‹ Études évangéliques [microforme]Chapitre 5 sur 23 · MER JE · texte numérisé non relu

MER JE

# Magnus ab integro saeclorum nascitur ordo, ...et incipient magni procedere menses.

Virg., Eglog. IV. Cf. Mgr Gay, Dlévations sur la vie de N.-8. Jésus-Christ, 20e Elévat.

# Saint Luc dit qu'après avoir tout accompli selon la loi du Seigneur, Marie et Joseph retournèrent à Nazareth (II, 39). Il ne veut pas dire, sans doute, qu'ils le firent immédiatement, C’est la manière des évangélistes, comme le remarque saint Augustin, de raconter de suite et de joindre les choses éloignées les unes des autres, lorsqu'ils croient devoir omettre les faits intermédiaires qui n’entrent pas dans leur plan. Il est vraisemblable qu'après la Purification, Joseph #t Marie retournèrent à Bethléem, et qu'ils voulurent s’y fixer. Aussi à leur retour d'Egypte, n'est-ce pas à Nazareth qu'ils se proposaient de se rendre, mais à Bethléem (“ en Judée ”); et ce n’est que la crainte d’Archélaïüs qui les détermina, sur un avertissement céleste, à revenir à Nazareth. (Mat, II, 22) : incident que l’évangéliste relève comme providentiellement ménagé et en dehors des probabilités

Se

fort sur son coeur le Fils qu’elle venait de sacrifier à Dieu Pour le salut du genre humain. Elle savait que Jésus ne lui ap- Partenait plus, qu’il était devenu la propriété des hommes, et qu’ils ne le lui avaient remis par les bras de Siméon,” qu’afin qu’elle l’élevât Pour eux. Allez, anguste Vierge, emportez cet Enfant, nourrissez-le et faites croître cet*e divine Victime; et puissent les grandes et si longues douleurs que vous avez acceptées avec tant d'amour et de joie pour notre salut trouver un écho dans tous les coenrs

que s’accomplit la appelé Nazaréen ” époux pensaient-ils volonté de Dieu d'é-

un établissement défini hypothèse assez Plausi

et vous assurer le respect et l'amour du genre hunrain ! **

# On trouve une figure frappante de ces longues angoisses de la Mère de Jésus däns l’histoire de Jochabed, mère de Moïse, chargée par la fille de Pharaon d'élever en qualité de nourrice son propre enfant pour ‘cette royale princesse, “ Reçois cet enfant, lui avait dit celle-ci, et nourris-le moi; je te donnerai ton salaire. ” Accipe puerum istum, et nutri mihi: go dabo tibi mercedem tuam. (Ex.

IH, 9.) Cf. P. Ventura, La mère de Dieu, mère des hommes : 11, 4. :

Les Mages (MATT., 1, 1-12)

Circumspice, Jerusalem, ad Orientem, et vide Jucunditatem a Deo tibi venientem.

Regrrde, Jérusalem, du côté de l'Orient, et vois la joie que Dieu t'envoie.

(BaRucu, 1v, 36).

ORSQUE le saint vieillard Siméon saluait la divine Lumière qui devait briller sur toutes les n1-

æ tions, l'étoile s'était déjà levée, qui allait amener de l'Orient, aux pieds de l'Enfant Dieu, les prémices de la gentilité.

Ce n’étaient pas seulement les Juifs qui attendaient alors le Läbérateur. Répandus dans toutes les villes de l’univers, où ils s'étaient fait beaucoup de prosélytes, ils avaient réveillé partout, avec les

ne ee

antiques traditions dont leurs livres sacrés étaient les dépositaires, les souvenirs à demi effacés du Rédempteur promis dès l’origine du monde: “ L’Orient tout entier ” dit Suétone, ! “ avait les yeux fixés sur une antique et constante opinion d’après laquelle les destins promettaient le sceptre de l’univers à des hom:nes sortis en ce temps de la Judée. ” “ Un grand nombre ”, rapporte Tacite, * “ était persuadé, d’après d’antiques traditions sacerdotales, que le temps était venu où l'Orient devait saisir la suprématie, et où des hommes partis de la Judée deviendraient les maîtres du monde. ” M. Gaston Boissier remarque, lui aussi, * que “c'était une opinion accréditée alors que :

le monde épuisé touchait à une grande

: Percrebuerat oriente toto vetus cet constans opinio csse in fatis ut co tempore Judaca profecti rerum potirentur, (Suet., Vespasian. No +).

