‹ Études évangéliquesChapitre 101 sur 260 · JiJLICHER, II · texte numérisé non relu

JiJLICHER, II

au temps marqué par sa providence, qui fournit une base aux comparaisons de la Semence, du Sénevé, du Levain; et aucun parallèle n'est directement établi entre la diffusion progressive de l'Évangile et la croissance des plantes ou le travail de fermentation.

Le christianisme est donc entré dans le monde comme une espérance, et quand on entreprend de définir son essence en partant de l'histoire, on ne trouve pas autre chose que l'idée du royaume, bien à venir, quoique ce bien futur ne doive être, en quelque façon, que la consécration de la justice acquise dans le présent. Cette consécration définitive de la justice dans le bonheur est précisément ce qu'annonce l'Evangile; d'où il suit que l'objet propre de l'Evangile est une espérance, l'espérance messianique, dégagée de tout élément national, devenue purement humaine et universelle en devenant purement religieuse et morale. La toi au Dieu père, la rémission des péchés sont les conditions de cette espérance; elles appartiennent par cela même à l'essence de l'Evangile, mais elles ne sauraient la constituer à elles seules. Les paraboles ne nous apprennent pas non plus que la conscience messianique de Jésus se fonde sur la connaissance de Dieu comme père de l'humanité. Le Sauveur ne laisse entendre nulle part qu'il ait le premier connu et révélé aux hommes la paternité de Dieu. Quel que soit le mystère de sa conscience personnelle, il se présente comme l'agent du royaume, le prédicateur de la grande espérance, le semeur qui sera moissonneur. 11 n'est pas le révélateur d'une seule et unique vérité qui, perçue par la conscience de chaque individu, lui donnerait la plénitude du royaume céleste, mais il est l'interprète de tout ce qui est contenu dans l'espérance du royaume, l'ordonnateur de la société des croyants, qui doit devenir bientôt la société des élus. Sa fonction est sociale et universelle par rapport à l'humanité, comme l'espérance du royaume est collective;

LES PARABOLES DE l'ÉVANGILE 121

son action ne sera pas purement intérieure, mais elle s'exercera dans la réalité objective du royaume; et c'est dans l'avenir qu'apparaîtra sa qualité de Messie Fils de Dieu, conformément à la nature eschatologique du royaume. C'est de tous ces éléments constitutifs du royaume des cieux que l'Evangile a été formé, que le christianisme a vécu, et ce sont les mêmes éléments qui, nonobstant toutes les vicissitudes de leurs transformations, le caractérisent encore aujourd'hui comme religion.

Quelques travaux récents ' ont rappelé sur le prologue de Jean l'attention des exégètes. Certains passages, qui ont donné lieu à des interprétations très diverses, peuvent être examinés maintenant en tenant compte des données nouvelles ou plus précises que fournissent l'histoire et la critique du texte. II se trouve justement qu'un problème assez curieux de critique textuelle se rattache à chacune des trois sections que l'on reconnaît communément dans le prologue -. On n'entreprendra pas de donner ici un commentaire complet de cette page unique dans la Bible, mais de déterminer, autant que possible, la portée et l'enchaînement des idées qui y sont contenues, d'après le sens naturel des mots, l'agencement rythmique des propositions, le témoignage des anciens auteurs ecclésiastiques et des manuscrits. Bien qu'on puisse dire de tout le morceau ce qu'un commentateur du xvi* siècle a dit d'un seul passage, à savoir, qu'il serait sans doute plus clair si les interprètes n'y avaient pas tant regar-

1. A. Resch, Paralleltexte zu Johannes [i^^]; P. CoRSSBN, Afonarchianische Prologe zu den Evangelien (1896). A signaler spécialement, depuis la première publication de la présente étude : Baldensperger, Der Prolog des vierten Evangeliums [i898]; J. Réville, Ze quatrième Evangile (1901) ; Grill, Untersuchungen ùber die Entstehung des vierten Evangeliums, I (1902); dans la Revue biblique (1900 et 1901), les articles de T. Calmes, Étude sur le prologue du quatrième Évangile.

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