‹ Études évangéliques [microforme]Chapitre 23 sur 23 · APPLIED IMAGE · texte numérisé non relu

APPLIED IMAGE

1653 East Main Street Rochester, New York 14609 USA (716) 482 - 0300 - Phone

(716) 288 - 5989 - Fax

diligence d’un si grand nombre d'auteurs.

Voici ce que dit l'historien juif, Josèphe, dans les ‘“ Antiquités juives ?, L XVII, c. VIII : “ Hérode mourut 5 jours après avoir fait tuer son fils Antipater. Son règne fut de 34 ans, à partir de la mort d’Antigone, èêt de 37, à dater du temps où il fut déclaré roi par le Sénat. ” On lit la même chose au L I, c. XXXIII, de la “ Guerre des juifs. ” Or, d’après le même historien, la déclaration du Sénat romain en faveur d’Hérode eut lieu sous le consulat de C, Domitius Calvinus pour la seconde fois, et de C. Asinius Pollion, * c’est-à-dire, en Tan 714 U. C.; et la prise de Jérusalem par Hérode, laquelle fut suivie de la mort d’Antigone, arriva sous le consulat de Marc Agrippa et de Caninius Gallus, peñdant la solennité du jeûne ‘ (fête des Expiations), c’est-à-dire, par conséquent, l’an 717, le 10 du mois de Tisri (octobre).

* Antiq. juives, 1. XIV, c. XIV, 5.

* Antiq. juives, 1. XIV, c. XVI, 4.

er n

Le cardinal Noris et le P. Magnan ont aussi clairement établi que le royaume de Palestine n’a Pu être octroyé à Hérude Par un sénatus-consulte avant le commencement de septembre 714. 5 D’après l’usage des Juifs, qui comptaient les années de leurs rois du premier mois * (Nisan) de l’année sacrée où ils étaient montés sur le trône, * il faut donc dater la première année d’Hérode du 1er jour de Nisan 714 ou 717, selon que l’on aura en vue Sa nomination ou la mort d’Antigone; et par

nes

* V. Magnan, De anno natalitio Christi: p. 83.

* Le mois de Nisan comprenait une partie de __nos mois de mars et d'avril,

* Voici en faveur de cet usage, auquel il importe de faire attention, le témoignage du Talmud et de Buxtorf :

“Le premier jour du mois de Nisan ”, dit le Talmud, “ est le commencement de } des fêtes ”;

roi n'aurait eu

e, un jour avant Ni-

san, ce mois, cette semaine, ce jour, étaient consi-

dérés comme une année entière, et le roi commen-

ait la seconde année de son règne à l'ouverture

du mois de Nisan, ” Buxtorf, Synagoga fudaica, ce. XII. : 5

conséquent il commençait sa 37e année de règne à partir de sa nomination, et sa 34e à partir de la mort d’Antigone, en l'an de Rome 750, le premier jour du mois de Nisan. Il s’agit maintenant de prouver qu’Hérode n’atteignit point l’année 751, et même qu’il dut mourir quelques jours seulement après le commencement de Nisan 750. 1

Ou a d’Hérode Antipas, fils d’Hérodele-Grand et son successeur dans la Galilée, plusieurs médailles qui marquent la 43e année de son règne. Or, ce prince fut .

privé de sa tétrarchie et exilé par Caius Caligula au plus tard en septembre 792. * Comme, d’après les médailles ci-dessus mentionnées, il avait atteint la 48e aunée de son règne, il a dû nécessairement commencer à régner en 7650, et, conséquemment, cette dernière année a dû être en même temps la première d’Antipas et la dernière d’Hérode l’Ancien.

* Ci. Wallon, De la croyance due à l'Evangile : No‘’es additionnelles, note XXXIV.

DATE DE LA NAISSANCE DE N.-8. J.-C. 283 + Le

En outre, d’apri ; J osèphe, il y avait dix ans, ° qu’Archélaüs, autre fils d’Hérode, régnait en Judée à la place de son père, lorsqu'il fut déposé par l'empereur Auguste et relégué à Vienne, dans les Gaules. D’un autre côté, Dion Cassius ° nous assure qu’Archélaüs fut exilé sous les consuls Lépidus et Arruntius, c’est-à-dire, l'an 759. Il faut done nécessairement que ce prince ait commencé à régner en 750, et que, par conséquent, cette année soit la dernière d’Hérode. De plus, rapporte l'historien juif, après avoir pleuré son père pendant sept jours, et donné au peuble, selon l'usage, le festin des funérailles, Archélaüs se rendit au temple où il fut

d’abord reçu avec de grandes acclamations de joie. Tout à Coup, sur le soir, des factieux s’assemblèrent et se plaignirent hautement de la mort cruelle des Juifs livrés aux flammes Par Hérode, pour avoir abattu l'aigle d’or placé, par ses

* Antiq. 1. XVII, c. XIII, 2 et 3, % L. 55, p. 567,

ordres et au mépris de la loi de Moïse, sur la porte du Temple: une sédition s’éleva dans l’éCifice sacré, et Josèphe ajoute positivement qu’Archélaüs, n’ayant pu apaiser les rebelles par la douceur, les dissipa enfin par les armes durant les jours des Azymes. * Il résulte clairement de tout ce récit qu’Hérode dut mourir 7 ou 8 jours avant les fêtes pascales, qui s’ouvraient le 14e jour de Nisan, et, par conséquent, une semaine environ après le ler jour de ce mois.

