‹ Études franquesChapitre 54 sur 59 · La formule 28, type de diplôme royal · texte numérisé non relu

La formule 28, type de diplôme royal

A cela il faut répondre que les faits allégués aux n"s 2, 5 et (» doivent être écartés parce qu'il s'agit là du droit public, qui évidemment était germanique dans le royaume franc. Il ne reste plus alors que -1, o, 4. Mais en accordant les faits à Zeumer il faut retenir qu'ils ne prouvent rien quant à la nationalité des populations tourangelles, et que la diffusion de certains usages germaniques en Gaule, même à une époque aussi haute que serait le Vie siècle, s'expliiiuo 1res facilement par des causes générales. D'ailleurs, puisque pour Zeumer les Formules de Tours sont postérieures au Vie siècle, ses observations ne sauraient d'aucune manière entamer ma démonstration.

l'exploration des tombes mérovingiennes une spécialité. Tous les jours, on nous parle de tombes franques et de Francs découverts dans ces tombeaux. Je n'aurais rien à y redire, si l'on consentait à prendre le nom Franc dans l'acception que je lui ai rendue, c'est-à-dire dans celle qu'il avait à l'époque mérovingienne, où il désignait aussi bien le Gallo-Romain que le barbare. Mais lorsque l'on veut revendiquer exclusivement une nationalité barbare pour tous les individus qu'on trouve enterrés avec un scramasax ou une framée, ou des poteries à forme spéciale, il faut bien protester au nom de la science historique contre les déductions téméraires de certains archéologues. L'archéologie peut déterminer la provenance du mobilier d'une tombe, non la nationalité du mort qui habite celle-ci. Etant donné que les Gallo- Romains se sont en quelque sorte faits Germains, qu'ils ont pris des noms germaniques, qu'ils ont contracté les habitudes germaniques, qu'ils sont allés à la guerre comme les Germains, quoi d'étonnant si on retrouve aujourd'hui dans leurs tombes les armures qu'ils ont poi'tées de leur vivant? Cette vérité, que j'ai essayé d'inculquer il y a un quart de siècle aux membres d'un congrès archéologique où elle causa quelque scandale (1), avait été formulée dès 1858 par A. de Gaumont, au congrès archéologique de Cambrai (2), et depuis lors Fustel de Coulanges l'a proclamée avec beaucoup d'énergie. Parlant de la présence des Gallo-Romains dans les armées de l'époque mérovingienne, il dit : « Ces faits contredisent la théorie sur la manière de distinguer le tombeau d'un Franc du tombeau d'un Romain. C'est une erreur. Il y avait des Romains qui

(1) V. le Compte-Rendu des travaux du Congrès archéologUjue de Charleroi (1889), pp. 121-128. Ce compte-rendu a été en partie altéré pour y introduire, après coup, de prétendues réponses qui m'auraient été faites et qui ont été élucubrées dans le silence du cabinet. Voir à ce sujet mes Observations sur le Compte-Rendu du Congrès arehéologique de Charleroi dans le RuUetin de la Société d'Art et d'Histoire du diocèse de Liège, t. V, p. 187 et suivantes.

(2) « M. de Caumont pense que c'est aller trop loin que d'attribuer aux étrangers seuls les sépuilui'es qu'on dit mérovingiennes. Les populations indigènes organisées par les Romains avaient leurs camps et portaient les armes des barbares. > Congrès archéologique, 25^ session (Cambrai), 18o8, p. 332.

se distingaient à la guerre, et on i)ouvait enterrer leurs armes avec eux, comme on faisait aux Francs, La règle que les érudits ont établie pour distinguer les races dans les tombeaux est fort arbitraire » (1).

