‹ Études évangéliquesChapitre 86 sur 260 · Cf. supr. p. 83, n · texte numérisé non relu

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tradition écrite des Evangiles par Marc, d'où elle a passé dans Matthieu et dans Luc ; elle se retrouve dans le quatrième Evangile ^ qui cite le même passage d'isaïe pour expliquer l'incrédulité des Juifs. Uien neseraitplus fragile comme hypothèse historique ; mais il ne s'agit pas réellement d'histoire. Les évangélistes ont esquissé une philosophie rudimentaire de l'œuvre et de la carrière de Jésus dans leur rapport avec le judaïsme ; ils avaient besoin de cette vue générale pour classer, interpréter et défendre l'héritage doctrinal du Christ. Leur opinion sur l'obscurité des paraboles atteste qu'ils n'en saisissaient plus qu'imparfaitement la signification originelle; mais elle prouve aussi qu'ils y cherchaient avant tout une matière à commentaires édifiants pour leurs lecteurs. Leur théorie sur la destination providentielle des paraboles n'est qu'une façon d'interpréter, au point de vue de la théologie monothéiste, l'échec de l'Evangile auprès du peuple élu. Opinion et théorie encadrent pour ainsi dire les

1. Jean, xii, 39. otz toSto oÙx Vjouvavro Tr'.uTSUEtv ort TrocAtv s'.tzsv 'Haataç' 40. T£TucpXo)X£v auTwv Tooç o'^OaX[/.où; xai ÈTrcopcoirsv aÙTojv xr^v xapStav, Vva [xr, tSojTtv xoTç àcpOaXy.otç xal vorjawfftv zr^ xap5;'x xal <;Tpa!pw(îiv, xat îâffOjJLat auTouç. Cf. p. 71, n. 1 ; p. 88, n. o. Les transformations de ce texte sont curieuses à observer. On a vu que, dans l'hébreu, c'est le prophète qui reçoit l'ordre d'amener par sa prédication l'endurcissement du peuple; mais déjà les Septante et Matthieu donnent une forme impersonnelle aux impératifs de l'original, en sorte que le fait de l'endurcissement se trouve énoncé directement, et l'intention de le procurer est réservée à Dieu ; dans le quatrième Evangile, le fait reste affirmé, mais le verbe a un sujet personnel, bien que sous-entendu. L'immense majorité des commentateurs anciens et modernes admet que ce sujet sous-entendu est Dieu. Il ne serait pas impossible que ce fût le diable comme instrument de Dieu (s. Cyiulle, ap. Schanz, Jo/iannes, 446). Cf. I Jean, ii, 11, avec le contexte, et II Coh. iv, 4. Quoi qu'il en soit, les Synoptiques se sont servis du texte d'isaïe pour ex|)liquer l'insuccès du ministère de Jésus, et comme la prédication galiléenne est chez eux la plus importante, ils ont pu sans inconvénient le rattacher au discours des paraboles. Jean l'a réservé pour la conclusion du ministère judéen, qui est pour lui le principal.

reliques de la prédication du Sauveur; elles ont servi à les conserver.

g IV. — Objet des paraboles

Dans Marc, où les récits tiennent la plus grande place, les paraboles représentent le quart des discours ; plus du tiers, si Ton élimine les propos dialogues et les paroles dispersées dans les récits. La part des paraboles est encore plus forte dans Matthieu, et elle atteint dans Luc un peu plus de la moitié. La proportion était-elle approximativement la même dans la prédication de Jésus? On ne saurait le dire. S'il est vrai que les comparaisons et les paraboles étaient la partie de l'enseignement évangélique qui devait se graver le plus facilement dans la mémoire des auditeurs, il est probable aussi que le Sauveur, sans les entasser les unes sur les autres, devait les multiplier dans ses discours. Toujours est-il qu'elles sont une portion essentielle de l'enseignement de Jésus , et que rien n'y pourrait suppléer, si elles n'avaient été conservées à l'histoire ^ La théologie traditionnelle n'en a pas tiré grand parti, parce qu'elle y cherchait des allégories et n'était pas sûre de ce qu'elle y trouvait : elle ne pouvait guère y puiser d'arguments pour les grandes thèses dogmatiques, la christologie, la sotériologie, l'ecclésiologie en étant à peu près absentes. Mais les paraboles sont une source inappréciable pour l'historien, parce que nulle part ailleurs on ne peut mieux saisir la notion du royaume des cieux que Jésus a prêché, le rôle que Jésus s'attribue dans le royaume, et la réalité de l'Evangile vivant, tel qu'il était quand Jésus l'annonçait aux paysans de Galilée et aux scribes de Jérusalem.

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