II. — MONDE LAÏQUE (61 personncs
A. -■ Comtes, Ducs et Commandants militaires, 14.
Becco.
Georgius.
Salustius.
Britianus.
Gundulfus.
Sigivaldus.
Eulalius.
Hortensiiis.
Venerandus
Evodius.
Nicetius.
Victorius.
Firminus.
Palladius.
Arcadius.
Ausanius.
Beregisilus. Euchirius.
Florent! us.
Alchima.
Armentaria.
Caesaria.
Membres de grandes familles, 22.
Georgius. Sigivaldut, Il
Justinus. Socratius.
Nicetius. Tetradius.
Parthenius. Verus.
Pierre.
FEMMES
Eustenia.
Leocadia.
Papianilla.
Placidina.
Ranihildis.
Tctradia.
C. ~ Autres habitants de l'Auvergne, de condition inconnue ou inférieure, 24.
Anagildus.
Fedaniius
Nivardus.
Ascovindus.
Honoratus.
Nunninus.
Balsimius.
Imnacharius.
Pionius.
Caesarius.
Ingenuus.
Remerto.
Candidus.
Jean.
Scaptharius.
Desiderius.
Lytigius.
FEMMES
Ursus.
Jîterna.
Erena.
Lupa.
Concordia.
Fedaraia.
Julianeta.
Sagria.
De ces cent onze noms, il n'y en a qu'une quinzaine qui soient germaniques ; ce sont les suivants :
Anagildus.
Ascovindus.
Becco.
Beregisilus
Brachio.
Caluppa.
Gundulfus.
Imnacharius.
Leobardus
Nivardus
Ranihildis.
Scaptharius.
Sigivaldus I.
Sigivaldus II Sunniulfus.
Tous les autres sont gréco - latins (1) et désignent des personnages appartenant, pour l'immense majorité, à la population indigène; nous n'en connaissons que quatre qui
(1) Il y a .sur ma liste trente-cimi personnes qui portent cle> noms grecs; ce sont : Aloxandre, Alchima, Anastase, Arcadius, Balsimius, Epachius, Erena, Eucliirins, Euphrasius, 2, Eulalius, Eunomius, Eustenia, Evodius, Fedamia, Fedaniius, Georgius, 2, Gregorius,'Joliannes, 2, Leocadia, Lytigius, Nicetius, 2, Ommatius. Palladius, Parthenius, Pelrus, Pionius, Proserius, Proladius, Sooralius, Telradia, Tetiadius.
proviennent certainement dune autre région que l'Auvergne; ce sont : Aprunculus. ancien évêque de Laugres, réfugié à Clerinont; saint Abraham, qui vient de la Mésopotamie, et saint Quentien, avec son parent Honoratus. qui sont des réfugiés d'Afrique.
Si donc il nous fallait juger de la nationalité des habitants de l'Auvergne d'après les proportions que nous indique le chiffre fourni par Grégoire nous devrions conclure que les indigènes y sont aux barbares immigrés comme 96 est à lo. Mais ce serait une conclusion prématurée, et les considérations qui suivent vont la modifier considérablement.
Si, d'une part, il est solidement établi qu'au VI* siècle, en Gaule, aucun Franc d'origine germanique n"a porté un nom gréco-latin (1), de l'autre, il ne l'est pas moins que, dès la même époque, l'usage s'est répandu, parmi les Gallo- Romains, de porter des noms germaniques , Il n'est donc nullement certain que les quinze porteurs de noms germaniques dont nous avons dressé la liste soient tous indistinctement des Germains; il y en a même certainement deux qui appartiennent, par le sang, à de grandes familles gallo-romaines d'Auvergne. Bcregisilus est membx'e de celle du comte Hortensius, et Gundulfus est le grand-oncle de Grégoire de Tours. Ce dernier était Romain de père et de mère, étant fils du sénateur Florentins et do sa femme Artemia. On ne sait si Gundulfus tenait son nom de ses parents, ou si ce n'est pas lui-même qui le changea quand il arriva à la cour d'Austrasie, où nous le voyons occuper les hautes fonctions de domestique. Et Beregisilus se trouve peut être dans le même cas, à moins toutefois que l'on ne veuille s'arrêter, en ce qui le concerne, à Thypothèsc fort probable qu'il était issu d'un mariage mixte, c'est-à-dire que sa mère était Gallo-Romaine et son père barbare. Nous avons plus d'un exemple de ce genre de mai'iages, et iî n^y a rien qui ait plus contribué à l'cuiploi simultané de noms galli>rom:ins et de noms barbares par les mem!)res d'une mêiîie famille.
(1) V. ci-dessus l'article Franiia et Francus.
