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LIBER HISTORIAE

Franci vero Theudericum, Cala monasterio enuiriiunt, filium Dagoberto junioris, regem super se staiuunt, qui nunc anno sexto in regno subsistit.

APPENDICE

Monarchiam praenuncupatus rex in tribus regnis obtinuit, quam féliciter religioseque gubernans, quadragesimo nmic cum prioribus regni sut anno vitam ducit.

(i) D'abord dans la licviir Criti<iiir 1X73, I. 11. p. "2.'j7, iMisuilc dans Lrf; Oriqinrn de l'historiographie à Paris (Mémoires rie la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile de France, t. III, p. 224).

Ce n'est pas tout. On a déjà remarqué que le Liber Historiae considère les Neustriens comme les Francs par excellence et qu'il leur réserve le nom de Francs à Texclusion des autres, qu'il appelle simplement Austrasiens ou Burgondes (1). Or cet usage, tellement caractéristique qu'on a cru y trouver la preuve que l'auteur est un Neustrien luimême, lui est commun avec VAuctaj'ium de 624, et il n'est pas douteux qu'il le lui ait emprunté (2).

L'auteur du Liber Historiae ne s'est pas borné à connaître la Chronique d'Isidore, il a aussi manié ses Étymologies, qui étaient d'ailleurs, pour les gens du haut moyen-âge, un des répertoires les plus fréquemment consultés. Il a emprunté à ce livre ce qu'il rapporte de l'étymologie de Germania et des cent cantons qu'auraient possédé les Suèves

LI££R HISTORIAE, c. ô. ISIDORE DE SÉVILLE,

Etymologiae, IX, 2.

Habitavit itaque Chloaio rex in

Disbargo castello in flmbus Toringo- 97. Germaniae gentes dictae quod

rum, regione^ii Germaniae. Propterea sint immania corpora, immanesque

Germaniae omnes regiones gentium^ nationes saevissimis duratae frigo-

guae ultra RenuMjluvium stmt^ liuic ribus, qui mores ex ipso caeli rigorc

nomine nuncupantur Germanias. eo traœerunt, ferocis animi et semper

quod immanea corpot'a sint immanis- indomiti raptu venattique viventes.

que nationes saevissimis duratae

semperque indomiti ferocissimi, quo- 98. Suevi... quorum fuisse centum

rum fuisse centum paugus traditur pages et populos multi prodide7'unt.

scriptura.

Il a également emprunté à Isidore son étymologie du nom de Franc :

LIBER HISTORIAE, c 2. ISIDORE, Êtym., IX, 2, 101.

Tune appellavit eos Valentianianus A lit eos a feritate morum tiun-

imperator Francos attica lingua, hoc cupatos existimant. Sunt enim in illis

est feros, a duritia vel audacia mores inconditi, 7iaturalis ferocitas

cordis eorum. animarum (3).

(1) V. Liber Historiae, c. 36, 37, iO, 33.

(2) Perseqiiente Tlieuderico rege germano suo Aiislrasionmi rei^e Theiidebertuin vincenle^ Franri in Bui-ifiindiàiri inanonlos Austrasios ad exlronmm ipsuni (uHidnrent. Auctarium dans Auit. Antiquiss., l. XI, p. VM).

(3) Dan.s Migne, P. L., l. 82, col. 337-338.

Enfin, un aiiUc fait révélateur de cette dépendance, c'est le '.nol franc isca introduit par notre auteur dans le vocabulaire ùc riiistoriographie frauque. Il l'emploie à diverses reprises comme synonyme do bipennis. Dans l'histoire du vase de Soissons, où Grégoire de Tours HF, II, 27 disait indifîércmmcnt bipcnnis ou secaris, il écrit c. 10 : eleoata bipenna qnod est francisea (p. 252. 28) et franciscain ejus, qiiod est bipennls (p. 253, i2-io), et franciscain siiam in caput ejus defixit (p. 233, lo). Plus loin, relatant d'après une tradition locale le Jet du marteau (hammerwurf) par lequel Clovis marque l'emplacement de la future basilique des Saints ApOtres, notre auteur écrit c. 17 : Tune rex projecit in directam a se bipenneni suam, quod est francisea. D'où vient, dans l'historiographie franque, ce terme curieux et énigmatiqiie qu'on ne trouve que dans le TAber Historiae et dans ceux qui l'on copié? (1) Tout simplement d'Isidore, écrivant au livre XVIII, 6, 9 des Étymologies : Secures signa suni quae ante consules ferebantur, ne aut usum perderent belli aut vacantes otio aspectum perderent gladiorum, quas et Hispani ab usu Francorum per derivationeni franciscas vocant (2) Je retiens de ce passage que la hache des guerriers francs, parce qu'elle paraissait l'arme caractéristique de ce peuple, était appelée en Espagne francisque, c'est-à-dire hache franqne . L'auteur du Liber Historiae, qui a lu son Isidore, ne hait pas de faire état de la science verbale qu'il y a trouvée, et c'est ainsi qu'une expression locale d'Espagne a conquis droit de cité dans l'histoinographie française, où elle a eu, comme on sait, une longue fortune (3).

