que la substance du
pas avec le corps et le
charistie, et qu’il n’en r
ment Jésus n'aurait pas pu dire simplement: Ceci
Mais ce n’était pas seulement un Sacrement que le Seigneur avait voulu instituer, Comme le prouvent clairement les paroles mêmes de la consécration, l’Eucharistie ne devait pas seulement nourrir nos âmes et nous unir à Dieu, elle était encore destinée, comme véritable sacrifice, à rendre à Dieu lui-même un culte digne
‘de lui. Et èn effet, dans l’Eucharistie, le corps du Christ est “ donné, livré pour nous ”; son sang est “ répandu ” d’une manière mystique “ pour beaucoup e:: ré-
mission des péchés. ” Or, dans l’Ecriture,
est mon corps, etc.; il aurait dit: mon corps est ici, ete.; 8. que ce mystère de la présence du Christ et de l'absence de la substance du pain et du vin sous les espèces sacramentelles est opéré par le passage de toute la substance du pain au corps du Christ et de toute la substance du vin à son sang: évidemment le Sauveur n’a pu dire: Ceci est mon corps, ceci est mon sang, et par conséquent mettre son corps sous les accidents du pain et son sang sous les accidents du vin, que si la substance du pain et la substance du vin ont cessé d’être pour faire place au corps et au sang du Christ ; et c’est ce que l'Eglise appelle la transsubstantiation. Cf. Franzelin, Tractatus de SS. Eucharistia, p. 171 et 235, sq.
LA DERNIÈRE CÈNE 223 pm
ces expressions annoncent toujours un sacrifice; et de fait ne. nous montrent-elles pas le Sauveur se substituant à nous en vue d’apaiser Dieu et de nous obtenir la rémission de nos péchés ? et cette substitution de la victime an coupable n'est-elle pas le caractère propre du sacrifice? Et ce n’est pas seulement en tant qu’elle met SOUS no8 yeux par la séparation des espèces du pain et du vin une vive représentation de la mort de la croix, que l’Eucharistie est un sacrifice; elle l’est surtout, à raison de cette sorte d’anéantissement où s’y trouve la sainte humanité du Sauveur, qui, dans son état sacramentel, est incapable de produire par sa vertu naturelle un acte quelconque dont l'exercice exige le Concours des sens, et est réduit à la condition de nourriture et de breuvage.
Certes, il ne fallut rien moins au Rédempteur que tout l'effort de sa sagesse et de sa puissance pour se ravaler à un tel état d’humiliation, mais son amour l’exigeait ainsi. Il voulait, tout en rendant à son Père, par son immolation, un hom-
mage digne de sa Majesté, se faire manger par l’homme, afin qu’il fût en nous et que nous fussions en lui ”: divin Pélican, il n’hésita pas à mettre son humanité, en quelque sorte, dans un état de mort, afin de pouvoir nourrir ses enfants de son propre sang et en faire d’autres lui-même.
Cet amour indicible et sans nom dans la langue humaine étonnerait-il notre foi ?
Mais, dans le transport de l’amour même purement humain, “ qui ne sait ”, dit Bossuet, * “ qu’on se mange, qu’on se dévore, qu’on voudrait s’incorporer en toutes manières, et comme disait ce poète, enlever jusqu’avec les dents ce qu’on aime pour le posséder, pour s’en nourrir, pour s’y unir, pour en vivre? Ce qui est fureur, ce qui est impuissance dans l’a.nour corporel est vérité et sagesse dans l’amour de
® Il est intéressant de remarquer que c’est par le fait même de son immolation sur l'autel que le Christ prépare notre divine nourriture et dresse en quelque sorte la table de communion.
®Méditations sur l'Evangile, 1ère partie, XXIVe journée.
. LA DERNIÈRE CÈNE 225 mm
Jésus. ” Aussi bien, n'est-il pas conforme à la nature des choses qu’un amour sans bornes, soutenu Par une puissance infinie, se manifeste par des prodiges extraordinaires et qui confondent la pauvre imagination humaine ?
Après avoir donné à ses disciples son
corps à manger et son sang à boire, le Sauveur gicata : “ Faites ceci en mémoire de moi ”, ° c’est-à-dire, en mémoire de ma mort et de la rédemption qui en est le fruit: prenez comme moi du pain et du vin, prononcez sur eux en mon nom les paroles que vous venez d’entendre, et donnez-moi à manger aux fidèles. Et c’est ainsi que Jésus, en même temps que l’Eu- charistie,instituait le sacerdoce qui devait en étendre les bienfaits à toutes les générations jusqu’à son second avènement., ‘?