Quatre autres personnages, parmi nos quinze porteurs de noms germaniques, me semblent également des Gallo- Romains plutôt que des barbares ; ce sont Ascovindus, r.eobardus, Nivardus et Sunniuifus. Le premier est nommé par Grégoire à l'occasion du séjour fait en Auvergne par Chramn, fils de Clotaire P^ « Il avait avec lui. dit noire narrateur, un homme considérable et dont tout le monde reconnaissait le mérite : c'était Ascovindus, citoyen de l'Auvergne, qui s'efforçait énergiquement, mais sans succès, de détourner ce prince de la mauvaise voie(l) ». Je n'ai pu rendre toute la portée du mot oiçis Arpernns, qui, dans la ])ensée de Grégoire, désigne, sans contredit, un indigène auvergnat et, par suite, un homme de race gallo-romaine. Le mot a pris, sous la j<lume du chroniqueur, une acception à la fois géographique et ethnique; la signification politique a totalement disparu. Il n'y a pas le moindre doute que l'homme ainsi désigné, et qualifié en termes si élogieux, soit, comme Beregisilus et comme Gundulfus, un Gallo- Romain porteur d'un nom germanique (2).
Le cas de Leobardus n'est pas moins clair. Grégoire dit de lui qu'il est Arverni territorii indigena^ génère qiiidem non senatovio, ingenuus tamen. Tous ces termes désignent un Gallo-Romain et non un barbare. Indigena, pour Grégoire, tout comme civis tout à l'heure, ne pourrait sous aucun rapport s'appliquer à un homme dont on saurait qu'il est d'extraction étrangère. Ce n'est d'ailleurs que parmi les Gallo Romains que la distinction entre les familles sénatoriales et les familles simplement libres avait un sens Au surplus, toute la biographie de ce saint personnage, que Grégoire a connu et fréquenté assidûment, atteste sa race gallo-romaine. Dès son enfance, ses parents l'envoient à l'école; quaml il est devenu adulte, son père veut le marier et invoque l'autorité de l'Écriture sainte. Ses fiançailles
(•1) Grégoire de Tours, lit'., IV, IG.
(2) Et nullemeni un Germain, romnic le veut Luebeil, Gregorvon Tours, ^f édition, p. 84, note, .sur la seule loi du nom. Fauriel, op. cit., II, p. 147, voit dans le nom d'Ascovindus « un pur nom gaulois ». C'est une erreur; voir Foorstemann. Altilcitlsches Nn)nen!iiirh, t. I, nouvelle édition, col. 1 17-130.
AU Vl« SIÈCLE. 235
ont lieu selon les coutumes pratiquées en pays gallo-ramain; on voit de plus que ses parents ont des propriétés territoriales en Auvergne, et lui-même, nous dit-on, a la passion d'apprendre les lettres Incontestablement ce personnage est encore un Gallo-Romain porteur d'un nom germanique.
Jen dirai autant de Sunniulfus, qui a été abbé du monastère de Randan (Puy-de-Dôme). Sa piété, son tour d'esprit, les fonctions auxquelles il fut appelé, le silence même de Grégoire sur son origine, tout nous fait croire à sa nationalité gallo-romaine. Sans doute, un barbare pouvait, dès le VP siècle, être déjà assez conquis par la civilisation chrétienne pour embrasser la vie religieuse et même pour s'y élever à un haut degré de ferveur; Grégoire de Tours nous en donne lui-même la preuve en nous parlant de l'abbé Brachio, qui ét^it d'origine thuringienne, et de saint Senoch, né dans une colonie de Taïfales du Poitou. Mais il faut remarquer qu'en pareil cas, lui-même est assez frappé par une pareille circonstance pour prendre la peine de nous faire connaître la nationalité du personnage, comme une preuve de plus de l'excellence d'une vertu qui a dû vaincre l'obstacle du sang barbare.
Nivardus enfin, dont Grégoire ne parle qu'en passant, a bien l'air d'être un Gallo-Romain plutôt qu'un barbare. Nous le voyons lié d'amitié avec le sénateur Georges, père de notre narrateur, et il est bien douteux que des rapports d'amitié aient existé entre Auvergnats et barbares à un moment si rapproché de la conquête franque. Cela n'était pas impossible, sans doute, mais la chose aurait été assez exceptionnelle pour que le chroniqueur en fût frappé luimême et nous fît connaître la nationalité de l'homme, qui avait su conquérir l'amitié de Georges.
Restent neuf personnages qui sont bien de nationalité germanique; ce sont : Anagildus, Becco, Brachio, Caluppa, Imnacharius, Ranihildis, Sigivaldus et son fils du même nom, et enliu Scaptharius II en faut tout d'abord écarter dtiuyi qui n'ont aucun rapport avec l'Auvergne, et qui, arrivés dans ce pays avec leur maître, Chramn, y sont restés fort p"iu de tem})s et l'ont quitté sans retour : ce sont
Scaptharius ot Imnacharius. Évidemment ils ne sont pas les seuls barbares que ce prince a amenés avec lui en Auvert^ne, mais, pas plus que lui, ils ne peuvent être compris dans la population de ce pays, et je ne les aurais pas portés sur ma liste si je n'avais craint, en les omettant, de laisser croire à quelque lecteur distrait que je les avais oubliés. Ghraran, avec Imnacharius et Scaptharius, ainsi que toute sa maisnie, n'est en Auvergne qu'un hôte de passage, dont on ne saurait faire état dans un relevé de la population germanique de ce pays.
