‹ Études évangéliquesChapitre 78 sur 260 · ScHANz, Matthaeus · texte numérisé non relu

ScHANz, Matthaeus

rapport entre l'emploi des paraboles et la réprobation d'Israël en est un peu obscurci. Il est maintenu cependant, car on lit ensuite : « C'est pourquoi », attendu qu'il ne leur est pas donné d'entendre, et que l'on dépouille celui qui n'a rien, « je leur parle en paraboles, parce que, tout en voyant, ils ne voient pas ^ » On peut leur dire des paraboles, on est assuré qu'ils les entendront sans y rien comprendre. S'il n'est pas dit expressément que la parabole est destinée à produire l'aveuglement, l'idée reste à peu près la même. Jésus se sert de la parabole parce qu'il n'a pas été donné aux Juifs de connaître les mystères : c'est donc pour ne pas leur révéler les mystères dont il s'agit. Si les Juifs voient sans voir, c'est par suite du décret divin qui leur interdit la connaissance des vérités du salut ; mais il est sous-entendu que la parabole assure l'accomplissement de ce décret, parce qu'elle est une énigme mystérieuse que l'on écoute sans en pénétrer le sens. La citation d'Isaïe vient à l'appui de cette déclaration ~.

Cédant à son goût pour les prophéties, Matthieu reproduit tout au long, d'après les Septante \ le passage auquel

1. V. 13. 8ià TOUTO èv TrapapoXaïç auxotc XaXco, ozi jSXÉTrovTsç où pXÉTiouffiv. On doit rapporter 8tà tooxo à ce qui précède, vv. 11-12, pour amener la réponse directe k la question du v. 10; oTt est explicatil". Matthieu reioint ici Marc (iv, 11 /''-12), et le résume, avant de produire la citatiou d'Isaïe.

2. La citation est censée dite par Jésus, et c'est pourquoi l'évangéliste varie la formule qui lui sert à introduire les prophéties (cf. v. 35, oTTwç 7tXTipw6>, t6 û/jÔsv) ; mais on reconnaît sa manière, et l'artifice de la suture qui rattache le passage d'Isaïe (vi, 9-10) au texte abrégé de Mai'c, dans ce commencement du v. 14 : xxl àva^rXYipoùrxi olùxo'h; tj 7:po- ^rjTEt'a 'Ilffatou V] Xéyouffa.

3. V. 14 b, àxor, àxo'jffSTS xal où u.y) auvrirs, xxl pXsTovTec /SXévj/eTe xat oô [JL/] iBtjte. 15. £7ra/ûv0ï] yàp q xapot'a tou Xaou toutou, xxl toÏç «'oortv SapÉtoç r^xouTav, xal Toùç ocpOaXijLoùç aÙTwv Ixaauuffav 'ii.'f^ tcots ï8o)aiv to:; ôtpôaX- [jLO?ç xal TOtç ('oalv àxoùawatv xxl t/| xxpot'x duvcoatv xxl ê7rKTTp£'|ito(jtv, xal ladoixat aÙTOÙç. La version syriaque du Sinaï n'a pas les derniers mots : « qu'ils se convertissent et que je ne les guérisse » ; mais elle lit au

LES PARABOLES DE l'ÉVANGILE 89

Marc se référait implicitement. Ce texte prouve la nécessité providentielle de la situation où se trouvent les Juifs à regard des paraboles : a En eux s'accomplit la prophétie d'isaïe qui dit : Vous entendrez de vos oreilles et vous ne comprendrez pas. » Les paraboles, qui sont la condition de cet endurcissement, participent à sa nécessité ; elles sont voulues de Dieu pour entretenir l'aveuglement, qui est censé acquis déjà; mais l'évangéliste va jusqu'au bouir de la citation, de façon à rencontrer Marc et à dire que, si les Juifs se montrent aveugles et sourds, c'est parce que Dieu ne veut pas qu'ils voient, ni qu'ils entendent, ni qu'ils aient la faculté de se sauver. Matthieu retient donc la théorie de Marc; mais il aura trouvé quelque avantage à ne pas la mettre dans la bouche de Jésus, comme expression d'une volonté personnelle ; il a désarticulé le discours,

