IV. — LE PSEUDO-ARAVATIUS
Je dis qu'il aurait diminué 1 invraisemblance, il ne l'aurait pas supprimée, car il resterait toujours à expliquer comment, à Maestricht, un saint dont le nom et le souvenir avaient presque entièrement disparu pouvait avoir exproprié de sa tombe et de son nom un autre saint dont le culte était populaire et dont la gloire était rebaussée par un miracle éclatant. Donc, ni dans la forme sous laquelle elle est présentée par M Kruscb, ni dans celle qu'elle revêt chez Adrien de Valois, l'hypothèse de la dualité ne résiste à l'examen.
Un mot encore pour finir. La seconde Vie de saint Servais, celle qu'à la suite d'Heriger j'ai appelée le Gesta Ântiçuiora, contient les vers suivants entassés l'un sur l'autre dans un fort petit espace, alors que dans tout le reste de l'ouvrag'' il ne s'en remarque pas un seul.
Hoc pansant merabra clari doctoris in antre SpiritiJs aelheream coeii concessit in aulam Corpus honorifice sarcopiiago positum.
Vir niagiius vitae meritis suramusque sacerdos .Xunc miris Domini decoravit gratia donis Vivax ecclesiae custos, pietatis amator Angelico vultu splendebat fulgidus auctor Reliictis terris ascendit cuimina eoeli.
J'en avais cru pouvoir conclure que ces vers avaient fait partie de l'épitaphe mise sur le tombeau du saint par son successeur Monulf. M. Kruscb estime que c'est là une conjecture téméraire. Ce n'était pas l'avis de J.-B. de Rossi. Le regretté maître m'écrivait de San Marcello Pistoiese, le 28 juillet 1884 : « La découverte de l'épitaphe métrique dans le texte de la légende est incontestable. » D'autre part, sous la date du l^"^ août 1884, feu l'abbé Habets, le savant archiviste de Maestricht, m'écrivait : « 11 vous sera peut-être agréable d'apprendre que l'épitaphe : Hic pansant memhra etc., a été replacée par M, le doyen de Saint Servais sur la tombe du saint, peut-être dix mois avant l'apparition de
Attila Hunnoium rege, sepukrum beati antistitis, una forsilan dirutiim, nosei desiisse. A. de Valois, /. c.
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votre brochure. Nous aussi, nous avions soupçonné l'antiquité de cette inscription et son importance hagiographique. Gela, me semble-t-il, doit être un bon signe pour le sérieux de vos recherches ».
Enfin, dès 1882, Georges Waitz avait écrit dans le Neues Archiv, en rendant compte de mon premier mémoire : « Einigc Reste von Distichen in dcr jïingeren { Viia) scheinen dem Epitaph entlehnt zu sein » (1). J'attache d'autant plus d'autorité à l'opinion de ce savant qu'à l'heure où il la formulait, mon deuxième mémoire sur saint Servais, bien que déjà composé, n'avait pas encore vu le jour. Une même idée venue spontanément et sans concert préalable à Wailz et à Habets aussi bien qu'à moi chétif, et ratifiée par J.-B. de Rossi, est-elle vraiment si téméraire? Et cette é[nlhète n'est-elle pas méritée plutôt par M. Kruscli lui-même, qui, au lieu de reconnaître le vrai caractère d'une pièce où se lisait ce vers :
Hic pansant membra clari doctoris in antro
s'avise d'y voir un panégyrique de saint Auctor de Metz, parce qu'il y rencontre cet autre :
Angelico çiiUu splendehat falgidus auctor.