Une autre circonstance, qui uous a été transmise par Josèphe, vient appuyer nos calculs sur la date précise de l: mort d’Hérode. Selon cet historien, la lune s’éclipsa à Jérusalem quelques jours avant la mort du roi; or, d’après les données astronomiques, il y eut en effet, dans la capitale de la Judée, une éclipse de lune le 13 mars de l’an 750; et il est à remarquer ue les deux années suivantes on ne constata rien de semblable,

# Guerre des Juifs, 1, II, c. 1; et Antiq., 1, XVII, c. IX, :

DATE DE LA NAISSANCE DE N.-8. J.-c. 285 mm ne nn

D’après tout ce qui vient d’être dit, il semble qu’on peut affirmer avec certitude qu’Hérode l'Ancien est-mort au printemps de l'an de Rome 750. Notre-Sei- &neur n’a dore pas pu naître plus tard qu’au commencement de cette année, Es- Saÿons maintenant de montrer qu’il n’est guère possible de reculer sa naissance audelà de 749.

L. Et d’abord, d’après saint Luc," ce fut l'an quinzième de Tibère que saint Jean- Baptiste inaugura sa mission; “ tont le peuple se faisant baptiser”, Jésus se présenta lui-même au baptême ; e’était le début de son ministère; il avait alors 30 ans environ.

À quelle année de Rome Correspond la -15e année du règne de Tibère ? On peut Compter cette année soit à Partir de la mort d’Auguste, qui arriva le 19 août 767, soit à partir de l'association de Tibère

à la puissance tribunitienne, qui eut lieu

# Luc, III, 1 seqq.

vers le commencement de 765. ** Le ministère du Précurseur commença done ou bien du 19 ‘août 781 au 19 août 782, ou bien en 779, selon que l’on aura égard à l’un ou l’autre des commencements de Tibère. Et maintenant, combien de temps après la manifestation de Jean-Baptiste fut baptisé le Sauveur ? Il est impossible de le déterminer au juste. FN n’y a rien que de vraisemblable dans l’hypothèse d’après laquelle il y aurait eu entre le commencement du ministère de Jean et de celui de Jésus Il:

même espace de temps qui sépara leurs deux naissances, c’est-à-dire, 6 mois. Quoi qu’il en soit, on est fondé à penser que le baptême du Sauveur a pu avoir lieu ou bien en 782, ou bien, et nous verrons bientôt que nous n’avons à nous occuper que de cette dernière date, au commencement de 780, par exemple, le 6 janvier, jour où l'Eglise célèbre ce grand événement.

# Cf. Patrizzi, De Evangeliis: 1. III, dissert. XXXIX, 4,

Or, remarque l’évangéliste, lorsque Jésus inaugura par Je baptême son ministère public,il avait environ (quasi) trente ans, Si on a égard aux habitudes de pré.

cision chronologique qui distinguent saint Luc et à l'importance du fait dont il a l'intention de fixer l’époque, il est très vraisemblable, pour ne rien dire de plus, qu’il n’attache pas à cette expression, environ 30 ans, le sens d’un nomb-e rond qui peut admettre une Variation de plusieurs années, La chose devient encore plus claire, si l’on considère que Pévangéliste, pour prévenir toute erreur, prend soin de nous avertir que c’est au commencernent de son ministère que Jésus-Christ

-avait 30 ans environ. # Si saint Luc n’a- . Vait voulu nous donner qu’un nombre

rond, il aurait désigné aussi bien la fin que le commencement de la vie publique du Sauveur, qui dura au plus trois ans et demi. On est done autorisé à affirmer que

“ V.S. Luc, dans lé texte original : III, 23, et le commentaire de Fillion.

bei 288 APPÉNDICR

| he,

| Jésus-Christ, au moment de son baptême,

| s’il n’avait pas 30 ans juste, n’était ni beaucoup au-delà, ni beaucoup en deçà de cet âge, et qu’il avait dépassé la 29e année sans avoir encore atteint la 31e.

Nous voilà en possession de toutes les données du problème: il n’est pas diffi-.

cile maintenant de constater que la Nativité du Sauveur ne peut étre reculée audelà de 749. Supposé qu'il eût été baptisé en 782, comme il avait alors 30 ans, il faudrait placer sa naissance vers Van 752, Mais, nous l’avons vu, Jésus n’a pas pu naître avant le printemps de 750. k'aisons donc remonter la date de son baptême jusqu’en 780, et comptons par conséqu' nt la 15e année de Tibère à partir de sn association à l'empire. “ Aussi bien »”, dit Filion, ® “ Wieseler a récemment démontré, à l’aide d'inscriptions et de médailles, que cette manière de calculer le temps du règne des empereurs était usitée dans les provinces de l'Orient. Il est

# Commentaires sur 8. Luc; III, 1,

baptisé , il fauan 752.

pas pu 'aisons \ptême équ' nt de sn a ?, dit nt déde méaler le usitée

Il est

DATE DE LA NAISSANCE DE N.-8.J.-0. 289 Te

d'autant plus probable que sa’+ Luc l’a adoptée, que, d’après Tertullien, Jésus.

