Athanase, de l’Incarna
tion du Verbe, 54 (P. G.
t. XXV, col. 192).
N ces jours-là, ” dit le texte sacré, ‘
“ on publia un édit de César Auguste qui ordonnait le recensement de toute la terre, ” *
Rome avait achevé ses conquêtes ; lPhumanité reposait en paix sous le sceptre de César ; le temple de Janus venait d’être fermé pour la première fois depuis 206 ans ; le monde semblait se recueillir à l'approche du Roi pacifique.
1 Lue, II, 1.
* C'est ainsi qu'était désigné l'empire romain. Les peuples non soumis aux Romains étaient considérés comme des sauvages relégués en-dehors du monde,
ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES PTS ST mans :
Auguste profita du silence des armes et de la tranquillité universelle pour procéder au recensement de tout le monde romain, de ses sujets et alliés. L'empereur servait ainsi, sans ÿ penser, les vues de la divine Providence, qui voulait amener Marie et J oseph, de Nazareth, où ils habi. taient, à Bethléem, où ils devaient se faire inscrire, et qui avait été désigné par les prophètes comme le lieu de la naissance du Messie, Il entrait aussi dans les desseins de Dieu que l'empire romain rendit témoignage à la royale descendance de Jésus-Christ, et que l’origine du Fils de David fût attestée par les registres publics, ‘ Dans la Syrie, de laquelle relevait la Judée, vassale de l’Empire, le dénombrement fut opéré par Quirinus, gouverneur de cette province. Ce fut le premier dé.
nombrement auquel il Présida, remarque l’évangéliste, : Quirinus dirigea encore, en effet, le recensement qui suivit la dépo- * Luc, TI, 2, Cf. Fillion, h. 1, (Bible Lethielleux),
sition d’Archélaüs, et auquel $. Luc fait allusion au livre des Actes. ‘ Aussi bien, par de savants calculs, un critique allemuand, A.-W. Zumpt, a montré presque jusqu’à l'évidence que Quirinus a été deux fois gouverneur de Syrie, une fois vers l’époque de la naissance du Sauveur, et” une autre fois, 10 ou 12 ans plus tard, lorsque le fils d’Hérode fut déposé, et que la Judée fut réduite en province romaine.‘
Conformément à l'usage des Juifs comme au droit romain, * l'inscription des citoyens devait avoir lieu, non pas au lieu de leur résidence, maïs au lieu de leur
* V, 37. Le premier de ces deux recensements n’était que le compte des citoyens de l'Empire: il ne donna lieu à aucun désordre. Le second, qui se rapportait aux biens des citoyens et entraînait la capitation, provoqua en Judée l’agitation que rappelle 8. Luc: Act. V, 37. Cf. Schleussner: Lexicon Nov. Tes.
* A. W. Zumpt, Das Geburtsjahr Christi: Hist, Chronol, Untersuchüngen.
* Wieseler: Synopsis of the four Gospels. “ The Roman census (as Husckle himself has learnedly proved) was not taken according to the place of residence, but according to the forum originis, ”
RE origine; ils étaient censés faire partie de la ville ou de la bourgade habitée primitivement par leurs ancêtres.
Aussi docile à la voix d’Auguste que “ sous le doigt de l'artiste peuvent l'être les cordes de la lyre ” ?, tout le monde s’ébranle pour aller se faire inscrire, chacun dans sa ville d’origine. Les hommes s’agitent par millions dans l'immense étendue du monde romain : c’est comme le travail de la terre prête à donner son fruit divin et à enfanter le Désiré des collines éternelles. -
Dès qu’ils eurent Connaissance de l'édit de lEmpereur, Marie et Joseph, qui appartenaient à la race royale de David, u’hésitèrent pas à faire leurs préparatifs de départ pour Bethléem, la ville de leurs
Cf. H, Wallon: De Ja croyance due à l'Evangile. “Les Romains, dit-il, recensaient les personnes au lieu de leur origine, Le recensement, à Rome, se faisait par tribu, c'est-à-dire, dans le lieu originaire, sans égard au lieu de la résidence, ”
" Aristides rhetor, de Urbe Româ ; ap. ‘Champagny, les Césars: IT, 359,
aïeux. Rien ne les arrête, ni la difficulté d’un voyage dans un pays montagneux et ar une saison rigoureuse, * ni l’état de la Vierge sainte, arrivée à son neuvième mois. Dans l’édit d’un empereur idolâtre, ils ont vu l’expression de la volonté divine. Marie, l'Arche du Seigneur, se lève donc et #’avance avec la Manne divine qu’elle renferme; Joseph l’environne de toute sa , tendresse; la terre semble tressaïllir sous le poids de son Créateur. Les deux saints voyageurs, porteurs du Salut de l’humanité, traversent lentement les lieux autrefois soumis à leurs ancêtres, maintenant asservis par les Gentils, et qui évoquent tant de souvenirs au fond de leurs coeurs.
A leurs côtés passe une multitude d’hommes qui vont dans toutes les directions pour se faire inscrire, et ne soupçonnent guère qu’ils ouc si près d’eux le Grand Prophète, et que leur Créateur est porté dans le sein de cette jeune juive inconnue;
* Selon la tradition commune, on était alors en hiver. :
ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES er SR à peine remarquent-ils la dignité et lin. :
comparable modestie de la Mère de Dieu, que l’humilité de sa condition leur fait bientôt oublier. Après un voyage pénible de 80 milles environ, Marie et Joseph se trouvent en face de Bethléem de Juda. ?
Cette ville, devenue si célèbre et si chère au coeur chrétien, est bâtie sur une colline couverte de vignes et d’oliviers, à deux heures au sud de Jérusalem. C’est sur le sommet de cette colline que s'élevait l’hÔtellerie que mentionne saint Luc * et dont nous voyons encore l’image dans 14 khans de la Palestine moderne. Un khan ou caravansérail consiste en une sorte de galerie, qui est divisée en petites chambres ouvertes, à l’usage des voyageurs, et à laquelle est attachée une cour réservée aux ani- Maux ; comme les galeries sont dér aées de
me
9 C’est l'Ephrata de la Gen. 48, 7. (Cf. Mich.,, V, 2). Une autre Bethléem se trouve dans da tribu de Zabulon,
“II, 7. Dans le grec, le mot qui signifie hôtellerie est précédé de l'article, ce qui suppose qu’il n’y avait pas d'autre hôtellerie à Bethléem.
tout ameublement et des objets les plus indispensables, c’est à chacun de pourvoir à ses besoins, d'apporter avec soi sa nourriture, d’aller ptiser de l’eau au puits voisin, et de se munir, #’il le veut, d’un tapis ou d’une natte, pour s’y asseoir, les jambes croisées, pendant ses repas, et y prendre le repos de la nuit. Le voyageur qui” arrive trop tard et lorsque toutes les places sont occupées, n’a d’autre ressource que d’aller demander Phospitalité aux animaux, chevaux, mulets ou chameaux, Parqués dans la cour, et de tâcher de se ménager une place aussi propre que possible dans quelque coin de l’étable. Il arrive assez fréquemment en Palestine que le khan tout entier,ou du moins l’'étable attachée au khan, soit une de ces excavations nombreuses que la nature y a creusées au flanc des collines ; et telle semble avoir été, selon la tradition, ‘ l’étable du cara-
“8. Justin, martyr, né en Palestine au commencement du second siècle, dépose en faveur de cette tradition dans les termes suivants, dont l’importance n'échappera à personne: Cum Joseph in
vansérail de la petite ville de Bethléeni Ephrata, à l’époque qui nous occupe.