? Pluribus persuasio inerat antiquis saccrdotum littcris continert co ipso tempore forc ut valesccrct Oricns profectique Judae4 rerum potirentur. (Tac., Histor., !, *, n. 13).

* La religion romaine, t. I, p. 260 sq, 4e éd.

PS

crise, et qu’une révolution se préparait qui lui rendrait la jeunesse. ” “ De quelque côté qu’on prétât l'oreille, ” ajoute-til, on n’entendait alors que la voix des devins ou des sages qui annonçaient Pap- proche des temps nouveaux. ” Virgile semble s'être fait l'écho de toutes ces aspirations dans sa quatrième églogue, où il montre la nature entière tressaillant d’allégresse dans l'attente d’un enfant qui allait renouveler le monde, clore le siècle

de fer et ramener l’âge d’or, effacer tous les vestiges de nos crimes et affranchir la terre de toute crainte, abattre le serpent et régner sur l'univers pacifié. « Ainsi, te,

“ Ultima Cumaci venit jam carminis aetas; Magnus ab tategro saeclorum nascitur ordo.

Jam redit et Virgo, redeunt Saturnia regna; Jam nova Progenies caelo démittitur alto.

Tu modo nascenti puero quo ferrce primum Desinet, ac toto surget gens aurea mundo, Casta, favc, Lucina...

Te duce, si qua manent sceleris vestigia nostri, Irrita Derpetua solvent Jormidine terras.

Ille Deum vitam accipiet...

Occidet et scrpens, ct fallaz herba veneni Occidet ; As8yrium vulgo nascetur amomum.

72 * ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES ne or a a 2

vers l’époque de la naissance du Carist, l’attente était partout. Mûs par je ne sais quel souffle divin, les peurles, courbés sous le joug de l'erreur et du vice, se tournaïent tous comme instinctivement, dans leur détresse, vers Celui qui est la lumière et le salut de l'univers, et le pays où il devait naître était devenu en quelque sorte le pôle de l'espérance : universelle.

‘Un calme profond, précurseur du grand événement, s'était répandu sur toute la surface de la terre. Recueiie dans un

mystérieux silence, l'humanité semblait suspendre sa marche et interrogeait tous

“Il est venu ce dernier âge prédit par la Sibylle de Cumes ; le grand ordre des siècles recommence. Déjà revient la Vierge (la justice), et avec elle le règne de Saturne ; déjà du haut des cieux descend une race nouvelle, Cet enfant dont la naissance doit mettre fin au siècle de fer et ramener l'âge d’or dans le monde entier, daigne, chaste Lucine, le protéger... Sous tes lois (ô Pollion), les dernières traces de nos crimes seront effacées, et la terre sera affranchie de la perpétuelle frayeur qui pèse sur elle, Cet enfant vivra de la vie des dieux... Désormais, plus de serpents, plus de plantes aux perfides venins:; en tous lieux croîtra l'amome d'Assyrie, ” (Virg., Egl. 4, passim.).

LES MAGES 73 ge

les points du ciel, à la recherche du signe du grand Roi. C’est qu’en effet d’anciennes traditions-lui avaient appris que l’avènement du nouveau Roi qui allait naîtr.

serait marqué par l'apparition d’une étoile extraordinaire. Aussi bien, qu’elles soient fondées ou non sur la fameuse prophétie de Balaam : “ Une étoile sortira de Jacob, ” 5 on ne peut guère douter que ces traditions ne fussent alors d’une notoriété vulgaire. Les Mages, annonçant aux Juifs qu'ils ont vu l'étoile du Messie, en parlent comme d’une chose qui ne dût étonner Personne, et avec la conviction que tout le monde savait qu’une étoile devait être la marque pronre de l’avènement du Christ. Ils ne disent pas: “Nous aVOnS vu une étoile en Orient ”; mais “ nous avons vu son étoile. ” Il est aussi à remarquer qu'Hérode ne sembla pas douter que cette étoile ne fût bien l’annonce du Messie, comme le prouve toute sa conduite en cette conjoncture.

