JiJLICHER
2. « Le royaume des cieux », T] paaiXeta xàjv oùpavwv, dans Matthieu; « le royaume de Dieu » t] j3. xou Qeou, dans Marc et Luc (Jean, Actes, Paul), est proprement le règne ou la royauté de Dieu, l'ère messianique. La formule « royaume des cieux » ne signifie pas que le règne de Dieu aura son accomplissement au ciel, ni même qu'il viendra du ciel, si l'on entend par là qu'il y serait préexistant et n'aurait qu'à descendre tout formé sur la terre. Le règne de Dieu vient du ciel en tant qu'il est l'ordre divin des choses s'introduisant dans le monde; mais il semble que, dans l'usage du temps, comme plus tard dans la littérature talmudique, le mot Cieux ait été employé comme synonyme de Dieu, pour éviter de prononcer le nom divin (cf. Dalman, Die Wôrte Jesu, I, 76-77). L'échange des deux noms dans les Synoptiques confirme cette hypothèse. On |)eut croire, bien que l'opinion contraire ait ses défenseurs, que la formule « règne des Cieux » est primitive, et qu'elle a été employée par le Sauveur, sans doute aussi, avant lui, par Jean-Baptiste. Marc et Luc auront mis « Dieu » à la place de « Cieux », pour éviter un idiotisme hébreu qui aurait déconcerté leurs lecteurs.
LES PARABOLES DE l'ÉVANGILE 103
et imprévue ; unjugement qui aboutira au châtimentéternel des pécheurs impénitents, au bonheur sans fin des justes et des repentis. La pénitence, en effet, prékide au royaume; la régénération morale qu'elle procure aux individus est déjà le royaume, étant la condition préalable de son accomplissement. Jésus prêche la pénitence en vue de l'avènement prochain du royaume '; sa parole contribue à cet avènement en appelant la foi et provoquant le repentir. Le royaume est ainsi présent et à venir; il est présent par Jésus qui en est l'agent et l'on peut dire l'introducteur providentiel; il est présent par la défaite de Satan -, par la réconciliation des pécheurs avec Dieu, par l'espérance ferme des croyants. Cette présence n'est pas la réalisation complète du royaume; et comme la notion du royaume réside essentiellement en cette perfection du bonheur dans la justice, qui est encore objet d'espérance, le royaume est surtout à venir. Le royaume présent n'est pas tout à fait le règne de Dieu, de même que Jésus prêchant l'Evangile n'est pas tout à fait le Messie. Le Messie est le président du règne de gloire; pendant qu'il prêche l'Evangile et prépare la venue du royaume, Jésus est Christ en expectative. Mais l'avenir est si proche qu'il entre en quelque façon dans le présent ^ : on dirait que c'est pour Jésus le lendemain glorieux de son action aujourd'hui obscure et contrariée. Cet élan du présent vers l'avenir par la force de l'espérance, et cette anticipation de l'avenir dans le présent par la certitude d'une conscience unie à Dieu font l'harmonie d'une pensée qui nous semble associer des éléments aussi différents que le réel et l'idéal, le symbole et la vérité. L'idée du royaume était, en effet, un grand symbole, dont l'unité se trouvait garantie par sa