La journée du 24 décembre touche à sa fin, *?
Le soleil couchant dore de ses pâles rayons d’hiver le sommet de la colline de
Bethléem. Les étoiles sortent une à une de leurs retraites. La nuit commence sou cours. Marie et Joseph, fatigués de leur longue course, se présentent à l’hôtellerie : toutes les chambres étaient prises * par la foule que le recensement avait ame-
hoc vico (Bethleem) non haberet quo deverteret, in specum quemdam vico Provimum concessit, Cumque ibi essent, peperit Christum aaria, ac eum in Pracsepi posuit : “ Comme Joseph ne connaissait à Bethléem personne, chez qui il pût descendre, il se retira dans une grotté voisine de ce bourg. Pendant qu’ils étaient là, Marie enfanta le Christ et le déposa dans une crèche, ” (Dialog. cum Trypn. 78). Cette grotte dont parle saint Justin était située, suivant une autre tradition, dans les ruines d'un palais que David avait fait élever à Bethléem. (Cf. Sepp: Vie de J.-C. c. VI).
# Quoiow'il ne soit pas possible de préciser sûrement le jour de la naissance du Christ, on a cru pourvoir s’accommoder dans ce récit à l'opinion populaire, qui s'appuie sur une tradition imposante.
ns
née à Bethléem. D’autres, avec de l'or ou en étalant leurs titres, auraient pu obtenir une place; mais les deux saints voyageurs étaient pauvres, et toute leur gloire était à l’intérieur ; pour eux, pour des gens de cette sorte, semble dire l’évangéliste, il n’y avait point de place dans l'hô- ‘tellerie ; et les deux descendants de David, dans la ville même qui l'avait vu naître, furent réduits à chercher un abri dans la grotte qui servait d’étable au caravansérail. Cependant la nuit s'avançait ; les ‘étoiles montaient silencieusement au-dessus de Bethléem. L'heure de minuit arrive.
Autour de l’étable régnait un grand calme ; Marie était dans l’extase de l’attente. Paraissez, divin Enfant, les temps sont accomplis, “ Et Marie ”, dit l’évangéliste avec tant de simplicité et de charme, “ enfanta son Fils premier-né. ” Franchissant sans aucune altération matérielle les barrières du tabernacle immaculé où il résidait, comme les rayons du soleil pénètrent, sans la briser, une glace de cristal, l'Homme-Dieu apparut aux regards de sa:
20 ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES me
Mère. Elle lui offrit avec son époux, au nom de l’humanité tout entière, les premiers et les plus purs hommages que la terre lui ait jamais rendus. A son exemple, toute la cour céleste, sur l’ordre de Dieu, se prosterna et adora son Roi.
Exempte des suites douloureuses qui sont l'apanage des autres enfantements, la .
Vierge Mère enveloppa elle-même son Fils, avec un mélange inénarrable de respect et de tendresse, des humbles langes qu’elle lui avait préparés et le coucha dans la crèche de l’étable, qui devint ainsi le berceau du Roi des rois, :*
* Au-dessus de la grotte de la Nativité, sainte Hélène fit bâtir la basilique qui subsiste encore ; ce sont les fils de saint François, le héros de la pauvreté, qui desservent cette église, L'endroit où le Sauveur est né est marqué par une étoile d'argent, enchâssée dans le marbre, et éclairée de 16 lampes; autour de l'étoile, est gravée en lettres. or cette inscription: Hic de V. Maria J.-0, natus est. “ Ici J.-C. est né de la Vierge Marie, ”. Ia crèche qui reçut l'Enfant divin, ou plutôt, une relique de cette crèche, a été transportée à Rome dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, appelée aussi, ‘à cette occasion, Sainte-Marie ad praesepe,
NATIVITÉ DE :'ÉSUS-CHRIST 21 en a Le
A un mille de Bethléem, du côté de l'Orient, s'étend une plaine verdoyante, où s'élevait jadis la “ Tour du Troupeau ” (Migdal Eder). Dans ces mêmes lieux où David enfant avait autrefois fait paître les brebis de son père,des bergers,dit saint Luc, veillaient tour à tour pendant la nuit à la garde de leurs troupeaux. Après les pluies de décembre, c’est-à-dire, vers la fin du mois, on a souvent, en Palestine, une température douce et agréable ; la terre s’y couvre de verdure, et, la nuit même, on rencontre beaucoup de trou- Peaux dans les champs.
Il n’est pas douteux que les bergers dont parle l’évangéliste n’aient compté parmi ces âmes simples et droites qui attendaïent avec une sainte impatience “la consolation d'Israël. ” Peut-être s’entretenaient-ils entre eux du Libérateur promis à leurs ancêtres et du grand Pasteur de la maison d’Israël, lorsque tout à coup “ un ange “ du Seigneur se présenta à eux, et
“ En grec, angelos, sans article. Cet ange est probablement saint Gabri.', qu'on trouve constamment mêlé au mystère de l’Incarnation,
ils se trouvèrent environnés d’une lumière
céleste, ” ** On s’imagine facilement la crainte dont ils furent saisis, “ Tout ce qui est divin, ” dit Bossuet, “ étonne d’abord la nature humaine pécheresse et bannie du ciel, ” * L'ange se hâta de rassurer ces hommes simples, choisis pour être les premiers adorateurs de l’'Hommé-
Dieu, ‘ et leur fit part de son message céleste: c'était pour la première fois que la bonne nouvelle ou l'Evangile retentissait sur la terre, dont elle devait bientôt
faire le tour et qu’elle devait régénér.r.
“ Voici ”, leur dit l’ange, “ qu’il vous est né un Sauveur dans la cité de David : c’est le Christ Dieu. ” ‘ Quelle nouvelle ! Le
# Cette lumière céleste (gloria Domint) est le “ Kebôd Iahveb ” de l’hébreu, c'est-à-dire, cet éclat, cette splendeur qui accompagne les théophanies.
# Elévat.; XVIe sem., 9e Elév.
* Le nolite timere (ne craignez point) ne semble-til pas annoncer da fin de la loi de crainte, et l'aurore de la loi d'amour ?
* En grec “ Christos kurios ”, “I see no way of understanding this “kurios”, but as corresponding to the Hebrew Jehovah. Je ne vois d'autre moyen
NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST 23 mm" à
Libérateur, attendu depuis si longtemps, est né enfin, et ce Libérateur, c’est le Seigueur lui-même, c’est le Dieu d'Abraham, d’Isaac et de Jacob, qui a daigné prendre la nature humaine ! Et c’est pour eux, pauvres bergers, que sont les prémices de cette grande nouvelle, qui intéresse à un si haut point le monde entier ! Leur simplicité se montra digne d’un tel privilège, dont ils ne songent pas à se glorifier.
