‹ Etudes générales et pratiques sur la phthisieChapitre 61 sur 83 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Prophylaxie de l'individu.

Cotte partie de mon travail devrait avoir plus d'étendue et de richesse que la partie thérapeutique que je viens d'achever, après m'être borné néanmoins aux agents les plus généralement usités et les plus recommandables. Cependant la prophylaxie, surtout en ce qui concerne l'espèce, est fort peu avancée. On ne s'en est jamais occupé d'une manière spéciale, et en se plaçant au point de vue de la Phthisiologie telle que je l'ai comprise dans ces Éludes.

On peut diviser la médecine préventive de la Phthisie eu deux grandes parts : la médecine préventive de l'individu, et la médecine préventive, ou la prophylaxie de l'espèce. La première s'applique aux enfants et aux jeunes gens nés de parents phthisiques ou ayant des phthisiques clans leur famille, et réunissant dans leur santé générale, leur habitude extérieure, leurs susceptibilités morbides bronchopulmonaires, ou leur disposition à contracter les affections strumeuses, des conditions qui, à un instant donné, ou sous

des influences particulières bien connues, peuvent conclure à la Phthisie.

La médecine préventive, chez ces sujets, ne diffère pas de celle qu'on dirige contre le lymphatisme en général, et les susceptibilités catarrhales bronchiques en particulier.

La crainte d'une phthisie héréditaire doit cependant inspirer d'importantes précautions de plus. De toutes ces précautions,laplus considérable est sansdoule l'émigration vers le Midi, dans les stations que j'ai étudiées plus haut ; toutefois, avec moins de surveillance en ce qui regarde le régime et l'hygiène dans ces asiles d'hibernation, et dans les soins à prendre pour y aller et en revenir, etc. On peut dire, d'une manière générale, que le traitement préventif, dans ces circonstances, se rapproche beaucoup, quoique avec un peu moins de sévérité, delà thérapeutique d'un tuberculeux au début du premier degré de la maladie, lorsque ce premier degré est également naissant dans le poumon et dans la constitution, et que rien ne décèle encore la Phthisie.

Il est un moyen préservatif que je place encore dans ces cas au-dessus de l'hibernation méridionale, c'est l'usage d'Eaux thermo-minérales appropriées. Les Eaux naturelles sulfurées-sodiques, Eaux- Bonnes, Cauterets, etc., même les Eaux chlorurées-sodiques, les bains de mer, quoique l'action de ceux-ci soit moins reconstituante, moins intime et jouisse d'une moins grande portée d'action que celle des Eaux de Salies, de Salins, deManheim, de Bourbonne, etc., ces Eaux, dis— je, les sulfurées surtout, prises en boisson et en bains, me paraissent les moyens préventifs les plus puissants contre ce lymphatisme et cet herpétisme combinés qui, chez les enfants délicats ou originellement en lâchés de la prédisposition tuberculeuse, doivent toujours faire craindre l'explosion de la Phthisie.

L'emploi de ces grandes influences, associé à un régime alimentaire réparateur, à une gymnastique méthodique, au soin d'éviter les travaux intellectuels continus et fatigants,

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aux voyages, à la surveillance des passions naissantes de l'adolescent, etc., pourra conjurer bien souvent des plithisies qui n'auraient attendu que les influences contraires pour se développer.

On fera dominer dans le régime alimentaire les substances alibilcs respiratoires, qui fournissent d'abondants matériaux à la combustion pulmonaire.

On devra éviter de tenir trop renfermés les enfants ou les adolescents, sous prétexte de ne pis les exposer au froid et aux vicissitudes de l'atmosphère. II faut, au contraire, les y habituer avec les ménagements nécessaires, et en les forçant à réagir par l'exercice, la gymnastique, les frictions sèches, aromatiques ou alcooliques sur toute la surface de la peau, avant et après les promenades et les exercices du corps.

Lorsqu'on a des raisons de craindre qu'un enfant ou un adolescent soient prédestinés, il faut mettre tousses soins h ne pas combattre ou à ne pas guérir brutalement et sans précaution les affections externes de nature strumense ou herpétique dont ils pourraientelrealteiuts.il convient même quelquefois de protéger ces servitudes organiques lorsque Ja santé n'en est point altérée, et qu'elles ne constituent que des exutoires naturels inoffensifs. Ainsi, les éruptions du cuir chevelu, les scrofulides du nez, des yeux, des oreilles, des lèvres, les adénites concomitantes, les engelures, etc., ne doivent être réprimées qu'avec beaucoup de ménagements. L'hypertrophie des amygdales, si elle n'est pas excessive et ne nuit ni à la respiration et à 1 hématose, ni à l'audition et aux rapports de la colonne cervicale avec la tète et le tronc, devra n'être traitée que par des moyens de l'ordre médical, généraux et topiques. On s'abstiendra donc de l'excision autant que possible. J'ai été témoin de deux faits, et les chirurgiens en ont rapporté beaucoup d'autres, qui me portent à croire que, dans les cas que j'ai exceptés, celte opération n'est pas sans danger. Les médecins qui ne parla-

gent pas cet avis, peuvent toujours dire que, l'individu étant prédisposé, il n'y a eu que coïncidence entre l'excision des amygdales et le développement ultérieur de la Phlhisie. Il peut en être ainsi quelquefois, sans doute ; mais il n'en est pas moins vrai que par cela même qu'il y a de certains rapport de communauté et d'origine entre les affections slrumeuses et la tuberculose, il n'y arien d'étonnant à ce que la suppression d'un centre strumeux soit suivie de la formation d'un travail tuberculeux dans un autre point, chez un sujet en puissance de diathèse. Or, pourquoi ce nouveau centre d'affection congénère, mais régressive, ne serait-il pas le poumon, puisque cet organe est le plus tuberculisable de l'économie ?

Je crois avoir montré, au chapitre des maladies qui sont antagonistes de la Phthisie, que la scrofule est du nombre de ces maladies, quand elle est encore franche, primitive, jeune, si je peux ainsi dire, et avec ses caractères natifs; et qu'elle ne rend l'organisme propre à la tuberculose, que lorsqu'elle est usée et dégénérée. Or, bien certainement, l'hypertrophie des amygdales est une des expressions les plus bénignes et les plus naturelles des strumes non dégénérées. Ou la rencontre souvent avec tous les autres caractères delà scrofule simple et naissante, chez des enfants et des adolescents forts, bien constitués, au teint coloré, à la face un peu tumide et pleine de sucs. 11 faut craindre alors, que la suppression brusque de celte affection primitive ne soit suivie, chez un sujet prédestiné, de manifestations pulmonaires calarrhales d'abord, et plus régressives encore ultérieurement.

11 faut surtout surveiller attentivement l'époque de la puberté chez les jeunes filles. La Phlhisie qui se déclare à cette époque est toujours pleine d'écueils, et, toutes choses égales d'ailleurs, plus grava qu'aux autres époques de la vie; si ce n'est ci lie qui suit un accouchement ou celle de la ménopause. Toutes ces circonstances se ressemblent un peu.

en effet. C'est alors que les précautions doivent redoubler, et qu'il y aurait indication sérieuse à faire passer aux jeunes filles qui sont dans ce cas, l'hiver dans le Midi.

Chez les enfants nés de parents arthritiques et surtout goutteux, qui présenteraient, dès l'adolescence, des manifestations sinon goutteuses, au moins afférentes dans leur ordre à celle maladie héréditaire, comme sont les angines douloureuses périodiques, l'érylhème noueux, l'urticaire, les fièvres gastriques, le zona, les migraines, etc., il convient de réprimer ces accidents sans excès et sans la prétention de les exterminer au moyen des alcalins, des anliphlogistiques, des antiplastiques, d'un régime trop sévère. Une faut que les modérer; et, quand on les traite, se souvenir des affections régressives par lesquelles on doit craindre qu'elles ne soient remplacées plus tard. Le quinquina, le sulfate de quinine, les dépuratifs amers, l'exercice et la gymnastique, doivent toujours tempérer l'action trop fondante des altérants qu'on pourrait croire exclusivement indiqués.

Il est inutile de dire que, chez ces enfants et ces jeunes gens plus ou moins prédestinés d'après leur habitude e-xtétérieure, leurs habitudes pathologiques, leurs antécédents héréditaires, etc., l'habitation doit être lumineuse, exposée au sud, saine et sèche, bien aérée, et l'alimentation réparatrice. 11 n'est toutefois pas nécessaire qu'elle soit exclusivement animale, comme on y est trop porté. Elle doit être variée, mais à fond animai. 11 sera bon de remplacer, parla gymnastique et des aliments très-combustibles, l'usage des vêtements trop lourds et trop chauds. Toutefois, dans nos climats tempérés, il sera difficile de se passer de flanelle immédiatement sur la peau. Seulement, il faudra la renouveler souvent, et pratiquer une friction aromatique sèche toutes les fois qu'on changera ce vêtement intime. La chemise sera de colon et non de (il. On évitera les grosses cravates et les cache-nez, à moins de froid extraordinaire ou

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de voyage la nuit. On ne cherchera jamais à supprimer les sueurs locales habituelles des pieds, des aisseiles, etc.

§ U Prophylaxie de l'espèce.

Cette partie de la Phlhisiologie devrait être la plus avancée, car c'est la plus importante, la seule qui offre un grand , un véritable intérêt pratique. C'est pourtanl la plus arriérée, la plus pauvre, celle dont on s'est le moins occupé.

Depuis Laënnec, l'anatomie pathologique et la séméiologie ont absorbé à elles seules toute l'attention de la science et de l'art. Il le fallait bien d'abord; mais nous en savons maintenant assez sur ces deux points, pour nous mettre en peine aujourd'hui d'attaquer la Phthisie dans ses sources, et de les tarir progressivement, dût la médecine n'atteindre jamais complètement ce but. 11 faut un idéal et une foi. Laënnec les a enlevés à la génération médicale qui va s'éteindre. La génération nouvelle doit tout prendre à l'immortel auteur de l'auscultation, excepté son scepticisme et son fatalisme, qui découlaient visiblement chez lui de l'absence de toute étiologie. Laënnec, qui a tout fait pour la thérapeutique de la Phthisie, en nous donnant les moyens de la connaître, a tout fait contre elle en nous la montrant comme un être malfaisant qui se produit dans l'économie sans cause interne, sans cause extérieure, ne pouvant, dès lors, ni être prévue ni être prévenue soit dans l'individu, soit dans l'espèce.