RES 5 Orietur stella €cr-Jacob, (Nomb., XXIV, 17).

74 ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES en

On ne saît pas à quel moment précis cette étoile parut. 11 semble plus probable qu’elle commença de rayonner lorsque le divin Soleil perça le nuage derrière .

lequel il s'était renfermé pendant neuf mois et qu’elle resplendit aux yeux des Mages en même temps que la lumière d’en haut brilla sur les bergers de Bethléem. * Aussi bien les Mages semblent-ils associer dans leurs paroles l’idée de la naissance du Roi des Juifs à lapparition de son étoile,

On s’est beaucoup occupé de la nature de ce phénomène, et il serait long de rapporter tous les sentiments qui se sont produits à ce sujet. Ils peuvent se ramener à deux. D’après un certain nombre d’interprètes, l’astre des Mages ne serait qu’un . Phénomène astronomique normal. On . connaît, entre autres, la célèbre hypothèse de plusieurs savants modernes, selon lesquels cette étoile serait, pour ainsi dire, résultée de la réunion extraordinaire de

® Cf. Bened., XIV, De festis, p. 1a, LXVI.

eme PE

trois planètes, Jupiter, Saturne et Mars, formant par leur rapprochement comme un seul corps lumineux d’une très vive clarté. Que ces trois planètes soient en effet entrées en conjonction vers l’époque de la naissance de Jésus-Christ, la chose ne semble pas douteuse: les savants calculs de Képler, acceptés par les astronomes modernes, la mettent hors de doute, Mais il est difficile de voir que ce phénomène sidéral réponde aux données de VE-

vangile sur l'étoile des Mages. Comment ces sages auraient-ils attaché une signification mystérieuse à un phénomène purement naturel? Mais surtout comment contevoir qu’un de ces globes immenses qui em à

De J. O. vero anno natalitio. Képler ces

76 | ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES S —————————_________ gravitent dans les profondeurs du firmament marche devant des voyageurs, selon l'expression de l'évangéliste, et leur indique le lieu précis où repose un enfant ?

Il est plus vraisemblable et plus simple de croire, avec la plupart des interprètes, que l'étoile des Mages n'était qu’un météore resplendissant formé pour la circonstance sous la figure d’un astre dans la région de l'atmosphère, *

Plusieurs ont émis l’idée que cette étoile merveilleuse n’avait été visible que pour les Mages. L'opinion contraire paraît plus conforme à la lettre du texte sacré : les Mages, selon la remarque de dom Calmet, semblent s’exprimer à Jérusalem comme

indication particulière. Mais quand ils la virent descendre, s’avancer peu à peu vers l'occident et enfin y disparaître, les Mages se décidèrent à la suivre, et, en se rappelant le chemin de l’étoile, ils vinrent en Judée, ” Opera omnia, Francfort, 1898, t. IV, p. 346, Cette hypothèse paraît un peu bien compliquée et multiplie les miracles sans raison, Cf. Vigouroux, Dictionnaire de la Bible : Etoile des Mages,

* Cf. S. Thom, IIT, q. 36 a. 7 set Filion, Comment. eur saint Matth., h. 1,

‘ LES MAGES 77 mm si tout le monde avait pu voir l'étoile du Messie,

Quelle émotion n'excita pas un phénomène si extraordinaire au sein de ces peuples de l'Orient tout pleins de l’idée d’un Libérateur et de celle du signe qui devait l'annoncer! Certes il n’est pas étonnant que plusieurs des principaux Personnages de ce pays se soient levés pour aller porter leurs hommages aux pieds du nouveau Roi. H n’est pas même invraisemblable de croire qu’ils entreprirent ce long voya-

-8e, non seulement en leur propre nom, mais comme représentants d’un grand nombre qui Partageaient leurs sentiments.