Tout leur d ir est d'aller offrir leurs coeurs à leur divin Roi. Mais À quelle Marque pourront-ils le reconnaitre, et où est le palais du Messie ? “ Voici le signe auquel vous le reconnaîtrez ”, leur dit l’ange, “ vous trouverez un Enfant enveloppé de langes, et couché dans une créche. ” Ce contraste sublime entre l’humiliation extérieure du Sauveur et sa digni-
de traduire … mot: kurios, que par le mot hébreu correspondant: Jéhovah.” Alford, The Greek Tes. lament. Aussi bien, les Septante, partout où ils ont rencontré, dans l’ancien Testament, le nom
de Dieu: Jahveh (Jehovah), l’ont toujours traduit par Kurios,
té incomparable, quelque étonnement qu’il ait pu jeter dans l’âme des bergers, n’ébranla point leur foi. Elle fut encore confirmée par le divin cantique, qui retentit alors à leurs oreilles avec une si suave mélodie, et fit tressaillir les voûtes de la création. Emue à la vue de si grandes choses, une troupe de l’armée céleste, s'était jointe à Gabriel pour saluer l’arrivée des temps nouveaux. Les anges avaient chanté autrefois, à la pensée de la création prochaine des hommes, lorsque le Créateur posait les fondements de la terre **; il était juste qu’ils fissent éclater leur joie, à la nouvelle création, et ils le firent avec un désintéressement digne du Dieu qu'ils servaient. S’oubliant complètement eux-mêmes, ils n’avaient à la bouche que Dieu et les hommes, et se tenaient,
# Ubi eras, quundo ponebam fundamenta terrae?... Cum me laudarent simul astra matutina, et jubilarent omnes filii Dei? “ Où étais-tu, quand je posais les fondements de la terre, quand les astres du matin chantaient en choeurs et que tous les fils de Dieu poussaient des cris d’allégresse ? ” (Jos, XXXVIIL, 4, 7).
NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST 25 em
Pour ainsi dire, à l’écart, avec une grâce infinie, pour faire place à leurs frères plus jeunes, dont la nature se trouvait dans le Christ si élevée au-dessus de la leur.
“ Gloire à Dieu au plus haut des cieux 7 chantaient-ils, “ et paix sur la terre aux hommes chéris du ciel, ” *
Leur concert une fois achevé, les esprits angéliques se retirèrent au ciel, et les bergers, aux regards desquels le ciel s’était ouvert un moment, et qui venaient de se voir comme transportés dans un autre monde, n’aperçurent plus autour d’eux que les collines, dont la vue leur était familière, et la vallée, où leurs troupeaux paissaient avec leur placidité habituelle.
Ils ne furent pas infidèles à la lumière qui avait brillé à leurs yeux et au fond de leurs coeurs. “ Allons ”, se dirent-ils les
* Le mot grec, que da Vulgate a rendu par :
vonae voluntatis, “ signifie la bonne volonté de Dieu pour nous, et nous marque que la paix est donnée aux hommes chéris de Dieu. ” Bossuet, Elévat, XVIe semaine, 9e élévat, C'est ce que remarque aussi Maldonat. (h. 1.)
uns aux autres, ‘“ passons jusqu’à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé, * ce que le Seigneur nous a fait connaître. ” Et ils gravissent en toute hâte la colline, que domine la ville. La lueur d’une lampe, suspendue à l’entrée de l’hôtellerie, gnide leurs pas jusqu’à la crèche de l’étable, * que l’ange leur avait indiquée. Tout ce qui leur avait été annoncé apparaît à leurs yeux. Ils regardent avec simplesse et amour l'Enfant qu’ils ont devant eux, et sous ces dehors d’une pauvreté plus grande encore que la leur, ils le reconnaissent et l’adorent comme leur Sauveur et le Christ Dieu. Ce furent les premiers chrétiens ; l'Eglise commençait en eux ; ils sont nos pères dans la foi : le divin Soleil, qui se levait sur notre terre, avait réservé ses premiers rayons pour de pau-
21 Luc, II, 15. Cette expression de la Vuigate : hoc verbum quod factum est, est un hébraisme qui signifie : cette chose qui est arrivée,
# L'article placé, dans le grec, devant le nom qui signifie crèche, montre qu'il s'agissait bien de la crèche de l’étable,
om
vres bergers, ignorants et inconnus, le rebut du monde et le néant même, à les regarder par les yeux humains. Dieu inaugurait ainsi cette merveilleuse économie de la Religion, où les premiers devaient être les derniers, et les derniers les premiers, * et que saint Paul décrit en ces termes : “ Considérez, mes frères, ceux que Dieu a appelés parmi vous. Il y a peu de sages que le monde admire, il y a peu de puissants et de nobles:
mais Dieu a choisi ce qui était fou selon le monde pour confondre les sages ; il a choisi te qui était faible, pour confondre les puissants; il a choisi ce qu’il y avait de plus méprisable et de plus vil, et enfin ce qui n’était pas, pour détruire ce qui était, ” **
Obligés enfin de quitter l’étable, où ils avaient trouvé le paradis, nos heureux bergers ne se plaisent plus qu’à exalter les grandeurs et les bontés du Dieu
28 Matth., XX, 16.
24 I Cor. I, 26-29.
d'Israël ; ils repassent dans leurs discours tout ce qu’ils viennent de voir et d’entendre, et en admirent la conformité parfaite avec le message de l’ange, et comme ils se consolent de leur misère qui leur donne un trait de ressemblance avec le Messie, et qui leur a valu la première audience à la cour du Roi des rois !
De retour dans leurs foyers, ils n’eurent rien de plus pressé que de faire part de leur bonheur à tous ceux qui Îles entouraient, et de raconter les merveilles qu’ils avaient vues. ‘“ Il fallait ”, dit Bossuet, “ de tels témoins à Celui qui devait choisir ‘des pêcheurs pour être ses premiers disciples et les docteurs futurs de son Eglise, ” % On ne songea pas à contredire le récit naïf et sincère de simples bergers; : il y eut un mouvement général d’admiration en ceux qui l’entendirent. Il est à craindre malheureusement que beaucoup de ceux-là ne s’en soient tenus à une admiration stérile, et aux -onjectures que cha-
# Elévat., XVIe semaine, 11e Elév.
cun d’eux fit dans le moment selon la disposition de son coeur. Grossiers et charnels,ils ne voulurent pas reconnaître dans Vhumblé Enfant de l’étable le glorieux Roi promis à leurs pères.
Autour de la crêche, les choses du monde allaient leur cours ; rien d’extraordinaire n'appara'isait sur la surface de la société; les homes, à qui un Sauveur venait de naître, étaient tout entiers à leurs petits projets, et ne se souciaient que d'intérêt et de plaisirs. Cependant, Marie était attentive aux grands événements qui se passaient autour d'elle, et auxquels les Juifs et le monde prenaient si peu de part ; recueillie en Dieu, elle ne laissait rien perdre qui eût rapport à son Fils ; tout ce qu’elle voyait ou entendait à son sujet était soigneusement recueilli ; réunissant et combinant tous ces traits divins, elle en composait une sorte de bouquet, d’où s’échappait un parfum céleste, qui nourrissait sa foi et son amour. Absorbée dans ses sereines contemplations et tout entière à la pensée du Verbe incarné,
elle ne laissait rien paraître au dehors des grandes choses que Dieu avait faites en elle ; elle gardait le silence sur tant de merveilles, et.tenait sous le sceau le secret : de Dieu. “ Les grandes choses que Dieu fait au-dedans de ses créatures ”, dit Bossuet, * “ opèrent naturellement le silence, le saisissement, et je ne sais quoi de divin qui supprime toute expression. ” Mais si Marie ne disait rien aux créatures, quels doux et mystérieux colloques elle entretenait avec l'Enfant Dieu! Le moyen de peindre l'attitude de la Mère à l'égard du Fils dans ces premiers jours qui suivirent la Nativité ? Quels hommages elle lui offrait, en son nom et en celui de la création tout entière ! Comme elle cherchait à relever par ses louanges tant de grandeur abaissée ! Quels regards elle arrétait sur lui ! et avec quel amour elle baisait ce divin visage, qui fait les délices des anges ! Maïs comment dire les suaves et pures émotions qui s’agitèrent au coeur
% Bossuet, Elévations, XVIe semaine, XIIe Elér.