11 est une autre doctrine non moins fataliste e! qui s'appuie sur ce scepticisme de Laënnec. c'est la doctrine de la panspermie tuberculeuse, de la spécificité, de la virulence et delà contagiosité de cette maladie. Celte doctrine est né !

nouvellement des expériences d'inoculation de l'homme aux animaux, et surtout au lapin. Le lecteur sait maintenant ce que j'en pense. J'ai fait voir que la Phthisie est contagieuse comme elle est inoculable, c'est-à-dire, qu'elle l'est seulement plus qu'un grand nombre <ie substances animales plus ou moins altérées, le pus, par exemple, ce qui n'a jamais constitué une inociilabililé ou une imprégnation spécifique et virulente au sens nosologique. La contagion do la Phthisie est quelque chose d'analogue, c'est-à-dire qu'elle n'est pas plus la contagion, nosologiquement parlant, que l'absorption lente de la matière tuberculeuse et sa lente dissémination dans l'économie, ne sont une preuve de la virulence et de l'inoculabilité de cette matière. Vicier son sang par des absorptions prolongées et finir par être infecté des produits d'une maladie commune, n'a jamais été une preuve de la contagiosité de cette maladie. Si j'ajoute que cette lente et commune infection est très- rare dans de telles conditions, si toutefois même elle existe, et que la Phthisie ne se produit pas de cette manière une fois sur mille, que fandra-t-il penser d'une doctrine qui ne lui reconnaît pas d'autre étiologie, et qui la compare, sous ce rapport, à la morve-farcin et à la syphilis?

Si , comme l'impliquent le scepticisme étiologique de Laënnec et la doctrine de la contagiosité absolue, la Phthisie ne reconnaît pas les causes communes, mais ne naît que d'ellemême comme la syphilis, il est inutile de songer à une prophylaxie; et il ne nous reste qu'à chercher un vaccin, je veux dire, qu'à tuberculiser tout le monde bénignement, afin que tout le monde ne se tuberculise pas mortellement.

Si l'on me répond qu'il y a mieux à faire qu'à imiter la syphiii.salion; qu'il yaà désencombrer les villes et les habitations, afin de disséminer et d'éteindre les foyers de tuberculose, je répondrai, que tel est aussi l'avis de ceux qui ne croient pas à la virulence et à la contagiosité de la

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Phthisie, car nous savons qu'il y a des phthisies qui se forment de foutes pièces et indépendamment de toute contagion dans les conditions de misère et d'encombrement dont il s'agit: ce sont les phthisies acquises. Cet argument nous appartient donc à meilleur titre qu'aux contagionistes. On forme la Phlhisie à volonté, ou bien, elle se forme sous nos yeux de l'influence de mille causes communes. On y arrive parla misère de cause extérieure; on y arrive par la misère de cause interne : voilà notre thèse.

L'encombrement est une de ces causes de misère physiologique les plus puissantes. L'invoquer en faveur de la contagiosité, c'est prendre l'effet pour la cause, et se servir injustement d'un des meilleurs arguments des anticontagionistes, ou de ceux qui proclament que la prophylaxie de la Phlhisie doit consister à supprimer les causes communes si nombreuses qui la produisent.

C'est là que réside, en effet, tout le secret de celte médecine préventive. Pour le bien comprendre et le bien appliquer, il faut remonler à l'éliologie. Nier toute étiologie appréciable comme Laënnec ; supprimer l'étiologie commune et la remplacer parla contagion comme M. Villcmin, c'est nier implicitement la possibilité d'une prophylaxie réelle et sérieuse.

Si, en supprimant l'inoculabililé, la virulence, la contagiosité de la variole et de la syphilis, on anéantit ces deux maladies; si, au contraire, en supprimant ce qu'on appelle la contagiosité de la Phlhisie. la Phlhisie reste malheureusement tout entière, n'est-il pas prouvé que cette maladie ne naît pas d'elle-même, et qu'il faut l'attaquer dans ses sou rces l rès-n o m b re u ses ?

En un mot, la cause de la Phlhisie est-elle spécifique et séminale? Non. Ses causes communes sont-elles variées, pour aboutir cependant à une commune dégénéralion? Inconteslablement. C'est donc à l'étiologie à poser ses problèmes à la prophylaxie.

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Or, qu'avons-nous vu en éliologïe ?

Tout un ordre de causes externes, et tout un ordre de causes internes, créant chacun à sa manière la misère et l'appauvrissement organiques, et produisant ainsi les diverses variétés de la Phthisie.

Dans l'ordre des causes externes, je fais entrer non-seulement le chaud, le froid, l'humide, le sec et toutes les influences l'enfermées dans les circumfusa de Halle, j'y comprends tout ce qui constitue la misère proprement dite : ignorance, travail excessif, alimentation insuffisante, habitations malsaines, privations de tout genre agissant à la longue, et ayant formé plus ou moins lentement l'apauvrissement du champ de la nutrition ou des tissus plasmaliques. J'y range encore l'influence des grandes villes sur ces masses nombreuses qui quittent les campagnes et les travaux agricoles pour exercer à Paris, à Lyon, etc., des métiers plus ou moins malsains, et qui mènent une vie toute différente de celle pour laquelle ils avaient été élevés. Ce ne sont pas les contages tuberculeux qu'elles y rencontrent qui les livrent à la Phthisie, ce sont les excès, la débauche et le défaut du pabulumvitœ, c'est-à-dire, de l'atmosphère pure et tonique dans laquelle elles avaient vécu jusque-là. Ces individus deviennent facilement les sujets de la Phthisie. Cette lente préparation une fois donnée, le froid les livre sans défense aux phlegmasies tuberculeuses delà poitrine. Telle est une des sources les plus fécondes de la Phthisie. Celte forme des maladies graves de la poitrine, est presque toujours inflammatoire et muco-luberculeuse ou épilhéliale. Je l'ai déjà dit : c'est la forme la plus incurable chez les pauvres, et la moins incurable chez les riches.

11 est trop évident que la médecine et l'hygiène individuelles sont profondément impuissantes à instituer et à organiser la prophylaxie de celle catégorie de phthisiques immense par le nombre et effrayante par le chiffre de sa

mortalité. Elle s'accroît tous les jouis comme ses causes ; nos hôpitaux en reçoivent plus que jamais. Si de grandes mesures d'hygiène publique, uue ardente et généreuse préoccupation du soit physique et moral des classes pauvres et ouvrières à la campagne comme clans les villes, ne viennent pas au secours de la médecine dans celte œuvre de préservation, les races disparaîtront dans le gouffre de la phlhisie des misérables.

Je sais bien qu'en s'occupant, comme on le fait depuis quelques années, du sort des nourrissons et des enfants en bas âge ; qu'en fondant des crèches; qu'en réglant le sort des enfants dans les manufactures ; qu'en faisant une guerre en règle à l'abus du tabac et des boissons alcooliques ; eu assainissant les habitations ; en surveillant la vente des viandes, des denrées, des boissons; en ouvrant des écoles, etc., on l'emplit partiellement et indirectement la grande indication que je signale; mais je \oudrais qu'on formât aussi une ligue particulière contre les causes et la multiplication de la Phlhisie. 11 serait temps d'y songer. Toutes les fondations que je viens de rappeler seraient d'excellents auxiliaires de l'institution que je réclame; mais je voudrais de plus une œuvre et un but spécial, une direction coordonnée vers ce but antituberculeux, une institution, enfin, qui se proposât positivement la régénération de l'espèce par l'extinction indéfinie delaPhthisie pulmonaire. 11 faudrait quelque chose de plus : les Étals devraient favoriser ces institutions, les protéger, se mettre à leur tète. entreprendre eux-mêmes celle grande croisade contre un fléau bien autrement redoutable que la peste et le choléra.

Je sais bien aussi, qu'on n'a pas comme pour les maladies contagieuses et importables, la ressource des lazarets, des quarantaines, des mesures qu'on peut prendre indépendamment delà volonté et de l'intelligence de chacun. Ici, il faut que chaque sujet se prête à ce qu'on veut de lui. On pourra être accusé de toucher à la liberté individuelle. Gepen-

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ilanl, s'il est permis d'exiger l'instruction obligatoire, ne serait-on donc pas autorisé à donner à l'homme la santé malgré lui? \\ ne s'agit pas d'obliger, il ne faut qu'éclairer, instruire, donner l'exemple, et favoriser, par de bonnes institutions, une œuvre réparatrice à laquelle tout le monde est intéressé. Mais encore, comment pourrait-on commencer ?

La Phthisie étant le mode commun de dégénération et d'appauvrissement de l'espèce par la misère extérieure ou par l'insuffisance des agents de l'hygiène et l'excès du travail; et par la misère intérieure, c'est-à-dire, par l'abus des matériaux de la vie et l'oisiveté; et dans les deux catégories, par les vices du pauvre et par les vices du riche, il faut menacer sans cesse, constamment, éclairer, surveiller, et prévenir toujours. La médecine a là un beau rôle; plus beau, plus honorable, plus efficace, que celui de traiter la Phthisie accomplie.

Dans chaque ville, dans chaque village devrait fonctionner incessamment l'association pour l'extinction de la Phthisie. Tous les médecins en feraient partie, quelques-uns seulement rempliraient des fonctions spéciales. Le clergé y occuperait une poste fort utile. On ne pourrait pas se passer de lui. Il gagnerait en influence et en action générale sur la société, autant au moins qu'il apporterait d'influence particulière à l'œuvre spéciale par ses conseils et son autorité morale. Racheter l'homme de la Phthisie, c'est l'améliorer et le grandir sous tous les autres rapports.

L'administration serait là, non-seulement par sa protection, son argent, ses encouragements, mais par des représentants nommés dans ce but, ou qui ajouteraient cette fonction à d'autres. Les conseillers généraux des départements devraient, par exemple, avoir une part dans cette mission, afin de renseigner le préfet, qui adresserait au gouvernement ses rapports sur la situation et les progrès de l'Œuvre. Les

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riches devraient concourir par tous leurs moyens. La Phthisie ne les épargne pas. Ils peuvent, sans la contribution de personne, se préserver eux-mêmes et leur génération. C'est àeuxqueje m'adresserai toutàl'heure. En attendant, quelle est la direction et quels sont les travaux et les soins qui incomberaient d'abord aux commissions chargées des mesures préservatrices envers ceux qui ne peuvent pas se préserver tout seuls, et qui ont besoin de l'assistance de tous ?

Une des sources les plus considérables de la Phthisie dans les campagnes, est la scrofule. Or, la scrofule me paraît au nombre des maladies dont les sociétés peuvent espérer de se délivrer tous les jours un peu, et indéfiniment. Elle est aussi une de ces maladies qui, comme la Phthisie dont elle est une des origines, doit être encore plus prévenue que combattue. Il ne faut pas l'attendre, parce que, alors même qu'on réussirait à la modifier très heureusement chez les parents, la diathèse peut se transmettre de ceux qui ont été amendés à leurs descendants, et parce que c'est par ces transmissions successives et ces abâtardissements, que si les croisements sont mal choisis, la Phthisie naît de la scrofule.

