‹ Études françaises et étrangeresChapitre 53 sur 67 · MARINE · texte numérisé non relu

MARINE

Sombre Océan , du haut de tes falaises Que j'aime à voir les barques du pêcheur! Ou de tes vents , sous l'ombre des mélèzes A respirer la lointaine fraîcheur I

Je veux, ce soir, visitant tes rivages,

Y promener mes rêves les plus chers ;

J'aime de toi, jusques à tes ravages,

Mon cœur souffrant s'appaise au bruit des met-

Sombre Océan, j'aime tes cris sauvages;

Les jours sont doux près de tes flots amers!

Sombre Océan, j'épuiserais ma vie A voir s'enfler tes vagues en fureur; Mon corps frissonne et mon âme est ravie , Tu sais donner un charme à la terreur. Depuis le jour, où cette mer profonde , M'apparut noire aux lueurs des éclairs , Nos lacs si bleus , la langueur de leur onde N'inspirent plus mes amours ni mes vers : Sombre Océan, vaste moitié du monde, Les jours sont doux près de tes flots amers!

Sombre Océan, parfois ton front s'égaie , Epanoui sous l'astre de \énus;

Et mollement ta forte voix bégaie

Des mots sacrés , à la terre inconnus.

Et puis , ton flux s'élance , roule et saute ,

Comme un galop de coursiers aux crins verts ;

Et se retire , en déchirant la côte

D'un bruit semblable au rire des enfers.

Sombré Océan , superbe et terrible hôte ,

Les jours sont doux près de tes flots amers !

Sombre Océan , soit quand tes eaux bondissent , Soit quand tu dors comme un champ moissonné , De ta grandeur nos pensers s'agrandissent , L'infini parle à notre esprit borné.

Qui , devant toi , quel athée en démence, Nîrait tout haut le Dieu de l'univers ! Oui , l'Eternel s'explique par l'Immense ; Dans ton miroir j'ai vu les cieux ouverts — Sombre Océan , par qui ma foi commence , Les jours sont doux près de tes flots amers !

SOUVENIRS DE MORTFONTAINE

Souvent, l'amitié réunie

Au génie , Réveilla l'écho de vos bois

Par sa voix.

Las ! si du Dieu j'offre la preuve Qu'elle est veuve,

Ne soyez pas pour l'amitié , Sans pitié.

Charmantes sœurs, Laure, Calistc,

Il est triste , Bien triste de ne pas avoir

Le pouvoir

D'accorder son tendre délire

Sur la lyre , Que les Grecs passèrent aux mains

Des Romains ;

Ou bien sur le luth moins sévèn

Du trouvère , Qui maintint libres et joyeux

Nos aïeux.

Oh ! que si du siècle où nous sommes

Un des hommes Dont les chants entrent en vainqueurs

Dans les cœurs,

Etait là , promenant ses rêves

Sur vos grèves , Et nommant tout bas et tpujouf

Ses amours ;

S'il voyait ces forêts sauvages,

Ces rivages Doux et frais , ces lacs genevois

Que je vois;

S'il entendait les eaux lointaines

Des fontaines , Et tous ces mille oiseaux chantan

Que j'entends ;

S'il visitait l'enclos champêtre,

Où vient paître Lie chevreuil qui palpite encor

Loin du cor ;

Et plus loin , ces grands parcs superbes ,

Garnis d'herbes , Et qui servent aux jeunes daims

De jardins ;

Et la bas, ces fécondes plaines,

Toutes pleines Des trésors qu'Avril dédiait

A Juillet;

Et ces îles en fleurs , pareilles

Aux corbeilles Qu'arrange pour un jour charmant

In amant;

Et ces blanches troupes de cygnes ,

Dont les lignes Manœuvrent en légers vaisseaux

Sur les eaux;

Et ces monts de roches énormes

Et difformes, Comme un camp d'éléphans amis ,

Endormis:

Et cette grotte , étroite enceinte

Ou la sainte , Recluse durant cinquante ans ,

Tout le temps

Vssise immobile, en prière ,

Sur la pierre , Grava la rondeur de son fvo<

Dans le roc ,

Et ces tourelles sur l'arène,

Où la reine , Qui le nom de Blanche porta ,

Habita ,

Et l'ancienne commanderie ,

Dépérie , Des braves et saints chevaliers

Templiers ;

Et ce château, séjour sans cesse

De princesse ; Et près du marbre des palais,

Ces chalets ,

Où le jasmin et la petite

Clématite , Montent enlaçant leurs boutons

En festons,

Jusqu'à la rustique fenêtre

Où peut-être, La bergère songe au couplet

Qui lui plaît ;

S'il pénétrait dans la demeure Où chaque heure ,

Offre talent, grâce et plaisir, A choisir ;

Où près d'une mère chérie

Laure prie , Et n'a pour égale en douceur

Que sa sœur;

Où l'esprit s'égaie et pétille,

En famille, Où les arts se sont donné tous

Rendez-vous

Comme il chanterait le poète ! —

Je souhaite Qu'il accoure, en ce doux émoy,

Car, pour moi ,

Qui jamais , d'un vers qui s'inspire ,

N'ai pu dire Tout ce qu'en mon cœur je sentais...

Je me tais.

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