ODE M IH LIVRE II
A QUIRINUS HIRPINUS.
Quid belticosus cantabcr, ete
Laisse, cher Quirinus, par-delà le Bosphore , Le Scythe reveiller les fureurs de Pallas ; Ne prends pas trop de soin pour une vie, hélas l Que la tomhe sitôt dévore.
Le temps, d'un vol rapide, emporte nos beaux jours ; La beauté brille et passe , et d'ennuis absorbée ,
Bientôt la vieillesse courbée, "Vient chassant le sommeil et les folles amours.
Avec le printemps meurt la rose passagère, Phœbé montre et tantôt cache son front d'argent ; Pourquoi dans l'avenir chercher, en t'affligeant,
Des maux que la crainte exagère ?
Que n'allons-nous, parmi ces pins, aux longs rameaux . Tandis qu'une heure encore nous est abandonnée,
De fleurs la tète couronnée, En invoquant Bacchus, boire l'oubli des maux ?
Dans le cœur des mortels Bacchus endort les peines. — Enfans, prenez la coupe et le vase écumeux ; Qui de vous plongera le Falernc fumeux Dans les fraîches eaux des fontaines?.,.
Qui va chercher Lydie, au sourire charmant? Ah ! courez ! qu'elle vienne avec son luth d'ivoire,
Et de sa chevelure noire Les longs flots, comme à Sparte, enlacés mollement.
ODE XTI DU LIVRE Iï.
A GROPHUS.
Otittm rfiios, ttc.
Lorsque la sombre nuit, de tempêtes chargée, Dérobe aux matelots leurs guides radieux , Le voyageur, battu par les flots de l'OEgée , Demande le repos aux Dieux.
Que demandent , Grophus , et la Thrace indomptée , Et le Mède aux longs dards? C'est le repos encor, Que l'on n'achète point par la perle argentée, Ni par la pourpre, ni par l'or.
Non , les dons de Plutus , les faisceaux consulaires , N'éloignent pas des cœurs les soucis abhorrés ; Noir essaim, qui fuyant les chaumes populaires, Voltige sous les toits dorés.
Heureux qui révérant les vignes paternelles. Réjouit ses festins de leur tribut vermeil ! L'avarice et la peur, compagnes éternelles , N'abrègent point son doux sommeil !
Pourquoi perdre en projets nos heures passagères ? Pour des trésors d'un jour pourquoi tant s'agiter? L'insensé qui s'exile aux rives étrangères Peut-il soi-même s'éviter!1
Il part sur ira coursier : le chagrin monte en croupe, Plus prompt que le vautour qui fond du haut des airs ; 11 fuit dans un vaisseau : le chagrin sur la poupe, Avec lui traverse les mers.
Jouissons du présent ; par de folles alarmes , Gardons-nous d'attrister le douteux avenir; Remplaçons par les ris ce bonheur, que nos larmes Ne pourraient pas nous obtenir.
Le Stix du grand Achille a reçu la jeune ombre; Tithon meurt lentement par un long âge usé ; La Parque, de mes jours pourra grossir le nombre D'un jour à tes vœux refusé.
Dans tes champs spacieux cent taureaux paissent l'herbe ; Tu vois rentrer, le soir, mille blanches brebis, Et grandir, pour ton char, la cavale superbe, La pourpre enflamme tes habits.
B> ha m
Moi, j'ai reçu du ciel, plus généreux qu'avare, Peu d'arpens, mais je tiens des poétiques sœurs, La lyre chère aux Grecs, avec le don si rare, De rire des malins censeurs.