COMTESSE DE SAULX
Cette ballade et la suivante sont de Moncrif , niais non pas telles que je les donne ici. Expliquons-nous.
Moncrif avait mis dans ces deux compositions originales une grâce poétique , une naïveté' charmante , dont notre littérature offre trop peu d'exemples. Le plan , le dialogue , le ton général du style en étaient excellens, et ces qualités essentielles ont suffi pour les faire vivre dans la mémoire de tous les connaisseurs. Souvent même, la versification en était parfaite. Mais souvent aussi ( par suite d'un système mal entendu ) on y trouvait des négligences , des répétitions fatigantes , des rimes insuffisantes et jusqu'à un certain nombre de \ers faux. Moncrif a cru sans doute donner à ses ballades quelque chose de plus naturel et de plus simple , par ces négligences et ces irrégularités mêmes. Il s'est trompé. La simplicité et le naturel doivent être dans le fonds
des idées, dans les tours , dans l'expression mais
il faut toujours respecter les formes de l'art , qui ne sont rien toutes seules , mais sans lesquelles tout le reste n'a qu'une existence incomplète et passagère. Si Moncrif revenait aujourd'hui , i! sentirait cette
vérité, et il retoucherait sus poésies, afin de mettre partout l'art au niveau de la pensée. Il lui serait si facile de faire toujours ce qu'il a fait tant de fois !
J'ai osé le suppléer dans ce travail. J'ai refait plusieurs parties de ces deux ballades, j'en ai corrigé beaucoup d'autres ; enfin j'ai revu tout le matériel du stvle et de la versification , en tâchant de m 'inspirer du ton et de la manière de Moucrif , pour présenter un ensemble homogène.
Les gens de lettres me sauront peut-être cpielque gré d'un travail entrepris dans le seul amour de l'art , dont il ne doit me revenir aucun honneur, mais qui me sera pourtant assez payé si j'ai réussi à donner aux deux charmans petits poèmes de Moncrif un degré de perfection et un cachet de durée qu'il leur eût si complètement imprimé lui-même»