On se débarrasse tous les jours des maladies palustres en assainissant les habitations des pays où elles régnent, en bâtissant des premiers étages aérés, lumineux, secs, là où le paysan couchait sur le sol; en desséchant et civilisant celui-ci par des plantations spéciales et une culture bienfaisante sous tous les rapports. Ne pourrait-on pas en faire autant au point de vue de la scrofule? La société a-t-elle le droit de laisser les individus dans des conditions (l'habitation, d'alimentation, d'habillement, d'incurie et de sordidité inférieures à ces conditions chez beaucoup d'animaux? Les individus eux-mêmes, sont-ils libres de croupir dans cet état et d'y dégrader leur nature? Je ne le crois pas.

La lumière, l'air, la chaleur naturelle, sont-ils donc si

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difficiles à trouver et si coûteux? Ne pourrait-on pas imposer aux habitants d'une localité quelconque qui construisent une maison, des conditions qui empochent celle maison de leur être malsaine et de faire des scrofuleux? Cela regarde essentiellement les commissions établies pour l'inspection des logements insalubres. Pourquoi cette institution ne s'occupe-t-elle que des> vieilles maisons insalubres, et ne s'occupe-t-elle pas d'imposer les conditions dans lesquelles doivent être construites les maisons neuves ?

Un des meilleurs livres de ce siècle médical est celui où Baudeiocque a prouvé que la source la plus féconde de la scrofule est l'insuffisance de l'air respirable et de la lumière dans les habitations. La réalité de cette étiologie est démontrée par le nombre des scrofuleux qu'on observe dans des pays de montagnes où l'on respire l'air le plus pur, où la nourriture n'est ni mauvaise ni insuffisante, mais où les habitations sont des cabanes obscures, sales, sans premier étage, humides, et surtout non aérées.

L'Assistance publique de Paris a fondé sur les bords de la mer, à Bcrk, un établissement destiné aux scrofuleux. Les enfants atteints de cette affection sont conduits sur cette plage, où ils passent un temps variable suivant leur état. L'exercice, l'air marin, les bains de mer, transforment d'autant plus rapidement ces enfants, qu'ils étaient, immédiatement auparavant, dans des conditions de vie toutes contraires.

J'ai été, il y quelques années, médecin d'un. patron âge pour les enfants convalescents, fondé par quelques jeunes gens généreux du faubourg Saint-Germain, MM. de Larochefoucauld, de Juigné, de la Bouillerie, d'Aché, etc. Augustin Cochin, que l'économie sociale et les pauvres viennent de perdre, en faisait activement partie. Les enfants et les adolescents reçus dans ce patronage, me fournissaient un grand nombre de scrofuleux.

Les nouvelles conditions hygiéniques où ils se trouvaient

rue de Babylone, avaient déjà commencé à les modifier trèssalutairement, lorsque nous eûmes l'idée, avant l'Assistance publique, de créer pour eux une maison de campagne. Elle n'était pas située au bord de la mer, mais à la Roche-Guyon, dans le département de Seine-et-Oise, où M. le duc de Larochefoucauld avait mis à notre disposition une dépendance de son château qu'on avait parfaitement aménagée pour cela. Je choisissais les enfouis scrofuleux destinés à y être envoyés. Us y passaient le temps convenable, chacun en raison de la gravité de son affection. Les résultats étaient remarquables. On transformait ces enfants. Les ophlhalmies guérissaient sans collyres et sans purgatifs; les scrofulides du cuir chevelu se nettoyaient, les adénites cervicales se résolvaient, les bouffissures lymphatiques de la face faisaient place à des traits plus fermes ; la physionomie se débrouillait, les muscles se dessinaient sous la peau, et la peau prenait un ton plus chaud. 11 aurait fallu pouvoir suivre ces sujets, les maintenir autant que possible dans ces conditions, et savoir ce que leur constitution et leur santé devenaient plus tard; mais ce petit spécimen suffit pour montrer ce qu'on pourrait faire des générations humaines, si on s'en occupait autant que de la race chevaline, etc..

La scrofule est un produit de misère extérieure. Cette misère, venue du dehors, crée une misère intérieure, une misère organique qu'on reconnaît à ce que le travail nutritif paraît impuissant à s'élever au-dessus de l'activité des appareils lymphatiques ou des tissus et des vaisseaux blancs et à sang-froid.

Ces appareils et leurs produits sont alors exubérants; ils végètent luxurieusement, s'altèrent, parce qu'ils ne sont plus en équilibre et en rapport. Us appellent tout à eux, s'irritent, se congestionnent, s'enflamment, se ramollissent, s'ulcèrent, etc Voilà la scrofule, qui appauvrit

indéfiniment les territoires organiques, et les prépare directement à la tuberculose et à la Phthisie. Ainsi, la misère extérieure ou la misère «les pauvres conduit directement à la Phthisie; tandis que la misère organique des riches, qui est indirecte parce qu'elle naît de l'opulence extrême de la vie nutritive, ne conduit à la Phthisie que d'une manière éloignée.

En combattant ces deux excès, en fermant et condamnant ces deux avenues de la Phthisie, on la supprimerait, car elle n'est que le caput mortuum de la misère directe et de la misère indirecte. La plus urgente à fermer est celle de la misère directe, .l'y reviens ; je terminerai par l'autre.

Après l'insuffisance d'air et de lumière, c'est le froid qui est une des causes extérieures les plus communes et les plus efficaces de la Phthisie. On ne comprend pas le scepticisme deLaënnec sur ce point important.

Sans étiologie, il n'y a pas de prophylaxie. Aussi Laënnec ne parait-il pas se douter qu'on puisse prévenir la Phthisie, en modérer indéfiniment les progrès. Cependant, il est évident que, lorsque le froid et les refroidissements viennent à agir sur les individus prédisposés par les causes lentes et la misère extérieure que j'ai signalées, ils produisent des catarrhes tuberculeux et des pneumonies de même nature. On appelle même en Allemagne ces phlegmasies de poitrine, des pneumonies scrofuleuses. Ce sont les phthisies caséeuses dont j'ai tant parlé. Qu'y a-t-il de spécifique et de virulent dans tout cela? Les maladies spécifiques n'ont pas d'étiologie, car elles se reproduisent elles-mêmes. Ici, tout se voit, tout se touche; on suit la génération de la Plithisie dans ses causes prédisposantes et dans ses causes déterminantes, comme on suit une expérience de physique et de chimie, toutes choses égales d'ailleurs.

Voilà donc encore un des facteurs de la Phthisie que

l'homme peut atteindre et détourner jusqu'à un certain point, et de plus en plus. Si on s'appliquait à déraciner la scrofule et le lymphatisme dans leurs causes, et si on pouvait préserver les classes pauvres et ouvrières contre le froid et les refroidissements, on aurait tari une des deux grandes sources de la Phlhisie.

S'il est impossible à l'ouvrier de ne pas s'exposer au froid et aux refroidissements, il peut au moins prendre tous les moyens possibles de s'en garantir. Dans notre climat tempéré, l'ouvrier devrait, huit mois par an, avoir delà flanelle sur la peau de la tête aux pieds. Qu'on ne parle pas de l'énormitéde la dépense et de l'exiguïté de salaire à peine suffisant pour les besoins immédiats et pressants de l'ouvrier et de sa famille. Le patron ne devrait pus permettre qu'un ouvrier entrât dans sou chantier ou son atelier sans ce vêtement intime, recouvert de vêtements de fatigue simples, commodes et chauds. Ce serait une avance qu'il ferait à l'ouvrier. Celui-ci subirait chaque semaine ou chaque mois une faible retenue, jusqu'à ce qu'il se fût acquitté envers le patron.

Les associations que je réclame pour la prophylaxie delà Phlhisie devraient plutôt encore se charger de ces soins. Ce serait un bon emploi de leurs fonds. Il faudrait joindre à ce bienfait des instructions données par écrit ou dans des conférences, afin de faire sentir à l'ouvrier et à sa femme, la nécessité de toutes ces précautions. Ils en seraient les. premiers récompensés, car la santé, c'est pour eux l'instrument de travail et la vie.

Mais les vêtements qui conservent aussi égale que possible la chaleur propre de 1 organisme, ne sont pas les seuls moyens de résister aux refroidissements. L'alimentation est la véritable source de notre chaleur. Elle doit être réparatrice d'une part, et, de l'autre, poiter avec elle ses condiments, je veux dire des principes qui favorisent son assimilation

en offrant à l'air des matières à oxyder ou à brûler, et, par conséquent, des éléments de respiration et de calorification. A une nourriture variée et à base animale mêlée aux féculents, il faut joindre les corps gras, le sucre, Jes boissons spiritueuses, et certaines substances qui, sans apporter des matériaux positifs à la nutrition, fixent celle-ci, la maintiennent plus longtemps dans une stabilité d'énergie, et empêchent, comme on dit, de se dénourrir. C'est de ces matériaux de vie, dont l'abus est si près de l'usage, qu'il importerait de régler l'administration. Leur usage méthodique est une source de chaleur ; leur abus éteint cette source, en stupéfiant ou en débilitant le système nerveux.

Mais tous les préceptes de l'hygiène physique, sans ceux de la morale ei de l'éducation, seraient ici sans effet, car nous entrons dans le domaine des passions. Elles jouent un grand rôle dans la production de la Phlhisie. Elles aussi, activent et enflamment d'abord les sources de la chaleur ; mais elles les éteignent ensuite, et nous livrent sans défense h ces transformations régressivesde nos éléments organiques, parmi lesquelles la tuberculose occupe une place si lamentable.

Les masses humaines vouées à la Phlhisie par l'encombrement, la saleté, l'obscurité, le froid, les privations et l'ignorance, n'en sortiront jamais qu'avec le secours des classes qui ont reçu le bienfait des lumières et de l'éducation. Quand j'appelle sur ce grand sujet l'attention et le cœur de la bourgeoisie et des classes riches; quand je les exhorte à créer des associations pour l'extinction de la Phlhisie dans l'espèce, j'ai la conviction que rien n'est moinschimérique ; que cette pensée est simple, pratique, immédiatement réalisable, et qu'elle n'est que l'application toute naturelle de la Phlhisiologie que j'ai exposée. Ce que j'ai dit sur la nature et les causes de la Phlhisie n'est rien sans cette conclusion ; et, en dehors d'elle, il n'y a plus qu'à

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relourner au scepticisme de Laënnecet à la désolante doctrine de la spécificité. Broussais était certainement moins éloigné de la vérité médicale.

