CHAPITRE II. il
ricurement déposés. Tel est le pus. Mais celte description succincte serait incomplète, si je ne disais pas en quoi ces éléments du pus, nés, comme je l'ai dit, d'un tissu nouveau ou embryonnaire, ou, peut-être, sortis des vaisseaux sous l'influence de l'irritation de ces derniers, diffèrent des éléments jeunes et embryonnaires normaux, car il est bien évident que si les cellules ou leucocytes du pus, si semblables historiquement à ceux du sang, n'en différaient pas sous quelque rapport plus important que la forme physique, ils leur seraient en tout semblables, et n'auraient pas une vie et un sort si diamétralement opposés.
C'est qu'en effet, tout dans les corps organisés gît dans l'évolution, qui, en définitive, est la vie. Or, les globules blancs du sang ou leucocytes ont en eux et autour d'eux tout ce qu'il faut pour progresser, s'enrichir et s'élever dans l'échelle des éléments et des tissus organiques; et les leucocytes du pus, tout ce qu'il faut pour régresser, s'appauvrir et descendre l'échelle de ces mêmes éléments. Les uns doivent naturellement vivre, les autres naturellement mourir. Aussi, n'est-ce que quand ils sont très-jeunes, que les globules du pus sont semblables aux globules blancs du sang. D'heure en heure ils s'en éloignent, en prenant les caractères de pauvreté et de régression que j'ai tracés plus haut. Ils suivent chacun une marche inverse, le nombre des noyaux augmentant dans la cellule embryonnaire qui tout à l'heure sera du pus ; ce nombre diminuant dans la cellule embryonnaire qui progresse et va servir à constituer ou un tissu normal, ou, peut-être, dans les vaisseaux, un globule rouge du sang. On a la preuve du premier de ces changements, dans un fait positif et bien indiqué par MM. Corail et Ranvier en ces termes : « Dans le pus récemment formé, quelle que soit son origine, à côté de cellules à noyaux multiples ou globules de pus, on en trouve constamment qui ne présentent qu'un seul noyau, et qui sont des cellules embryon-
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naires (1). » Ces métamorphoses régressives, et la destruction des tissus sains remplacés par elles, sont la caractéristique de tous les tissus et de tous les éléments accidentels et morbides. C'est pourquoi je donne pour base à la notion de maladie, l'idée d'un mode d'existence parasitiforme développée aux dépens des éléments faibles et altérables de l'organisme ; et en complétant cette idée, par celle de la réaction salutaire des éléments sains quand la santé doit se rétablir, ou par celle de leur assimilation et de leur infection par les éléments malsains et parasitiformes, lorsque, la réaction étant nulle ou insuffisante, l'entraînement funeste est inévitable.
(I) Cornil et Ranvier, Manuel d'histologie pathologique, p. 91. Paris, 1809.