‹ Études évangéliquesChapitre 91 sur 260 · Matth. XXIV, 45-51 ; Luc, xii · texte numérisé non relu

Matth. XXIV, 45-51 ; Luc, xii

2. Matth. v, 25-26. Luc, xii, 58-59. Ni dans Matthieu ni dansLucce petit morceau n'est à sa place historique. Matthieu y voit une exhortation à la concorde, et s'en sert pour commenter le précepte : « Tu ne tueras point », en interprétant allégoriquement le jugement et le juge. La façon dont Luc rattache cette sentence à xii, 54-56, au moyen de l'interrogation contenue dans le v. 57, est visiblement artificielle. Autant que l'on peut saisir sa pensée, l'évangéliste semble avoir tout interprété du jugement de Dieu. Il s'agissait plutôt d'une comparaison : quand on a un mauvais procès, le plus sage est de prendre arrangement avant la condamnation; de même en ce qui regarde le salut.

3. Matth. xxv, 1-13. Le retard de l'époux, dans l'esprit de la parabole, ne signifie pas le délai indéfini de la parousie ; c'est l'accident indispensable pour que Timprévoyance des cinq étourdies ait un résultat fâcheux. Il serait ridicule de supposer que le |)araboliste inviterait ses auditeurs à se tenir prêts dès maintenant, et à toute heure, pour un événement qui serait encore bien éloigné. Le retard de l'époux correspond simplement à ce fait, que le royaume ne se manifeste pas encore dans le moment où Jésus parle, bien qu'il soit conçu et annoncé comme imminent. Mais l'évangéliste a dû entendre ce trait en allégorie, comme toute la parabole. La formule solennelle : « En vérité je vous le dis » (v. 12) convient au Christ juge, non à l'époux de la fable. Cf. Ldc, xiii, 25, passage parallèle, où on ne la trouve pas.

cinq imprudentes courent chercher ce qui leur manque, l'époux et sa suite entrent dans la maison nuptiale ; on ferme les portes, et quand les cinq étourdies arrivent, il n'est plus temps. 11 en sera de même pour le royaume, si l'on n'est pas prêt quand il viendra.

Il ne s'agit pas, en effet, d'une simple attente, mais d'une véritable et sérieuse préparation. Si subitement qu'il survienne, le jugement de Dieu et le royaume ne seront une surprise fâcheuse que pour les impénitents. Pour les fidèles, ce sera la récompense de leurs efforts et de leurs mérites. Savez-vous l'histoire de l'économe qui allait être privé de sa charge, et qui, pour n'être pas réduit à la mendicité, s'avisa de remettre une partie de leurs dettes à tous ceux dont son maître était le créancier ^ ? Il évita ainsi de se trouver sans asile. On doit pareillement se ménager une place dans le royaume, en usant bien de la vie présente, et en se créant, par la charité, des amis auprès de Dieu. La vie de l'homme doit être féconde. Ecoutez plutôt ce qui advint aux trois serviteurs d'un maître qui, s'en allant en voyage, leur avait confié de l'ar-

1. Luc, XVI, 1-8. L'explication primitive de cette parabole paraît contenue dans le v. 8 : « et le Seigneur (Jésus, non le maître de la fable, qui n'avait pas à féliciter son intendant, vu qu'il était volé par lui) loua l'économe infidèle comme ayant agi prudemment, » etc. Le commentaire ajouté dans les vv. suivants suppose qu'il s'agit du maître de l'intendant, Jésus ne prenant la parole en son propre nom qu'au v. 9. Peut-être n'a-t-on pas voulu que le Sauveur eût approuvé en façon quelconque l'intendant malhonnête ; mais la fin du v. 8 : « parce que les enfants du siècle sont plus prudents à l'égard de leurs semblables que les enfants de la lumière », n'est plus logiquement amenée. Le v. 9 est sans doute du rédacteur qui a introduit la sentence sur les deux maîtres qu'on ne peut servir en même temps (v. 13; Matth. vi, 24). Les considérations sur la fidélité (vv. 10-12) semblent destinées à rectifier le jugement que le maître a j)orté finalement sur son intendant. L'économe infidèle est devenu en quelque façon le type du pharisien serviteur de Mammon (v. 14). Jijlicher, II, 513, regarde les vv. 10-13 comme un développement sur le thème du v. 9, sans égard à la parabole.

gent ' : le premier avait cinq mines et en gagna cinq autres; le second en avait deux et en gagna deux; le troisième avait une mine, et il la cacha pour ne pas la perdre; quand le maître fut de retour, il demanda des comptes; les deux premiers serviteurs furent félicités ; fidèles pour de petites sommes, on leur en confia de plus grandes; quant à celui qui n'avait rien gagné, son maître le blâma fort et lui reprit sa mine, pour la donner à celui qui en avait gagné cinq; car c'est la loi, on donne à qui possède, on prend à qui n'a rien. La vie aussi est un don, et Dieu veut qu'il rapporte ; quiconque aura bien travaillé recevra la récompense, et celui qui n'aura rien fait n'aura même plus la faculté de réparer sa négligence -. C'est encore l'histoire du figuier planté dans la vigne et qui n'avait rien donné ^ : le maître voulait le couper, le vigneron intervint, disant qu'il le soignerait encore un an, et que, si

1. Matth. XXV, 14-30; Luc, xix, 11-37. Les deux évangélistes allégorisent; mais il est à noter que Matthieu voit dans la parabole une prophétie de la parousie, et, pour cette raison, la met dans l'apocalypse synoptique, tandis que Luc y voit annoncé surtout le retardement de la parousie, et suppose qu'elle a été dite au moment où Jésus allait entrer à Jérusalem (cf. supr. p. 64). Matth. xxv, 30, et la finale des vv. 21 et 23 sont des additions allégoriques de l'évangéliste ; de même, en Luc, tout ce qui concerne la royauté du maître (cf. supr. p. 29). Le nombre des serviteurs a dû être porté à dix pour faire honneur au roi ; la parabole n'en connaît que trois. Mais les mines, qui sont une faible somme pour un roi, doivent êtres primitives relativement aux talents (cf. supr. p. 61, n. 1).

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