de la jeune Vierge, quand elle comprit que le divin Enfant lui demandait le lait virginal, dont quelques gouttes seront désormais sa nourriture, à lui, sans qui nulle créature ne pourrait subsister un jour? * A coup sûr, à la vue du Créateur de tous les mondes puisant sa vie au sein de la Vierge Mère, les anges qui l’adoraient se regardèrent attendris. Et nous aussi, en face de si divines beautés, nous sentons le besoin de nous agenouiller et de nous taire.
# Parvoque lacte pastus est Per quem nec ales esurit.
“T1 s’est nourri d'un peu de lait, Lui, qui rassasie jusqu'au petit oiseau. ”
SEDULIUS, P, L,, t, XIX, col, 767.
Paper
Circoncision de Notre-Seigneur
Voluit cireumeidi ut Jormam haberet non solum hominis, sed et bPeccatoris,
I a voulu être cfrconcis, afin d'être réduit à la condition non seulement d'homme, mais de pécheur,
(SainT Beax.).
APRÈS je Commandement que Dieu avait donné, d’abord à Abraham, puis à Moïse, les fils des Hébreux devaient être circoncis le huitième jour après enr naissance, !
La circoncision était Pour Iles Juifs ce qu'est, chez les chrétiens, le Sa.
crement de baptême, dont elle fut la figu- ‘re. Sceau de l’ancienne alliance, * comme le Baptême l’est de M nouvelle, ce rite a Gen., XVII, 12, et Lev, XIT, 3.
* Gen, XVII, 11,
RS en
mystérieux, tout en remettant le péché, * incorporait les circoncis au peuple de Dieu. Certes, l'Enfant de Marie, dont la divine conception avait été exempte de toute souillure, et qui était lui-même l’auteur et la fin de la circoncision, ne pouvait être tenu de se soumettre à ce rite aussi humiliant que douloureux. Il ne voulut pas se prévaloir de ses droits. Son dessein, en paraissant parmi nous, était non de détruire la loi ancienne, mais, au
3 Les théologiens font observer que, si la circoncision effaçait le péché soit originel soit actuel, °ce n'était pas par sa propre vertu (ex opere 0perato), mais par la vertu de la foi de celui qui la recevait ou de son représentant (ex opere operantés). Voici comment saint Thomas s'exprime à ce sujet : “ Dans la circoncision, la grâce était conférée, mais d’une autre manière que dans le baptême. Dans le baptême, la grâce est conférée par la vertu même que possède le baptême, en tant qu’instrument de la passion du Christ déjà accom: plie. Dans la circoncision, la grâce n’était pas conférée par la vertu de la circoncision, mais par la vertu de la foi en la passion du Christ, dont la circoncision était le signe. Il fallait alors que celui qui recevait la eirconcision fit profession d’avoir cette foi ; l'adulté en témoignait pour lui-même, ‘ un autre en témoignait pour les petits enfants. ” (IIT, q. LXX, a. IV).
Tr men nn ne ce
contraire de la consacrer ‘ en accomplissant lui-même toutes ses prescriptions, et de rattacher ainsi à l’anciemse Eglise, qui remonte jusqu'aux Premiers âges du monde, l'Eglise nouvetle qu’il venait fonder, qui n’est, en quelque sorte, que le complément et le couronnement de l’ancienne, et qui trouvera elle-même son plein épanouissement dans la société cé.
leste des élus. ‘ Fidèle jusqu’au dernier jour de sa vie à accomplir tous les points de la loi, il ne Pouvait manquer, à son entrée dans le monde, de commencer par se Soumettre à ce rite Capital de la cir- Concision, sur lequel reposait la religion
Quant aux femmes des Hébreux, et à toutes les gères à la nation juive,elles étaient purifiées de la tache criginelle, à l'occasion d'un rite religieux quelconque qui signifiait la croyance au Rédempteur à venir, selon ce qui se pratiquait sous la loi de nature, avant l'institution de la circoncision. (CL. 8. Thom. ibid., et Franzelin),. * Matt., V, 17, :
* C'est le sens de cette grande parole de l’Apôct hodic: ipse et in sac- Jésus-Christ est le même hier et aujourd'hui; il le sera éternellement. (Héb., XIII, 8).
mosaïque tout entière. Il lui plaisait, d’ailleurs, après s'être fait homme, de descenüre plus bas encore, de s’abaisser jus-.
qu'au rang des pécheurs, et de devenir
ainsi en tout semblable à nous, à l’exception du péché. * Que dis-je? en laissant imprimer sur sa chair innocente la marque du péché, il entendait prendre sur lui l'iniquité de tous, " se constituer pécheur universel, et se faire lui-même, pour ainsi * dire, péché et malédiction, selon les termes énergiques de l’apôtre ‘; il se vouait par là même à toutes les peines méritées par nos fautes et se livrait à toutes les rigueurs de la divine justice. Oui, c’était scus ce fardeau redoutable qu’il se pliait en s’assujettissant à la loi de la circc»cision ; il faisait le premier pas dans cette carrière de douleur et d’ignominie qui ne
* Héb,, LI, 17: IV, 15.
"Is, LIIT, 6.
* “Celui qui n’a point connu le péché, Dieu l’a fait péché pour nous, afin. que nous devinssions en lui justice de Dieu.” (II Cor., V, 21).
“11 s’est fait malédiction pour nous.” (Gal. III, 13).
devait se terminer que sur le Calvaire ; les quelques gouttes de sang qu'il répandit alors obligeaient à Dieu tout le reste, selon l'expression de Bossuet ; c'était le gage du désir de son Coeur de répandre Pour nous un jour ce sang divin “ à gros bouiHons ”, * c'était, dès la première enfance, le prélude de la Passion, Et ainsi, comme au coucher du soleil, l'Orient se colore des vives teintes de l'Occident, la crèche sembla s’empourprer d’un reflet anticipé de la Croix du Golgotha, :°
Quoique aujourd’hui les enfants des Juifs soient circoncis dans les synago-.
gues, il n’en était Pas ainsi sous la Loi, et différents exemples tirés de PAncien Tes.
tr nent supposent assez clairement que cette cérémonie, qui, d’ailleurs n'avait aucun caractère sacerdotal ou lévitique,
ee
* Boss. Elév., XVIIe sem., ire élév.
ut 1 À Faber, Bethleem: c, VII; Calvary before its time (le Calvaire avant le temps),
MCE Benedict. XIV, de Festis: de Festo Cir- Cumcisiontis,
DS
avait lieu dans les maisons privées.