Christ a été baptisé la 12e année de Ti.

bère César, :° gi on ne veut pas supposer une contradiction entre l’érangéliste et le grand docteur africain, ji] faut reconnaître qu’ils ont compté, l’un à partir de l'as. sociation de Tibère à l'empire, et Pautre, à partir de la mort d’Auguste. Or, si l’on admet que Jésus a reçu le baptême au ommencement de 780, ‘ et qu’il était alors âgé de 30 ans environ, il est évident qu’on ne peut reculer sa naissance au-delà de 749, et que toutes choses s’expliqueraient Parfaitement, si on la fixait, selon une tradition, vers la fin de décembre de cette année, PRES

# Adv. Mare. I, 15,

. “Ilest à remarquer que cette année était précisément un année sabbatigue : elle s'était ouverte à l'automne de l’année précéden ‘, époque vers laquelle le Précurseur a dû commencer son ministère, (Cf. Wieseler, Synopse chronologique, e Er, $ 2.) On sait que, pendant l’année sabbatique, qui revenait tous les sept ans, tout travail agricole était interdit et la terre devait se reposer, Cette année-là, le Peuple avait done Plus de loisirs,

II. Ce premier argument en faveur de 749 se trouve confirmé par ces paroles que les Juifs adressèrent au Sauveur, à Jérusalem, lors de la première Pâque qu’il y célébra après son baptéme : “ On a mis 46 ans à bâtir ce Temple, et vous le relèverez en 3 jours!” * De quelle construction s'agit-il ici? Les Juifs parlent-ils de la réédification du Temple par Zorobabel, au retour de la captivité de Babylone, ou bien de sa reconstruction plus récente par Hérode? On ne peut guère douter, semblet-il, qu’il ne soit ici question du temple d'Hérode. C’est ce qu’indique d’abord le pronom démonstratif, ce temple, templum hoc, c’est-à-dire, le Temple que les Juifs avaient alors sous les yeux, et qui était précisément le Temple d’Hérode. D’ailleurs, il est certain que la construction du temple de Zorobabel n’avait pas duré 46 ans. Commencée la première année de la monarchie de Cyrus, qui ne fut que de 3 ans, et continuée d’abord sous Cambyse,

# S. Jean, IT, 20.

DATE DE LA NAISSANCE DE N.-8. J.-C. 291 rm ee

son fils, qui régna 6 ans, puis sous Magi, qui ne régna que 7 mois, elle fut terminée la Ge année de Darius, fils d'Hystaspe, et, Par conséquent, 15 ans seulement après le commencement des travaux, 11 paraît donc à peu près certain que le texte cité de saint Jean se rapporte au temple rebâti par Hérode. C’est le sentiment de la plupart des exégètes modernes. Il est vrai qu’à lire le c. XI du L XV des “ Antiquités juives ”, il semble que la construction du Temple d’Hérode ait été achevée en 9 ans et 6 mois; mais il ne s’agit en cet endroit que du temple proprement dit (le Parvis des prêtres, le Saint et le Saint des Saints)et des portiques : les parties accessoires se continuèrent lentement et ne furent entièrement terminées que sous Agrippa II, 5 ou 6 ans seulement avant la prise de Jérusalem par Titus, comme nous le donne à entendre Josèphe lui-même dans un autre endroit de ses “ Antiquités”: “ En ce temps-là ”, dit-il, (v’est-à.

dire, l'an 64 de l'ère chrétienne, et par conséquent 6 ans avant l'entrée de Titus

* dans Jérusalem, laquelle eut lieu le ler septembre 70), “ le temple venait d’être terminé : le peuple ému de compassion sur l'embarras où allaient se trouver les 18 000 ouvriers qui Y avaient été employés, demanda au roi (Agrippa) de rebâtir le portique oriental ” ® Or, Hérode commença cette grande entreprise de la réédification du Temple dans la 18e année de son règne, à dater de la mort d’Antigone, comme il résulte des témoignages de Josèphe et de Dion. “ Après les événements qui viennent d’être racontés”, dit l'historien juif, “ Hérode, alors dans sa 18e année de règne, entreprit une oeuvre difficile, etc. ” Or, entre les choses précédemment rgcontées, il avait été question du second voyage d’Auguste en Syrie, que Dion place sous le consulat de M. Apulius et de P.

Silius, c’est-à-dire, en l’an 734-735, ® et, par conséquent, précisément la 18e année

# Antig. juives; 1. XX, c. IX, 7.

* Hist., 1. LIV, p. 525

le are EU AMOR Su

DATE DE LA NAISSANCE DE N.-8. J.-C. 293 a du règne d’Hérode à partir de la mort d’Antigone, Il est vrai que dans la “Guerre des Juifs ”, du moins d’après le texte actuel, il est dit qu’Hérode fit rebâtir le temple la 15e année de son règne. * Mais comme Josèphe, ici encore, rapporte ce fait après avoir parlé du voyage d’Auguste en Syrie, il est à croire qu’il y a eu, en cet endroit, erreur de copiste, comme le remarquent entre autres Patrizzi *# et Wieseler, ® “La manière la plus simple de concilier Josèphe avec lui-même ”, dit le P. Gillet, traducteur et annotateur de l'historien juif, “ c’est de dire, après M.

