I-eubastes
LeudastGs.
Litomoris i.
30 Litomcris 2.
Mahilfiis.
Mascai'pio.
Mcdardiis.
Monegutidis.
35 Motharius.
Miimmola.
Nantulfus.
Papola.
Hiculfiis, 1.
40 Hiculfiis. 2.
Sicharius.
Thedomcris.
Theodomundus.
Thcodulfus.
45 Ursiilfus
Willacharius.
Wistrimundus Talfo.
Soit 47 noms germaniques sur un total de 108, ou, si l'on veut, 45 contre G3, alors qu'en Auvergne nous n'en avons relevé que 15 contre 96. Nous pouvons donc conclure, à première vue, que l'induence germanique est plus considérable au nord de l'Aquitaine qu'au midi. Et cela s'explique facilement : les rapports entre la Touraine et la Francin sont quotidiens et intimes; entre la Francia et l'Auvergne, enfermée et comme retranchée dans ses montagnes, ils existent à peine.
Quelle est maintenant la nationalité de ces nombreux porteurs de noms germaniques? Comme je l'ai fait remarquer à diverses reprises, le nom, par lui-même, ne peut nous fournir à ce sujet aucun indice certain. D'autre part, Grégoire ne nous atteste la nationalité germanique que d'un seul des 108 personnages ci-dessus énumérés; il s'agit de saint Senoch, né dans une colonie de Taïfales du Poitou. Voyons comment nous parviendrons à nous renseigner sur la nationalité des autres.
V^oici d'abord les évêques.
A deux reprises, dans sa chronique, Grégoire nous a fait connaître la succession des évêques de Tours, depuis saint Gatien jusqu'à son propre temps. D'une part, il enregistre dans l'ordre chronologique, à diverses pages de son Histoire, les noms et les actions de ces prélats. De l'autre, dans le Libellas placé à la fin de sa chronique, il nous donne, un aperçu complet et systématique de leur succession, où il a l'occasion de rectifiei- <]uelqaos inexactitudes de VHhtnria Francorain. Je reproduis ici la liste du Libellas.
1 (iaticn (250 apr
2 Litorius.
3 Martin.
4 Brice.
Justinicn Armentarius
5 Eustochius
6 Perpetuus.
7 Volusianus.
8 Verus.
9 Licinius.
intrus.
10 Tlicodorus et Proculus.
11 Dinifius.
12 Ommatius.
13 Léo.
14 Francilio.
15 Injuriosus.
16 Raudinus.
17 Guntharius.
18 Eufronius.
19 Gregorius(i).
Voilà un total de 22 noms sur lesquels deux, tout au plus, peuvent être regardés comme germaniques : ce sont Baudinus et Guntharius. Pour Francilio, dont on pourrait être tenté de ramener le radical à Francns, il faut d'abord remarquer que la terminaison de ce nom est latine et non germanique (2) Ensuite, il ne semble pas que la nationalité gallo-romaine de Francilio puisse faire l'objet d'un doute Grégoire le dit d'une famille sénatoriale du Poitou : ex senatoribiis, cwis Pictavus (3), deux termes dont le premier certainement, et le second fort probablement, désignent pour Grégoire des Gallo- Romains et jamais des barbares. De plus, Francilio. devenu évêque vers 529, ne devait pas être âgé de moins de quarante ans lors de son avènement, ce qui nous autorise à reporter la date de sa naissance aux environs de 489. Or, à cette époque, il n'y avait pas de Francs en Poitou; la population romane de ce pays vivait sous l'autorité des Visigoths. Tout donc nous autorise à regarder Francilio comme un Gallo-Homain, de même que sa femme Clara.
Ainsi, nous pouvons sans plus affirmer la nationalité romaine de 19 évoques de Tours sur 21, mais cela ne nous autorise pas encore, et pour des raisons que j'ai plusieurs
(1) Pour toutes les (juestions relatives aux personne.s el aux dates que soulève cette liste, je renvoie à Mgr. Ducliesne, l'axtes Episcopanx de l'Ancienne Gaule, t. II, p. 280 et suivantes (Paris -1900).
(2) n Endung undeulsili », dit Fot'rstemunn, Altdeut.irhea Namenbuch, lonie 1, 2e édition, col. 516.
(8) Ilistoria Fraucoium, X, ;il, p. 417.
250 X. — LES NATIOXALITÉS BN TOUR AINE
fois déduites, à admettre que Baudinus et Guntharius sont des Germains. Ils peuvent être tout aussi bien des Gallo- Romains qui auront reçu de leurs parents ou se seront donné à eux-mêmes un nom germanique, conformément à la mode qui se répandait de leur temps. Baudinus avait été référendaire de Glotaire I (1), et cette fonction était de celles qui exigeaient un degré de culture intellectuelle qu'on rencontrait plus souvent chez les Gallo-Romains que chez les barbares. Pour Guntharius, il avait été abbé de Saint- Venant à Tours, et il avait souvent été employé comme ambassadeur par les rois des Francs (2). Tout cela indiquerait plutôt, à première vue, un Gallo- Romain qu'un Franc germanique.
