‹ Études évangéliquesChapitre 104 sur 260 · T.i-tzx ût ' ajTOy èyévsTO · texte numérisé non relu

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autrement. Ce que l'auteur veut mettre en relief, c'est la priorité du Verbe sur toute créature, en ce qui regarde son origine. Quant au Logos, on devra comprendre qu'il est la parole par laquelle Dieu est révélé. Le Verbe n'est pas la raison de Dieu, comme dans Philon, mais, s'il est permis de parler ainsi, l'expression de Dieu. Cette expression révélatrice existait dès le commencement, lorsque le monde n'existait pas encore. 11 y a donc ici un commencement et une parole qui remontent plus haut que le commencement et la parole créatrice de Dieu dans le premier chapitre de la Genèse ; mais un rapport logique existe entre ces deux termes. La doctrine du Verbe dans le quatrième Évangile est fondée en partie sur le récit génésiaque, dont elle donne, pour ainsi dire, le commentaire métaphysique. Les termes abstraits que l'on trouvera plus loin, (( la vie », « la lumière », ont un autre sens que dans le récit de la création; mais ils s'y rattachent aussi à leur manière. Si la spéculation judéo-alexandrine a fourni à l'auteur le mot de Logos et lui a en quelque sorte préparé des lecteurs pour l'entendre; si l'emprunt d'un tel mot ne peut être simple affaire de lexique, et si le mot apporte avec lui l'idée qu'il représente, il est vrai pourtant que la doctrine johannique du Logos a deâ racines dans l'Ancien Testament, soit dans les livres sapientiaux, soit dans le commentaire philosophique de la Genèse. La forme qu'elle prend dans l'Évangile est spécifiquement chrétienne. L'idée du Logos est le point où l'enseignement apostolique rejoint la philosophie du temps; mais c'est pour substituer à une notion indécise et flottante, familière d'ailleurs à beaucoup d'esprits, une notion très nette, qui introduit dans la donnée philosophique la consistance qui lui manquait. L'application de cette idée à l'histoire évangélique devient comme la définition scientifique du Christ sauveur. C'est pourquoi l'on a pu dire c|ue la mention du Logos au commencement du quatrième Évangile était

une énigme et non une clef : ce n'est pas la conception purement philosophique du Logos qui est développée dans l'Evangile, et l'on n'y entend que le Christ vie et lumière; l'idée johannique du Verbe est à interpréter par l'Evangile, et l'on s'exposerait à un perpétuel contresens en voulant expliquer l'Evangile uniquement par la théorie du Logos dans Philon -. Mais si le Verbe apparaît d'abord comme une énigme, on s'aperçoit, après avoir lu le livre, que cette énigme en est la clef unique et véritable. Le prologue et le livre sont à expliquer l'un par l'autre; ils sont inintelligibles l'un sans l'autre. L'influence des idées philoniennes sur Jean n'est pas contestable ; mais Jean n'emprunte pas pour cela les idées de Philon ; il pense des idées chrétiennes analogues à celles de Philon, et que Philon l'aide à concevoir. Le point de vue de Philon est celui de la philosophie naturelle ; celui de Jean est purement religieux, et les notions théoriques y sont subordonnées à l'explication ou à la définition du fait chrétien ^

Le Verbe n'a pas été prononcé dans le temps ni en vue du temps; il existait indépendamment du temps; a le \'erbe était en Dieu », littéralement « vers Dieu », non seulement

1. Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte ^, I, 93. L'assertion n'est pas soutenable au sens de l'auteur, qui regarde la chrislologie de l'Evangile comme indépendante du prologue.

2. Cf. Meyer-Weiss, Das Johannes Evangelium ^ , 46-50; Holtz- MAXX, Hand-Commentar zum N. T. IV ^, 40-46 ; Briggs, Tlie Messiah of tlie Apostles, 495-499; Schaxz, Evangelium des h. Johannes, 65-70. Ce dernier commentateur écrit (p. 70). o Ni l'Ancien Testament, ni les Targums, ni l'enseignement du Seigneur n'ont suggéré l'idée du Logos. Le mot même ne se trouve pas dans les discours de Jésus. Ces discours et les Synoptiques mettaient en avant le Fils de Dieu. Peut-être Jean avait-il déjà pris en considération, dans son enseignement oral, ce facteur important de la philosophie populaire d'alors, et a-t-il pu ainsi l'introduire sans autre explication. » Maldonat, II, 381, disait : « Voluit ergo Joannes accomraodate ad usum loqui (en employant le mot "Koyj^), voluit intelligi. »

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