En deux mots, il résumait le rôle sublime du prêtre à travers le monde: “faites ceci” c’est-à-dire, Consacrez, distribuez.
“ Luc, XXII, 19; I Cor., XI, 24-95.
® I Cor, XI, 26.
ainsi, médiateur entre Dieu et les hommes, le prêtre, après avoir d’une main, pour ainsi dire, attiré Dieu des hauteurs du ciel sur l’autel du sacrifice, de l’autre retire les âmes de l’abime du péché pour les faire communier à la divine Victime qu’il a immolée, et les réunir au Dieu qui fait ses délices d’être avec les enfants des hommes. Effet merveilleux de cette féconde parole : “Faites ceci !” Par sa vertu, le Cénacle s’agrandissait, prenait des proportions immenses et englobait le monde entier; et chaque jour allait désormais être un autre Jeudi saint, et le Christ, notre Pâque, serait sans cesse sous nos yeux.
C’était la réalisation de la grande prophétie de David : “ Le Seigneur l’a juré, il ne s’en repentira pas: tu es prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédech, ” Non, ce n’est pas seulement au Cénacle que Jésus devait, à la mazière du roi de Salem, offrir le pain et le vin; à la droite de son Père, il devait continuer à
9 Ps., 119, 4.
LA DERNIÈRF CÈNE 227
ne ee me #4
les offrir jusqu’à la fin des siècies par le ministère de ses prêtres, ses représentants. Et ainsi se trouvait encore accomblie la célèbre prédiction de Malachie :
“Je ne prends aucun plaisir en vous, dit le Seigneur des armées, et je n’agrée aucune offrande de votre main : car, du levant au couchant, mon nom est grand Parmi les nations, et en tout lieu nn offre en sacrifice à mon nom une oblation pure, ” Tout en prophétisant manifestement le sacrifice de nos autels, ces paroles annoncent le signal de la fin de tous les sacrifices de l’ancienne loi. Le grand sacrifice une fois institué, ils étaient devenus inutiles % ; incapables de justifier l’homme, ils cédaient la place au sacrifice de l’auguste Victime dont une seule goutte de sang suffisait Pour effacer les péchés de mille mondes. La ruine des sacrifices anciens entraînait évidemment aussi celle du sacerdoce selon ordre d’Aaron, qui FRERE “ Mal. I, 10-11.
S Héb., VII, 18.
: ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES = en
était remplacé par le sacerdoce selon l’ordre de Melchisédech. Enfin, comme le remarque saint Paul, “ le sacerdoce lévitique étant abrogé, la loi ancienne devait l'être également ; à la loi de crainte succédait la loi de grâce et d'amour. Ce n’étaient plus seulement, comme sous l’ancienne loi, des récompenses matérielles et passagères qui étaient offertes à nos désirs; les biens célestes, qui avaient été jusqu’alors laissés dans la pénombre, apparurent radieux à nos yeux; une perspective - éternelle et infinie s’ouvrait devant nous; la gloire et le bonheur qui font la vie essentielle de Dieu lui-même devaient être le prix de notre fidélité. “ Celui qui mange ma Chair et boit mon sang a la vie éternelle ”, nous dit le Sauveur. * C’est précisément cette nouvelle alliance de Thomme avec Dieu que Jésus nous annonce au moment de la consécration du vin : “Ceci, c’est mon sang, le sang de la nouvelle alliance ”. ou “ du Nouveau Testament ”.
% Héb., VII, 12.
# Jean, VI, 55.
SE
Tout en linaugurant, Pour nous montrer combien elle était glorieuse pour nous, il nous fait remarquer ce qu’elle devait lui coûter : C'était une alliance testamentaire, qui devait, par conséquent, être confirmée Par Sa propre mort, ‘ et ce n’est que Par son sang que nous Pourrions entrer en Possession de notre céleste héritage. Et voilà Pourquoi l’ancien Testament, figure du Nouveau, avait été, lui aussi, consacré et scellé par le sang des victimes qui représentaient le Christ.