Certains anthropologistes ont la prétention de nous fournir le crlteriiiin qui fait défaut à rarchéologie, et se flattent de déterminer les caractères auxquels on peut reconnaître, dans un tombeau de l'époque mérovingienne, le crâne d'un Franc germanique de celui d'un Gallo-Romain. C'est une autre erreur. L'indice céphalique d'un homme prouve pour lui et non pour le peuple auquel il appartient, La diflerence entre dolichocéphales et brachycéphales traverse tous les peuples et ne peut servir à en caractériser un, A supposer même qu'on pût établir que les Francs germaniques étaient tous dolichocéphales, les crânes dolichocéphales de nos tombes mérovingiennes ne seraient pas nécessairement des crânes de barbares, car les Gallo-Romains, eux aussi, étaient dolichocéphales en grande majorité, et, partant, l'indice céphalique, étant commun aux uns et aux autres, ne peut servir à les distinguer entre eux (2).

Je conclus,

La population de la Touraine pendant la seconde moitié du VF siècle est en immense majorité romaine : il n'est qu'un tout petit nombre de ses habitants qu'on puisse reconnaître comme d'origine germanique, et aucun de ceux que nous connaissons n'appartient à la nationalité des conquérants. Tous les autres indices tirés de la religion, de la langue, de la toponymie et du droit confirment cette vérité; ceux qu'on a prétendu emprunter, en faveur de la thèse opposée, à l'archéologie et à l'anthropologie sont illusoires. Il reste donc établi qu'une enquête sur les populations du centre de la Gaule au VP siècle n'y a pas fait découvrir des colonies de conquérants, et ne permet pas d'affirmer que celles-ci ont existe.

(1) Fustel (le C.oulanges, Histoire des Insl Uni ions Politiques de l'uncimne France. Toiiip II. I.a vionarchic fran<i>ir, p. '2i)('), iioto.

(2) V. 0. lie Alorlilli'l. Le PrchiHtoriijiic, p. I 17, (|iii esl assez significatif.

APPENDICE

Civis n'a plus clans Gi'égoire de Tours le sens politique très net qu'il avait dans l'Empire romnin 11 désigne l'habitant (libre) d'une civitas, c'està-dire d'une circonscription ayant son comte et son évêque. Ce sens apparaît très clair dans le passage que voici : mulier Ermentrudis Andecavensis civis, vici încola Croviensis (i), ainsi que dans celui où Lupus, habitant de Chinon, est qualifié de urbts Turonicae civis (2). Il est toujours mis en rapport avec un adjectif géographique; c'est ainsi qu'outre les onze personnages cités ci-dessus, le nom de civis Turonicus est encore donné à saint Brice {HF.. X, 3i p. 444) et à Injuriosus {l. c, p. 447); celui de civis Andegavus à Licinius {HF., X, 31, p 446) ; celui de civis Pictavus à Basilius et à Sigarius, ainsi qu'à Wiliulfus (3) ; celui de civis Arvemus à Ommatius à IJrsus et à Ascovindus (4); celui de civis Virdunensis à Agericus(5). Au pluriel, la population d'une civitas est désignée de même : c'est ainsi que Grégoire mentionne les cives d'Angers (6), de Clerraont (7), du Mans (8), d'Orléans (9), de Rouen (lO), de Tours (il), de Verdun (12), de Toulouse (13), sans que jamais il désigne ainsi les habitants d'une contrée ou d'une ville qui n'auraient pas le rang de civitas. Mais si le sens du mot est pour lui très précis sous le rapport géographique, il est au contraire très indéterminé par rapport à la condition sociale des gens ainsi désignés, car il est employé pour des hommes de la classe la plus élevée comme de la plus basse (14). L'indétermination n'apparait pas moins fréquente dans des passages où cives équivaut à habitatores 15); par exemple quand il est dit de l'élection de Cautinus : qui a clericis et civibus libenter exceptus episcopus

(1) Virtut. s. Martini, IV, 23.

(2) HF., VI, 13. 1! faut remarquei' que in-bs a ici le sens large da civitas, c'est-àdire de circonscription épiscopale et conitale.

(3) HF., IV, 45; IX, iS.

(4) HF., X, 3i, p. 446; IV, 16, 46.

(o) HF., III, 35.

Page 1