A M. ALFRED DE VIGNY
N'entcnds-je pas frémir la harpe des prophètes Dont les accens , échos du Ciel et des Enfers , Parlaient de malheurs dans les fêtes , Et de triomphes dans les fers !
A peine le sacré cantique
S'éloigne et meurt à l'Orient,
Entendez-vous, pur et brillant.
Un accord de la lyre antique :
Cette lyre que Thèbe a transmise aux Romains , Qui sait chanter les dieux, et iNéere et la gloire , Que Chénier réveilla , si fraîche et dont l'ivoire,
S'échappa , sanglant , de ses mains !
Du lierre des donjons quels chants ont percé l'ombre? Des ménestrels du jVord c'est le luth ingénu , Rempli, comme autrefois, de merveilles sans nombre, Toujours rêveur, toujours amoureux, mais plus sombre. Plus mâle et tourmenté par un souffle inconnu;
On sent à ses élans de flamme ,
On sent que Byron est venu Et que la corde humide a vibré dans son âme.
Cher Alfred , loin , bien loin des profanes moqueurs, Interrogez le luth , et la harpe et la lyre;
Tous les lieux, tous les temps, à vos appels vainqueurs ,
En rliythmes variés répondent , et nos cœurs
Ne changent point d'idole en changeant de délire !