(i) A savoir :

Hini'inar, Vita s. Rnnigii : Uinis Francus levis, cum vocil'ei'atione elevala bipenna, quae alio noinine appellattir IVaniis( a... Accepil auleni l'ex l'ranciscam ejus, quae vocaluf bipenna... Kex slaliui, elevala manu, tVanciscaiii siiaiii in capul ejus defi.xil. SRM, t. m, pp. 202-29.S.

Aimoin, 1, 12 : Etexlensa manu l'ianciscam ejus leri'ae dejecil (|uae spala ilieiUir. Bouquel, I. ill, p. 37.

Fioiloai-d, Hisloriii HcmaisU I, IH : liex... ejus tandem franeiscam projeeil ad lerram. MClf, SS, I. Xlli, p. A^i.

(2) Migne, Palrologic latine, t. LXXXU. cdl. (iid.

(3) Je liens à ajouter ici, puisque j'en ai l'occasion, que la IVancisque n'est

Je me demande si noli-e auteur n'a pas aussi connu Paul Orose. Du moins, sa bizarre anecdote sur l'origine du nom des Francs semble oflrir de l'analogie avec le passage suivant de l'auteur cite :

Valentinianiis Saxones, gentem in Occani littorihiis et paladibiis im^iis sitam, virilité ae agililaie terribilem, pericalosam Romanis finibiis, eriiptioncm magna mole méditantes, in ipsis Francoriim ftnibiis oppressit... Anno aiiieni nndecimo imperii siii Valcntinianiis, ciini Sarniatae sese per Pannonias diffndissent easque çastarent, belliim in eos parans... mortuus est (i).

Ce passage, à n'en pas douter, constitue le cadre dans lequel le chroniqueur franc a placé sa légende, mais je penche à croire qu'il ne l'aura connu que par quelque intermédiaire où il avait déjà subi une première altération.

Aux sources dont il vient d'être parlé il faut ajouter la Loi Saliqne. Le « petit prologue » de celle-ci a fourni à notre auteur un renseignement qu'il ne trouvait pas dans Grégoire de Tours : il s'agit des noms des quatre prudhommes auxquels la tradition franque attribuait la rédaction de la Loi

PETIT PROLOGUE LIBBR HISTORIAE, c. 4.

(Behrcnd,!^^;/?^/^-^!, 2eédit.,p. i7i). .,,,,,

lune haoere et leges coeverunc

Extiterunt igitur inter eos electi qiiae eorum priores gcntMes tracta-

de plicribus quattuor viri his nomini- vcrunt his nominibus : Wiso/eastus,

bus : Wisogaste, Salegaste, Arogaste Wisogasttis, Arogastus, Salegastus,

nullement une anne à tleux tianchanis, comme le disenl tous les histofiens jusqu'aux plus récents, par exemple M. Hauck {Kiirhengeschichte Detitschlands, t. I* p. 104) et M. Lavisse dans son manuel d'histoire de France, qui a même une vignette représentant un guerrier franc armé de la dite hache à deux Irancliants. On peut parcourir tous les musées archéologiques de France, d'AlIenragne et de Belgique, on n'y trouvera jamais d'autre hache que celle dont un spécimen figure dans la tombe de Ghildéric à Tournai; il en existe des centaines et peut-être des milliers. Les érudits ont eu grandement tort de prendre au pied de la lettre, dans les textes mérovingiens, le mot bipennu emprunté par ceux-ci, selon leur habitude, à la langue poéti(|ue el é;[uivalenl pour eux à securis, comme Siiaitibre est peureux réciuivalent de Franc. Sur réquivalence de ce^^ deux termes dans Grégoire de Tnurs. V. HF. Il, 27, où ils sont employés coninri-euiiiienl.

