‹ Études françaises et étrangeresChapitre 2 sur 67 · XII · texte numérisé non relu

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nécessairement, et a pris ce caractère léger, didactique ou satyrique qu'elle a conservé pendant deux siècles, et qui lui a donné une physionomie moins belle sans doute, mais bien distincte au milieu des nations modernes. L'espace nous manque pour une pareille dissertation, et d'ailleurs ces questions et beaucoup d'autres aussi importantes sont traitées de main de maître par M. Sainte-Beuve, dans son Tableau de la Poésie française au seizième siècle , ouvrage d' une grande utilité et d'un grand charme, qui restera comme un monument de l'art, comme un modèle de critique, et qui ne pouvait sortir que de la tête d'un érudit, d'un philosophe et d'un poète.

Le Lyrique, YElégiaque et Y Epique étant les parties faibles de notre ancienne poésie , comme nous l'avons déjà observé, c'est donc de ce côté que devait se porter la vie de la poésie actuelle. Aussi, M. Victor Hugo s'est-il révélé dans l'Ode, M. de Lamartine dans l'Élégie, et M. Alfred de Vigny dans le Poème, Mais avec quelle habileté ces trois jeunes poètes ont approprié ces trois genres aux besoins et aux exiçeances du siècle ! M. Alfred de Vigny, un des premiers, a senti que la vieille épopée était devenue presqu'impossible en vers, et principalement en vers français, avec tout l'attirail du merveilleux ; il a senti que les

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Martyrs sont la seule épopée qui puisse être lue de nos jours, parée qu'elle est en prose, et surtout en prose de M. de Chateaubriand; et à l'exemple de lord Byron, il a su renfermer la poésie épique dans des compositions d'une moyenne étendue et toutes inventées ; il a su être grand sans être long. M. de Lamartine a jeté dans ses admirables chants élégiaques toute cette haute métaphysique sans laquelle il n'y a plus de poésie forte ; et ce que l'àme a de plus tendre et de plus douloureux s'y trouve incessamment mêlé avec ce que la pensée a de plus libre et de plus élevé. L'élégie, sur sa lyre, est devenue immense. Enfin M. Victor Hugo a non-seulement composé un grand nombre de magnifiques odes, mais on peut dire qu'il a créé l'ode moderne; cette ode, d'où il a banni les faux ornemens, les froides exclamations, l'enthousiasme symétrique, et où il fait entrer, comme dans un moule sonore, tous les secrets du cœur, tous les rêves de l'imagination, et toutes les sublimités de la philosophie.

La grande poésie française de notre époque ( toujours abstraction faite du théâtre ) nous semble donc principalement représentée par MM. Victor Hugo, de Lamartine et Alfred de Vigny , autant à cause de leur talent que parce qu'ils l'ont appliqué à des genres dont notre lan-

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gue n'offrait pas d'exemples ou dont elle n'offrait

que des modèles incomplets. Il est encore un poète qu'il est impossible d'oublier : il n'a fait que des chansons, qu'importe! il n'y a point de genre secondaire pour un talent du premier ordre. M. Béranger n'a point dénaturé la chanson, comme font dit de prétendus classiques; il l'a poétisée, et c'est ainsi qu'il mérite littérairement toute la célébrité que lui a faite l'esprit de parti, le plus bète de tous les esprits.

Le Français né malin créa le Vaudeville.

11 ne voudra pas anéantir sa création. La chanson enflammait nos aïeux dans leurs combats, elle les servait dans leurs amours, les consolait dans leurs disgrâces, les égayait sous le chaume

et même dans les palais Ce ne seront jamais

les amours ni les combats qui nous manqueront; le frais laurier de la chanson ne peut pas vieillir ni mourir sur la terre de France.

Certes, il existe en ce moment plusieurs autres poètes qui cultivent avec un juste succès les quatre genres que nous venons de citer; mais ceux d'entre eux qui ont le plus de droit aux hommages seront les premiers à sanctionner les nôtres;

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