Il ne m'appartient pas de tracer ici le plan effectif de l'association que je voudrais foncier. Je le tenterai peut-être un jour avec des hommes de bonne volonté. Il faut d'abord que mes idées sur la Phthisiologie reçoivent un bon accueil. Maintenant, je ne dois émettre que l'idée. L'exécution ne peut être que le fruit d'une œuvre collective.

Les meilleurs principes d'une prophylaxie de la Phthisic sont évidemment donnés par l'éfiologie de celte maladie. J'ai posé une classification naturelle des maladies chroniques. Elle doit nous fournir les bases de notre prophylaxie. On se rappelle que je les ai divisées en troh grandes classes : 1° les initiales ou capitales, qui sont au nombre de trois : l'arlhristisme (rhumatisme et goutte); la scrofule et la syphilis; 2° les mixtes ou intermédiaires, qui se ramènent toutes à l'herpétisme Indépendamment des maladies chroniques de la peau, l'herpétisme renferme des espèces nosoiogiques infiniment diversifiées, savoir, toutes les maladies chroniques incurables dont on ne meurt pas, et qui ne sont ni i'arthritisme , ni le scrofulisme ni le syphililisme francs; 3° les maladies chroniques ultimes, embrassant les affections organiques proprement dites, et les névroses profondes, qui équivalent pour la gravité, et peut-être par leur nature, aux affections organiques.

J'ai fait voir comment et h quelles conditions un grand nombre de phthisies pulmonaires, sans être vraiment la scrofule des poumons, dérivent pourtant de la scrofule. J'ai fait voir ensuite, comment la misère extérieure et directe, conduit au même résultat sans que les malades aient dû toujours passer par la scrofule évidente des nosologies. L'appauvrissement des territoires organiques dispose alors les poumons à contracter, sous l'influence de plusieurs causes détermi-

nanles et surtout du froid , des phlegmasies tuberculeuses qui constituent une variété particulière de phthisie extrêmement fréquente, que Virchow appelle scrofuleuse, dénomination assez exacte, si on fait la distinction que je viens d'établir. J'ai exposé mon opinion et mes vues sur la prophylaxie de cette grande variété de phthisie. Le but, je l'ai dit, ne peut être atteint qu'à l'aide du temps et d'associations qui visent spécialement ce but, au milieu de toutes celles qui s'occupent d'améliorer le sort des masses par l'hygiène physique et morale, publique et privée. J'en ai fini dès lors, avec cette première source de prophylaxie, que j'ai placée dans l'extiuclion indéfinie d'une de nos maladies chroniques capitales, la misère directe et la scrofule.

La syphilis, autre maladie capitale, est une seconde source de la consomption pulmonaire.

L'extinction de cette maladie capitale, spécifique et toute à part, est encore, par conséquent, une source de prophy laxie de la Phthisie dans l'espèce.

On a déjà essayé de fonder des associations pour l'extinction de la syphilis. C'est une œuvre digne des nations civilisées et des gouvernements. Cette source de phthisie semblerait devoir être la moins difficile à tarir. Elle coopère avec la scrofule, et surtout avec le lymphatisme dont elle est un des principes par sa dégénéralion, car en perdant sa spécificité, elle va se fondre dans ces irritations et ces exubérances du système lymphatique qui traînent tant de phthisies pulmonaires à leur suite.

Quand on voit l'atteinte spéciale et profonde portée au système lymphatique par la syphilis; le mercure, qui altère si intimement ce système et la nutrition, être en même temps l'altérant principal des effets constitutionnels de cette maladie spécifique ; l'iodure de potassium, si utile dans cette syphilis plus profonde encore qui affecte les tissus

blancs, les os, etc., être aussi mi des remèdes les plus efficaces contre la scrofule et le lymphatisme, on comprend facilement, qu'une telle maladie puisse préparer tout particulièrement le terrain à la Phthisie. On a déjà fait beaucoup pour fermer cette porte de la consomption pulmonaire. La vérole est moins grave et moins fréquente qu'il va un ou deux siècles. Elle est aussi mieux connue et mieux traitée. Cependant, quand on pense que la guérison, ou plutôt, la disparition des accidents primitifs n'empêche pas absolument le développement des symptômes secondaires; et quo la guérison apparente de ceux-ci, ne préserve pas certainement de l'évolution tardive des manifestations tertiaires ; quand on voit surtout, la palliation de ces trois ordres de symptômes ne pas préserver sûrement les enfants des dégénérations non spécifiques de la syphilis, telles que le lymphatisme, le rachitisme, l'herpétisme, l'étiolement, etc., qui mènent à la phthisie, on se prend à craindre que tous nos progrès en syphilologie n'aient pas sur la santé publique, ï'invigoration de l'espèce, la diminution de la Phthisie qui est la maladie ultime par excellence, les effets salutaires qu'on pourrait espérer.

Il n'y a qu'une manière d'éviter les résultats éloignés de la syphilis, c'est de ne jamais la contracter. Une fois entrée, elle évolue et ne reconnaît en thérapeutique, que des moyens de blanchir ses manifestations. Elle n'en reconnaît pas qui soient capables d'extirper absolument ses racines funestes aux générations. La phthisie est donc aussi un des résidus de la syphilis. Quand on pense que l'homme n'est affecté de la syphilis que quand il le veut; qu'il y a un très-grand nombre d'individus qui ne l'ont jamais eue, on espère que le nombre de ceux-ci sera plus grand chaque jour, et que la Phthisie qui dévore les races humaines, aura un jour cet aliment de moins.

La syphilis proprement dite n'est pas la seule source éloi-

gnéc de la Phthisie. 11 est une autre maladie vénérienne, la blennorrhagie, qui est féconde en manifestations lymphatico-herpétiques capables de prédisposer à la tuberculose. La chaudepisse sème en effet des adénites, des ophthalmies, des arthrites, des pithyriasis, des dermatoses qui préparent le fonds organique à produire tôt ou tard le tubercule. C'est encore une source de la Phthisie qu'une civilisation sérieuse pourrait tarir progressivement. 11 faut le savoir. Les syphilographes ne le disent pas assez. Quand on est pénétré comme moi de la nécessité d'éteindre la Phthisie en fermant toutes les portes par lesquelles elle entre chez l'homme ; quand on a foi dans le delenda Pkthisis, il faut déraciner toutes les causes qui la préparent. La Phthisiologie est là tout entière, et elle n'est rien sans cela.

J'arrive à la troisième des maladies chroniques capitales que je place ordinairement la première dans ma classification, je veux parler de l'arthrilisme.

J'ai traité assez longuement la question de l'antagonisme des maladies arthritiques et de la Phthisie. Le lecteur doit donc être tout préparé à en tirer les conséquences pratiques.

Le rhumatisme et la goutte qui, quoique bien distincts, sont delà même famille ou de la même souche, forment à eux seuls, avec leurs variétés et leurs associations infinies, le domaine de l'arthritisme. Dans la nosologie des maladies chroniques, l'arthritisme est à l'opposite de la Phthisie. Rien n'est plus antagoniste que la nature de ces deux maladies.

Mais l'arthritisme, et dans l'arthritisme, la goutte surtout, ne se maintiennent pas toujours daus cet état d'antipathie avec les maladies à produits pauvres et mort-nés. Ils dégénèrent dans l'individu et dans les générations, et font place à une disposition organique constitutionnelle et héréditaire très-favorable au développement de la tuberculose. Quel

parti la prophylaxie de la Phthisie peut-elle tirer de ce grand fait d'observation?

La première conséquence que ce fait renferme, c'est que la prophylaxie de la Phthisie dans l'espèce, suppose la prophylaxie de la goutte elle-même. Je crois, en effet, que s'il y avait moins de goutteux, il y aurait moins de phlhisiques. 11 ne faut avoir ni la scrofule, ni la syphilis, ni l'arthritisme goutteux. Ce sont trois portes d'entrée de la phthisie qu'il faut indéfiniment condamner. On n'évite pas la scrofule à volonté. Elle est trop souvent le produit de circonstances fatales, indépendantes en grande partie de la volonté de ceux qui la subissent. Il est beaucoup plus facile de se soustraire à la syphilis et à l'arlhritisme goutteux.

Tout le monde sait que la goutte est inconnue des paysans, des soldats, des ouvriers, des populations pauvres, etc., et qu'elle ne frappe guère que les classes de la société qui vivent dans de certaines conditions d'alimentation, de luxe, de mollesse, de jouissances qui stimulent et dépriment alternativement les facultés les plus puissantes et les plus sensuelles de l'organisme.

J'ai déjà dit que cette richesse organique amenait indirectement une misère qui n'est pas celle de la scrofule dégénérée, mais qui n'en est pas moins réelle. J'ai dit aussi, que les phthisies qui en naissent, constituent une variété très-distincte de la scrofuleuse, et j'en ai donné les caractères différentiels, si importants au point de vue pratique du pronostic et du traitement.

Les riches et toutes ces classes de la société qui sont la proie de la goutte, doivent donc savoir qu'ils risquent de préparer la Phthisie à leur postérité la moins éloignée.

Les maladies chroniques régressives suivent presque infailliblement les maladies chroniques caractérisées par les produits organiques trop riches. A côté de l'hygiène des pauvres dont je traçais plus haut les règles préservatrices

PROPHYLAXIE DIS LA PHTHISIE. lïïZ

delà scrophule et de la Phthisie, il faut donc placer maintenant l'hygiène des riches, préservatrice des maladies régressives, et en particulier delà Phthisie, qui est si souvent un produit éloigné et indirect de l'arthritisme, et surtout de l'arthritisme goutteux. 11 faudrait donc prendre beaucoup au superflu de l'hygiène des riches en faveur de l'hygiène des pauvres, et donner aux premiers un peu de la sobriété forcée des seconds.

Les uns et les autres doivent être avertis. C'est pour ceux qui ont les lumières, l'éducation, la fortune, un devoir de s'associer contre la Phthisie des pauvres par les moyens combinés dont j'ai fait entrevoir l'efficacité. En fondant cette œuvre d'humanité, en s'en occupant avec amour, ils préserveraient aussi leur postérité de la misère organique indirecte qui produit la Phthisie des riches. 11 serait impossible, en effet, qu'un but d'activité aussi élevé et aussi généreux; que les occupations douces et sérieuses qu'il commande; que les satisfactions que donnerait le spectacle du bien accompli, ne corrigeassent pas les mœurs relâchées, les habitudes de luxe et de mollesse, les excès de table, les tourments de l'ambition et tous les aiguillons de la vie qui ne cessent de surexciter et d'épuiser les classes riches, d'y fomenter d'abord la goutte avec ses tortures, plus tard la Phthisie avec ses langueurs et sa mortalité.