(1) Paul Orose VII, 32, dans Migne, /'. L. I. XXXI, col. M43-M.

et Widoyasic in villis que ultra in villabus que ultra Renura sunt, in Rcnum sunt, in Bodochein et Sale- Bothagm, Sulechagni et Wideckagm. chem et Widoc/iem etc

Il faut remarquer que, conlrairenient à ce que je supposais précédemment, c'est bien le petit prologue qui est la soui'ce du Liber Historiae et non inversement. Le Liber, eu reproduisant les noms des quatre prudhommes, s'est embrouillé : il n'a pas vu que Wisowastus et Wisogastus sont identiques, et il a laissé tomber Widogastus, qui est déjà garanti par son pendant Widochem.

Il semble aussi que notre auteur ait possévié des données écrites sur Glovis II (t 657) (1), puisqu'il écrit au sujet de ce roi :

Hujiis mortern et finem nihil dignum historia recolit. Milita enim scriptores ejas finem condempnant, nescientes finem nequitiae ej'us, in incertum de eo alla pro aliis referiint(l).

Ce passage est important, et j'ai eu tort d'en méconnaître la portée dans mon précédent mémoire. Malheureusement, grâce à l'extrême incorrection de la phrase, il est en même temps très obscur, et on ne peut se flatter d'en extraire tout le sens. On y voit cependant : 1° que la mémoire du roi est flétrie par les historiens ; 2" qu'ils rapportent au sujet de sa fin des versions contractoires ; 3' que l'auteur, ne sachant à quoi s'en tenir, s'abstient de reproduire ces versions. Il est d'ailleurs tout à fait dans sa manière de ne prendre dans ses sources qu'un petit nombre de faits positifs et de laisser de côté, comme oiseux et dénué d'intérêt, tout ce qui est objet de controverse.

Les sources historiques dont parle ici le Liber Historiae paraissent avoir été consultées aussi par le premier continuateur de Frédégaire, qui puise dans le Liber mais en le complétant à l'occasion. Or ce continuateur nous dit que Glovis II mourut amens effectus après dix-huit ans de règne, alors que le Liber ne lui en accorde que seize. Où, sinon

(1) Kiiisch, Forxchinujcn ziir dcidschni (Itschichlr, t. XXII, p. Mi't et siiiv.

(2) Liber Historiae, c. 44.

SUR LE HBEK IIISTORIAE FRANCORUM.

dans les sources en question, aurait-il trouvé ces renseignements? (1) C'est sans doute d'après ces sources aujourd'hui perdues que l'auteur du Liber a raconté l'histoire de l'usurpateur Grinioald, au jugement d'ailleurs probable de Monod (2). Qu "était-ce que ces sources? C'étaient peut-être des Annales neustriennes, fort semblables à celles que l'Austrasie inaugura à partir de 687 el que nous avons conservées. C'était peut-être aussi une chronique de Saint- Denis : l'hisLuire du bras du saint enlevé par Clovis II permettrait de le croire. Il nest pas impossible non plus que l'auteur ait eu à sa disposition un catalogue des rois francs, où il aura trouvé non seulement les vingt années de règne qu'il attribue à Clodion et les vingt-quatre années dont il gratifie le règne de Childéric(3), comme le croit M. Krusch(4), mais aussi les vingt années de règne qu'il attribue à Childebert II (5).

Aux soui'ces écrites dans lesquelles a pu puiser l'auteur du Liber Historiae, il faut ajouter les traditions orales, qui occupent dans son œuvre une place considérable. Elles sont de deux natures. Les unes sont de simples légendes populaires transformant l'histoire en épopée et lui imprimant un cachet fabuleux : on les rencontre naturellement dans les parties de sa chronique où ii raconte des événements déjà anciens. Les autres sont des récits qu'il tient de ses contemporains plus âgés et qui, sans être proprement ni épiques ni historiques, contiennent cependant dans leur exposé mixte une part incontestable de bons renseignements.