Basnage, que les copistes ont écrit ici jé quinze, au lieu de iê dix-huit, comme on lit dans les Antiquités juives”, I] paraît donc certain que la reconstruction du Temple d’Hérode commença l’an 734-735.

Ajoutons à cette date les 46 ans qui avaient déjà été consacrés à ce travail, la

# Guerre des Juifs: 1. I, c. XXI, 1, # De Etvangeliis, lib, III, diss. 47, ce, 1.

* Synopse chrono, des quatre Evang

294 APPENDICE rm mo Ve Le

première année de la vie publique du Sau- :

veur, et nous trouverons, qu’on était alors en l’an de Rome 780. Mais, avons-nous dit d’après saint Luc, Notre-Seigneur avait, à cette époque, environ 30 ans. Il. done dû naître en 750, où plutôt à la fin de 749; et il n’y a pas moyen de reculer sa . naissance jusqu’en 747.

IIT. L'étude du massacre des Saints Innocents ajoute un nouveau poids à cette solution. D’un côté, il est indubitable que ce massacre eut lieu immédiatement après la visite des Mages, et que cette visite suivit de très près la Nativité du divin Roi des Juifs; c’est le sentiment de la plupart des Pères, et de tous ou presque tous les exégètes modernes. D’un autre côté, au témoignage d’Eusèbe, ce fut immédiatement après le massacre de Bethléem qu’Hérode contracta la terrible ma- :

ladie qui devait l'emporter. “ Il importe 2, dit cet historien, “ de considérer maintenant ce que rapporta à Hérode le crime dont il se rendit coupable à l'égard du

DATE DE LA NAISSANCE DE N.-8. J.-C. 295 nn

Christ et des enfants de Bethléem, et de voir de quelle manière la vengeance divine s’appesantit sur lui sans le moindre retard, “e vestigio, nulla mora interposita, ”# TI] ajoute, un peu plus bas, que ce prince, immédiatement après son forfait, fut atteint, par un juste jugement de Dieu, de la maladie dont le ciel se servit comme d’un fouet pour le pousser au tombeau. Or, d’après J osèphe, Hérode avait alors environ 70 ans. * C’est précisément aussi l’âge où il est mort. D’où il est facile de conclure que cet impie ne survécut que très peu de temps à ses innocentes victimes de Bethléem, et que, par conséquent, la naissance de Jésus-Christ n'a pas dû précéder de plus de quelques mois la mort du monarque idumées, arrivée, nous l'avons dit, au printemps de 750.

Nous avons, dans un texte de Macrobe, une Confirmation de ce rapprochement chronologique que nous avons établi entre a

“ Hist. ecclésiast., 1. I, c. 8.

# Antiq. juives, 1, XVII, c. VI, 1.

296 | APPENDIŒE |

——————————le meurtre des Innocents et la mort d’Hérode, Voici ce que dit cet auteur païen, qui, vivait à la fin du 4e siècle : “ Lorsque Auguste apprit qu'avec les enfants audessous de 2 ans qu’Hérode, roi des J uifs, avait fait massacrer en Syrie, son fils, à lui aussi, avait été tué, il s’écria : 11 vaut mieux être le porc * d’Hérode que son fils, ” * Macrobe fait sans doute ici allusion à la mort d’Antipater, fils aîné d’Hérode, qui fut massacré par les ordres de son père 5 jours avant la mort de celui-ci,

comme nous lavons dit plus haut. Aussi bien, il n’y a point la moindre apparence dans l’histoire qu'Hérode ait eu, vers la fin de sa vie, un fils au-dessous de 2 ans; et, en eût-il eu un, cet enfant ne serait pas né et n’aurait pas été élevé à Bethléem

* Allusion à l'usage des Juifs, qui s’abstiennent de la chair de porc.

* Voici le texte même de Macrobe : Cum audisset (Augustus) inter pueros quos in Syria Herodesreæ Judaeorum intra biennium fussit interfici, filium quoque cjus occisum, ait; Melius est Herodis porcum (un) esse quam filium (uion).

DATE DE LA NAISSANCE DE N.-8. J.-C. 297 a

et partant n’aurait pas été compris dans la liste de proscription des Innocents.

D'ailleurs, comme le remarque Patrizzi, comment les émissaires d’Hérode auraient-ils osé porter la main sur le fils de leur roi? Or,% l’auteur païen mêle Antipater aux Innocents, ce ne peut être que parce qu’il fut exécuté vers le temps où moururent ces derniers, et que la nouvelle de cette exécution arriva à ia cour de l’empereur avec celle du massacre de Bethléem. *# I1 semble donc bien que le meurtre des Innocents et par conséquent la naissance du Fils de Dieu ont été très rapprochés de l’époque de la mort d’Antipater et d’Hérode.

IV. Le sentiment que nous défendons s’harmonise parfaitement et mieux que les autres avec l’époque de Ja paix universelle qui marqua l’avènement du Messie, C’est l’opinion commune de tous les chré.

* Cf. Sandini, Historia Familiae sacrae; et Dom Calmet, Commentaire littéral sur la Bible: sur &, Matthieu, II, 17.

