RENCONTRE DE JÉSUS ET DE MADELEINE
Re .
plus jeune, arrive le Premier, pénètre dans le yestibule de la grotte funéraire, et, sans oser y entrer, peut-être par déférence pour. Pierre, il se penche par l’ouverture pour regarder à l’intérieur. Plus de corps : Jean ne voit que les bandelettes dont le Sauveur avait été entouré. Pierre, Plus hardi, entre dans l’intérieur même dun sépulcre, et, outre les bandelettes, qui étaient soigneusement pliées, il aperçoit le suaire qui avait couvert la tête de Jésus roulé ‘avec soin et mis à Part. Sans doute sur l'invitation de Pierre, Jean entre alors lui-même, dans la chambre sépulcrale. I] est extrè- -nement frappé du spectacle qu’il a sous les yeux, et dont rien ne pouvait donner l’idée d’un enlèvement : visiblement “ Je mort avait de lui-même écarté ses linges, sans hâte, comme un homme qui s’éveille tranquillement et range Sa couche avant de reprendre le chemin de sa vigne ou de son champs, ”5 Ace spectacle, la foi en
® D. Olivier, 7a Passion,
LEE
TVR ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES
la Résurrection se leva dans le coeur du disciple bien-aimé: il crut, non pas sur l’autorité des Ecritures, qu’il ne comprenait pas encore, comme il nous le dit luimême, ‘ mais sur le rapport de ses yeux:
Vidit et credidit. " Quant à Pierre, très intrigué, remarque saint Luc, il se demandat ce qui avait bien pu se passer : Secum mirans quod factum fuerat.® En tout cas, ne jugeant paë à propos de poursuivre ses investigations, il s’en retourne avec son compagnon, attendant les événements.
‘ Madeleine, qui était revenue au sépulcre avec les deux apôtres, ne put se résoudre à repartir avec eux. Comme elle était tout absorbée par sa douleur,il ne lui était même pas venu à l’idée que Jésus pût être ressuscité : elle voulait à tout prix retrouver son Corps pour lui donner une sépulture digne de lui, et pleurer sur lui tout le reste de sa vie: c'était toute son ambi-
* Jean, .XX, 9.
* Jean, XX, 8.
* Luc, XXIV, 12,
RENCONTRE DE JÉSUS ET DE MADELEINE 245 | tion. Les apôtres Partis, elle resta donc là, debout, à l'entrée du sépulcre, tout en larmes, véritable Personnification de Ja douleur: Stabat ad monumentum foris plorans! * Ses regards anxieux couraient Cà et là à la recherche de Celui dont la dis- Parition lui était plus sensible que mille morts. Ne pouvant croire à un pareil mal-
- heur, quoiqu’elle eût déjà constaté que le tombeau était vide, elle ne laissa pas de se pencher pour regarder encore: Dim ergo Îleret, inclinavit 8e el prospeæit in monumMmentum. * Quel spectacle s’0.frit alors à elle! Deux xnges étaient là, l’un à la têt” l’autre au pied du l't sépulcral, dans l’atti. tude de ces deux Chérubins qu’on voyait sur le propitiatoire de l'arche, laquelle était la figure du Corps sacré du Christ, véritable arche de la nouvelle alliance. La vue de ces splendides créatures, toutes Tayonnantes de jeunesse, de beauté et de gloire, ne paraît Pas avoir frappé Madene
Jean, XX, 11,
% Is, ébid.
leine: elle la laissa indifférente: que lui importaient même des anges auprès de Celui dont la pensée remplissait son coeur? L’un d’eux prend la parole et lui dit : “ Femme, rourquoi pleures-tu ? ” Mulier quid plorus? “ C’est qu’on a enlevé mon Seigneur ”, répond-elle, “ et je ne sais pas où on l’a mis.” Et comme l’ange, sans doute! tardait à répondre, entendant derrière elle un bruit de pas, elle laisse là les messagers célestes et se retourne vivement. * C'était Jésus lui-même qui arrivait. Madeleine, qui ne s'attendait nullement à le revoir vivant, ne jeta sur lui -qu'un regard vague et distrait, à travers ses larmes, et le prit pour le jardinier de Joseph d’Arimathie, dans le jardin duquel se trouvait le sépulcre; lui scul, se disaitelle sans doute,pouvait être là à une heure si matinale; et, à cette pensée, une petite lueur d’espoir s'était glissée dans son coeur: peut-être pourrait-elle obtenir de
# Jean, XX, 13.
# 1d., XX, 14.
RENCONTRE DE JÉSUS Er DE MADELEINE 947
lui quelques renseignements précis. “Femme ”, lui dit alors le divin jardinier, (et, dans la langue du Pays, cette appellation, que la Vulgate traduit Par mulier, pouvait s'appliquer aux Personnes les plus aimées et de la plus haute distinction), «“ femme, Pourquoi pleures-tu ? qui cherches-tu ? »
Mulier, quid bloras ? quem Quaeris ? ‘ C’est la première parole du Sauveur après sa Résurrection, 1] semble s’étonner que Marie pleure sur vn événement qui aurait dû la remplir de joie: elle se lamentait Parce que le tombeau était vide ; elle n’aurait dû se lamenter que s’il n’avait pas été vide. “ Seigneur ”, répond Madeleine à son interlocuteur, d’un ton Suppliant et avec une courtoisie intéressée, comme si elle avait eu affaire à un personnage d’importance, “ Seigneur, si c’est toi qui l’as enlevé, dis-moi où tu l'as placé, et je l’emporterai 11: Domine, si tu sustulisti eum ; Sa pensée est si pleine de son Maître, # Id, XX, 15, # Jean, XX, 15,
qu’elle ne prend pas la peine de dire de qui ou de quoi elle parle, comme si tout le monde devait savoir ce qui la préoccupait.
“ Si c’est toi qui l’as enlevé ?”, si ce corps d’un pauvre crucifié n’était pas à sa place dans le riche caveau de ton maître; s’il n’a été mis là qu’en passant et parce qu’on n’avait pas le temps de le déposer ailleurs, “dis-moi où! tu l’as mis, et je l’emporterai. ” Que voilà bien le langage de l’amour, qui se croit tout possible et ne craint aucun danger, quand il s’agit de servir l’objet aimé! “ Rien ne lui pèse ”, dit l’auteur de l’Zmitation, “rien ne lui coûte; il tente plus qu'il ne peut; jamais il ne prétexte l’impossibilité, parce qu’il se croît tout possible et tout permis. ” Comme elle ne recevait pas de réponse immédiate de son divin interlocuteur, Madeleine se détournait déjà de lui pour porter ailleurs ses regards et ses recherches. Touché de tant de douleur, d’amour et de constance, le bon Pasteur rappela
# Imit., III, V, 4.