Comme bien Ton pense, elles se rencontrent vers la lin de son ouvrage, consacrée au récit des événements les plus rapprochés de l'auteur. C'est l'affaire de la critique de démêler ce qu'elles offrent de vrai et de fabuleux, tâche en somme d'une facilité relative. On peut admettre avec

(1) M. Ki'uscli 0. c. a prouvé que le fontinuuteur île Frédégaire a raison contre le Liber Historiae.

(2) Monod, 0. c. p. 226.

(3) Liber Historiae, e. o et 9.

(4) SRM, t. II, p. 2o-I note, (o) V. ci-dessus, p. 35-36.

M. Krusch que c'est aux environs de l'année 700 que Texposé de 1 auttHir prend lo caractère de témoignage contemporain.

L'ouvrage se divise donc en trois parties bien distinctes. La première est un résumé de Grégoire de Tours et va jusqu'en 58 i. La seccmde, sappuyant sur des sources historiques aujourd'hui perdues, va jusque vers 700. La troisième, contenant les souvenirs personnels de l'auteur et de ses informateurs, contient le reste de Touvrage. Il s'agit maintenant de déterminer le caractère et la valeur de chacune de ces trois parties.

La première, ai-je dit, est un résumé de VHistoria Francoriiin de Grégoire de Tours. Dans ce résumé, l'auteur suit un plan bien déterminé, éliminant des récits de Grégoire tout ce qui ne se rattache pas directement à l'histoire des rois Irancs, laissant même de côté, dans celle-ci, bien des faits importants mais qui n'ont pas d'intérêt pour l'histoire de la Neustrie, tels que la mort de Sigebert et de Ghlodéric de Cologne, l'expédition de Ghildebert I en Auvergne, la punition de cette province par Thierry I, la guerre de Ghildebert et de Glotaire contre les Burgondes, la révolte de Mondéric contre Thierry, et ainsi de suite. A ce point de vue, on définirait assez exactement le Liber Historiae en l'appelant un résumé de l'histoire des Francs à Vusage de la Neustrie.

Ce résumé est fait d'une manière consciencieuse et non sans exactitude, peut-être môme est-il supérieur sous ce rapport au travail analogue de Frédégaire. Cependant, comme il arrive à tout abrégé, il altère parfois la physionomie des faits en supprimant des détails nécessaires, et même, mais plus rarement, il tombe, par distraction, dans de véritables bévues. Ainsi il place à l'époque de la guerre de Clovis contre Gondebaud l'institution des Rogations à Vienne par saint Mamert, et cela parce qu'il a lu trop rapidement le passage de Grégoire de Tours où cette histoire est signalée comme contenue dans les œuvres de saint Avitus, un des successeurs de saint Mamert et contemporain de Gondebaud (1) C'est par suite d'une lecture superlicieile

(1) Grég. de Tours, HF, II, 33; Liber Historiae, c. 16.

de son auteur qu'il raconte que la reine Ingoberge a réduit au métier de cardeur de laine le père de sa rivale Méroflède, alors qu'on voit par Grégoire que ce n^iétier était réellement le sien, et qu'Ingoberge s'est bornée à le montrer au roi pendant qu'il était occupé à son humble travail (1). D'autre part, lorsqu'il raconte au chapitre 22 que Thierry I fit périr les entants dHermanaric de Thuringe, il est manifeste qu'il amplifie par habitude et que ce renseignement est pris eu l'air.

De pareilles inadvertances sont d'ailleurs rares chez notre anonyme. Ce que l'on retrouve plus fréquemment chez lui, c'est le besoin de préciser, spécialement au point de vue géographique ou topographique, les faits racontés par Grégoire de Tours.

Voici un aperçu des passages sur lesquels portent ces additions; les mots en italique contiennent le renseignement ajouté :

5. Dispargum, séjour de Clodion, est en Germanie, dans le pays des Thuringiens, au-delà du Rhin (Grég.. II, 9).

Clodion traverse la Charbonnière et s'empare de Tournai, puis de Cambrai (Grég., II, 9).

8. Les Francs s'emparent d'Agrippina, sur le Rhin, à laquelle ils donnent le nom de Cologne, puis de Trêves sur la Moselle.

Clovis conquiert la Gaule jusqu'à la Seine et plus tard jusqu'à la Loire; il donne Melun et son duché à Aurélien.

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