Je ne me laisserai pas détourner de mon but par la crainte de voir mes idées et mes espérances taxées de rêves généreux. Il y a moins de chimère et d'utopie dans ce que je propose, que dans la recherche de tous ces remèdes nouveaux contre la Phthisie qu'on nous annonce chaque jour, et qui sont l'opprobre de la Médecine.

Il est un ordre infiniment nombreux et varié de maladies chroniques désignées par moi sous le nom de mixtes ou intermédiaires, et dont l'ensemble constitue l'herpétisme;

ce sont des maladies intermédiaires et de transition entre les maladies chroniques capitales et les maladies chroniques ultimes.

Je ne crois pas devoir, en effet, placer l'herpétisme dans les maladies chroniques capitales. Les affections qui constituent cet ordre si nombreux, procèdent généralement de celles-ci, savoir, de l'arthritisme, de la scrofule, de la syphilis et de leurs associations, vers les maladies ultimes. Ce processus de transition et de dégradation n'est pas nécessaire et constant, car mille causes peuvent en déranger et en intervertir la succession, et tous les termes de la série peuvent ne s'être pas manifestés; mais il est naturel, et tend toujours à s'effectuer lorsque rien ne l'en empêche. On éteindrait l'herpétisme en supprimant les maladies chroniques capitales.

Le nombre des phthisiques, et surtout des phthisiqucs pris parmi les classes moyennes et élevées, qui ont été et qui sont encore herpétiques, est infini. Les phlegmasies chroniques externes ou internes dont on ne meurt que rarement; les névroses et les névralgies internes ou externes pures ou presque toujours plus ou moins combinées avec des congestions, des flux et des phlegmasies chroniques, relèvent presque toutes de l'herpétisme. Or, il est impossible de nier, que l'herpétisme envisagé de cette manière, ne soit un acheminement aux maladies régressives et ultimes parmi lesquelles la phthisie occupe une si large place.

J'appelle toute l'attention des observateurs sur ce processus régressif des maladies chroniques et sur cette source immense de la Phthisie.

On a vu comment il était possible de diminuer progressivement l'invasion et les ravages de l'herpétisme. Mais celui-ci existant, quels moyens aurions-nous de l'empêcher de dégénérer encore dans les individus et les générations, et d'aller peupler le domaine déjà si vaste de la Phthisie?

Le genre d'alimentation a une influence aussi grande

sur l'herpétisme que sur l'arthritisme. On fait des herpétiques comme des goutteux, avec tel ou tel régime de vie. Les goutteux finissent presque toujours, eux ou les leurs, par l'herpétisme. C'est à ce point, que M. Bazin, a pu justement créer tout un ordre de dermatoses sous le nom d'arthritidcs. Ce qui sort de phlhisiques de cette transition et de cette dégradation est, je le répète, infini. Les chagrins, les peines morales, les vives et longues préoccupations excitent singulièrement toutes les manifestations herpétiques. Elles sont comme l'arthritisme goutteux, et toutes les maladies caractérisées par un excès d'acide urique, un des modes d'élimination les plus communs des déchets organiques. Les anciens les rangeaient dans les affections par acrimonie des humeurs. Us avaient très-bien vu, que les humeurs du goutteux, deviennent acres, engendrent les dartres et les douleurs.

L'hygiène de l'herpétique, se place donc encore ici au premier rang des moyens préventifs contre une. des plus nombreuses variétés de la Phthisie.

Mais la thérapeutique de l'herpétisme n'a-t-elle rien à faire dans cette prophylaxie delà phthisie ? Je suis loin de le croire. Je suis même persuadé, que le désir de faire disparaître le mieux et le plus tôt possible les manifestations cutanées de l'herpétisme, crée beaucoup d'affections herpétiques internes, de phlcgmasies chroniques et de viscéralgies de toutes sortes. Or, les manifestations internes de l'herpétisme, conduisent bien plus vite aux régressions morbides et aux maladies ultimes, que les manifestations externes de la même diathèse, ou les dermatoses. La dartre cutanée, psoriasis, eczéma, pithyriasis, lichen, est la forme la plus vivante et la plus vigoureuse, la plus naturelle et la plus saine de l'herpétisme. 11 faut la chasser ou la blanchir le moins possible. Elle n'a déjà que trop de tendance à régresser. Or, sa régression du dehors au dedans, est une preuve de son affaiblissement et, par conséquent, de l'affaiblissement

du sujet, et de sa disposition plus prochaine à produire des maladies ultimes, la Phthisie, par exemple.

L'herpétique est très-irritable, très-difficile à traiter. Cette irritabilité, ce névrosisme indéterminé conduit les générations à la Phthisie, si les mariages sont mal faits au point de vue hygiénique, c'est-à-dire, si les croisements ne sont pas régénérateurs.

Les Eaux minérales devraient jouer un plus grand rôle qu'elles ne le font dans la thérapie de l'herpétisme. Elles portent à la peau ; et lorsqu'elles font disparaître les dermatoses, elles impriment en même temps à tout l'organisme une vigueur, un équilibre qui empêchent la guérison de la peau malade d'être suivie des manifestations internes de l'herpétisme. Il ne faut pas trop altérer ni fondre les herpétiques. Il en est d'eux comme des goutteux, qu'on ne doit pas trop guérir. Combien d'individus voudraient avoir la goutte ou l'herpétisme francs ! J'appelle herpétisme franc, celui qui se porte à la peau.

Empêcher l'herpétisme de dégénérer encore, de s'affaiblir, de devenir interne, c'est faire beaucoup pour la prophylaxie de la Phthisie; et c'est une des premières vérités d'observation de la médecine des maladies chroniques.

Je reviens à la médication hydrominérale considérée comme mesure prophylaxique.

Si la médecine publique, la médecine de l'espèce existait, les conseils d'hygiène de chaque département et de chaque canton seraient chargés de visiter les enfants au point de vue préventif.

D'après le genre de sauté et de maladies des parents; d'après le tempérament et l'espèce de maladies habituelles des enfants, on pourrait traiter ceux-ci préventivement au moyen d'Eaux minérales appropriées, et s'opposer ainsi à une régression de leurs maladies capitales ou inlermédiai-

res vers les maladies ultimes, et en particulier vers la Phthisie. En procédant ainsi chaque année jusqu'après la puberté, et en mettant comme je l'ai déjà dit, l'hygiène de ces enfants en harmonie avec cette médecine préventive énergique et à longue portée, on créerait des races solides et on couperait la Phthisie dans ses racines. Ce serait pour l'Etat et pour les communes de l'argent bien employé. On prend bien des mesures analogues pour l'élève et l'amélioration des animaux domestiques... Les Eaux minérales sont plus puissantes encore préventivement que curativement. Mais il faut que les médecins s'habituent, et que les Écoles de médecine les y aident, à voir, ou plutôt, à prévoir chez les enfants, même assez bien portants, les maladies de l'adolescent et de l'adulte. C'est une belle étude, pleine de réalités scientifiques et pratiques.

Une autre source de prophylaxie pour la Phthisie, se trouve dans les mariages bien assortis au point de vue physiologique.

Que de phthisiques j'ai observés issus du mariage de deux lymphatiques irritables, ou d'un lymphatique et d'une herpétique! Des filles ou des fils nés de parents à goutte usée et dégénérée ne doivent pas épouser des lymphatiques grêles ou des herpétiques maigres et irritables. A quoi sert l'observation, si, après avoir fourni des faits incontestables sur tels effets de causes bien connues, on ne sait en tirer aucune conséquence pratique? Il faut au moins avertir les parents.

Je me borne à ces exemples, parce que j'ai assez développé la doctrine de la Phthisie issue d'autres maladies chroniques à tendances régressives, pour que le médecin averti sache dissuader les familles des mariages qui ne pourraient que précipiter ces tendances, et conseiller des croisements réparateurs.

On croit avoir tout fait, quand on a empêché quelqu'un d'épouser un phthisique imminent ou accompli, ou sem-

blant prédestiné par son habitude extérieure et ses antécédents héréditaires. Le lecteur doit comprendre maintenant combien cela est insuffisant, car il n'a pas oublié, qu'il y a moins de phlhisiques nés de phthisiques que d'autres maladies chroniques en voie de dégénération.

J'ai entendu dire souvent, qu'après tout, il n'était peutêtre pas mauvais que la Phthisie fit son effet, parce qu'elle accomplit une fonction de sélection, et qu'elle élimine de la société les avortons et les faibles, qui sont incapables de procréer des enfants vigoureux.

Il y a bien assez d'autres causes d'épuration et de choix. Remarquons de plus, que la Phthisie n'est pas comme le choléra, la variole, la fièvre typhoïde, une maladie autonome, primitive et sans rapport avec les antres maladies chroniques.

Les affections aiguës sont, en effet, de celles dont Sydenham a dit qu'elles ont « le ciel pour auteur », tandis que la Phthisie, est de celles dont il disait aussi que « nous en sommes les artisans. » Je comprendrais la sélection par des maladies qui ne frapperaient que les individus incapables de rendre des services à la sociétés et de reproduire des êtres sains et vigoureux. Mais le choléra, la variole, la fièvre typhoïde ne sont pas même dans ce cas : elles sont très-aveugles et fauchent au hasard. Quant à la Phthisie, elle ne naît pas seulement d'elle-même comme la variole. Chronique, constitutionnelle, héréditaire, elle naît de maladies qui pourraient, à la rigueur, ne pas exister, ou dont on aurait pu empêcher la dégénération. Ce n'est souvent qu'après s'être reproduit que meurt le phthisique. La Phthisie s'attaque donc à l'espèce ; et si on lui permet de délivrer la société d'êtres faibles et inutiles dont l'élimination pourrait restaurer les races, on la laisse s'étendre, gagner les forts, affaiblir et dégrader tout le monde. On voit la différence qu'il y a en pratique indi-

viduelle et en médecine sociale, à envisager la Phthisie comme le font les sceptiques en étiologie et les fatalistes, ou à l'envisager comme je l'ai fait du commencement à la fin de ces Éludes, avec une foi indéfectible dans les progrès de la science et de l'humanité.

Je ne veux rapporter ici que quelques exemples de chacune des séries d'observations sur lesquelles je me suis fondé, pour énoncer un certain nombre de propositions nouvelles en Phthisiologie.

Si je voulais produire tous les cas de Phthisie dont j'ai rédigé l'histoire, depuis douze ans que j'observe aux Eaux- Bonnes, et y ajouter tous les faits de cette maladie que j'ai observés à Paris, dans la ville et dans mon service d'hôpital, j'arriverais facilement à un chiffre de plus de 10,000 Phthisiques vus et traités par moi.