Qu'étaient-ils cependant, ces nobles pèlerins dont le nom devait être célébré avec tant d'éclat dans toutes les générations à venir? Quel était leur rang dans la société? Quel était leur nombre? Quelle région de l'Orient habitaient-ils? Ni PEvangile ni la Tradition n’offrent aucune réponse certaine à la plupart de ces questions. Si ce silence témoigne qu’elles ne sont pour NOUS que d’une importance secondaire, on

78 ‘ ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES mé le PE GE

ne peut nier cependant qu’elles ne présentent un vif intérêt et ne soient tout à fait dignes d’arrèter l'attention d’un chrétien.

Saint Matthieu donne à nos héros le nom de mages. Ils appartenaient par conséquent à cette caste sacerdotale célèbre qui florissait autrefois chez les Mèdes et les Perses, Ministres d’une religion qui était alors, ‘comme dit M. de Broglie, ° “ l’une des plus semblables au judaïsme et au christianisme qui aient jamais existé”, ils adoraient sous le nom d’Ahuramazda (Ormuz: le sage éternel) un Dieu unique, parfait, personnel, créateur du monde, même d’Abriman (l'esprit de perdition ) .'° A l’étude de la religion ils joignaient celle de toutes les sciences et spécialement de l’astronomie, qui était fort en honneur parmi eux. Teur influence était grande au milieu de leurs concitoyens et à la cour des rois persans. 8i l’on en croit Cicé-

* De Broglie, Cours de l'histoire des cultes non chrétiens, p. 36.

# Cf. Dollinger, Paganisme et Judaïsme, trad. J. de P., 1, VI, 21-28,

nan

ron, ‘! Personne, en Perse, ne pouvait monter sur le trône sans Passer par leur école. ** S’ils jouissaient dans leur pays d’une si haute situation, il ne serait ce.

pendant pas exact de dire qu’ils fusseni des rois, La légende populaire qui attribue aux Mages de l'Evangile le privilège de la royauté semble fondée sur une fausse interprétation de ce Passage du Psaume LXXI, 10, * qu’on peut traduire ainsi, ee ,

# Nec Quisquam re> Persarum potest cssc, qui non ante magorum disciplinam scientiamque perceperit, (de Divinat. 1, I, c. XLI) Magos.…. (auod 9enus sapientum ct doctorum habebatur in Persis) Ibid., ce, XXIIT,

# Avec le temps, le nom de mage, peut-être à cæuse de certaines pratiques singulières ou superstitieuses de quelques mages, finit par être pris en mauvaise part et servit à désigner les magiciens, les sorciers, (Cf. Act., VIII, 9; XIII, 8, ete.). C'est ainsi que plusieurs autres noms d’abord honorables, comme : sophiste, estrologue, tyran, sont maintenant employés dans un sens défavorable, Evidemment, c'est dans son acception originale que S. Matthieu a pris le nom de mage, comme le montre l’ensemble du récit,

» Reges Tharsis et insulae munera offerent ; regcs Arabum ct Saba dona adducent. (Ps. LXXI, 10),

: d’après le texte original: “ Les rois de.

Tharsis et des fles paieront des fributs ; les rois de Saba et de Séba offriront den présents ”. Les îles mentionnées dans ce texte ainsi que Tharsis (c’est-à-dire Tartessus, port célèbre de la côte méridionale de l’Espagne) représentent lEurope ; Saba (capitale de lArabie heureuse), figure l’Asie, et Séba (île située, d’après l’historien Josèphe, entre deux affluents du Nil, et qu’on appela p'as tard Meroé) désigne l’Afrique. Evidemment, on ne peut voir dans ce verset qu’uné prédiction de la conversion des Gentils et de la catholicité de l'Eglise ; il n’y est question des Mages qu’autant qu’ils sont les prémices de

la Gentilité convertie au Christ. Il est à.

