‹ Études françaises et étrangeresChapitre 17 sur 67 · LETTRE DE FLORINDE · texte numérisé non relu

LETTRE DE FLORINDE

Ali ! monseigneur et père, Vous , en qui seul j'espère , \ olis , le seul que je crains , Dans mes chagrins ;

&> 58 «S Comme une pécheresse Prie un moine et le presse , Et baise son cordon , Criant : Pardon !

Comme une humble sujette Aux pieds d'un roi se jette ,

En demandant merci

Je fais ainsi.

Encore un regard tendre I Avant que de m 'entendre , \ ous , mon prêtre et mon roi Bénissez-moi.

Oh ! mes belles années , Oui fuyaient, couronnées D'innocence et d'honneur !

Oh ! quel bonheur !

Quand, près de vous sans cesse Ni reine ni princesse N'avait un sort pareil , Sous le soleil !

Quand, d'extase ravie, Vous me lisiez la vie Des bienheureux martyrs !

Les repentirs

De Sainte-Madeleine , Qui cacha sous la laine Ses attraits pénitens , A dix-huit ans !

Et la visite étrange Que Marie eut d'un ange Et la crèche et les rois , Mages tous trois !

.Mon bon pèle, quels charmes, Quand , dans la salle d'armes , Où pendaient aux piliers Cent boucliers ,

Je chantais la romance Qui , par ces mots, commence :

Le plus beau nom chrétien.

C'est Julien.

El les grandes armures Rendaient de sourds murmures, Comme au réveil d'uu camp, S'enti cchoquant ;

Et vous disiez : « Ma fille, L'âme de la famille , Ta mère , ange mortel , Est dans le ciel...

Ta mère vit encore :

Sa grâce te décore , ^ oilà ses yeux , sa voix Je la revois ! »

C'est alors qu'à Tolède , lue fête était laide , Si je n'y voulais pas Suivre vos pas.

Dieu du ciel, et naguère, En partant pour la guerre , Votre brillant exil, Vous souvient-il,

Comme sur la pelouse , Via cavale andalouse Suivit votre coursier, Couvert d'acier ;

Et comme, après six lieues, Au chemin des Croix Bleues, Il fallut s'arrêter, Pour se quitter !

Hélas ! hélas ! que n'ai je , De mes voiles de neige, Me dépouillant alors Chargé mon corps

De l'airain des cuirasses ; ^l'attachant à vos traces , Comme un esquif léger Aime à nager

Aux flancs du grand navire, Et triomphe ou chavire Avec le roi flottant, Qu'il chérit lant.

Pourquoi , de pleurs noye'e , M'avez- vous renvoyée, Seule, dans cette cour, Fatal séjour,

Peuplé d'infâmes pièges , De complots sacrilèges, Plus noirs que les desseins Des Sarrasins !

Et moi , près de la reine , Ma digne souveraine , Sans peur du roi, j'allais Dans le palais.

Plût à Dieu que la terre Enfermât ce mystère De crime et de remords , Avec ses morts !

Ali ! mes pleurs, j'en suis sûre , Par qui sont, à mesure, Les mots que j'ai tracés , Presqu'effacés ,

Tous apprennent, de reste, Ce mystère funeste , <v)ue je ne puis celer , Ni révéler.

En un mot, votre fille, Votre sang qui pétille, AI clé plus d'une fois Au sang des rois ,

A souffert avec rage , Le plus horrible outrage

De leur vil successeur !.

Aimez ma sœur;

Oubliez-moi.... mais, comte, N'oubliez pas la honte Faite à votre maison ; Tirez raison

De tant de perfidie ; Par le fer, l'incendie..

Dites à l'étranger

De nous venger ;

Et que l'Espagne apprenne Mon injure et ma haine Par l'éclat seulement Du châtiment.

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