C'est un hôte de passage encore que Sigivaldus, parent du roi Thiei^ry P', qui fut chargé du gouvernement de l'Auvergne après la sanglante répression de la révolte de 530 Sigivaldus, naturellement, amena avec lui sa famille, comprenant, entre autres, son fils, nommé Sigivaldus comme lui, sa fille Ranihildis, et une suite assez nombreuse sans doute, dont faisaient partie deux jeunes serfs d'origine thuringienne, deux frères dont l'un portait le nom de Brachio.
Le comte Becco, qui gouverna l'Auvergne pendant quelque temps après la mort de Sigivaldus, y était arrivé, selon toute apparence, en même temps que lui, avec l'armée d'occupation, dont le séjour en Auvergne ne paraît pas s'être prolongé au-delà de la durée de l'état de siège. Becco, si je ne me trompe, sera retourné dans son pays d'origine après l'expiration de ses fonctions. Pour la famille de Sigivaldus, cruellement frappée par la fin tragique de son chef, elle disparut bientôt de l'Auvergne : Sigivaldus II, ami de Théodebert. alla rejoindre ce prince en Austrasie, et il est probable que les autres membres de sa famille ne seront pas restés longtemps établis dans une province étrangère, <u"i leur [)ère avait été détesté et où avait coulé son sang Seule, une fille de Sigivaldus, Ranihildis, paraît s'être mariée en Auvergne et y être restée plusieurs années après la mort de Sigivaldus; elle fit à Brachio une donation de terres à Saint-Saturnin-de-Vensat (i). Un homme de la
(I) Grégoire (le Tours, VP., XII, 3.
AU Vr SIECLE.
suite de Sigivaldus, Brachio, resta aussi en Auvergne, où il devint abbé de Menât. Ce saint homme a eu, si nous pouvons nous en rapporter à l'indien fourni par sa nationalité thuringienne, une destinée bien singulière. Selon toute apparence, il faisait partie, avec son frère, des prisonniers que l'armée de Thierry P"^ ramena en o24 de son expédition de Thuringe. C'était alors un bel adolescent, dont Sigivaldus, son maître, avait fait son veneur. En cette qualité, il parcourait les forêts de l'Auvergne, richement vêtu et l'épée au poing, à la poursuite des bêtes sauvages. Touché des vertus et des enseignements de l'ermite saint Émilien, il se convertit et, à la mort de Sigivaldus, il embrassa la vie religieuse. Il remplit une longue carrière riche en œuvres et mourut en odeur de sainteté (576). Pour lui, comme pour Radegonde, sa compatriote, les malheurs de sa patrie et ses propres infortunes étaient devenus l'occasion du salut.
Ainsi, chose singulière, nous n'avons pas rencontré jusqu'à présent de véritables habitants de l'Auvergne qui soient d'origine germanique. Parmi ceux que leurs noms semblent désigner comme tels, les uns sont en réalité des Gallo-Romains, les autres ne sont que des hôtes de passage. Restent deux hommes que nous pouvons considérer comme des barbares, bien que Grégoire ne fasse aucune mention de leur nationalité : ce sont Anagildus et Galuppa. Mais, si l'on peut s'en rapporter à leurs noms, cette nationalité est visigothique et non franque. Le nom d'Anagildus est inconnu chez les Francs (i), tandis que ses deux éléments constitutifs se retrouvent dans celui d'Athanagild porté, comme on sait, par un roi des Visigoths, et que sa désinence est particulièrement fréquente dans les noms d'homme de cette nation {Athanagild, LeoQigild, Hermenegild, etc.).
Quant à Galuppa, la nationalité visigothique de ce nom est une chose à peu près certaine. Une particularité propre aux langues gothiques (à savoir l'ostrogoth, le visigoth, le
(1) Foerstemann, Altdeutsches Namenbuch, "1^ édition, t. I, col. 83, ne connaît qu'Anahildis, nom de femme dans le Polyptyque d'Irminon.
suève et le vandale), de même qu'au vieux saxon, c'est la désinence a (génitif anis) usitée dans les noms propres à la place de Vo employé dans les autres dialectes (i). Aussi tous les noms affectés de la désinence a que nous trouvons dans Grégoire de Tours appartiennent-ils à des individus parlant un des idiomes gothiques, comme on peut le voir par la liste suivante :