Ce n'est pas tout. Grégoire de Tours se réclame quelque part de sa parenté avec tous ses prédécesseurs, cinq exceptés (3). Et l'on sait, par son propre témoignage, que sa famille était une des premières familles sénatoriales de la Gaule. Du côté maternel, elle se rattachait à l'aristocratie du pays burgonde; du côté paternel, à celle de la Gaule centrale. Nous conclurons donc tout d'abord que tous les évéques de Tours, à quelques exceptions près, sont de race patricienne et d'extraction noble. Grégoire le dit formellement d'Eustochius (4), de Perpetuus (o), de Volusianus (6), d'Ommatius (7), de Francilio (8) et d'Eufronius (9). Par contre il nous apprend l'origine plébéienne de deux de ses prédécesseurs : Léon, qui fut charpentier (Léo faher
(2) HF.,\, p. 447.
(3) Praeler quinque episcopos reliqiii omnes, qui sacenlolium Tiironicum susceperunt, nostronim prosapiae sunl coiijuncli. HF., V, 49.
(4) Kustochiiis... ex génère senalorio. HF., X, 31 p. 444.
(5) Perpetuus de génère et, ipse, ut aiunt, senalorio et propinquus decessoris sui, divos valde el per nuiltus civitales liabens possessiones. Ibid., /. c.
(()) Volusianus... ex génère senatorio vir sanctus el valde dives. Ibid. /. c, p. 446.
(7) Oninialius de senatoribus civibusque Arvernis, valde dives in praediis. Ibid. /. c, p. 446.
(8) V. p. pi'éeédenle.
(it) Eufronius... ex génère illo qiiod superius senatoies nuncupaviinus. Ibid. /. c, p. 447.
lignarius) et Iiijuriosus, qu'il dit de basse extraction (ex inferioribiis populi){i). Ces deux derniers n'appartiennent donc pas à sa famille, mais où chercher les ti'ois autres? Pour les trouver, il faudrait savoir à partir de quel évêque saint Grégoire commence à compter. Si c'est à partir de saint Gatien, alors le troisième sera certainement saint Martin, originaire de la Pannonie. Je crois pouvoir supposer que le quatrième est le buveur Guntharius. Jamais Grégoire, chez qui l'attachement à sa famille paraît ti'ès vif et la fierté de race très développée, n'aurait pu prendre sur lui de parler d'un parent comme il parle de lui (2). Il est difficile de dire le cinquième évêque de Tours qui ne fut pas de sa lignée, et je ne crois pas qu'il y ait quelque utilité à le chercher pour le moment. J'hésiterais dans ce cas entre saint Brice, saint Litorius et Baudinus. Du temps des deux premiers, la dignité épiscopale n'était pas encore, comme plus tard, fixée dans les grandes familles, et un homme du peuple y pouvait arriver plus facilement qu'au V" et au VP siècle. Il y a donc probabilité pour l'origine galloromaine de Baudinus, dont, au surplus, Grégoire de Tours parle avec le plus grand respect.
Ainsi, point de doute : le siège de Tours est occupé par une véritable famille tnitrée et la dignité épiscopale est dans cette famille une espèce de patrimoine héréditaire. Cette famille appartient à l'aristocratie indigène; ses rares membres qui portent un nom germanique, comme Gundulfus (3), le doivent peut-être à un mariage mixte qui a mêlé dans leurs veines le sang barbare et le sang gallo-romain, mais cela n'est pas sûr; il se peut fort bien aussi que leur extraction gallo-romaine soit pure de tout mélange, et qu'ils aient pris un nom germanique par suite de leur situation à la cour. Il
(1) Ibid. /. c, p. 4i7.
(9) Vir valde prudens duni abbatis fungeredir oflicium, et saepius legaliones inler reges Franconim faciens. Po.slquain auteni episcopus ordinaUis est vino dedilus paene stolidus apparuit. ([uae res euni in taritum amenteiii faciebal, ut convivas Huos bene noverat nequiret agnosceiv, saepiu.s lameii eos cunviciis agebat et iinproperiis. HF., X, 31, p. 447.
(3) Sur celui-ci, v. ci-dessus Les Nalionalités eii Auvergne au Vl<^ siècle.
2o2 X. — LES NATIONALITÉS EN TOUR AINE
est intéressant de constater, au début de cette enquête, qu'en ce qui concerne le gouvernement de l'église de Tours, il est presque sans interruption, pendant tout le VP siècle, aux mains de ces patriciens indigènes. Quand on le confie à quelque autre, comme à Guntharius, on a lieu, selon Grégoire, de s'en repentir, parce que l'élu n'est pas à la hauteur de sa sainte mission.
En ce qui concerne les ducs et les comtes, on a vu dans l'article précédent que sur dix de ces personnages dont les noms nous sont connus, il y en a six dont on peut affirmer l'origine gallo-romaine, la nationalité des quatre autres restant douteuse.
Pour les autres habitants de la Touraine, nous noterons d'abord que sur les 84 que nous avons énumérés, il n'y en a pas plus de six qui soient originaires d'une autre province : ils viennent du Poitou (Senoch), de l'Auvergne (Leubardus), du Quercy (Ursus), du Berry (Venantius), du pays de Chartres (Monégonde) et de la Bretagne (Jean). Les 78 autres, c'est-à-dire l'immense majorité, même si l'on fait abstraction des religieux, dont on ne peut pas deviner la patrie, nous apparaissent comme des indigènes. Nous en trouvons à Gandes, à Ghinon, à Langeais, à Mantelan, à Pernay, à Scnnevières. Grégoire atteste formellement l'indigénat d'un bon nombre d'entre eux, en leur donnant l'épithète de cwis tiironensis, pagensis tiironensis ou indigena; il m'a paru intéressant de grouper leurs noms sous ces trois rubriques :