Sete

298 © APPENDIOE

tiens que le Sauveur parut lorsque tous les peuples étaient en paix. “ Toutes les guerres”, dit saint Jérôme, “avaient cessé à la naissance du Sauveur. ” * « Que toute la terre ”, dit Maldonat, “ ait alors joui de la paix, et que le temple %e Janus ait été fermé pour la 3e fois, c’est ce qu’attestent tous les écrivains ecclésiastiques et profanes, ” * Aussi bien, il était juste que l'humanité se recueillit et fit silence à l’arrivée du Pr ce de la paix et rendit ainsi hommage à cette paix céleste qu’il venait apporter à la terre, et que les anges chantèrent sur son berceau. Or, quoi qu’il en soit de l’époque précise où Auguste ferma le temple de Janus pour la 3e fois et que beaucoun d’auteurs placent vers le milieu de 746, après le triomphe de Tibère sur les Allemands, il est certain que l’empire ne fut pas complètement en paix

® Tunc omnia bella cessaverunt. (S. Hier.)

® Ubique enim terrarum Juisse pacem, clausumque tunc tertio Jani templum, omnes et ecclesiastici et profani testantur aucto- es. (Mald., in Luc. IL, 2.)

DATE DE LA NAISSANCE DE N.-8. J.-C. 299 en ee

avant le commencement de 749. Dion écrit qu: Tibère retourna en 747 guerroyer en Germanie, où de nouvelles séditions s’étaient élevées, *# En 748, selon le même auteur, eut lieu la révolte de l'Arménie : À la mort de Tigrane, Artabaze avait été mis à sa place par ordre d’Auguste: il fut chassé bientôt après, et les Romains, qui le voulaient défendre, furent assez mal.

traités. ** “ Tacite et Strabon », dit le docteur Sepp, * “ parlent aussi de quelques

mouvements chez les Homonades du mont Taurus, * et les tables d’Ancyre, de quel-

* Ac paulo post coortis in Germania motibus, ad bellum profectus est. eo anno in Germania nihil mMmemorabile actum. (Dion, Hist., 1, 55, 8.)

# Non sine clade nostra (Usserius, p. 606). Cf. Tillemont, Histoire des empereurs, t. I, p. 34,

* Vie de N.-8. J.-C., ce. III.

“ Voici en quels termes Tacite rapporte le triomphe de Quirinus sur les Homonades : Quirinus, impiger militiae et acribus ministeriis. .. eæ- Pugnaïis per Ciliciam Homonadensium castellis insignia triumphi adeptus. — “ Le brave et dévoué Quirinus... s'étant rendu maître en Cilicie des forteresses des Homonades, reçut les honneurs du triomphe, ” (Ann. 1. TITI, e. 48.)

300 APPENDICE a —————— —

ques autres chez les Ituréens du mont Liban, mouvements qui auraient eu lieu l’an 748. ” Il est évident, d’après tous ces témoignages, que la paix n’a pas été bien établie dans l'empire avant 749. “ Les anciens et surtout Dion nous disent LS écrit Trombelli, “ que jusqu’en 749, l’empire romain fut agité par la guerre. ” Mais, à partir de cette date jusqu’en 752, époque à laquelle Caius César fut envoyé par Auguste contre les Parthes, aucune guerre ne vint plus troubler la paix de l'univers et un grand calme s’établit partout. On ne neut done nier qu’à ce nouveau point de vue où nous nous sommes placé, il n’y ait des raisons spéciales d’attacher à 749 plutôt qu'aux années précédentes l’Incarnation et la Naissance du Prince de la paix.

Il est temps maintenant d’étudier les raisons des adversaires en faveur de leur thèse, et spécialement celles des partisans

Ir L]

mm

de l’an 747. Le principal argument des critiques qui ont adopté cette dernière année est fondé sur diverses considérations relatives au dénombrement universel qui eut lieu, selon saint Luc, à l’époque de la naissance de Jésus-Christ. * On a allégué d’abord l'inscription du monument d’Ancyre, d'après laquelle Auguste fit 3 recense.

ments, le 1er en 726, le 2e en 746, et le 3e en 767. De ces 3 recensements, dit-on, il en est un qui répond parfaitement au temps voulu par l’édit dont parle l’évangéliste : c’est celui de 746; publié à Rome en cette année, il a dû être exécuté en Palestine en 747.

Les auteurs de ce raisonnement ont su pposé à tort que les lustres mentionnés sur le marbre d’Ancyre étaient des recensements universels : il n’est question, là, que du recensement des citoyens romains, et linscription d’Ancyre n’offre pas la moin-

dre raison de considérer le recensement

particulier de 746, non plus que les deux

© #S. Lue, II, 1 seqq.

autres, comme partie intégrale d’un recensement général de l’Empire, qui aurait aussi embrassé les habitants des provinces.

On allègue encore et surtout, par rapport à l’époque du dénombrement dont parle saint Luc, un passage de Tertullien ainsi conçu: “ Il est constant qu’il y eut en Judée, sous Auguste, un recensement fait par Sentius Saturninus. ” * Or, diton, Saturninus, investi du gouvernement de la Syrie en 744, en a dû sortir avant l'automne de 748, puisque, d’après certaines méailles d’Antioche, Varus, son successeur, était en charge avant le mois d’octobre 748. *’ Si Jésus-Christ est né vers la

“ Sed et census constat actos sub Augusto nunc in Judaea per Sentium Saturninum. Tertul., Adv., Mare., IV, 19.

