‹ Études françaises et étrangeresChapitre 5 sur 67 · S^ XVII · texte numérisé non relu

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c'est-à-dire qui n'ont point d'ideees ni d'imagination ? Quelle conclusion peut-on tirer delà? depuis quand caîcule-t-on les forces de deux armées par leurs blessés et leurs infirmes? Laissez -nous compter nos forces effectives, les talens véritables qu'on a tour-à-tour traités de romantiques depuis vingt-cinq ans ; nous laisserons les noms classiques en blanc , vous les remplirez vousmêmes. Nous ne pouvons pas mieux dire. Ensuite l'Europe ou un enfant décidera.

On convient généralement de la supériorité de notre jeune école philosophique et historique ; notre siècle est déjà si bon juge en fait de prose, que personne ne songe à nier l'immense talent de M. l'abbé de la Mennais, quoique ses systèmes soient combattus de toutes parts. Les triomphes de notre jeune école poétique sont au contraire fort contestés. C'est que pour juger la prose, il faut de l'esprit, de la raison , de l'érudition, et qu'il y a beaucoup de tout cela en France ; tandis que pour jugerla poésie il faut le sentiment des arts et l'imagination, et ce sont deux qualités aussi rares dans les lecteurs que dans les auteurs français. Dans notre pays, on comprend beaucoup plus et beaucoup mieux qu'on ne. sent. Or, la poésie n'est pas seulement un genre de littérature, elle est aussi un art, par son harmonie, ses couleurs et ses

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images, et comme telle c'est sur les sens et l'imagination qu'elle doit d'abord agir; c'est par cette double route qu'elle doit arriver au cœur et à l'entendement. De là vient que les grands musiciens et surtout les grands peintres , enfin tous les artistes distingués , sont bien plus sensibles à la poésie, et par conséquent, en sont bien meilleurs juges que les hommes de lettres proprement dits. L'éducation musicale commence à se faire parmi nous, le goût de la peinture est déjà fort répandu,- et cependant combien de gens d'esprit, sans compter ceux qui n'en ont pas, préfèrent encore un nocturne bien doux, ou l'ancien plein-chant de notre opéra, aux plus délicieuses modulations ou aux plus riches harmonies; et un intérieur de cuisine , ou un effet de Jieige avec un peu de feu , aux plus sublimes têtes et aux compositions les plus inspirées et les plus étudiées. Ce qui est vrai pour la musique et la peinture , l'est bien davantage pour la poésie qui est l'art le moins palpable, celui dont les secrets sont les plus nombreux et les plus intimes, celui enfin qui a le grand désavantage sur les autres arts de n'avoir pas une langue à part et d'être obligé de s'exprimer avec les mêmes signes qu'un exploit d'huissier, ou qu un roman vertueux qui fait pleurer les marchandes

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démodes. De tous temps, les poètes ont souffert de l'indifférence ou de l'ignorance du public. Le Odi profanum vulgus et arceo d'Horace , tous impertinent qu'il paraisse,devraitêtre l'épigraphe de chaque œuvre vraiment poétique. A moins d'un miracle qui arrive de loin en loin , quelle illusion peut se faire un poète de nos jours, quand le Dante, le Tasse, le Camoëns, Milton, etc., etc., ont été méconnus de leurs contemporains! la poésie, non dramatique s'entend (car le publie assemblé est presque la postérité ), se trouve étrangement compromise entre les hommes à idées positives et la frivolité des salons.

C'est en France surtout, chez ce peuple le plus spirituel et le plus intelligent de l'Europe , que la haute poésie est peut-être le moins goûtée par ce qu'on appelle le monde. Le caractère, l'éducation, les habitudes des Français n'ont rien ftartiste. Les brillantes qualités de leur esprit, la vivacité prodigieuse de leur conversation, la coquetterie de leurs mœurs, sont en opposition directe avec le sentiment poétique , qui ne se développe que dans une vie recueillie ou passionnée. A Paris, les arts et la poésie sont un sujet de discussion au lieu d'être un amour; il n'y a pas de pays où l'on en parle plus et où l'on en jouisse moins. Quelque chose de nio-

(jueur et d'impatient agite et caractérise la population de nos salons; ce qui est naïf et grand y est traité d'ennuyeux ou de ridicule, et les bougies n'éclairent que les succès du bel esprit et des grâces fardées. Honneur donc aux poètes dont les accens mâles et sévères ne provoquent point ces applaudissemens efféminés, ces triompbes sans conséquence , qui s'éteignent et meurent avec les flambeaux d'une fête ! Et pourtant la gloire est plus belle en France que partout ailleurs, et tous les erands hommes étrangers recherchent les suffrages de Paris, comme, dans les temps antiques , on recherchait les suffrages d'Athènes. C'est que, prise dans son ensemble, la France est toujours la reine des nations; c'est que, nulle part, les succès ne font autant de bruit; c'est qu'une jeunesse ardente et instruite fermente sur les bancs de ses universités; c'est enfin qu'au milieu même de ce monde si prosaïque et si superficiel , se trouvent peut-être cinq cents personnes, femmes et hommes, dont l'àme est aussi poétique et aussi rêveuse que dans les montagnes de l'Ecosse ou sur les bords de l'Arno , et qui ne possèdent pas moins cette promptitude de conception, ce jugement sain, cette délicatesse de tact que rien n'égale et ne remplace chez les autres peuples. Si les niasses sont

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