LE TOMBEAU DU POETE
Ils avaient déposé dans la terre muette
Ce corps , que dévora son âme de poète ,
Mais nous tous, ses amis, nous revînmes le soir,
Près de ses restes froids, saintement nous asseoir
Et nous jetions des vers à son ombre ravie, Connue , en signe de deuil , pour saluer leurs noms . Tonne au tombeau des rois la douleur des canons ; Quand soudain (c'était bien sa voix pendant la vie !) Parvint à nous ce cbant , tel que nous le donnons :
« O songes, confideus de l'éternel mvstère,
« Songes , doux messagers des astres à la Terre ;
« Apprenez à cette ange , bêlas ! qui manque au Ciel ,
« Qu'au sein des purs esprits et du bonheur réel ,
« Triste , je cherche encor ses fleurs , ses eaux limpides ,
« Et le bruit de son rire , et le bruit de ses pas ,
« Et de son front voilé les modestes appas;
El que des beaux instans, près d'elle si rapides, « Mon immortalité ne me console pas ! »
Et tous , levés ensemble , attentifs au prodige , Nous nous taisions. — Enfin , ô mes amis ! leur dis-je, Tous voyez bien ; (et certe , on ne peut démentir Cette voix que la tombe, en s'ouvrant, fait sortir.)
Quand on croit le poète occupé d'un vain faste , Qu'on ne lui croit un cœur, des pensers et des yeux , Que pour son nom ; — il traîne un mal silencieux , Et trop jeune s'éteint , brûlé d'un amour chaste , Qui survit à la mort et souffre dans les cieux ! —