‹ Études évangéliquesChapitre 116 sur 260 · Meyer-Weiss · texte numérisé non relu

Meyer-Weiss

3. L'existence d'une telle secte dans le milieu asiatique où parut le quatrième Evangile est simplement possible. Les Actes (xvni, 24-xix, 6) signalent la présence à Ephèse d'un certain nombre de croyants, dont ApoUos, qui avaient reçu le baptême de Jean, et qui reçurent ensuite le baptême chrétien. Le fait ne manque pas de signification. Mais de ce qu'il y avait à Ephèse, vers l'an 50 ou 55, quelques sectateurs de Jean, il ne suit pas que le Baptiste eûl dans cette ville, un demi-siècle plus tard, des dévots assez nombreux pour inquiéter les chefs de la propagande chrétienne. L'importance que l'évangéliste attache au témoignage de Jean s'explique néanmoins plus facilement s'il avait un intérêt actuel à le faire valoir contre certains adversaires du christianisme. Mais ces adversaires pourraient être simplement les Juifs.

tion, qui est théologique plutôt qu'historique. La description sommaire du baptême de Jésus dans les Synoptiques est supposée ici, sans être reproduite, et l'évangéliste n'y ajoute pas le moindre détail. Il est évident que le témoignage du Précurseur est rapporté d'abord pour lui-même, et à cause des considérations doctrinales qui y ont été rattachées. Dans la suite de son livre, l'auteur choisira d'autres faits particuliers qui fournissent un point de départ et une sorte de thème convenables pour l'enseignement. La descente du Saint-Esprit, le baptême de Jésus, le témoignage de Jean-Baptiste se recommandaient à l'évangéliste docteur comme le fait initial dont il fallait dégager la haute signification. On peut dire que, dans la tradition synoptique, le baptême de Jésus apparaît comme la consécration solennelle de son rôle messianique. Jean Ta compris de même. C'est dans la scène du baptême que l'incarnation du Verbe est en quelqu sortee rendue publique. Jean-Baptiste est amené, dans le quatrième Évangile, comme témoin de Tincarnalion, parce qu'il est le témoin du Messie. Voilà pourquoi la définition même de l'incarnation du Verbe se trouve comme enchâssée dans le paragraphe consacré à Jean-Baptiste. L'incarnation du Verbe, la descente du Saint-Esprit sur Jésus, le témoignage du Précurseur se présentent sur la même ligne dans la perspective évangélique. L'incarnation est la vérité supérieure dont la descente du Saint-Esprit est comme l'expression sensible, attestée par le Baptiste. Cette idée domine tout les récits où le Précurseur intervient, et la préoccupation de l'évangéliste est, avant tout, de lui donner plein relief.

Jean-Baptiste fut envoyé de Dieu ', comme les pro-

1. V. 6. £Y£V£To âv9sa)-oç, xrX fait écho à Marc, i, 4 : c'est le commencement historique de l'cvangile. L'intention d'opposer « l'homme qui devint «, au « Verbe qui était » (cf. snpr. p. 133, n. 1), serait bien subtile. Elle n'est pas accusée dans le texte, et il faudrait admettre que l'auteur fait un jeu de mots d'ailleurs assez froid et inutile.

phètes d'autrefois. Il fut envoyé pour rendre témoignage à cette lumière dont on a dit plus haut qu'elle a paru pour les hommes, brillant parmi les ténèbres, sans qu'il ait été donné aux ténèbres d'empêcher son action bienfaisante. Jean vint donc pour témoigner au sujet de la lumière. La suite montre que cette lumière n'est pas une abstraction, mais un être personnel. Jean est venu pour donner son témoignage à Jésus, qui est la vraie lumière. C'est l'histoire qui gouverne ici la spéculation théologique. Une lumière qui brille devant tous se déclare elle-même présente. Mais les termes qu'emploie l'évangéliste ne sont abstraits qu'en apparence. La lumière n'est pas autre chose que la réalité de l'Evangile et que le Sauveur luimême, en qui l'on doit croire. Le témoignage de Jean- Baptiste doit contribuer à produire cette foi. Jusqu'à la fin de son livre, l'évangéliste accumulera ainsi les témoignages en faveur de Jésus; car il a écrit pour que l'on croie et qu'on trouve la vie dans la foi K Bien que le Précurseur n'ait parlé qu'aux Juifs, la portée de son attestation est universelle : tous les hommes ont besoin de la foi, et la parole de Jean, de l'homme envoyé de Dieu, vaut pour tous. A tous il peut dire et il dit qui est la lumière. On doit l'en croire; car non seulement il est prophète, mais il a vu ce qu'il dit. Ce témoignage n'est pas conçu comme nécessaire à celui qui en est l'objet ^. 11 n'est pas contestable pour ceux à qui il s'adresse et qui sont tenus d'en profiter; il est devenu possible et utile, parce que le Verbe fait chair n'a pas fait éclater sa gloire devant tous les hommes, et que beaucoup doivent et devront croire sans avoir vu ^.

Jean « n'était pas la lumière, mais il devait témoigner

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