IV. — LE PSEUDO-ARAVATIUS
un romancier dn XP-XIP qui devient une autorité pour des choses du VHP dont il est seul à parler !
Je ne dis pas - qu'on veuille bien le remarquer — que la translation de 727 est une invention : il n'est pas impossible, en effet, que l'auteur du Vita fabuleux ait possédé un document lui permettant de l'alfirmer. Mais je dis que M. Kruseh n'avait pas le droit de faire état d'un fait non vérifié et de provenance hautement suspecte pour y asseoir son hypothèse Admettons-la d'ailleurs, cette translation : quel profit en résultera-t-il pour la thèse de M. Kruseh? Aucun, car il lui faudrait encore prouver son auti'e hypothèse, à savoir que les biographies les plus anciennes de notre saint ont été écrites à l'occasion de cette translation. Si celait le cas, elles se seraient bien gardées d'omettre ce fait, le plus important et le plus glorieux qu'elles eussent à relater. Leur silence achève de ruiner l'hypothèse de M Kruseh.
Mais il y a plus.
Gomment M. Kruseh se figure-t-il Tinitiative de ceux qui, d'après lui, imaginèrent vers 727 de faire dArvais un Servais? C'étaient évidemment des faussaires, puisqu'ils altéraient sciemment la vérité. Mais quel était leur but, et dans quel intérêt privaient-ils l'église de Maestricht d'un de ses saints? On voudrait le savoir, mais on ne parvient pas même à le deviner. Puis, surtout, comment le public s'est-il laissé escamoter son saint Arvais, dont il possédait et gardait la tombe dans l'hypothèse Kruseh, et dont il savait l'histoire merveilleuse?
Certes, qu'il arrive à des hagiographes de confondre en un seul deux personnages distincts, ou inversement de couper en deux un seul et même personnage, nul ne songera à le contester, pour peu qu'il soit au courant de la littérature hagiogra|)hiqvie. Et si la question n'était qu'une question d'hagiographie, la conjecture de M. Kruseh pourrait se justifier tout au moins au point de vue formel. Mais il s'agit ici d'une question de culte S'il y a eu deux tombes, gardant chacune es reliques de deux personnages différents, il y a deux ciilles et deux Iraditions, et l'identification des deux saints était chose impossible. Uien de plus tenace qu'une
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tradition de culte : la critique même ne parvient pas à la débusquer de ses positions, nous l'avons vu plus d'une fois, et ce n'est certes pas au VHP siècle quelle aurait eu un pouvoir qui lui fait encore défaut aujourd'hui
Que serait devenue, dans l'hypothèse de M. Krusch, la tombe de saint Servais, une fois qu'il aurait été pris pour saint Arvais? Aurait-elle été détruite, ses cendres jetées au vent, et son culte supprimé? Car c'est bien dans la tombe d'Arvais — s'il y a eu deux personnages - que nous trouvons aujourd'hui saint Servais logé. Grégoire nous dit que son tombeau fut creusé près du pont de la chaussée publique, hors ville; c'est bien à ce signalement que correspond l'emplacement de l'église de Saint- Servais actuelle. Mais dans l'insoutenable hypothèse défendue par M. Krusch, c'est précisément le contraire qui aurait dû arriver. Puisque, comme il le dit, on ne connaissait rien de saint Servais, alors qu'on avait de saint Arvais une légende si intéressante, c'est Servais qui aurait dû fondre sa personnalité dans celle d'Arvais, et l'église devrait s'appeler aujourd'hui encore Saint-Arvais et non Saint-Servais. Au lieu de cela, nous voyons les deux saints faire le plus bizarre et le plus incompréhensible des contrats : l'un fournit sa tombe, l'autre son nom à l'être fictif qui résulte de leur contamination, et le clergé de Maestricht consacre cet accord en détruisant un des cultes et un des tombeaux et en biffant des diptyques un des noms. Cela est-il sérieux? Je le demande à M. Htiuck, qui, on l'a vu, a pris l'hypothèse de M. Krusch sous son patronage en admettant la possibilité de la confusion que je déclare absolument impossible.
M. Krusch aurait diminué l'invraisemblaîice de sa thèse si, au lieu d'admettre deux tombeaux de saint au VHP siècle à Maestricht, il avait supposé, avec* A. de Valois, que saint Servais avait été enterré à Tongres, que sa tombe y était depuis longtemps oubliée et inconnue, et qu'à un moment donné on crut qu'elle se confondait avec celle de saint Arvais (1).
(1) Servatii el nalalis el tumulus ignoratur. Qiieni e^o in sede sua Tun.uiis ilecessisse, ac ibidem liumatum esse non dubito, sed posl eversam hancce urbeni ab