“ Les partisans de 748 s'appuient sur ce même raisonnement en faveur de leur thèse, Voici comment s'exprime Pagi, l’un d’entre eux, après avoir rappelé qne le sentiment que nous défendons lui avait toujours paru plus probable, avant qu’il eût vu les médailles de Varus : “Si Sentius Saturninus fit le recensement de la Judée, comme le dit Ter-

fin de décembre pendant le recensement exécuté sous Saturninus, il est clair qu’on ue peut placer sa naissance après l'an £7.

Mais ce raisonnement est loin de paraitre concluant. Supposé que l'autorité du texte de Tertullien soit indiscutable, ce qui n’est pas admis de tous, ce texte pour- ” rait très bien s'entendre dans ce sens que Saturninus aurait promuigué l’édit de l’empereur, dont l'exécution n'aurait eu lieu ou du moins n’aurait été complétée que sous son successeur; il est difficile,par conséquent, de voir qu’on puisse tirer rien de précis des paroles de Tertullien par rapport à la question qui nous occupe.

A l’appui de leur hypothèse sur le recensemeñnt de Saturninus les partisans de 747 allèguent un texte des Antiquités juives où Josèphe rapporte que “ toute la nution avait prêté serment de demeurer attachée à l'Empereur et de servir ses rois

tullien ; et si, d’un autre côté, Varus lui succéda en 748, il ne semble pas qu'on puisse reculer la Nativité d Christ jusqu’en 749. ” Apparatus chronologicus ad Annaïes Card. Baronit, CXL,

avec fidélité ”, et que plus de 6 000 Pharisiens avaient refusé de prêter ce serment et en avaient été punis par Hérode, * Or, disent-ils, ce serment eut lieu pendant le gouvernement de Saturninus et avant le départ d’Antipater pour PItalie, c’està-dire, selon toute apparence, vers la fin de 747. D'autre part, il a dû être accompagné de l'enregistrement de ceux qui l'ont prêté, puisque ceux qui l'ont refusé ont pu être signalés à Hérode.

Il est donc à croire, coneluent-ils, qu’il

faut identifier ce serment, dont. parle l’historien juif, avec le dénombrement mentionné par saint Luc: il n’est pas vraisemblable qu’il y ait eu en Judée deux recensements dans un si court intervalle de temps. *

Cette conclusion paraît assez fragile.

Voici, sur le texte de Josèphe, les sages

“ Antiq. fuives; 1, XVII, c. 2, $ 4.

® Cf. Patrizzi, De Evangeltis: dissert. XVIII, c. I, 32; ainsi que Wallon, De la croyance due à PEvangile: p. II, c. 3.

mm

remarques de l’annotateur de cet historien, le P. Gillet, que nous avons déjà eu l’occasion de citer, et qui n’était pas préoccupé de questions de chronologie :

“Comme Josèphe ne marque point que c'était par l’ordre de l'Empereur qu’Hérode exigeait ce serment, on ne voit rien qui autorise la conjecture d’un savant, sui prétend que le serment dont il s’agit ici est le dénombrement dont parie saint Luc, Ce serment fut bien vraisemblablement l'effet de la politique d’Hérode, qui, en même temps qu’il faisait la cour à l'Empereur, en lui témoignant qu’il pou vait compter sur les Juifs dans le cas d’une guerre avec les Parthes, tâchait de s’assurer de la fidélité de ses sujets,” On ne voit pas, du reste, qu’il soit si difficile, saus les identifier, de concilier la prestation du serment exigé par Hérode en Judée avec le dénombrement universel prescrit par Auguste, et il ne semble pas du tout certain que de la dénonciation faite à Hérode des 6 000 Pharisiens qui avaient refusé d’obéir, on puisse conclure que le

serment entraînait l’inscription de toute la nation.

A dire vrai, si le dénombrement mentionné par saint Luc favorisait quelque date, ce serait plutôt 749 que 747. Selon l’évangéliste ‘ce dénombrement fut le premier qui se fit sous Quirinus, gouverneur de Syrie.” “ Or, d’après les calculs si savants et ki vraisemblables de Zumpt, “ Quirinus a été gouverneur de Syrie à deux reprises, une première fois, entre Quintilius Varus et M. Lollius, depuis la fin de lan 750 ou l’an 751 jusqu’en 758,

“ Luc, IT, 2. C’est la manière la plus simple et la plus naturelle de traduire ce verset, qui a donné lieu à tant de commentaires différents. Il serait difficile, en particulier, de donner à l'expression praeside Syriae de la Vulgate, ou à celle qui lui correspond dans le texte grec, un autre sens que celui que nous avons indiqué, par exemple, comme le voudraient beaucoup d’interprètes, celui de commissaire extraordinaire envoyé par Auguste à l’effet de présider au recensement. “ Le terme grec employé par l’évangéliste (êgemoneuein) ”, remarque Wallon (De la Croyance due à l'Evangile : p. II,

“ Cf. l'abbé Fouard, Vie de N.-8$. d.-C., 1 vol, p. 55.

c’est-à-dire, vers l’époque de la nativité du Sauveur, et une seconde fois, de 759 à 764, après la déposition d’Archélaüs.