Maintenant, si je décompose ce chiffre sous le rapport scientifique, je dois d'abord mettre de côté une masse de faits vulgaires et sans intérêt. Ce sont les cas de Phthisie parvenus à ce degré où tous les malades se ressemblent et ne diffèrent que par le degré plus ou moins prononcé de leur résistance individuelle. Le passé, les antécédents seuls de ces malades sont instructifs, lorsqu'on peut avoir sur leur pathologie antérieure et l'étiologie de leur affection, des renseignements positifs.

Dans l'enseignement clinique, ces malades nombreux ne servent guère qu'à l'éducation séméiologique des élèves. Je ne parle pas, bien entendu, des soins constants que leur état réclame, des soulagements consolants qu'on peut encore leur procurer, et de la sympathie qu'ils doivent inspi-

rer d'autant plus grande, qu'elle est à peu près tout ce que nous sommes réduits à leur donner.

Or, cette catégorie forme près de la moitié du chiffre total.

L'autre partie, celle qui peut offrir un intérêt médical réel, est composée des variétés suivantes:

1° Phthisies acquises, ou Phthisies développées sous l'influence de milieux extérieurs à action lente ;

2° Phthisies par accident, ou Phthisies nées soudainement comme les maladies aiguës, sous l'influence de causes à action instantanée chez des sujets non prédestinés, ou qui ne semblaient pas l'être ;

3° Phthisies primitivement constitutionnelles ou diathésiques ;

4° Phthisies secondairement constitutionnelles et diathésiques, ou Phthisies nées de la transformation régressive d'autres maladies constitutionnelles moins graves.

Ces deux dernières catégories recrutent principalement leurs sujets dans les classes aisées et riches de la société. Elles fournissent dans ces classes, plus des deux tiers des phthisiques.

Or, si on considère que les cas de la première de ces deux catégories, de celle qui est formée par les Phthisies que j'appelle primitivement constitutionnelles et diathésiques, descendent souvent de la seconde, ou ne sont souvent que des Phthisies d'où toute trace et tout reliquat des maladies antérieures dégénérées et transformées a disparu, on pourra se faire une idée assez exacte del'importance considérable que prend en Phthisiologie, le processus étiologique que je signale à l'attention de la clinique et de la prophylaxie.

Il résulte de cet exposé très-sommaire, que si on excepte les Phthisies accidentelles, ou les Phthisies de cause extérieure dont le chiffre est lamentable, le plus grand nombre des sujets qui succombent à la Phthisie spontanée ou de cause purement interne, sont conduits à ce terme fatal par l'ai té-

ration régressive de maladies constitutionnelles d'une nature moins destructive et moins infectante que la tuberculose.

Je n'ai pas besoin de fournir des exemples de la Phthisie née des causes communes extérieures sur l'action trop puissante desquelles tout le monde est d'accord. Je me bornerai donc à présenter sous forme de spécimen et de types, quelques exemples de chacune de ces variétés de Phthisie sur lesquelles j'ai plus spécialement appelé l'observation.

Ces faits ne décèleront pas seulement l'origine et les caractères spéciaux d'un grand nombre de Phthisies de cause interne, ils feront voir aussi les modifications que ces processus écologiques impriment à la marche, au pronostic et à la cure de beaucoup de Phthisies.

Il est inutile dédire, que je dégagerai ces faits de ce qui est commun à toutes les Phthisies, ainsi que des détails qui ne se rapportent pas aux circonstances que je désire mettre en relief. Je ne montrerai donc que ce qui est à démontrer. Ainsi, l'attention du lecteur ne sera pas fatiguée par des énumérations qui ne prouvent rien et qu'il faut oublier ; et je pourrai être court sans être obscur.

PHTHISIES ARTHRITIQUES, OC l'HTHISIES ISSUES DE LA TRANSFORMATION RÉTROGRADE DE l'aRTHRITISME GOUTTEUX.

M. D..., 54 ans, savant architecte. Il est né de père et de mère arthritiques. M. D... lui-même a eu du rhumatisme articulaire aigu. Sa constitution est robuste, son tempérament sanguin.

J'ai vu pour la première fois M. D..., aux Eaux-Bonnes en 1862. Je l'ai revu en 1863 et en 1868. En 1862, rien dans son habitude extérieure ne signalait le phthisique. Au contraire, il avait les attributs de la plus riche santé. Cependant, il toussait péniblement et expectorait des crachats volumineux, pelotonnés, opaques et souvent teints de sang. Il avait à peine de la dyspnée. Son pouls était volumineux, tendu, un peu fréquent ; mais la formule de la lièvre n'était pas complète. Il n'avait ni chaleur anomale, ni exacerbatîon vespérinc, ni aucun sentiment de malaise fébrile.

La région sous-claviculaire droite couverte de cicatrices, de cautères volants, élait mate. L'auscultation donnait un bruit d'inspiration faible mêlé de craquements quelquefois secs, quelquefois humides; et un bruit expirateur très-prolongé, bronchique ou soufflant. Dans la fosse suscapulaire du même côté, submatité, bruit respiratoire faible et confus sans bruits morbides spéciaux. Les signes fournis en avant par la percussion et l'auscultation, régnaient dans toute la largeur de cette région, et on les percevait à trois travers de doigt au-dessous de la clavicule.

Nutrition et forces musculaires extraordinairement bien conservées. Dans le cours d'une de ses saisons thermales à Eaux-Bonnes, M. D... a fait sans ma permission, mais sans effort et sans le moindre accident, l'ascension du pic du midi d'Ossau, 2,885 mètres audessus du niveau de la mer. J'ai perdu de vue M. D... depuis 1868; mais je sais qu'il est assez bien portant.

J'ai commencé cette série par le cas qu'on vient de lire, parce que c'est un des types les plus remarquables que j'aie observé. M. D... n'avait jamais eu de ces hérnoptysies excessivement abondantes qui s'accompagnent d'apoplexie pulmonaire auxquelles survivent des infarctus qui se ramollissent, sont évacués et laissent à leur place des excavations plus ou moins grandes. Il n'avait éprouvé au début de son affection que des hérnoptysies faibles, et les signes de son affection du sommet du poumon droit s'étaient développés successivement. Tout le reste du poumon droit, et le poumon gauche entier étaient sains.

Si j'ajoute que sans être communs au degré qu'on vient de voir, les faits plus ou moins analogues à celui-là ne sont pas rares, l'attention aura déjà le droit de s'éveiller, et on pourra commencer à se demander s'il n'y a là qu'une pure coïncidence.

Mademoiselle B..., 19 ans. Père fort, sanguin, goutteux et graveleux. Mère forte, sanguine et couperosée.

Mademoiselle B... est forte et assez fraîche; elle a même de l'embonpoint. Sa santé générale est bonne, si ce n'est que depuis deux ou trois ans qu'elle tousse, elle a un peu pâli et résiste moins à la fa-

ligue. Elle vient aux Eaux-Bonnes pour la première fois en 1807, n'ayant jnmais eu d'hémoptysie. Elle présente des râles rnuqucux abondants a la base des deux poumons en arrière, surtout à droite. Le sommet du poumon de ce côté donne à la percussion une diminution relative du son assez marquée. Les bulles y sont plus petites, et d'un timbre moins muqueux, et beaucoup plus dur qu'à la base; le bruit expirateur est en môme temps rude et trop prolongé, surtout dans la fosse sus-épineuse, \h où la diminution plessimétrique du son est la plus évidente.

L'expectoration peu abondante est opaque, muco-purulentc. Le pouls est dans la journée trop fréquent, mais sans chaleur. Le soir, un peu de chaleur fébrile s'y ajoute. Il y a de la dyspnée en montant; quelquefois une respiration sifflante comme s'il se produisait alors un spasme peu intense des petites bronches.

Depuis quatre ans que mademoiselle B... vientaux Eaux-Bonnes, son état s'est amendé chaque fois. Les râles muqueux qui occupaient les deux bases des poumons et le catarrhe bronchique diffus ont considérablement diminué. Il n'en reste que des traces. Les signes de l'induration du sommet droit se sont atténués aussi, mais sa matité persiste au même degré. Les bulles crépitantes qu'on pouvait appeler des craquements secs peu volumineux, ont seuls disparu, après avoir passé au timbre humide pendant les deux premières cures d'Eaux-Bonnes.

Mademoiselle B... s'est mariée malgré mon avis contraire. Elle n'a pas encore d'enfants, mais elle a conservé l'amélioration obtenue. Quel est le sort réservé à l'induration lymphatique du poumon droit?

Les éléments d'antagonisme existent ici dans l'état général de la constitution encore très-imprégnée de disposition arthritique, quoique celle-ci soit déjà fort affaiblie; et dans l'état du poumon affecté de bronchite disséminée, quelque peu spasmodique, ou tendant à l'asthme; ce qui forme, je le répète, une double condition de résistance à la prise de possession complète de la tuberculose.

Madame I..., 33 ans. Hérédité pathologique inconnue; adressée par M. le docteur Proust, professeur agrégé de la Faculté de Paris.

Toutes les apparences d'une santé vigoureuse. Haute en couleurs, teint herpétique de la face. Antécédents personnels arthritiques;

plusieurs manifestations rhumatico-goutteuses aux articulations. Il y a quelques années, symptômes et signes d'une tuberculose pulmonaire à son début. Ces signes ont atteint, au sommet du poumon gauche, les caractères du deuxième degré ou d'un commencement de ramollissement de tubercules en ce point. Le bruit expirateur est en même temps rude et prolongé au sommet du poumon droit. La santé générale avait fléchi; quelques signes rationnels, mais disproportionnés, s'étaient produits ; mais sous l'influence d'une bonne direction thérapeutique et de la résistance offerte par la constitution forte et arthritique de la malade, ces signes et ces symptômes avaient reculé.

Lorsque je vis madame I... pour la première fois, son habitude extérieure était excellente et démentait les accidents locaux. Son médecin m'en fit la remarque dans la lettre que la malade me remit de sa part.

Je notai alors au sommet du poumon gauche, en avant et en arrière, de la matité et quelques râles muqueux profonds, limités à cette région. Je l'ai dit, ces signes avaient été plus considérables. Il y avait eu des hémoptysies. Il y avait même encore des crachats sanguinolents.

Madame I... prit les Eaux. L'année suivante, elle me revint fortifiée, avec des apparences irréprochables, et une lettre du docteur P..., qui annonçait une grande amélioration. Madame I... avait passé l'hiver à Paris sans s'enrhumer. Elle avait engraissé. Au mois d'avril, des douleurs avec gonflement des petites articulations des mains s'étaient de nouveau montrées. En 1868, je la revis à Eaux- Bonnes dans ces conditions satisfaisantes. Le sommet du poumon gauche présentait moins de matité, de l'expiration prolongée et quelques sibilances seulement.

