‹ Études évangéliquesChapitre 85 sur 260 · JiJLICHEB, I · texte numérisé non relu

JiJLICHEB, I

A. LoiSY. 7

VO ETUDES EVANGELIQUES

rique de la parabole énigme. Le Sauveur n'a\'^ait pas disserté devant ses apôtres sur le but de ses discours et la raison de ses paraboles. II n'est pas probable non plus que les apôtres eux-mêmes et les disciples immédiats du Christ se soient arrêtés à de pareilles questions. Les fidèles de Jésus avaient généralement compris ce qu'il voulait dire; du moins n'avaient-ils retenu que ce ((u'ils avaient compris et selon qu'ils le comprenaient K Mais quand les hommes de la seconde ou de la troisième génération chrétienne, les disciples des disciples, songèrent à recueillir ce qui subsistait de l'enseignement donné par le Sauveur, et que les premiers documents de la littérature évangélique eurent été consti-

1. Jean, ix, 26, vise l'interprétation théologique et symbolique de l'Evangile par l'Eglise, non la tradition historique des discours et des faits. Les passages où Marc fait ressortir l'inintelligence des apôtres (cf. supr. p. 83, n. 1), sont en rapport avec une conception analogue : on reproche aux, disciples de n'avoir pas eu d'abord l'idée qui s'est rattachée plus tard à telle sentence ou à telle croyance. Marc, vi, 17-23, par exemple, semble représenter un cas de développement tout à fait parallèle à iv, 10-20, la parole du v. 15, sur ce qui souille l'homme, ayant été parfaitement claire (elle signifiait probablement : l'homme n'est pas souillé par ce qui entre dans son corps, mais par ce qui en sort) ; le sens qui lui a été attribué plus tard est celui que les apôtres sont supposés n'avoir pas compris, parce qu'ils ont hésité à suivre Paul dans la question des observances légales. Marc, vi, 52 (viii, 17-21) vise également l'interprétation spirituelle de la multiplication des pains, bien qu'il soit plus malaisé de définir la pensée du rédacteur. Marc, ix, 32 (et vni, 32-33) se rapporte à une prophétie de la passion et de la résurrection qui aurait été aussi facile à comprendre pour les disciples que pour nous, si elle avait été formulée dans les termes de l'Evangile. On a voulu faire entendre que les apôtres avaient été surpris par les événements, bien que le Christ les y eût préparés, et qu'ils n'en savaient pas la portée réelle : l'insistance de l'évangéliste donnerait à penser qu'il a en vue spécialement le mystère du salut selon Paul, à savoir le mystère de la croix, l'efficacité de la mort rédemptrice, et le sens de la résurrection. Cf. supr. p. 82. Que l'unique vérité non comprise des apôtres en toutes ces occasions soit la messianité de Jésus (Wrede, Das Messiasge/ieimnis in den Evangelien, 101-114), c'est ce qui ne résulte nullement des textes de Marc.

tués, les paraboles attirèrent l'attention, tant à cause de l'abondance relative de la matière, que de l'originalité de sa forme. On avait perdu le souvenir des circonstances, et l'on n'avait plus qu'une idée assez vague de la situation générale et du milieu où les paraboles avaient été prononcées ; on n'en percevait plus nettement le sens historique ; et comme on y voyait des paroles divines, on était disposé à y chercher, par conséquent à y trouver un enseignement plus profond que le sens de la lettre ; l'interprétation allégorique, si largement employée pour l'Ancien Testament, était la clef tout indiquée pour découvrir ce sens mystérieux, d'autant que le nom de parabole prêtait à équivoque, et que les comparaisons et descriptions paraboliques favorisaient l'application de cette méthode exégétique ; on en vint donc à distinguer dans les discours de Jésus ce qui était en forme de déclaration simple et ce (jui était en forme d'allégorie profonde; puis on voulut connaître les raisons de cette différence, et on ne songea pas à les chercher ailleurs que dans la destination des deux enseignements ; le clair n'avait contenu que des choses ([ui devaient être entendues de tous ; l'obscur avait dû être tel pour servir une volonté de la Providence; et comme le judaïsme, pris en masse, avait résisté à l'appel de Jésus, comme on ne pouvait concevoir que cet insuccès n'eût pas été prévu par le Sauveur lui-même, on se persuada que, si le Christ n'avait pas gagné les Juifs, c'est qu'il ne l'avait pas voulu ; il ne l'avait pas voulu parce que Dieu ne le voulait pas; il avait parlé en parabole pour que les Juifs ne connussent pas le secret du royaume, et que la prophétie d'Isaïe touchant leur endurcissement fût accomplie •. Cette conception abstraite et théorique, influencée par la doctrine de Paul -, est entrée dans la

Page 1