Saint Epiphane dit expressément que l'Enfant Dieu fut circoncis dans la grotte. # I! est à croire que ce grand événement n'eut pas plus d'éclat que celui de la Nativité, qu’il complétait, et que tout se passa en cette rencontre avec une simplicité extrême. *“* Ce fut vraisemblablement saint Joseph qui fut le ministre de la Circoncision, à moins qu’il n’ait eu recours aux services de quelqu’un de ces opérateurs spéciaux qui, dans les derniers temps de l’ancienne alliance, étaient appe-
# Cf, Gen., XVII, 23, 24; Ex., IV, 24, 25.
# Bethlecmi in luccm cditus, atque in specu circumecisus. “ 11 vint au monde à Bethléem, et fut circoncis dans la grotte, ” (Haercs, 20). Les artistes qui ont placé la Circoncision du Christ dans le Tenuple ont donc sacrifié la vérité historique au pittoresque.
# On a pu remarquer le contraste qui existe entre la courte mention de la Circoncision du Sauveur, de laquelle $. Luc ne parle même qu’indirectement, et lé récit si détaillé et si pompeux que le même évangéliste consacre à la circoncision de S. Jean-Baptiste. C’est qu’ “en $. Jean, le rite de la circoncision célébrait sa dernière gloire.” (Lange).
PR
lés à circoncire, et qu’on trouvait au mois dans chaque centre important, * 11 est impossible de dire à qui échut l'honneur d'être le parrain de l'Enfant divin et de le présenter au ministre du Sacrement.- Selon les coutumes juives, * il dut yavoir à la cérémonie plusieurs témoins, qui pussent attester l’enrôlement du Nouveau-né dans le peuple fidèle et ga descendance d'Abraham. D’après une croyance populaire parmi les Juifs, Elie, en sa qualité de précurseur du Messie, présidait toujours ‘’ d’une manière invisible à l’administration du Sacrement qui donnait accès dans les rangs de la race privilégiée d’où devait sortir le Roi d'Israël. S'il en est ainsi, en voyant le Fils de la promesse Sous le couteau de la circoncision,le grand Prophète dut comprendre que son rôle était fini, que le but de son ministère était atteint, que le peuple ancien allait faire
# Vigouroux, Dictionnaire dc la Bibte * Cir- ‘ncision.
# Be“torf, Synagoga judaica, ce. 11,
# La siège était préparé pour lui à cet effet.
place à un peuple nouveau, et qu’un nouveau signe, le signe, non plus de la circoncision charnelle, mais de la circoncision spirituelle, allait désormais marquer le peuple de Dieu. !*
C'était l’usage chez les Hébreux de ne donner un nom aux enfants qu’à leur circoncision,' comme si, remarque saint Thomas avant d’avoir été soumis à ce rite sanctificateur, ils n'avaient pas encore “un être parfait ”, et n’étaient pas encore des hommes complets, Ce fut aussi à
1“ Vous avez été circoncis ”, nous dit l'Apôtre, à nous, chrétiens, “ vous avez été circoncis d’une circoncision non faite de main d'homme, mais de la circoncision du Christ, par le dépouillement de ce corps de chair, ” (Col., IT, 11, selon le texte grec). Ainsi, d'après S. Paul, tandis que la circoncision matérielle n’est que l’ablation d'une petite pellicule du corps, la circoncision spirituelle, c'est de dépouillement de tout le corps de chair, c’est-àdire, de tout le vieil homme, ou, en d’autres termes, le retranchement de tout ce qui déplaît à Dieu en nous.
% IIT, q. 37, a. 2 ad 3, Cette coutume d'imposer leurs noms aux enfants des Hébreux le jour de leur circoncision doit son origine à ce fait que, le jour même où le Père des croyants fut circoncis,
loccasion de sa Circoncision que l'Enfant de Marie reçut son Nom. Venu du ciel comme lui, ce nom fut apporté par un ange à la terre, dont il devait faire le:
délices et l'espérance,
C'était Jésus, c’est-à-dire Sauveur. * Ce Nom de bon augure avait déjà été porté par le fils de Nun, l'illustre Capitaine qui introduisit les Israélites dans la
ns Dieu lui donna le nom nouveau d'Abraham, à la place de celui d’Abram, qu’il portait auparavant,
’était aussi la coutume de nfants le 8e, ou le %e jour Lustrici dies infantium aptavus, puc.orum nonus, quia
Omina imponuntur. “Le
: De verborum significatione, Verdo :
lustrici, (édit. Valpy, 1 X, PP. 364-365.)
Un usage analogue existait en Grèce et dans l'Inde, (Cf. Fustel de Coulanges, La cité antique, 1 II, c. 3),
Tout le monde sait que, chez les chrétiens, les enfants reçoivent leurs noms au baptême.
* En syro-chaldaïque ou araméen, c’est-à-dire dans sa langue maternelle, Jésus était appelé Jés-
terre promise ; par le grand-prêtre, fils de Josédech, qui ramena les Juifs de Babylone à Jérusalem et inaugura le second Temple ; par l’auteur du livre de l’Ecclésiastique, qui remit sous les yeux des Juifs revenus de la captivité, les leçons de sagesse renfermées dans les anciens livres sacrés, et réunit comme en un faisceuu toutes les clartés de la révélation mosaïque.
Chacun de ces grands personnages avait son titre propre à porter le nom de Jésus; le Fils de Marie réunit tous ces titres en sa Personne à un degré éminent : Roi, Pontife et Maître de tous, il devait sauver le monde entier par la vertu de sa doctrine et de son sacrifice, et introduire
houah; c’est une contraction de l’hébreu: Iehoshouah, (Sauveur), que les Grecs, les Septante, Phidon, Joseph, traduisent par Ilésous et les Latins par Josue. Cette abréviation a été faite à la suite de la captivité de Babylone. C’est ainsi que Josue, fils de Nun, et Jésus, fils de Josedech, appelés auparavant Iehoshouah (Cf. Jos., Agg., Zach.) sont nommés Iéshouah dans les livres écrits après la captivité. (Cf. Nehem., 8, 17; Esd., £, 2; Nehem, 7,1}:
trionphalement ses élus dans la véritable terre promise, I] apportait à la terre le salut parfait et universel, le salut de l'âme et qu Corps, le salut du temps et de l'éternité, 2 I] était donc le Sauveur pat excellence, et lui seul 4 pu Soutenir toute la force du “ Nom nouveau que la bouche du Seigneur a nommé, ” *
Dès l’origine de l’Eglise, l'usage à uni au Nom de Jésus celui de Christ, qui ne fait qu’un avec le Premier. Le nom de Jésus est le nom Propre du Sauveur F celui de Christ,abréviation du grec : Christos, qui lui-même a la signification de l’hébreu : Mashiach (Messias), oint, marque Ja fonction officielle de Jésus; il témoigne que Jésus est véritablement le Messie, le Désiré des Nations, le Saint des Saints annoncé par Daniel, *# Je Oint par excellence, qui a été consacré non avec une huile quelconque, comme les prêtres, TRS
te AA à Thom. III, q. 37, a. 2,
# Is, 62, 2,
“ Dan, IX, 24,
me
les prophètes, les rois qui l'avaient précédé, mais par l’onction même de la divinité unie hypostatiquement en lui à la nature humaine ; il nous révèle tous les attraits et les charmes de la personne du Sauveur, dont “ le Nom est comme une huile épandue ”, *# une huile de joie, * qui calme toute douleur, guérit toute blessure, rend ‘le joug de l'Evangile léger et Suave, et nous donne la souplesse, l’agilité et la force nécessaires dans les combats de la vertu. Ce nom de Carist, aussi bien que tous les autres noms donnés au Sauveur par les saintes Ecritures, se trouve renfermé dans celui de Jésus, qui est le symbole de notre salut, terme de la mission du Mess'e. * Et ainsi, résumé de toutes les grandeurs du ciel et de la terre, l'admirable Nom de Jésus est encore le synonyme de toutes les suavités, de toutes
* Oleum effusum nomen tuum. (Cant., 1, 2).