Moïse, Prenant ce sang, en avait aspergé tout le peuple, en disant : « C’est le sang du Testament que le Seigneur fait à votre avantage ”, ® ,+ grâce à cette sorte de Communion au sang de l’antique alliance, les Hébreux Purent entrer dans la terre promise, au pays où “ coulaient le lait et le.miél. ” Si les avantages dont jouirent les Hébreux Par la vertu de ce Sang étaient déjà si désirables, quelle doit être
® Héb., IX, 16.
® Héb., IX, 19-20,
la grandeur de ceux qu’entraîne la participatien au sang de la nouvelle alliante ? À coup sûr, il y a autant de diffcrence entre les uns et les autres qu’il y en a entre le sang de vils animaux et le sang très précieux d’un Dieu, entre la terre et le ciel.
L’immolation de l’agneau eucharistique au Cénacle fut donc l’annonce d’un nouvel ordre de choses. Aux figures anciennes succédait la réalité; aux ombres, la vérité; aux ténèbres, la lumière ®; une
nouvelle ère se levait sur nous; un monde nouveau commençait. Au moment de quitter cette terre, qui allait le faire mourir, Jésus se constituait son hôte pour toujours comme la source de la vie. * C'était -8a revanche. Il se mettait au milieu de nous comme notre pain quotidien, comme la nourriture de nos âmes, comme le principe de la lumière,de la force,de la liberté,
" Vetustatem novitas, umbram fugat veritas, noctem luæ eliminat (Lauda Sion).
" Jean, VI, 51.
du progrès, de la grandeur et de toute vraie civilisation, comme la puissance génératrice de Punion et de la paix entre tous les hommes et de tous les généreux dévouements, comme le salut et le bonheur des individus et des nations, en un mot, selon sa propre parole, ‘comme la vie” de ce pauvre monde qui tombait de toutes parts en décomposition et allait s’abimér dans le gouffre du vice et de la misère.
Et avec quelle simplicité, avec quelle absence de faste et d’ostentation toutes ces grandes choses furent accomplies, et une vie nouvelle était inoculée à l’humanité !
Qui aurait jamais Soupçonné que le rite des temps nouveaux, autour duquel gravitent tous les événements de l’histoire, qui avait été annoncé et figuré depuis le commencement des temps, et qui devait être renouvelé sur nos autels jusqu’au jour du jugement, qui aurait jamais SOupçonné, dis-je, qu’il dût être institué dans de pareilles conditions, à l’insu du monde, dans une chambre inconnue, en présence de
quelques pauvres paysans, et par quelques paroles si simples ? Assurément, les voies de Dieu ne ressemblent pas à celles des hommes, ‘* et, comme le disait le Sauveur lui-même, “ le royaume de Dieu ne vient pas en frappant les regards. ‘*
La Pâque nouvelle étant instituée, une dernière coupe (la 4e sans doute) fit le tour de assemblée, Après y avoir trempé ses lèvres, Jésus dit à ses disciples: “ Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne jusqu’à ce jour où je le boirai tout nouveau avec vous dans le royaume de mon Père.” ‘* Le Sauveur, qui
# Cf. Isaie, LV, 8-9.
# Luc, XVII, 20.
“ Matt., XXVI, 29. Quelques interprètes ont entendu par “ le fruit de la vigne ”, dont il est ici question, le sang même de Jésus-Christ, mais à tort, semble-t-il, parce que “ dans le royaume de son Père ”, c’est-à-dire au ciel (ces deux mots sont toujours synonymes dans l'Ecriture), Jésus ne devait boire son sang ni en réalité ni par métaphore. D'ailleurs, il dit: “ Je ne boirai plus ”; or, quoi qu’en pensent certains auteurs, il est peu probable qu’il ait communié à la Cène; dans le récit de l'institution de l’Euchanistie, il n’est fait
avait déjà prédit plus d’une fois aux siens l’imminence de sa mort, leur annonce de nouveau qu’il ne s’assiéra plus à table avec eux, et leur laisse entendre qu'ayant pourvu à sa présence permanente au milieu des hommes, il ne lui reste plus qu’à mourir et qu’à consommer son sacrifice. Il tenait à imprimer fortement dans l'esprit de ses apôtres la persuasion que, s’il allait mourir, il le savait et le voulait; mais, pour adoucir la grande peine que devait naturellement leur causer cette séparation violente, il ne la leur montre, ‘th queique sorte, qu’à travers la gloire dont elle doit être le principe pour eux comme pour lui. Ce vin, qu’il vient de goûter pour la dernière fois avec eux,n’est que l’image de ce “ calice enivrant Ps dont ils s’abreuveront ensemble au ciel:
ils ne seront séparés que pour peu de
aucune allusion à la participation du Sauveur à son corps et à son sang; au reste, on ne s’unit pas à soi-même. Cf. Maldonat, h. 1, et Knabenbauer, h. 1.