Comme le premier Souvernement de Qui- ‘rinus est postérieur à la mort d'Hérode, le recensement qu’il a accompli et auquel il a donné son nom, a dû être, il est vrai, commencé avant lui; mais peut-on le faire remonter jusqu’en 747? est-il croyable que dans une seule province, il ait-absorbé 3 Ou 4 ans? et cela, comme le remarque Patrizzi, à une époque où l’empire pouvait s'attendre sans cesse à quelque nouvelle guerre,

Outre l'argument tiré du recensement, On a produit en faveur de l’an 747 un autre argument relatif à l’époque du mas-

©. HT), “ marque sans doute tout pouvoir emportant avec soi l'imperium ; et l'on peut dire, quoique cela ne fût pas l’usage, qu’un magistrat revêtu d’une si haute Commission avait pu être investi de cetie Puissance. Mais 8, Luc ne se sert pas du verbe seul; il le joint au nom de la Syrie, Or, par là, le mot prend une acception plus parti. culière, et implique nécessairement le gouvernement du pays, ”

308 APPENDICE Re ee ue

sacre des Innocents, L'ange qui rappela d'Egypte la Sainte Famille s’adressa ainsi à Joseph: Defuncti sunt qui quaerebant animam pueri; “ceux-là sont morts qui en voulaient à la vie de l'Enfant. ” “ Ce pluriel, dit-on, ne peut désigner, avec Hérode, que son fils aîué, Antipater,qu’il fit tuer 5 jours avant sa propre mort.

Aussi bien, ajoute-t-on, Antipater, d'après Josèphe, régnait en maître sur le coeur du roi, et il était dévoré d’une telle ambition de monter sur le trône, que, pour parvenir à ses fins, il n’eut pas horreur de conspirer contre la vie de ses deux frères, Alexandre et Aristobule, et contre celle de son père lui-même. D'autre part, il pouvait se croire menacé, lui aussi, et même plus que le vieil Hérode, par le nouveau roi des Juifs qu’on annonçait. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait été compté par saint Matthieu au nombre de ceux qui cherchaient à faire périr l'Enfant. Or, Poursuit-on, cette conjuration d’Hérode et

* Matth., II, 20.

SR prie

$ d’Antipater contre les Innocents n’a pu avoir lieu que quelque temps avant le dé.

part de celui-ci pour l’Italie, vers le milieu de 748, puisque, à partir de cette époque, toutes les machinations d’Antipater furent déuvertes, et qu’il perdit ainsi toute son influence sur le Coeur du roi, D'où il snit qu’on ne peut pas placer le meurtre des Saints Innocents plus tärd que le printemps de 748, et que, par conséquent, le Sauveur a dû naître en décembre 747,

Ce raisonnement suppose, mais ne prouve pas, qu’Antipater a été complice du massacre de Bethléem. Vouloir fonder la preuve de cette complicité sur l’ambition d’Antipater et sa toute-puissance sur l'esprit du roi, c’est présupposer que le massacre eut lieu avant le départ du prince pour Rome, ce qui est précisément en question; vouloir l’appuyer sur le texte de saint Matthieu rapporté plus haut,c’est

av Patrizzi, De Evang., lib. III, dissert, XXX1II, c. IT; ainsi que Wallon, De la croyance due à l'Evangile: p. 383.

faire une hypothèse gratuite,que rien n’autorise. Dans le texte évangélique, il n’est question que d’Hérode : “ à la mort d’Hérode ”, dit-il, “ l’ange du Seigneur apparut à Joseph, en Egypte, et lui dit... Retourne dans la terre d'Israël: car ils sont morts, ceux qui voulaient tuer l’Enfant.”#* Mais pourquoi ce pluriel, objectera-t-on ?

Par cette façon de parler, l’ange fait sans doute allusion à une parole que Jéhovah avait autrefois adressée à Moïse dans une circonstance analogue: “ Le Seigneur dit à Moïse dans la terre de Madian: Va, et retourne en Egypte: car tous ceux qui en voulaient à ta vie sont morts.” *# D’ailleurs, qui ne sait que, dans le langage usuel, le pluriel est assez fréquemment employé pour le singulier, alors même que ce pluriel n’est pas ce que les grammairiens appellent un pluriel de majesté ?

“ Matt., II, 19 et seqq.

“ Ex, IV, 19... mortui sunt enim omnes qui quaerebant animam tuam. Cf. Van Steenkiste, Commentar, in Matt., h. 1.

DATE DE LA NAISSANCE DE N.-8.9.-C. 811 a me

Dans l’évangile de saint Matthieu,en particulier, le pluriel est mis volontiers à lu place du singulier, spécialement Pour exprimer quelque chose d’indéterminé, «

À l’argument fondé sur le dénombrement universel et le Massacre des Innocents, 5" a été ajouté un autre qui a joui pendanc quelque temps d’une grande faveur, et äont le docteur Sepp a été un des plus ardents défenseurs. # C’est celui qui est tiré de l’époque où serait apparue

l'étoile des Mages. D’après les calculs de plusieurs savants modernes, il y eut en 747, à trois reprises différentes, une conjonction de deux Planètes, Jupiter et Saturne, qui simulaient un seul corps lumineux d’une très vive clarté. C’est précisé.

ment ce Corps surprenant de grandeur et d'éclat qui serait l'étoile du Messie, A la première conjonction, qu’ils aperçurent vers l’Orient, les Mages se seraient mis en

#“CLE, Lévesque, Nos quatre Evangiles, p. 306 seqq.

