LES BRIGANDS
<•■ Quoi! lâches, vingt contre un! et le sommeil me presse, Et, dans ces rochers sourds , d'une voix de détresse, Vainement crirait-on !
Et la nuit tombe, et l'ours se caclie, plein d'alarmes, Et vous avez du fer et toutes sortes d'armes , Et je n'ai qu'un bâton !
« Point de pleurs cependant, point de prières vaines. Je ne sais quelle flamme a passé dans mes veines .
Mais qui s'avance est mort.
Comme autrefois Sanison , garde' par vingt cohortes , Oui , de Gaza , la nuit, déracina les portes,
Je sens que je suis fort ! »
Et chargé d'un rameau , noueux débris d'un orme . Rodrigue encor semblait lever sa lance énorme,
Ou son sceptre de roi ; Et , devant son rocher, comme aux marches d'un trône, Les Brigands, dont la foule humblement l'environne,
Restaient muets d'effroi.
îl fait un pas, tout tremble et fuit. — A son approche. Tous ensemble mêlés, roulaient de roche en roche, Comme un sombre torrenl :
Arrachant leurs manteaux, et jetant sur la terre , Javeline, poignard et large cimeterre, Et toujours murmurant.
Rodrigue les poursuit du rega.rd; il ramasse D'une main une épée , et de l'autre une masse ,
Et debout sur le roc, Les écoutant bondir et tomber des montagnes , Des milliers d'Africains vomis dans les Espagnes,
Il n'eût pas craint le choc.
Certes , dans ce moment , si de sa vieille armée Eut paru quelque reste à sa vue enflammée ,
En criant : Liberté !
Il eût, jusqu'à la mer, borne du monde antique, Balayé les turbans, et du sceptre gothique
Rétabli la fierté.
Un des Brigands, sauvé, par hasard , dans sa chute A confessé depuis, que l'étranger en butte A leur piège assassin ,
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.N'avait pas d'un mortel l'attitude ordinaire, Qu'avant de s'échapper, sa voix comme un tonnerre, Mugissait dans son sein :
Qu'il avait devant eux grandi de vingt coudées ; Que de rouges éclairs ses prunelles bordées,
Comme un phare avaient lui ; Que ses deux pieds marchaient du pas des avalanches, Et cpie deux anges purs , vêtus de robes blanches ,
Se tenaient près de lui.
C'est Dieu dont la bonté suscita ce miracle
Pour qu'un trépas subit n'apportât point obstacle
Au salut du pécheur ; Pour que l'âme du roi , qu'il est tout prêt à rendre , Aux sources de la Grâce, eût le temps de reprendre
Sa native blancheur.