" Ps, XXII, 6.
ne nn TES AO
temps; bientôt ils vont se retrouver ensemble pour toujours chez son Père, où ils seront “ enivrés de l’abondance de sa maison et abreuvés du torrent de sa volupté. 2» 76 .
Et c'est ainsi que le Seigneur Jésus, dans cette soirée à jamais mémorable de la veille de sa' mort, après avoir abrogé la Pâque ancienne et institué la Pâque nouvelle, dont l’autre était la figure et qui en sort, pour ainsi dire, comme le fruit sort de la fleur, nous montre, en quelque sorte de la main, la Pâque éternelle, qui est figurée elle-même par le banquet eucharistique, dont elle est le plein épanouissement. “ Bienheureux ceux qui sont appelés à ce grand festin des noces de l'agneau ”, ** où, selon les termes du Concile de Trente, “ nous mangerons sans voile le même pain des anges qui nous est
Ps, XXXV, 9.
" Voir la post-communion de la messe du S, Sacrement., .
“ Apoc., XIX, 9 et 17.
+ LA DERNIÈRE CÈNE 235 a
offert maintenant sons les voiles sacrés’”,"° où l’essence divine s’unira pour toujours à notre esprit directement et sans intermédiaire, où sera enfin réalisé pleinement le voeu que le Seigneur adressait à son Père après la Cène : “ Que tous soient un, comme vous, mon Père, vous êtes en moi, et moi en vous; qu’eux aussi soient un en nous, ” #
Le double festin pascal était terminé, L’hymne d’action de grâces monta vers le ciel. Certes, jamais Hallel n'avait été mieux à sa place ; jamais non plus il ‘ n'avait envoyé vers le trône de Dieu un si doux parfum. Cet hymne de reconnaissance devait avoir un écho jusqu’à la fin des temps sous les voûtes de ces monuments magnifiques que PEglise a bâtis Pour couvrir de gloire et d’amour le grand Dieu qui s’est humilié et nous a aimés, nous, ses pauvres créatures, jusqu’à se faire notre Pain.
® Session, XIII, », VIII.
“ Jean, XVII, 21.
Rencontre de Jésus et de Marie-Madeleine au matin de la Résurrection
Dico nobis, Maria, quid vidis.
tin via ?
(Paroles tirées de la s6- Quence de la fête de Pâques.)
N a souvent fait remarquer le carac-
tère de simplicité et d’humilité qui
; Paraît dans la Résurrection du
æ Sauveur aussi bien que dans ses
autres mystères, La mort et la Résurrection du Christ sont incontestable.
ment le point central de l’histoire du monde : c’est au tombeau du Sauveur que l’ancien monde finit et que le monde nouveau commence ; i] n’y a rien de plus grand dans tout l’univers que ces deux mystères, Or, est-il rien de plus simple et de plus éloigné du faste et de l’ostenta-
he din RASE re
tion que la manière dont Jésus inaugura le monde nouveau et la nouvelle création?