“TV. Sepp, Vie de N.8. J.-C.

312 = APPENDICE ee re route pour la Judée; la seconde conjonction se serait accomplie pendant leur voyage; et c’est au moment où ils quittèrent Jérusalem qu’ils auraient vu vers le sud les deux planètes réunies pour la troisième fois, dans la direction même du lieu où ils se rendaient, et paraissant en quelque sorte suspendues au-dessus de Bethléem. ,

Si cette hypothèse était fondée, évidemment la question serait tranchée, et la date de l’avènement de lPHomme-Dieu serait hors de toute discussion. Malheureusement il est difficile de voir que ce fameux phénomène sidéral, qui parut en 747, réponde aux données de PEvangile sur l'étoile du Christ. D’après le texte sacré, l'étoile “ allait devant les Mages, jusqu’à ce que, venant au-dessus du lieu où était l’Enfant, elle s’y arrêta. ” # Mais comment concevoir qu’un de ces gisbes qui roulent dans le firmament marche devant des voyageurs, s'arrête sur une

“ Matt. II, 9.

RAS oran Se Men AR

maison en particulier et leur désigne ainsi l'endroit qu’ils cherchaient ? Il est bien Plus vraisemblable et plus simple de croire, avec la plupart des interprètes, que l'étoile des Mages n’était qu’un météore resplendissant, formé par une opération miraculeuse, dans la région de l’atmosphère, Et en conséquence, l'argument fondé sur la célèbre conjonction sidérale de 747 paraît dépourvu de toute valeur.

Reste maintenant à répondre à une objection directe contre Van 743. Cette année, dit-on, semble trop rapprochée de la mort d’Hérode. Entre cet événement et la naissance du Sauveur, il faut placer le voyage et l’adoration des Mages, la fuite et le séjour en Egypte, et le massacre, à Bethléem, de tous les enfants mâles au-dessous de deux ans. Comment. cela a-t-il pu s’accomplir entre la fin de 749 et le commencement d'avril 750 ?

En vérité, la réponse est aisée. Et, d’abord, pour ce qui regarde les Mages, Supposé même qu’ils vinssent de régions très éloignées de lOrient, et qu’ils ne se

814 APPENDICÉ PET ee ve cm annee ne qu

fussent mis en route qu'après la naissance du Sauveur, il est reconnu que, montés sur des dromadaires, ils pouvaient en quelques semaines franchir la distance qui les séparait de la capitale de la Judée, “ et rien absolument n'empêche de croire qu’ils soient arrivés au terme de leur voyage, sion le 6 janvier, comme beaucoup le croient, du moins une quarantaine de jours après la Nativité, par exemple, immédiatement après la Présentation de Jésus ou Temple, selon opinion gui semble la plus probable. D’après ce seutiment, la fuite en Egypte aurait suivi immédiatement l’adoration des Mages, et aurait eu lieu par conséquent au commencement de février. Au bout de 5 ou 6 jours de marche, les augustes exilés purent gagner l'Egypte, dont ils n’étaient éloignés que d’une distance de 40 lieues environ. Pendant les quelques semaines qui les séparaient encore de la mort d’Hé:-

mé

* Un bon dromadaire peut en un jour franchir une distance qu’un cheval mettrait huit ou dix jours à parcourir,

rode, ils eurent bien le temps, certes, de goûter toute l'amertume de l'exil ; et l’évangéliste ne suppose nullement qu'ils firent un plus long séjour sur la terre étrangère : il dit simplement : “ Joseph...

prit l'Enfant et sa mère... se retira en Egypte, et y resta jusqu’à la mort d’Hérode, ” ©

Quant au texte de saint Matthieu d’après lequel Hérode fit massacrer à Bethléem tous les enfants mâles depuis l’âge de 2 ans et au-dessous selon le temps dont il s'était enquis auprès des Mages, ‘’ on peut l'expliquer parfaitement sans recourir à l'hypothèse que le massacre des Innocents aurait eu lieu un an ou deux après la naissance du Sauveur, annoncée par l'étoile. Et d’abord si l’on voulait absolument mettre ce long intervalle entre le meurtre des Innocents et l'apparition de l'étoile, rien n’empêcherait de supposer que lastre mystérieux s’est montré aux

® Matt., II, 14, 15, # Matt, II, 16,

———— rm Mages un temps considérable avant la Nativité. Mais, croyons-nous, il est bien plus simple de dire avec saint Jean Chrysostome que c’est la crainte de manquer son prétendu rival qui poussa Hérode,agité de mille vaines inquiétudes, à étendre son décret jusqu'aux enfants de deux ans.

D'ailleurs le tyran jaloux ne pouvait-il pas craindre que l'étoile ne fût apparue qu’un temps plus ou moins long après l'enfantement divin, ou que les Mages ne leussent pas aperçue immédiatement ?

Il ne nous reste plus maintenant qu'à conclure, et ce sentiment nous semble assez près de la certitude, qu’il faut placer la naissance de N otre-Seigneur Jésus- Christ en l’année de Rome 749, qui correspond à la 5e année avant l’ère vulgaire, à la 41e année julienne, à la 40e de César Auguste, à la 4e de la 193e olympiade, enfin, à l’année 4709 de la période julicnne.

Page 1