# Unæit te, Deus, Deus tuus olco lactitiae, “Dien ton Dieu, t'a oint d'une huile d’allégresse, ” (Ps. XLIV, 8).
* Cf. S. Thomas, III, q. 37, a. 2,
CIRCONCISION pe NOTRE-SEIGNEUR 45
les douceurs, de toutes les joies, dont le nom de Christ
Dour tous ceux qui l’aiment, comme le dit saint Bernard, un Miel exquis à leur bouche, une mélodie ravissante à leurs oreilles et une Source de jubilation dans leurs coeurs, * avec quelle émotion et quelles délices Marie à dû le donner à son Fils le jour de la Circoncision ! Avec quels senti.
ments et quel accent la Vierge dut redire ensuite, pendant tout le cours de sa vie, ce Nom du fruit béni de ses entrailles !
Imagine-t-on rien de plus doux, de plus tendre, de plus pur, de plus suave, que le
nom de Jésus sur les lèvres de Marie ?
Ce fut Probablement le 1er janvier que le Sauveur reçut son Nom, et tous les ans, à la même époque, l'Eglise unit ja glorieuse mémoire de ce Nom divin à celle du mystère de la Circoncision. Et ainsi, le Nom de Jésus est Marçué en lettres de sang au a
# Mel in ore, in aure Melos, in corde fubilus, (Saint Bern.)
front de chaque année qui s'ouvre sur le monde, comme pour nous faire entendre .
que les années appartiennent au Fils de Marie, et qu’elles doivent toutes être consacrées à la gloire de Celui qui a versé son sang pour nous. *°
# Cf. Faber, The Precious Blood, ce. V.
-qp"
Présentation de Jésus au Temple Purification de Marie
* (Luc, 11, 22-39)
Adurna thalamum tuum, Sion, et suscipe Regem Christum: amplectere Mariam, quae est coelestis Porta; ipsa cnim portat Regem gloriae.
Décore ta chambre nuptiale, Ô Sion, et reçois le Christ Roi ; accueille avec amour Marie, qui est la porte du cicl, car elle tient dans scs bras le Roi de gloire.
(De l'Office de la Purifi.
cation).
UARANTE jours s'étaient écoulés depuis que les anges avaient chanté la naissance du Sauveur. Or, d’après la loi de Moïse, la femme qui avait mis au monde un enfant mâle était obligée, le Quarantième jour après l’enfantement, de présenter au Temple
un agneau d'un an, qui devait être offert en holocauste comme hostie d’action de grâces ; elle devait offrir, de plus, le petit d’une colombe ou d’une tourterelle, pour se faire relever de la souillure légale qu’elle avait contractée. Si elle ne pouvait faire la dépense d’un agneau, elle
devait prendre deux tourterelles ou deux
jeunes colombes, l’une pour l’holocauste et l’autre pour le sacrifice «-xpiatoire. :
La loi ordonnait égalemenx üe présenter et de consacrer à Dieu tous les premiersnés, ou, selon l'expression du texte sacré, les enfants mâles qui ouvraient le sein de leur mère. ? C’était un hommage rendu à la protection dont Jéhovah avait couvert les premiers-nés des Hébreux en cette faméuse nuit où furent exterminés les premiers-nés des Egyptiens. * Les parents des enfants ainsi offerts au Seigneur ne pouvaient en recouvrer la disposition
1 Cf. Levit., XII, 8.
?Omne masculinum adaperiens vulvam. (Luc, IT, 23).
*Exod., XIII.
qu'ils ne les cussent auparavant rachetés de Dieu, Dans le Plan de la religion mosuïque, c'étaient les aînés des familles jui. ves qui devaient être les ministres du culte; il fut réglé plus tard que la seule tribu de Lévi remplirait en leur nom les fonctions sacerdotales, * à Ja condition que les premiers-nés seraient offerts dans le temple et rachetés 5 pour 5 sicles, au profit des lévites, Ces 5 sicles Correspondaient à 15 francs ou 3 dollars environ de notre monnaie.
Est-il bescin de remarquer que ces prescriptions de la loi ne Pouvaient regarder PRIE SUR nN
4 Ce privilège était la récompense du zèle que les enfants de Lévi avaient montré pour l'honneur et les intérêts de Dieu, dans un2 circonstance mémorwble, rappelée au livre de l'Exode, (XXXII, 26 et suiv.) Voir aussi Racine, Athalie : acte IV, scène AIT, v, 1362 et suiv.).
* Ce rachat devait
“Communément temps de leur purifi cheter fleurs fils pre 5)
Jésus et Marie ? L'Enfant de Marie était le Dieu d'Israël, et Celui à qui étaient offerts les premiers-nés : évidemment, il ne pouvait être tenu à se présenter luimême, Quant à Marie, vierge avant et pendant le glorieux enfantement, qui, loin de ternir l’éciat de sa pureté,y avait ajouté un nouveau lustre, comment aurait-elle été soumise à une prescription dont les termes mêmes supposaient que les mères avaient conçu et enfanté selon les lois ordinaires de la nature ? La Vierge sage et humble, dociie aux inspirations de son Fils, ne voulut point se prévaloir de ses droits ; elle garda le secret du grand Roi; et mettant généreusement sous ses pieds toutes les considérations de la sagesse humaine,le 2 février, * elle quitta, avec son Fils et Joseph, la demeure sous l’humble toit de laquelle ces quarante jours avaient fui avec la rapidité d’une vision céleste.
Sur la route de Bethléem à Jérusalem,
* On suppose que la Nativité eut bien lieu le 25 décembre,
PRÉSENTATION DE JÉSUS AU TEMPLE 61 mm qu . tévaient les pierres massives qui surmontaient le tombeau de Rachel. Selon l'usage des Hébreux, Marie et Joseph durent s'arrêter pour prier sur la poussière vénérée d’une des saintes de leur peuple ; ils ne songeaient guère que les gémissements prêtés par l’Ecriture à la mère de Joseph et de Benjamin, allaient trouver leur application dans les cris des mères dont les enfants devaient, quelques jours blus tard, être Massacrés à la place de Jésus. ? Bientôt le faîte du Temple resplendit aux regards des saints voyageurs.
Bâti par Zorobabel, au retour de la captivité, ce Superbe édifice avait été agrandi et embelli avec une magnificence royale par Hérode-le-Grand. Sa splendeur n'atteignait pas encore sans doute celle du fameux Temple que Salomon avait élevé; Mais jamais, selon ]a parole du prophète, * le premier Temple n’avait connu de gloire égale à celle qui allait consacrer le Teninn,
‘ Mat, II, 18, V. Agg., II, 8, sqq.