remarquer aussi que sur les anciens monuments de l’art chrétien les Mages ne sont pas représentés avec la tiare, qui est le diadème des rois de Perse, mais avec le bonnet phrygien et le costume des riches Persans. Aussi bien la mention de la royauté des Mages ne paraît dans aucun des anciens Pères. Cependant Tertullien,

es

LES MAGES ; rm mm + ‘ faisant sans doute allusion à leur haute autorité, dit qu’elle était presque royale,

Parmi ces grands Personnages qui composaient la classe des ages, combien y en eut-il qui eurent lhonneur d’aller saluer le Libérateur dans son berceau ?

Quelques-uns portent leur nombre jusqu’à douze; la plupart des auteurs le réduisent À trois, et ce dernier chiffre paraît défini. tivement adopté par l'opinion traditionnelle à partir de saint Léon le Grand. Le nombre des présents offerts par les Mages semble favoriser ce sentiment. Quant aux noms qu’on leur donne aujourd’hui vulgairement, Melchior, Gaspar, Balthasar, ils ‘Ont été inconnus jusqu’au commencement

du IXe siècle, Dans les Collectanea, ou:vrage faussement attribué au vénérable Bède, et dans lequel, dit Sellarmin, on ne peut presque rien trouver qui soit digne du génie de Bède, Melchior est représenté Comme un vieillard à cheveux blancs et

“ Nam Magos reges fere habuit Oriens. (Tert., : Adv. Jud., 9),

barbe longue; Gaspar, comme un jeune ‘ imberbe ; Balthasar, avec le teint brun et la barbe épaisse,

Bien des opinions ont été émises sur le lieu d’où sont partis nos illustres voyageurs. Les deux hypothèses qui ont réuni ïe plus de suffrages sont celles qui leur donnent pour patrie l’Arabie et la Perse.

La première de ces hypothèses s'appuie principalement sur le texte du psaume 71, que nous rappelions tout à l’heure, sur le voisinage de l’Arabie à l’égard de la Judée et sur la nature des présents des Mages, qui font penser à l’Arabie, terre par excellence de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Un simple coup d’oeil suffit pour constater combien cette triple raison est loin d’être convaincante. Comme il semble qu’il n’y ait jamais eu de mages en Arabie et que la Perse est leur patrie ordinaire, il est à croire que c’est de ce dernier pays que vinrent nos trois pèlerins d'Orient.

Qui sait si,en appelant des Persans,comme prémices. de la Gentilité aux pieds du divin Roi des Juifs, Dieu n’aurait pas

mme —

voulu récompenser leur nation de la protection et de la délivrance qu’elle avait autrefois accordées à son peuple? : An sein de ces Populations, les traditions pri-

mitives s'étaient Conservées plus fidèle.

ment et étaient demeurées plus ‘vivaces que chez les autres nations, grâce à l'irfluence religieuse que les Juifs captifs exerçaient autour d’eux, grâce surtout au crédit extraordinaire dont jouit si longtemps parmi elles le grand prophète Daniel, qui était le conseiller le plus écouté à la cour de Darius le Mède et de Cyrus, et que sa sagesse avait fait nommer chef des mages. Ses célèbres prédictions messlaniques, toujours si respectueusement accueillies, avaient fixé jusqu’à lépoque même où devait Paraître le Libérateur. Ne s’explique-t-on Pas aisément que, lorsque les temps furent accomplis, il se soit trouvé dans cet ordre des Mages que Daniel avait présidé autrefois, quelques personnages tout disposés à reconnaître le signe PRES