En 1869, retour à Eaux-Bonnes avec de nouveaux progrès. Consolidation de l'amendement de la lésion du sommet gauche, si ce n'est qu'après 8 à 10 jours de cure thermale, l'action spéciale du médicament faisait reparaître quelques bulles humides dans ce point, lesquelles disparaissaient plus tard.

Je n'ai plus observé madame I... depuis cette époque, mais je l'ai rencontrée quelquefois dans le faubourg Saint-Germain avec l'aspect de force et de bonne santé dont elle jouissait en 1869. Il y a bien deux ans que je n'ai eu de ses nouvelles.

Cetle malade a eu un sommet (notons que c'est le gauche^ affecté au second degré. Le sommet droit a même pré-

sente un commencement de densité" morbide qui paraît s'être déclarée après l'affection du poumon gauche. Elle a été tuberculeuse, elle l'est sans doute encore d'une manière quelconque, mais elle n'a jamais été phthisique. Sa constitution et sa diathèse arthritique s'y sont vigoureusement opposées jusqu'à présent. Les cures d'Eaux-Bonnes ont sensiblement contribué à ce résultat.

M. D..., 64 ans. Goutteux avec arthrites spéciales et gravelle urique.

Santé généralement bonne. Le malade vit de la vie commune. Il vient depuis plusieurs années aux Eaux-Bonnes pour se préserver des catarrhes bronchiques auxquels il est sujet tous les hivers à Mont-de-Marsan.

Je le vois en 1867, pour la première fois. Il accuse plusieurs hémoptvsies d'abondance moyenne éprouvées il y a douze ans. L'auscultation et la percussion donnent de la matité au sommet droit en avant et en arrière; l'auscultation des souffles trachéaux sans bulles dans ces deux points. Rien autre.

Encore un goutteux jusqu'à 40 ans, qui, vers 50, tousse, maigrit, crache du sang, souvent garde le lit ; n'est pas soupçonné de tuberculose ; qu'on qualifie seulement de poitrine délicate et sujette aux catarrhes ; qui a eu pourtant des tubercules pulmonaires incontestables, peutêlre une petite caverne séchée, revenue sur elle-même au milieu d'un tissu pulmonaire induré. Il a seulement con serve des accès hiémaux de catarrhe bronchique contre la gravité et les conséquences dangereuses desquels il se préserve en faisant de temps en emps une petite cure d'Eaux-Bonnes. Je l'ai perdu de vue depuis trois ans. Je ne croirai jamais que les choses se seraient passées de cette heureuse manière, si M.D... n'eût pas eu encore une dose assez réelle de principe goutteux dans son sang et sa constitution. J'ai vu trop de faits semblables pour penser que ces deux choses, la goutte d'abord, la tuberculose ensuite, puissent être à côté l'une de l'autre dans l'organisme et s'y

succéder, sans se modifier réciproquement. Qui ne sait que la goutte franche, jeune et forte exclut la tuberculose? Ce qu'on ignore encoretrop, c'est qu'une fois affaiblie, usée, dégénérée, elle y dispose.

En voici d'autres exemples:

M. le B... de Brest, 28 ans, fils d'un père très-fort, qui a eu plusieurs attaques de rhumatisme goutteux inflammatoire et aigu, a eu lui-même, il y a douze ans, un accès peu intense de cette maladie. Depuis quatre ou cinq ans, il tousse, a eu deux légères hémoptysies sans que sa santé générale ait notablement souffert. Ces accidents se sont manifestés à la suite de refroidissements répétés, habituels, et de fatigues. Le sommet du poumon gauche a été affecté le premier, au dire du malade, d'abord, et selon mon appréciation ensuite, parce que les signes de ce côté sont plus avancés que ceux qu'on observe au sommet du poumon droit affecté aussi ; et parce que la première région porte de nombreuses traces d'anciens vésicatoires qui n'existent pas à droite. En effet, on perçoit à gauche une résistance considérable au doigt percutant, et des bordées de fines et nombreuses crépitations humides dans les explosions brusques de la toux, et même dans les profondes inspiralions. A droite, dans les points correspondants, une inspiration faible et sifflante et une respiration évidemment trop rude et trop prolongée. Le malade tousse assez fréquemment et expectore assez abondamment des mucosités jaunes et opaques. Il n'y a pas de fièvre ; à peine un peu de dyspnée en montant, aucun amaigrissement. Les forces musculaires sont intactes, et les fonctions digestives hors de cause.

Deux sommets tuberculeux, le gauche en voie de ramollissement commençant, le second seulement induré par des dépôts à l'état cru. Aucune influence sur la constitution qui reste forte encore, et qui a conservé des éléments arthritiques ou de résistance. Nulle trace de Phthisiepar conséquent. Je n'ai pas revu ce malade.

M. l'abbé L..., 38 ans. Grand-père très-vieux et herculéen, père très-fort et très-goutteux ; mère bien portante. Le malade a les apparences de la santé. Il n'a rien du phthisiquc. Il y a quatre ans, plusieurs petites hémoptysics, toux modérée, mais habituelle;

expectoration peu abondante, mais quelquefois rosée. Sommet gauche, diminution notable du son dans le quart supérieur du lobe supérieur; bulles muqueuses à timbre dur et déchiré dans les mêmes points. Quelques sibilances disséminées dans les deux poumons. Ni asthme ni emphysème.

Tuberculose limitée depuis plus de quatre ans dans les points indiqués ; déliquescence commencée. Phthisie nulle, c'est-à-dire nutrition et fonctions générales de tout ordre, intactes.

Madame P..., 28 ans, grand-père très-goutteux; père, goutte vague et froide ; mère asthmatique. La malade a, comme quelques-uns des malades précédents, une double lésion tuberculeuse ayant commencé par le sommet gauche il y a environ six ans. On perçoit aujourd'hui dans cette région les signes d'une altération tuberculeuse en voie de guérison, savoir, le souffle intense et tubaire d'une induration considérable au sein de laquelle éclatent des craquements ou déchirements secs dans les brusques expirations de la toux. Il est évident pour moi, que ces bruits inertes ou de guérison ont remplacé des bulles humides antérieurement existantes. A ces signes sthétoscopiques correspond une matité très-accentuée.

Au sommet droit, inspiration faible, expiration beaucoup trop prolongée et d'un timbre dur.

La malade a présenté, il y a quelques années, des symptômes généraux de Phthisie assez marqués (fièvre, amaigrissement) qui se sont fort amendés. Aujourd'hui, ils ont à peu près disparu; et, bien que madame P... n'ait pas toutes les apparences d'une santé complètement bonne, elle n'a pas l'habitude extérieure du phthisique. Sa maigreur peut d'ailleurs dépendre d'une autre condition morbide, la dyspepsie. Madame P... est, en effet, affectée de dyspepsie douloureuse ou de gastralgie. Elle a aussi des migraines à chaque époque menstruelle.

Madame P. .. a pris les Eaux-Bonnes très-prudemment en 1868. Elle y est revenue l'année suivante plus forte, démaigrie, toussant sec, et avec sa double lésion pulmonaire dans le môme état. Je ne l'ai pas revue.

On voit sans doute de ces cas chez des personnes qui ne sont pas dans les conditions d'hérédité de cette malade et

de tant d'autres qui lui ressemblent sous ce rapport. Mais il est certain qu'ils sont beaucoup plus communs et plus caractérisés chez ceux dont les éléments organiques sont intimement affectés de dyscrasie goutteuse. Quoi qu'il en soit, il est bien certain que ces tuberculeux rebelles à la Phthisie, chez lesquels les tubercules marchent avec lenteur, s'arrêtent même dans leur évolution et périssent comme s'ils n'étaient pas dans un terrain favorable, il est bien certain, dis-je, que ces sujets présentent des éléments extraordinaires de résistance. Qu'importe qu'on ne puisse pas, je le suppose, donner un nom pathologique à cette constitution réfractaire, à ces éléments d'antagonisme. Si ces conditions ne résident pas dans une crase arthritique, elles sont données par un principe quelconque antipathique à la tuberculose. Je ne prétends pas que l'arthritisme soit le seul. Dans un instant, je produirai des faits d'un autre ordre et où d'autres dispositions physiologiques et morbides auront les mêmes résultats d'antagonisme. D'ailleurs, ceux qui me feraient cette objection, sont-ils sûrs d'avoir bien observé ?Leur esprit était- il éveillé sur cette question ? S'étaient-ils placés, pour voir, à un point de vue déterminé et avec l'intention de vérifier une hypothèse définie ? J'en doute.

Madame M..., 74 ans, affectée d'un catarrhe bronchique disséminé avec spasme (asthme humide ) depuis plus de dix ans. Il est impossible de voir une femme de cet âge plus forte, mieux conservée et plus belle. Je suis appelé près d'elle à Paris au commencement de l'année 1867. D'après les symptômes généraux et même les symptômes locaux qu'on appelle rationnels, j'étais loin decroire à ce que l'auscultation et la percussion allaient m'apprendre. Indépendamment de a dyspnée, de l'expectoration abondante, opaque et quelquefois sanguinolente, indépendamment des ronchus muqueux et sibilants existant dans toute la poitrine, mais surtout adroite, je trouve tout le sommet de ce poumon mat, et j'y perçois des craquements humides très-nombreux et très-caractéristiques. Un mois après, je suis témoin de plusieurs petites hémo-

ptysies. Au mois do juillet, madame M... vient à Ëaux-Bonrtes. Cure thermale bien supportée, malgré une irritabilité bronchique excessive.

Madame M... est née de parents et de grands-parents forts et rhumatico-goulleux. Elle-même, d'une stature et d'une corpulence haute et large, commune chez les arthritiques, éprouve souvent et depuis longtemps des rhumatalgies musculaires et articulaires. Elle est, d'ailleurs, asthmatique. 11 a fallu l'auscultation pour révéler une tuberculose au second degré, existant sans doute depuis beaucoup d'années, contre-balancée dès lors par l'arthritisme et limitée depuis longtemps par la bronchite spasmodique et l'emphysème.

Madame M... n'a été phthisique, c'est-à-dire n'a maigri et ne s'est cachectisée, que dans les deux derniers mois de sa vie, en 1869, lorsque les éléments d'antagonisme ont été enfin vaincus par la tuberculose, étendue alors au poumon gauche.