V. 13 (d'accord avec le ms. D) : « C'est pourquoi je leur parle en paraboles : de façon que voyant ils ne voient pas, [et entendant ils n'entendent ni ne comprennent, et qu'ils ne se convertissent pas]. » Cf. Mabc, IV, 12. Is. VI, 9-10 se lit dans l'hébreu : « Va dire à ce peuple : Ecoutez bien, et ne comprenez pas; regardez bien, et ne connaissez pas. Epaissis le cœur (l'intelligence) de ce peuple, endurcis ses oreilles et bouche ses yeux, de peur quil ne voie de ses yeux, n'entende de ses oreilles, ne comprenne avec son cœur, qu'il ne se convertisse et qu'il ne soit guéri. » L'hébreu convient mieux à la thèse de Marc, et la conception propre de Matthieu se fonde sur ce qu'il y a d'inexact dans la version grecque ;Holtzmaxx, op. cit. 247); mais il importe peu à la question principale, à savoir, la raison d'être des paraboles, que l'aveuglement des Juifs précède ou suive les paraboles, attendu que Marc n'exclut pas l'aveuglement antérieur, et que Matthieu reconnaît dans les paraboles un moyen providentiel de l'entretenir. Matthieu ne parle pas d'un parti pris de ne pas voir, car il maintient l'obscurité objective des paraboles et ne confond nullement cette obscurité avec la disposition subjective des auditeurs. « De peur qu'ils ne voient de leurs yeux, etc. » marque aussi l'intention de la Providence, et non celle des Juifs. On ne doit pas oublier, en interprétant Matth. xiii, 14-15, que les vv. 12-17 sont le commentaire du v. 11, où sont exprimés les desseins de la Providence à l'égard des disciples et à l'égard des Juifs : d'un côté, connaissance accordée, de l'autre, connaissance refusée, Oaïv SéSoTat..., êxeivoïç ôè où oéSoTcet. Cf. Jûlichbr, I, 129.

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de manière à signaler comme un fait l'aveuglement des Juifs en face et par le moyen des paraboles, et à réserver pour la citation prophétique la manifestation du dessein providentiel. Ce développement atténue, probablement avec réflexion, la forme du discours ; mais il n'atténue que la forme, même en ce qui regarde l'intention personnelle du Christ, qui est simplement subordonnée à la volonté éternelle de Dieu. Marc l'entendait bien ainsi, quoiqu'il ne le dise pas. La seule modification réelle qui soit faite à la théorie du second Evangile consiste en ce que Matthieu dit explicitement ce que Luc admet implicitement, à savoir, que les paraboles n'ont pas été qu'un instrument de réprobation pour les Juifs incrédules, mais qu'elles ont eu pour les disciples, qu'elles ont encore pour les croyants leur utilité. L'attention que les deux évangélistes ont apportée aux paraboles, l'impression favorable qu'ils en ont reçue, les ont induits à cette correction. Matthieu surtout est plus préoccupé, soit de l'endurcissement des Juifs et de la prophétie qui l'annonce, soit du privilège des disciples, qui est celui du chrétien, que de l'obscurité des paraboles et de leur efficacité aveuglante.

Après avoir décrit avec complaisance l'état de ceux à qui Dieu n'accorde pas la connaissance des mystères, il revient à la grâce que Dieu fait aux disciples, et la célèbre au moyen d'une parole que Luc ^ a placée dans un autre contexte. Même dans Matthieu, il est évident que la comparaison des disciples avec les anciens prophètes a porté d'abord sur l'objet qui a été vu par les disciples, et que les prophètes et les justes d'autrefois n'ont pas vu, bien

1. X, 23-24. L'insertion de cette sentence paraît compenser, dans Matthieu, l'omission de Marc, iv, 21-23 (comparaison de la lampe), utilisée antérieurement (IIoltzmann, loc. cit.) dans le Discours de la montagne (v, 14-16). On a vu plus haut (p. 87) le parti que Matthieu a tiré de Marc, iv, 25; Marc, iv, 24 était déjà dans Matth. vu, 2.

qu'ils l'aient souhaité, c'est-à-dire la venue du Messie, non sur la faculté de voir, dont on ne peut supposer que les justes et les prophètes auraient été privés. Pour adapter cette sentence à sa propre idée, le rédacteur, au lieu de lire avec Luc ' : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez », a lu : « Mais heureux vos yeux parce qu'ils voient - », ce qui relève les disciples par rapport aux Juifs, qui ne peuvent pas voir. Vient enfin, sans introduction particulière, l'explication du Semeur 'K L'évangélisle admet que les apôtres ne comprennent pas mieux que « les autres » le langage mystérieux des paraboles ; mais comme il leur est donné de connaître les secrets du royaume, ils ont droit à des éclaircissements. On pourrait donc objecter à Matthieu que leurs yeux ne voient pas, quoi qu'il en ait dit : c'est que son assertion s'applique, en réalité, à un autre objet. Tout ce développement, fait de pièces rapportées et mal jointes, n'est pas dominé pwr une logique trop sévère, et la signification de l'ensemble se résume pour le rédacteur dans ces deux idées : la vérité du royaume n'est pas pour les Juifs, et les paraboles servent à la leur cacher ; cette vérité est pour les disciples, et c'est pour cela que les paraboles leur sont expliquées. Plus loin Matthieu dira, d'après Marc, que Jésus ne parlait pas sans paraboles à la foule ^, mais ce n'est pas pour

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