‹ Études françaises et étrangeresChapitre 61 sur 67 · LA PAIX CONQUISE · texte numérisé non relu

LA PAIX CONQUISE

ODEW.

Folle Albion, tu dis: «Je suis reine! la terre Enfante l'or pour moi dans son sein tributaire , La mer s'enorgueillit de gronder sous ma loi. »

11) Cette ode, composée et publiée dans la première jeunesse de l'auteur, en 1S12, a été, depuis quelques années, insérée dans plusieurs recueils avec des fautes asseï araves. Ou la rétablit ici telle qu'elle doit être, (Wo(e de t'Editcur.)

Tu le dis : tes nochers , sur la foi des étoiles ,

Ont déployé les voiles...

Tu ne- vois pas la mort qui s'embarque avec toi.

A tes mâts suspendu , l'impatient fantôme Déjà compte tes fils, promis à son royaume ; Car l'Empereur l'a dit : Toi , tes fds, vous mourrez Son épée atteindra ta rame vagabonde

Et ta chute profonde Réjouira long-temps les peuples délivrés.

Le Héros et l'Europe ont proscrit l'insulaire. Dieu livrera demain au vent de sa colère L'édifice croulant de tes prospérités.

Fu ne vomiras plus sur nos riantes grèves

Les feux de tes congrèves , Tes matelots tremblans et tes dons empestés.

Tu peux encor, troublant les ondes subjuguées, Promène, sur les mers tes flottes fatiguées ;

Le trident fabuleux en tes mains resplendit; Et cependant, fixée aux bords de la Tamise,

Sur des trésors assise, La faim, spectre liideux, chaque jour s'agrandit.

Parmi d'impurs brouillards , aux noirs pensers en proie, Le peuple de tes champs , sans soleil et sans joie , Recueille un grain avare , et de lourdes boissons ; Cesse de comparer ton île ténébreuse

A notre France heureuse, Terre de la vendange et des blondes moissons.

La France avec ses bois , ses plaines embaumées , Sa gloire , son beau ciel , ses palais , ses armées , Comme un astre éclatant domine l'univers ; Et l'Angleterre , triste et le front chargé d'ombre ,

Comme une tache sombre , Importune et noircit l'azur brillant des mers.

Français , montrons-nous fiers du sort et de nous-mêmes ;

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Nos armes font les rois , et sur leurs diadèmes Réfléchissent l'éclat d'un règne triomphant ; De ses héros éteints le Tibre se console ,

Et le vieux Capitole Attache sa fortune au sceptre d'un enfant.

Mais quel deuil obscurcit les palmes de la gloire ? Quelle plainte se mêle aux chants de la victoire , Ainsi qu'une onde amère , à des flots purs et doux ? De cent climats divers un même cri s'élève I

Devant le roi du glaive, Peuples, pourquoi ces cris, et que demandez-vous?

ils demandent la paix! car, c'est assez de veuves r C'est assez d'orphelins, et déjà tous les fleuves Se lassent de rouler du sang dans tous leurs flots Ils demandent la paix! qu'est-elle devenue?

Quelle rive inconnue De ses jeux à nos bords dérobe les tableaux l

Elle est dans Albion... Sous leurs mains criminelles, L'avarice et l'orgueil, farouches sentinelles, Gardent la douce Vierge , amour des nations. Elle est dans Albion, la belle fugitive,

Elle y gémit, captive; Ses yeux , noyés de pleurs , cherchent nos pavillons.

Mais soudain le Héros a fait signe à ses braves ; Les braves sont debout ; les mers , long-temps esclaves , Roulent avec orgueil sous nos vaisseaux sacrés. En vain tous les Anglais avec des cris sauvages,

Courent sur leurs rivages, L'Aigle a vu les vautours et les a dévorés.

A ses heureux sauveurs la Vierge s'abandonne ; Notre appareil guerrier la rassure et l'étonné ; La Paix , sous des drapeaux, brille, plus belle encor. Le soldat empressé la contemple ; il admire

Et son chaste sourire , Et sa coupe joyeuse et sa couronne d'or.

La victoire a chanté l'hymne retentissante; Mais les doux souvenirs de la famille absente Sur le char triomphal poursuivent le guerrier ; Son cœur rêve déjà la grotte solitaire ,

Le chaume héréditaire , Et les longs entretiens , délices du foyer.

La France nous revoit. . . Ainsi qu'aux jours antiques. Déjà nous suspendons à nos pieux portiques Des ennemis vaincus les sanglants étendards. La mère a couronné le fils qu'elle idolâtre ,

Et la beauté folâtre JNous arrache, en riant, nos casques et nos dards.

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