DE me ee ple d'Hérode: “ Le Seigneur du Temple allait faire son entrée dans le Temple da Seigneur. ” * Ayant franchi le mur d’enceinte, la sainte Famille se trouva dans la cour des Gentils, où se tenaient les marchés du Temple. La Vierge Mèré, plus pure que la neige immaculée du Liban, monta jusqu’à la cour des femmes pour s'y faire purifier. Le prêtre qui était de semaine vint recevoir “ les deux tourterelles ou les deux petits de colombes 7, que Joseph avait achetés dans le premier parvis: c'était l’offrande du Pauvre: la Mère de Dieu ne pouvait donner davantage.
Après avoir prié quelque temps sur elle, le prêtre la fit entrer dans fe second parvis, à l’endroit destiné aux femmes pures.
Marie, si jalouse de sa virginité, venait d’en sacrifier la gloire aux yeux des hommes : que lui importaient les jugements dun monde, pourvu qu’elle plût à Dieu? Elle allait maintenant immolér an Père céleste
* Adducunt ergo Dominum templi ad tempium Domini, (Bonav., Medit, vitae Christi, c. XI).
Celui qu’elle aimait mille fois plus que son âme, son Fils et son Dieu, Le moment était venu où Jésus devait ratifier publi- Quement l’oblation qu’il avait
même à Dieu,
igne de Sa Majes-
-même qui s’offrait
ctime du genre hu-
utes les victimes de
avaient figuré. Quel
» et quel moment dans
! Les ombres com:-
mençaient à s’effacer dans le Temple aux
Premiers rayons du Soleil de vérité; un
Nouvel Autel allait être élevé sur les rni-
nes de l’ancien ; le Sacerdoce lévitique,
qui n’offrait à Dieu que des sacrifices im-
Puissants et trop souvent souillés, allait
être supprimé, et remplacé par un Sacer-
doce plus auguste ; et'le temps approchait
où une offrande toujours pure et agréable re tie
me À À Psalm., XXXIX, 7-9; et Hebr., X, 5-7,
54 ; ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES cu ee he,
serait présentée au Seigneur, non pas seulement dans le Temple de J érusalem, mais dans tous les lieux du monde “ depuis les régions où le soleil se lève jusqu’à celles où il se couche. ” # Le prêtre qui reçut Jésus des bras de ses parents pour le pré-
senter à Dieu n’avait pas l'oeil de l'âme
assez éclairé pour reconnaître dans l’enfant d’uñe famille pauvre le Pontife-Roi Promis à ses ancêtres : le moment solennel où il portait l’Ange de l'alliance, :* que les anges du Temple adoraient en tremblant, Passa inaperçu à ses regards. Les rites accomplis, il rendit Jésus à sa Mère, en retorr de la modique somme prescrite par la loi, sans se douter que l'Enfant qu’il prétendait ainsi libérer du service du Temple, était le seul Prêtre, l’unique Victime qui pût racheter le monde.
< Il y avait alors à Jérusalem ”, dit l’évangéliste, “ un homme nommé &i:.
# Cf. Mal, I, 11, #-Cf, Mal, IIL, 1.
méon. ” # La manière dont saint Luc s’exprime sur un Personnage qui joua un si beau rôle à la Présentation du Sauveur, paraît supposer que Siméon n’était pas revêtu de la dignité sacerdotale, et qu’à :
plus forte raison il ne peut être identifié
avec Rabban Siméon, fils du fameux Hillel et père de Gamaliel, en qui certains exégètes ont voulu le reconnaître, $. Luc n'aurait pas manqué, semble-t-il, de rele- -ver tous les titres Propres à fortifier le témoignage de Siméon à l'honneur de
le moment la consola- RER # Luc, II, 27,
“Cf, Maldonat, h. d, ainsi que Migne: Summa qurca B, M, V.,t, I, P. 1148 et suiv.
56 ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES re RE SN ER
tion du peuple d'Israël. Dans ses intimes communications avec l'Esprit de Dieu, qui remplissait son âme, il s'était plus d’une fois plaint amoureusement des retards du Seigneur ; l'Hôte divin avait daigné lui répondre qu’il ne verrait pas la mort sans avoir vu le Christ du Seigueur. Et lc vicillard attendait; et chaque jou., comme une sentinelle vigilante, il était sur sa haute tour, pour voir s’il ne pourrait rien découvrir dans le lointain. Le moment de Dieu allait enfin venir ef couronner tant d'espérance et une attente si héroïque. Un jour, je ne sais quel mouvement de l'Esprit-Saint le poussa vers le Temple; la Sainte Famille venait d'y arriver, Eclairé par une lumière d’en haut, l'amour de Siméon eut bientôt reconnu, sous les pauvres langes de l’Enfant de Marie, l'objet de tous ses désirs. En croyant à peine ses yeux, et sans même remarquer l'indifférence qui régnait dans le lieu saint autour du divin Roi, il s’abandonna à tous les transports de son allégresse et de sa dévotion ; elles
PRÉSENTATION DE JÉSUS AU TEMPLR 57 dE
ne Connurent plus de bornes, lorsque la ierge bénie déposa lPEnfant
» le torrent de
& alors tout votre être.
Oni, c’est bien lui que vous Dortez; c’est le “ Christ au Seigneur ” ; C’est le Dieu de Vos pères, le Dieu d'Abraham, d’Isaac et de Jacob; c’est Celui que les Patriarches
reux vieillard, - regardez-le encore : regardez ces yeux si doux, dont Jes lunières vont dissiper les ténèb
terre; regardez cette
d'où s’échapperont les
éternelle -
es ! Cependant, le vieillard, sous le dou fardeau de l'Enfant, sentait, en Quelque sorte, sa vie
refleurir et tout son être se renouveler *; il éprouvait je ne sais quels tressaillements, comme ceux d’un être qui s'ouvre à une nouvelle existence et à toutes les délices d’une jeunesse immortelle. Cédant à la force de son amour, op ne peut guère en douter, il présenta aux lèvres du Dien Enfant ses lèvres toutes tremblantes de respect et de tendresse; et de sa bouche, consacrée par le divin contact, s’échappa alors le sublime cartique dont l'écho devait retentir jusqu'à la fin des siècles: c'était le chant du cygne; il avait vu le Christ, qu’avait-il encore à faire icibas? “ C’est donc maintenant, Seigneur,” s’écria-t-il, “ que,. selon votre parole, vous laissez aller votre servitéur en paix, puisque mes yeux ont vu le Sauveur que vous avez établi devant le monde entier pour être la lumière des nations et la gloire d'Israël, votre peuple. ”
# Factus est in puero puer; innovatus in aetate, qui plenus erat pietate. (S. Ang.).
Le saint vieillard nous livre, à la fin de son Cantique, le secret de la joie qui le transportait ; rien de moins égoïste et de plus noble. S'il était si heureux de mourir, c’est qu’il savait maintenant, c’est qu’il avait constaté de ses propres Jeux, que la pauvre humanité avait un Sauveur et que des jours meilleurs’ allaient enfin luire sur elle. Echappant aux préjugés étroits de la plupart de ses concitoyens, qui restreignaient à la nation théoeratique les bienfaits du Messie, il annonce et salue les premiers rayons du divin Soleil qui, s’élevant du sein de la glorieuse terre de Juda, allait inonder de sa lumière da terre entière, alors toute recouverte des ombres de là mort.