Cf. Vigouroux, Dictionnaire de la Bivie: Mage,

du “ Fils de l’homme ” dans d'étoile miraculeuse qui brilla alors sur leurs têtes, et qu’ils aient été à même d’entendre cé magnifique langage du ciel, selon l’expression de saint Augustin. ** Il est à croire d’ailleurs,et c’est l’enseignement de la plupart des Pères,qu’à cette lumière extérieure répondit dans leur âme une lumière divine qui leur montrait le rapport de l’astre nouveau avec le Messie et les invitait à aller rendre leurs hommages au Libérateur. D’après quelques interprètes, l'étoile des Mages aurait offert à leurs yeux les traits d’un visage d’enfant tout resplendissant de lumière; et il est curieux de voir que Pline semble s'être fait l'écho de cette croyance, d’ailleurs peu fondée,dans a paroles de son Histoire naturelle :

“ II y eut aussi une comète, dont la cheve- ‘lure était si éblouissante de blancheur, qu’il était à peine possible de la contem-

# Stella quid erat, nisi magnifica lingua caeli? (S. Aug.).

nm

pler; elle représentait un Dieu sous les traits de l’homme, ” :

Les Mages furent fidèles à “ Ja lumière du Christ, ” : Longtemps auparavant, le père des croyants avait quitté sa ville de la Chaldée, à la voix du Seigneur ; devenus héritiers de la foi d'Abraham, ces vrais Sages n’hésitent pas non plus à quitter leur pays, leur famille, leurs biens, Pour répondre à l'appel d’en haut, quelque étrange et romantique que leur conduite

puisse Paraître. C’étaient les princes de Saba qui allaient contempler le nouveau Salomon ; c’étaient toutes les nations qui s'ébranlaient pour aller se jeter aux pieds du Sauveur universel, du Désiré des nations.

On suppose assez généralement que l'étoile guida 1es Mages pendant tout leur

“Fit (ou Juit, selon quelques-uns), et eandidus cometes, argenteo crine ita refulgens, ut vi» contueri liceat, specieque human@ Dei effigiem in se ostendens. ‘(II, 29), ”

#““Lumen ad revelationem gentium. ” (Lue, 11, 32).

voyage, à peu près comme la colonne de feu guidait les Israélites dans le désert, et qu’elle disparut seulement à leur entrée à Jérusalem, pour reparaître à leur sortie de cette ville. L'étude attentive du texte évangélique porterait plutôt à croire que l'étoile ne les accompagna que de Jérusalem à Bethléem : “ Et voilà ” dit l’évangéliste, ‘après avoir rapporté leur entrevue avec Hérode, “ et voilà que l'étoile qu’ils avaient vue en Orient marchait devant eux. ” C’est donc, semble-t-il, qu’ils étaient venus sans elle: si elle leur eût déjà servi de guide depuis leur pays jus- .

qu’à Jérusalem, l’expression de l’évangéliste paraîtrait peu naturelle; et, de plus, dans cette même hypothèse, les Mages, à leur entrée dans la capitale de la Judée, se seraïent-ils exprimés en <es termes :

“ Où est le Roi des Juifs ? nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes ve- .

nus...? ” Il semble qu’ils eussent dû ajouter: “ et c’est elle qui nous a conduits - jusqu'ici. ” D’ailleurs, les Mages n’avaient point besoin de guide pour se rendre par

em

la voie des Caravanes dans une ville aussi

célèbre et aussi Connue que Jérusalem.

Quoique montés sur des chameaux, ces

“navires du désert ”, Qui peuvent fournir

Par jour une cou

Inètres,

C'était là, ’ils trouveraient Celui

ils seraient arrivés au jours après la Nativité,

2. parce qu’il n’est jaloux de son autoe un mois sans s'indes Mages, qu’il avait bourgade voisine à la es Juifs, en leur commandant de revenir lui dire s'ils l'avaient trouvé,

qu’ils cherchaient. Sans doute, leur imagination leur représentait les rues de Jérusalem jonchées de rarneaux verts et ornées de riches tentures, et ils croyaient déjà entendre le son des h:.,2s d'Israël et les chants d’allégress: is enfants des Hébreux autour du berceau de leur Roi.