C’est en plein jour et aux yeux d’une foule immense, accourue de toutes parts pour célébrer la Pâque juive, qu’il avait été abreuvé d’opprobres et d’humiliations. 11 voulut ressusciter pendant la nuit, loin de tous les yeux; il sort de sa tombe à une heure connue de lui seul,et passe à travers la pierre qui en fermait l'entrée avec moins de bruit que n’en fait la lumière en traversant une plaque de cristal. Les gardes eux-mêmes qui veillaient à l’entrée du tombeau, ne voient rien, n’entendent rien, ne se doutent de rien. Vainqueur de la mort, de l’enfer et de tous ses ennemis, et tout resplendissant de gloire, loin de faire parade de ses avantages et de son triomphe unique dans les annales du monde, il n’a pas un mot de menace ou de bravade . contre ceux qui l’ont si indignement traité. Ses disciples l’avaient tous abandonné à l’heure de sa grande détresse; le premier d’entre eux l’avait même renié :
pour tout reproche, il les appelle ses frè-
RENCONTRE DE JÉSUS ET DE MADELEINE 239 en
res. Il ne fait aliusion aux indicibles tourments qu'il venait d’endurer pour Nous que de la manière la plus générale et qu'autant qu’il le fallait pour effacer le scandale de sa croix dans l'esprit de ses disciples et y implanter la foi en sa Résurrection ; et, qui le croirait? la première Personne à qui il daigne se montrer après sa sortie du tombeau, c’est une pauvre femme, une ancienne possédée, comme le dit expressément saint Marc: “ Il apparui
en premier lieu à Marie-Madeleine, de laquelle il avait chassé sept démons. ” :
C’est cette scène, d’une fraîcheur et d’un charme infini, qui fera le sujet de la présente étude,
Délivrée par le Sauveur de cette terrible obsession démoniaque dont parle l’Evangile, Madeleine lui avait voué une re-
*XVI,9, De ce que Madeleine fut possédée par sept démons, par cette engeance d’esprits mauvais dont parle saint Luc: VIII, 2, on n’est pas en droit de conclure qu’elle fut pécheresse : une possession diabolique ne Suppose pas nécesseirement une faute de la part de la personne possédée,
connaissance éternelle; elle l’avait accompagné et servi avec amour dans ses pérégrinations à travers la Palestine ; au temps de sa passion, muette de douleur, elle s’était tenue bravement au pied de la croix sous les regards menaçants des ennemis de son Maître; elle avait suivi tous les détails de l’ensevelissement, et lorsque Joseph d’Arimathie et Nicodème se furent retirés, elle était encore À, auprès du sépulcre, * d’où elle ne pouvait détacher ses yeux et où elle avait renfermé tout son amour et tout son coeur.
Le lendemain du grand sabbat, après de longues heures d’angoisses inexprimables, sans attendre le lever du jour, elle retourne au Golgotha avec quelques-unes de ses compagnes *: il lui tardait tant de revoir le tombeau où était son trésor, et de compléter l’'embaumement qui n’avait pu être qu’ébauché l’avant-veille, à cause de l’approche du sabbat! Tout en chemi-
* Matth., XXVII, 61.
* Cf. Marc, XVI, 1,
RENCONTRE DE JÉSUS ET DE MADELEINE 24] ee nant à travers les ténèbres * vers le Cal.
vaire, Marie et ses Compagnes se demandaient avec inquiétude qui ôterait pour elles la grosse pierre qu’elles avaient vu rouler à l'entrée du sépuilcre, Qu'’auraientelles dit, si elles avaient su que, dans la journée du samedi, les Juifs avaient fait mettre les scellés sur cette pierre et établi auprès du tombean un poste de soldats romains, qui avaient la Consigne de ne laisser approcher qui que ce fût? La Providence se chargea d’aplanir les voies aux pieuses amies de J ésus. Elles venaient de. partir, lorsqu'un tremblement de terre violent se fait sentir aux alentours du sépulcre ; effrayés, les soldats lèvent la tête, regardent : à leurs Jeux, un ange, éb'ouissant de clarté, descend du ciel comme un éclair, brise les scellés, pousse la Pierre
‘énorme comme il aurait fait un fétu, s’asseoit dessus en triomphateur et tourne des regards étincelants vers les gardes, qui pensèrent mourir de peur et ne songèrent plus qu’à s'enfuir,
‘ Cf. Jean, XX, 1.
Ce geste sublime de l’ange annonçait magnifiquement la ruine prochaine de la hiérarchie juive, figurée par les scellés du Sanhédrin,ainsi que le triomphe du Christ sur l’empire romain, représenté par les soldats.
L'accès du saint tombeau était libre, désormais. Au moment où les saintes femmes y arrivèreht, l’ange avait disparu, aussi bien que les gardes. Madeleine remarque avec stupeur que la pierre d’entrée avait été ôtée ; elle jette un regard rapide dans la chambre sépulcrale et.la trouve vide; elle en conclut que le tombeau a été violé, le corps enlevé et peut-être profané: sa douleur ne connaît plus de bornes. Vite, laissant là ses compagnes, elle court avertir Pierre et Jean, : les deux disciples les plus ardents et les plus zélés du Sauveur et de la part desquels elle était en droit d'attendre plus de lumière et de secours. “ On a enlevé le Seigneur ”, leur dit-elle, “ et nous ne savons où on l’a mis. ” Pierre et Jean se hâtent de se rendre sur les lieux. Jean, le