Marc, iv, 3-8; Matth. xiii, 3-8; Luc, viii
4. Il n'y a même pas lieu de rattacher une leçon spéciale à la manière différente dont les deux hommes acquièrent l'objet qu'ils convoitent, comme si les démarches du marchand de perles se proposaient à l'imitation (B. Weiss, Evangelien, 88) : ni le Trésor ne signifie que l'on trouve le royaume par hasard, ni la Perle qu'il faut le désirer pour l'obtenir; le mercenaire dans le champ ne pouvait désirer le trésor avant d'en connaître l'existence, et il fallait être marchand pour discerner la valeur de la perle précieuse ; les sentiments et les intentions intimes des personnages n'ont rien d'édifiant; leurs cas sont cités simplement comme exemples de marchés où l'on sacrifie utilement le tout pour le tout, un tout de peu pour un tout de grand prix. JCilicher, II, 585. Que, dans l'application, la nécessité du sacrifice total soit hypothétique [id. iùid.), c'est ce qui ne ressort pas des paraboles et serait formellement contredit par d'autres passages de l'Kvangile. L'hypothèse est que l'homme au trésor et l'homme à la perle ont dû sacrifier tout ce qu'ils avaient pour gagner l'objet de leurs désirs. Cette hypothèse est censée réalisée dans l'acquisition du royaume, pour lequel on abandonne avec profit tous les biens de ce monde. Sur le caractère absolu de cette exigence, cf. supr. p. 117.
LES PARABOLES DE l'ÉVANGILE 119
sive du royaume, et dans le Levain, sa force intensive, sa puissance de transformation, qui surmonteront toutes les difficultés ^ Nonobstant l'humilité de son commencement, car il n'est pas question d'obstacles, le royaume viendra dans sa grandeur et dans sa gloire. Jésus ne veut rien enseigner de plus : il ne dit pas si le royaume est pour les Juifs ou pour les Gentils; il ne s'arrête pas à faire ressortir la nécessité d'un intervalle et d'un développement graduel entre le début et la consommation du royaume. Cette idée a été indiquée, mais non accentuée, dans la parabole de la Semence, où la description de la croissance- est subordonnée à la moisson; elle n'est que sous-entendue dans les paraboles du Sénevé et du Levain. Les exemples choisis, blé et sénevé qui poussent en quelques mois, levain qui produit son effet en quelques heures, montrent que la comparaison porte sur l'Evangile et le royaume prochain, non sur l'Evangile et son progrès indéfini en ce monde. Ni les miracles de la Toute-puissance ne sont écartés de la perspective de l'avènement, ni les conditions morales de cet avènement, en ce qui concerne les individus, ne sont visées. La parousie semble prochaine dans ces paraboles, sans que l'on ait égard à la mort du Christ comme condition intermédiaire. Partout le Sauveur annonce en prophète ^ le prochain accomplissement du royaume, dont le présent pourrait faire douter ; il n'envisage pas en philosophe les conditions normales et indispensables d'un mouvement à réaliser dans l'histoire ultérieure de l'humanité. De telles considérations ne convenaient ni" à la nature de son rôle ni au point de vue eschatologique de sa pensée. C'est surtout la continuité immédiate du royaume commencé par l'Evangile, et du royaume que le Père céleste accomplira,