‹ Études françaises et étrangeresChapitre 63 sur 67 · A MON FRERE, ANTONI DESCHAMPS · texte numérisé non relu

A MON FRERE, ANTONI DESCHAMPS

IDYLE.

( D»KS Lt ton ixnyit. )

LE VIEUX PATRE

Quand l'Orient blanchit des premières clartés , Que cherches-tu déjà sous les bois écartes,

son

Jeune inconnu? Viens-tu d'une flèche ennemie - Attaquer sur la mousse une biche endormie, Ou tendre au faible oiseau de perfides appâts? Ou , si j'en crois ton âge et tes yeux , n'est-ce pas Que tu viens épier, sortant fraîches de l'onde , Naïs , aux noirs cheveux , ou Théone , la blondi' . Car, tout le jour, errant, tu cherches, et le soir, Sur le rocher du lac, rêveur, tu viens t'asseoir, Tantôt levant au Ciel une main frémissante, Tantôt laissant tomber ta tète languissante, Ou , de tes doigts distraits , déchirant une fleur. Va, j'ai connu l'amour, je comprends ta pâleur. Mais je sais quels secrets , par une épreuve sûre , Des cœurs tumultueux appaisent la blessure. Viens ; nos hardis pasteurs t'appellent à leurs jeux : Soit qu'ils tentent les flots, ou d'un bras courageux Disputent au torrent la brebis disparue ; Soit , quand de ses forêts la louve est accourue , Que de l'épieu mortel ils croisent son chemin ; Tu peux les suivre , l'arc ou la fronde à la main ; Ou t'armer de la hache , et de l'antique érable Ebranler lentement la tète vénérable ;

Ou , luttant de vigueur et d'adresse avec eux,

Mêler aux durs travaux des plaisirs belliqueux.

Ainsi des passions , fièvre ardente de l'âme ,

Sous de mâles sueurs tombe et s'éteint la flamme.

Crois-moi, crois-en celui dont le cœur a souffert,

Et saluant le port à tes tourmens offert ,

Fuis dans nos rangs actifs l'amour et ses orages.

Page 1