On imagine leur surprise et leur désappointement lorsque la froide vérité frappa leurs regards et qu’à leur entrée dans la ville ils ne purent rien y découvrir qui -trahît quelque grand événement. “ Où est le Roi des Juifs qui vient de naître?” demandèrent-ils à quelques-uns des nombreux spectateurs qui se pressaient sur leur passage: “ Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l’adorer. ” “ Le Roi des Juifs, le Messie :! ” répétèrent les Juifs de Jérusalem en se regardant avec surprise, et sans savoir que répondre. La parole des Mages était tombée au milieu des groupes curieux comme l’étincelle sur le chanme : une sourde rumeur circule bientôt dans les rues, sur les places publiques, dans les maisons, et

LES Man 89 Te aan ennemie

Porte partout une émotion facile à concevoir, Est-il possible que le Roi-Messie soit né, et qu’on doive bientôt voir le drapeau de Juda flotter sur le monde vaincu? Comment l’odieux tyran d'Israël. l’usurpateur jaloux du sceptre de David, va-t-il accueillir une telle nouvelle ? La rumeur publique eut bientôt franchi le seuil du palais d’Hérode et vint faire trembler le vieux roi sur son trône. Descendant d’Ismaël par sa mère, et d’Esaü par son père, Héro-de n’était ni l’oint du Seigneur ni l'élu du peuplè ; à force d’intrigues, il s'était fait imposer aux Juifs par les Romains toutpuissants. En proie aux frayeurs de l’ambition et aux tortures de la jalousie qui se disputaient son Coeur, il n’avait reculé devant aucun crime Pour affermir son trône. Il avait obtenu de Marc Antpgine, Son protecteur, la mort du dernier roi Asmonéen, Antigone, prince aimé du peuble; presque tous les membres du grand Conseil des Juifs avaient été immolés à Sa vengeance, avec tout ce qui restait des partisans d’Antigone ; ni la jeunesse et

les grâces d’Aristobule, son beau-frère, ni les cheveux blancs du vieil Hircan II, ne les avaient mis à couvert de sa cruauté ; Marianne, son épouse, et nièce d’Antigone, Alexandra, mère de cette belle et infortunée princesse, et tous les Machabées survivants, avaient eu le même sort ; il avait fait étrangler encore Alexandre et Aristobule, les deux fils qu’il avait eus de Marianne, et qui étaient chers au peuple, - malgré leur père, à cause des héros agmonéens leurs ancêtres. Et-combien d’autres avaient été victimes de ses terreurs jalouses ! Détesté de toute la nation, sur -laquelle il faisait peser un Joug de fer, ce monstre couronné n’avait pour lui que ses courtisans, ses sicaires, ses artistes et le : parti opulent mais peu nombreux des hérodiens, flatteurs séduits par la magnificence de ses travaux gigantesques et qui n’avaient pas honte d'sppliquer à la royauté de leur maître les caractères pro- Phétiques de empire du Christ. Au courant des prédictions relatives à l’avènement du Fils de David, il suivait d’un

mm

regard inquiet les manifestations de l’espérance Populaire, prêt à noyer dans des flots de sang tout semblant d’insurrection.

Et voilà que d’illustres personnages de l'Orient viennent, sans mystère et sans détour, porter jusque dans sa Capitale la nouvelle de la naissance du Roi des Juifs!

Les habitants de Jérusalem qui connais- saient Hérode durent trembler pour la vie de leurs nobles hôtes. Aussi habile que cruel, le prince iduméen dissimula son indignation et les craintes secrètes qui l’agitaient, Sa conduite à l'égard des Mages est un type de politique insidieuse et d’hypocrite fourberie. Déjà iT ne restait plus aucun débris de la race des Machabées: sa résolution est vite prise d’étouffer à sa naissance ce rejeton de David qui semble menacer son trône, Fei- guant d'entrer dans les préoccupations des Mages et de la ville de Jérusalem, il convoque le grand Conseil des Juifs, * ASE

* Etahli à Jérusalem, après l'exil de Babylone, : ce conseil ou Sanhédrin était le tribunal suprême des Juifs: c'était à Jui qu'étaient déférées Jes dif-

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