‹ Études françaises et étrangeresChapitre 25 sur 67 · ET MORT DE RODRIGUE · texte numérisé non relu

ET MORT DE RODRIGUE

î hut eux celui que le Seigneur afflige! — La nuit pesait tristement sur la mer, Lorsque le roi, d'un repentir amer, Tout obsédé, comme avant le prodige,

Arriva faible et l'esprit inquiet, A ers la cabane où l'ermite priait.

11 l'aperçut, à genoux, sur la pierre, Calme, éclaire par deux cierges fcremblans, Et rose encor sous ses longs cheveux blancs. Des pleurs pieux couvrirent sa paupière : Jamais le roi n'avait vu nulle part.

Depuis son père, un aussi beau vieillard !

Il s'approcba; l'ermite lui fit signe De le laisser finir son oraison ; Rodrigue , au seuil de la sainte maison , S'agenouilla, quoiqu'il en fût indigne.

Bientôt : « Entrez, dit le saint homme, et puis, Apprenez-moi pour vous ce que je puis.

Mais il est tard, vous êtes las sans doute Etendez-vous sur ce feuillage épais;.

Nous parlerons demain, donnez en paix ; Et toutefois, pour vous remettre en route,

Gardez sur vous cette pièce d'argent

On est toujours trop pauvre en voyageant. »

Le roi rougit. Mais quelle horreur subite, Quand sur L'aumône il retrouva ses traits ! L n cri terrible et des larmes après, Et puis ces mots étonnèrent l'ermite :

« Je suis Rodrigue; hier, j'étais roi; Si vous l'osez , priez encor pour moi !

Je suis venu , conduit vers vous , mon père , Par mes remords et par le Saint-Esprit ; (Jh ! dites-moi, le sang de Jésus-Christ, En qui le monde et l'enfer même espère , Suffira-t-il pour laver mes forfaits?

Mon front maudit se courbe sous leur faix. »

— « C'est vous ! c'est vous ! dit l'ermite, n'importe ;

A ous avez pris le chemiu du salut.

Confessez-moi vos péchés. Lieu voulut

Au Paradis ouvrir plus d'une porte;

Et la plus large , à ne vous point mentir ,

Ce fut toujours celle du repentir.

A genoux donc , et songeons à votre âme ;

Nous penserons plus tard à votre corps. »

Comme Saùl s'appaisait aux accords

Du saint pasteur qu'un feu céleste enflamme ,

Ainsi Rodrigue a, par degrés, senti

Se soulever son sein appesanti.

Le roi s'étant confessé, le vieux prêtre Le sermona d'un ton grave et touchant ; Puis , en prière il se mit sur-le-champ , Suppliant Dieu de lui faire connaître La pénitence , horrible assurément , D'un tel pécheur trop juste châtiment.

lu .-

11 demeura trois heures en prière, Frappa souvent sa poitrine ; enfin Dieu Lui révéla qu'il fallait qu'en ce lieu Rodrigue entrât vivant dans une bière , Où l'on aurait d'avance renfermé l ne couleuvre au dard envenimé.

L'ermite , heureux de cet avis suprême , L'apprit au roi qui , plein d'un saint espoir, Se réjouit, et se mit en devoir D'exécuter les ordres de Dieu même :

Il fit sa tombe.... et quand il s'y plongea, Une couleuvre y remuait déjà.

Trois jours après cette épreuve accomplie , L'ermite au roi s'adresse d'un air doux : « Bon roi , là bas comment vous trouvez-vous? » — « Dieu n'entend rien ; la couleuvre m'oublie ; C'est trop languir ; priez, mon père, afin Que le pécheur fasse une bonne fin. »

Le saint pleurait et priait, immobile, Encourageant le prince , sans le voir ; Le lendemain il revint, sur le soir, Et l'entendit cpii , d'une voix débile, Se lamentait et gémissait. — « Comment Vous trouvez-vous, dit-il, en ce moment.'

^ otre compagne est-elle enfin à l'œuvre ! » Et le bon roi Rodrigue répondit :

» Bien , très-bien. Dieu prend pitié du maudit ; Jésus n'a pas plus souffert!... La couleuvre Suce mon foie et de ses dents le mord (i). Priez toujours, priez jusqu'à ma mort. »

i I..i romance espagnole dit :

■ Corne me y a pjr ta part* , Que todo ta merecia .

Par donde fue el principio !)<• la muj grande desdicha

^ 113 "@ L'ermite alors lui chanta quelque psaume , En l'arrosant d'eau bénite et de pleurs; Et sur sa plaie, aux cuisantes douleurs, De la prière il épancha le baume.

Le roi mourut; et le prêtre étant là, Son âme en paix droit au ciel s'envola.

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