Au témoignage rendu par Siméon à Jésus Enfant, vint se joindre celui d’une sainte veuve, la fille de Phanuel, de la tribu d’Aser, Dieu l'avait préparée depuis longtemps à cette grâce. Anne avait atteint l’âge de 84 ans. Elle avait fourni avec honneur sa triple carrière de jeune fille, d’épouse et de veuve, laissant par-
2 DE sem sn 9
60 ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES Re 1
DS
tout après elle les chastes parfums de ses vertus. Privée de son mari, à la fleur de la jeunesse, après sept ans seulement de thariage, elle n’avait jamais voulu preudre de nouveaux engagemc ats ; elle savait, dit saint Augustin, que le-temps était venu où l’hommage de la continence serait plus agréable au Christ que celui de la
* maternité. * Elle passait la plus grande
partie de son temps dans le Temple, qui était hinsi devenu sa demeure habituelle ; nuit et jour, elle faisait monter vers de ciel des supplications ardentes, appuyées par un jeûne. continuel, et appelait la miséricorde divine sur son peuple. Dieu avait récompensé la fidélité de sa servante par des dons extraordinaires, et plus d’une fois son esprit avait été écluiré de lumières surnaturelles, :’° Attirée au Temple,
* Noverat jam tempus esse, quo Christo non oflicio pariendi, sed studio continendi.. . melius sertiretur, (Ang., de bono viduitatis, cap. 7, $ 10.).
* L'évangéliste s'étend avec une sorte de complaisance sur l’origine et les qualités d'Anne, pour relever l'autorité du témoignage qu’elle mérita de rendre à Jésus.
comme Siméon, par un mouvement du divin Esprit, elle eut aussi l’ineffable consolation de reconnaître et de contempler Celui dont elle avait si souvent et avec tant d’ardeur imploré la venue ; elle éclata en actions de grâces, appuya le témoi.
&nage et les louanges du vieillard, et se livra à tous ses transports, et dès lors, juau’à la fin de sa vie, sa plus douce joie fut de parler Qu divin Fils de Marie “ à tous ceux qui attendaient la» rédemption d'Israël, ”
“ Cependant les Parents de Jésus ”, remarque l’évangéliste, “ écoutaient avec ravissement les grandes choses que les deux saints vieillards disaient de Jui. ” Sans doute, ils n’apprenaient rien de nou- Veau ; mais qui ne sait que le souvenir des choses merveilleuses, surtout Quand elles regardent un être cher, ne peut jamais être rappelé à l'esprit sans Y éveiller un profond sentiment d’admiration? 1: Marie Me
# Transcendentium rcrum notitia, Quoties in me-
moriam tencrit, totics renotat in mente miraculum. (Graccus À. QD. 8. Th., Caten. aur.),
et Joseph ne se croyaient jamais assez instruits des grandeurs de Jésus; ils se plaisaient à en entendre le récit, où ils découvraient sans cesse de nouvelles beautés; les choses qui intéressaient l'Enfant divin étaient toujours assez nouvelles, à leurs yeux, pour ne jamais cesser d’être admirables, ‘* N’avaient-ils pas 3ieu d’ailleurs d'admirer la conduite étonnante de la Providence à l'égard de Jésus et son attention à relever, pour ainsi dire, l’obscurité de chacun de ses mystères par quelque circonstance extraordinaire? Et comme ils bénissaient du fond de leur coeur ces deux âmes simples et humbles, sur lesquelles s'étaient fixées les préférences du Seigneur !
Siméon avait remis l'Enfant à ses parents; il les félicitait de leur gloire et de leur bonheur. Maïs voici qu’à la lumière d’en haut, l'avenir de l'Enfant et de la Mère s'ouvre à ses yeux. M: par l'Esprit de Dieu, il se tourna vers Marie, dont il
# Cf. Duquesne, Evang, médité: h. L
PRÉSENTATION DE JÉSUS AU TEMPLE 63 mm én à
sembla alors entrevoir la maternité virginale, et il eut le Courage de dire à une telle mère : “ Cet enfant est : n monde pour la ruine et la résurrecti d’un grand nombre en Israël,et pour être en butte à Ia contradiction; vous-même vous aurez l’âme transnercée d’un glaive; et ainsi seront révélées les pensées cachées dans le coeur d’un grand nombre ”, Marie, si heureuse tout à l’heure des louanges données à l’Enfant, courba la tête sous ces paroles ‘ ef.
froyables pour une mère, ” * comme sous un vent d'orage, et adora la volonté de Dieu. Elle embrassa avec joie, pour l’amour de son Fils et de ceux qu’il était venu sauver, toute la douleur que donne la prévoyance d’un mal extrême, avec les inquiétudes importunes et toutes les angoisses causées par l'ignorance de la nature de ce mal, *:
Siméon venait de faire en peu de mots
* Boss., ler sermoñ sur la Purific.
# Boss., {bid,
l'histoire de la vie du Sauveur par rapport à l'humanité, Principe de résurrection pour les uns, il devait être une occasion de ruine pour les autres; il se rencontrerait des hommes assez esclaves de leurs passions pour refuser le salut offert par le Fils de Dieu, des hommes qui s’élèveraient contre la Vérité, qui chercheraient à l’obscurcir sous le blasphème et la calomnie, qui ne seraient contents que lorsqu'ils l’auraient vue clouée à un gibet. Et ainsi, toutes ces contradictions auxquelles Jésus devait être exposé, mettraient au grand jour les dispositions secrètes d’un grand nombre, leur arracheraient le voile de piété qui égarait l'opinion, et révèleraient la profondeur de l’orgueil et de la - Corruption cachés au fond de tant de coeurs.
Commencée pendant la vie mortelle du Sauveur, la lutte contre lui s’est poursuivie dans le cours des siècles, et elle se prolongera jusqu’à la fin des temps. Cette campagne aussi habile que perfide qui est menée de nos jours contre l'Eglise,
mm —
n’est qu’un épisode de cette étrange et longue Suerre, où la violence essaie d’opprimer la Vérité, selon le mot de Pascal, Le Christ a toujours été et sera toujours en butte à Ja contradiction, I] Partage l'humanité en deux Camps: le camp dé Dieu et le Camp de Satan.
Dans la personne des deux saints vieil.
lards Siméon et Anne, le monde ancien, avaut de disparaître, était venu rendre témoignage au Christ, qu’il avait figuré, annoncé, préparé, attendu et appelé avec tant d’ardeur: il avait salué en ce petit Enfant le consommateur de Ja religion ancienne, et s'était plu à rélébrer ses gloires ; puis, obligé de se retiies, il lui avait donné le baiser d’adieu, baiser plein de consolation et d'amour, et lui avait enfin remis les clefs de l'avenir, en marquant la part que Marie aurait au sacrifice de son Fils et en la désignant ainsi à ladmiration, à Ja reconnaissance et à l’imitation du genre humain. La tâche du vieux Monde était désormais accomplie; sa mission était terminée : et voici “ que s'ou-
vrait la grande ère des siècles nouveaux...
et que les grands mois commençaient leur cours. ” ?
Et Marie et Joseph, prenant congé des deux vénérables vieillards, quittèrent les sacrés parvis. En retournant à Bethléem, * la Vierge, sans doute, serrait plus