour aux bontés du Père des lumières? Où sont ceux qu'une bienveDlante sollicitude prosterne aux pieds du Roi des mondes, et qui lui demandent de sauver encore ceux-ci qui ne le connaissent pas? esprit de prière et d'amour! où étes-vous? où vous trouver? où vous reconnaître? Savons-nous qui sont ceux qui prient pour leurs ennemis? Mais, hélas! nous savons qui sont ceux qui ne prient pas. Comment, en effet, d'une même source pourraient jaillir l'eau douce et l'eau amère? Comment croire que ceux qui maudissent devant les hommes puissent bénir devant Dieu? Que ceux dont la bouche est sans cesse ouverte aux expressions de la colère puissent trouver dans le secret du cabinet de douces paroles pour recommander à Dieu ceux que, hors de leur cabinet, ils se plaisent à condamner?
Ah! qu'il faut bien, mes frères, que le divin Intercesseur ait profondément établi sa demeure dans nos âmes pour que l'esprit d'intercession y habite! Chacun de nous se flatte de sentir tout ce qu'a de touchant ce ministère de Jésus-Christ, qui, avant sa venue en chair, qui, dansGethsémanéj qui, sur la cïohi) qvù^ àa»s \è ^\^, ^\feèfâc*A \nr
ET LA fElÈRK. 325
cessametit à Dieu riminanîté qu'il a rachetée, Oui^ chacun
de nous se flatte de le sentir! Mais ne vous y trompez pas : Jésus-Cbristj et avec lui la compassion généreuse, Taniour infatigable , la charité universellej ne se forme^ selon Vexpression de saint Paul^ que peu à peu et laborieuse ment au dedans de nous. Jésus-Christ sauveur entre tout à la fois dans l'âme et la remplit tout entière; Jésus -Christ amour^ le véritable homme nouveau, y grandit lentement et péniblement* Nous pouvons bien nous imaginer que nous aimons comme nous croyons, parce que, en effet, nous commençons d'aimer en commençant de croire ; et tant que notre amour n'est pas mis à ces ditïiciles épreuves, nous le jugeons aussi grand que notre foi. Mais comme nous serons bientôt détrompés si nous sommes sincères et si nous consentons h nous cannaltre î Que le \ieux levain a de peine à perdre son ancienne aigreur ! Que de semences de haine, que de germes homicides dans ce cœur qui a reçu Jésus- Christ 1 QuH y a encore du Caïn dans ce prétendu Al>el 1 Et qulniporte que noua croyions beaucoup, si nous aimons p*m ! ou que nous croyions, si nous n'aimons pasi Et véritablement qu avons -nous cru, à qui avons-nous cru, si nous n'aimons pas? A Jésus - Christ, dites-vous? Mais à quel Jésus-Qirist? Ce n'est pas, certes, à celui de Fîethléem, de Béthanie, de Sichar^ de Gethsémané, du Calvaire* C'est à un Jésus- Christ fantastique et qui n*a du \Tai Jésus-Christ que le nom* C'est à un Jésus- Christ qui n*a pas aimé^ qui n'a pas prié, qui n est pas mort, C*est à un nom , ce n'est pas à un être. C'est h un fantôme^ non pas à un homme et à un Dieu. Dans notre empressement d'être sauvés, nous n'avons embrassé qu'une ombre, Dieu! rends-nous le Jésus-Christ réel et vivant. C'est le seul qui sauve, puisque c'est le seul qu*on aime et qui enseigne à amjer. Dleu^ ums \m\oiwic% ^u%^\x^^^-
LA COLàRB BT LA PRlàRB.
ment, non notre esprit à un nom^ mais notre ftme à une âme^ à cette âme de Jésus -Christ ton fils et le fils de l'homme, notre Dieu et notre frère ! et que, dans cette intime et vivante union, cette âme devienne peu à peu notre âme, et que nous apprenions de lui, à force de vivre avec lui, à aimer comme il a aimé, à bénir comme il a béni, à prier comme il a prié 1 Amen.