M. le comte de C..., 73 ans, famille ascendante et collatérale goutteuse. Le malade est venu aux Eaux-Bonnes, il y a 25 ou 30ans. pour y être traité d'une affection de poitrine très-grave. Il avait eu plusieurs hémoptysies, et présentait alors les signes généraux d'une phthisie confirmée. On lui disait qu'il avait unecaverne dans le poumon droit. Il a fréquenté les Eaux-Bonnes pendant bien des années. Tous les symptômes généraux et locaux de la Phthisie pulmonaire ont successivement disparu. M. le comte de C. .. contracte souvent des catarrhes bronchiques, et il vient reprendre les Eaux-Bonnes de temps en temps par reconnaissance, et parce que ces cures thermales sont la meilleure médecine préventive de ses bronchites, qu'il connaisse. C'est là que je lui ai donné des soins bien des fois depuis dix ans. Le fait est qu'il a les apparences et les réalités d'une bonne santé, qu'il est marcheur intrépide, quoique tout le lobe supérieur de son poumon droit soit mat à la percussion, et creusé d'une vaste excavation qui donne à l'oreille un souffle trachéal et presque amphorique effrayant, mais sans aucune crépitation à sa périphérie, sans aucun craquement ni gargouillement dans son intérieur. C'est comme l'entrée et la sortie d'une colonne d'air dans un vase inerte et sonore.

La station d'Eaux-Bonnes voit chaque année un certain nombre dephthisiques émérites, véritables pensionnaires de son établissement thermal, qui viennent de temps en temps retremper à sa source leurs cavernes desséchées. La plupart ont été pourvus par leurs aïeux d'éléments d'antagonisme puisés dans des maladies chroniques initiales, l'arlhritisme goutteux principalement, et souvent ils en conservent encore eux-mêmes quelques traces.

Madame E..., 50 ans, fille d'un père sanguin, fort, que j'ai connu très-goutteux, très-graveleux, afïeclé d'une maladie organique du cœur, et d'une mère très-fortement constituée. Elle est venue aux Eaux-Bonnes en 1853, avec unePhthîsieau second degré assez étendue dans le poumon droit comme on le verra dans un instant et comme le constate une note de mon prédécesseur Darraldeque j'ai eu sous les yeux. Il y avait eu de nombreuses hémoptysies ; et madame E..., personne robuste, n'avait pourtant pas beaucoup souffert dans sa santé générale et sa nutrition. Après deux ou trois années d'Eaux-Bonnes, elle est restée bien portante, complètement rétablie, sans toux, sans hémoptysie pendant 14 ans.

En 1868, à la suite d'un violent refroidissement, elle éprouve une rechute. C'est alors que je l'ai observée.

Un peu d'amaigrissement, fièvre subhectique, toux, dyspnée, expectoration opaque et sale. Craquements humides perçus dans tout le lobe supérieur du poumon droit en arrière. En avant, dans les points correspondants, souffle sec et matité. Les craquements de la partie postérieure sont accompagnés d'un souffle probablement ancien et analogue a celui de la partie antérieure. A gauche, dans les points correspondants, faiblesse extrême du bruit respiratoire d'ailleurs très-inégal, et sensation de froissements.

Pendant deux ou trois ans, madame E... revient aux Eaux- Bonnes. Sa santé générale s'y améliore encore très-heureusement ; mais les lésions locales ne s'amendent pas proportionnellement.

Madame E... a pu se croire guérie. Après 15 ans de suspension de tout accident sérieux, et une rechute qui sera probablement funeste, elle a encore retrouvé aux Eaux- Bonnes une restauratioL très-sensible. Cette médication régénérait bien chez elle des douleurs musculaires, des né-

vfalgies, de la gastralgie. Ces appels faits par l'eau thermale aux anciennes dispositions rhumato-herpétiques ont bien enrayé encore la Phthisie proprement dite; mais les craquements humides, la toux et l'expectoration spéciale restaient opiniâtres.

Madame E... a une fille bronchitique suspecte, dont le poumon présentait en 1868 des inégalités respiratoires fâcheuses. Pityriasique et gastro-entéralgique d'ailleurs, les Eaux-Bonnes prises avec ménagement ont amendé son état. La susceptibilité catarrhale des bronches a beaucoup diminué.

M. G.. ., 18 ans. Père âgé de 57 ans, très-goutteux depuis longtemps. Mère affectée d'arthritide (acné rosacea delà face). Ce jeune homme a un développement corporel, une ampleur de poitrine, un embonpoint, etc.. plus considérables que son âge ne les comporte. Pourtant, il a eu plusieurs hémoptysies, depuis 3 ans, une toux habituelle, une excitation circulatoire non fébrile et une dyspnée qui ont attiré l'attention sur les poumons.

Son médecin, de Langres, a constaté depuis deux ans, et moi en 1871, au sommet du poumon gauche en arrière, de la matité, de l'expiration bronchique intense et des craquements fins dans la toux. Au sommet droit, dans la fosse sus-capulaire aussi, même matité, du souffle expirateur très-intense, mais sans bulles. Cellesci se sont montrées dans ce point à Eaux-Bonnes pendant la cure thermale.

J'ai revu M. G... cet hiver dans mon cabinet. Les souffles bronchiques persistent très-prononcés au niveau des deux fosses susépineuses; ils entrent même d'une manière plus dure et plus sèche dans l'oreille ; mais on ne perçoit plus aucune bulle. La santé est complète ; on a encore engraissé, et on ne s'est pas enrhumé une seule fois cet hiver à Paris.

Ce fait et les onze qui le précèdent ne sont-ils pas dignes d'attirer l'attention de notre enseignement clinique, et de le portera prendre en considération les idées générales que de tels faits inspirent forcément quand ils se répètent tous les jours? Quand sortira-t-on de Laënnec et de son école si

pénétrante en séméiologïe locale, si aveugle en bonne médecine, je veux dire en étiologie et en pronostic?

Mes recueils d'observations sont pleins de faits pareils.

Mais il y a un grand malheur pour la Phthisiologie, c'est que, depuis soixante ans, elle n'est faite que dans les hôpitaux, avec des matériaux d'hôpital. Or, comme on n'y a jamais vu qu'une phthisie, la phthisie des pauvres, on ne décrit, ou on n'enseigne que celle-là. Cependant ce n'est pas ave celle qu'on a pu se faire une idée des différentes variétés de Phthisie, de la phthisie arthritique par exemple, que les pauvres n'ont pas le moyen de se procurer, et qui est cependant la source de tant d'autres variétés de tuberculose, par l'intermédiaire des affections herpétiques et des névroses très-nombreuses dont cette dernière maladie est l'origine.

Je sais bien qu'on observe beaucoup de phthisiques hors de l'hôpital, mais ceux-là ne comptent pas pour la science. Leurs observations ne sont jamais complètes, comme on disait au beau temps de l'anatomie pathologique. Ce n'est pas là qu'on fait prendre des observations par ses élèves; ce n'est pas là qu'on complète les faits par les autopsies; là non plus, qu'on peut disserter à perte de vue sur les maladies sans s'occuper des malades.

La jeunesse médicale instruite, élite si studieuse et si savante de l'école et des hôpitaux, donne une idée très-juste de cet état des esprits et de l'enseignement, dans ses thèses inaugurales et dans ses thèses de concours.

Je me plais à rendre hommage à toutes les qualités et surtout à toutes les nouveautés qu'on y trouve. Cependant, les questions du genre de celles que j'étudie en ce moment, n'y sont pas traitées avec la modestie qui sied si bien à l'inexpérience clinique. Elles sont tranchées avec la hardiesse qu'on ne trouve que dans les laboratoires. Une expérience est bientôt faite, et les conclusions sont presque toujours aussi éphémères qu'elles sont hâtives. L'expérience cli-

que, au contraire, n'est jamais faite; mais elle a beau s'accroître et mûrir, elle ne vieillit jamais.

Si les faits du genre de ceux que je viens de signaler étaient rares, je me ferais un devoir de citer tous ceux que l'observation m'aurait fournis. Mais si je voulais procéder ainsi, plusieurs volumes seraient nécessaires.

Inscrire ici les titres de plusieurs centaines d'observations de phthisie arthritique marqués tous du cachet qui distingue ceux que je viens de décrire brièvement, deviendrait aussi insignifiant que des cadres sans tableau et sans vie.

J'ai vu, il y a quelques jours, avec un praticien sagace et bien judicieux, mon collègue des hôpitaux, et un de mes anciens élèves, M. Archambault, une malade qu'on peut présenter comme un type de phthisie arthritique. Elle est forte, très-fraîche, clouée d'un embonpoint suffisant pour être belle, ses antécédents héréditaires sont goutteux. Cette hérédité pathologique se traduit chez elle par des arthritides. Elle a eu des symptômes de tuberculose pulmonaire qui n'ont jamais agi assez profondément sur la constitution pour produire la Phthisie. Aujourd'hui, l'auscultation et la percussion donnent des signes très-accentués d'une lésion pulmonaire qui a dû aller jusqu'au 2e degré, car, indépendamment de la diminution plessimétrique du son, les bruits de souffle, sans bulles mainlenant, sont assez intenses, assez près de l'oreille, pour qu'on puisse admettre qu'il y a là une induration scléreuse qui suppose un commencement de fonte tuberculeuse arrêtée, et la production d'un tissu nouveau.

Je ne veux plus demander si ces faits, qui sont bien tous de la même famille, sont toujours des coïncidences. L'argument des coïncidences ne mène à rien qu'au scepticisme d'où il vient déjà.

J'ai perdu, cet hiver, M. 0..., âgé de 50 ans environ. Je lui avais trouvé, il y a onze ans, des tubercules nombreux et ramollis au sommet du poumon gauche, qui avaient

échappé à plusieurs médecins sérieux. Ce qui les leur avait cachés, était un asthme et un emphysème très-prononcés. Les bruits morbides bronchiques qui appartiennent à ces affections n'avaient pas permis, je le pense, d'en distinguer les signes pulmonaires, qui consistaient en craquements étendus à toute la partie antérieure du lobe supérieur gauche, bien qu'ils fussent accompagnés d'une matité considérable dans la même région. Plusieurs hômoptysies avaient été attribuées à une affection organique du cœur très-réelle (hypertrophie liée à une lésion grave de l'orifice mit rai caractérisée par un double bruit de souffle dur et assez prolongé, ayant son maximum au niveau de la pointe du cœur) qui avait fini par produire un commencement d'œdème des deux bases pulmonaires et des membres inférieurs. Le foie était volumineux, et il y avait eu, au début de l'affection cardiaque, des accès d'angine de poitrine constatés autrefois par Trousseau, et qui, chose assez extraordinaire, avaient fini par se dissiper. M. 0... avait eu de bonne heure de la goutte héréditaire qui disparut lorsque l'asthme et les accidents cardiaques se déclarèrent. M. 0... est venu aux Eaux-Bonnes trois fois en six ans. Nous tenions ses tubercules en respect sans aggraver l'état de son cœur. Les émotions de la dernière guerre pendant laquelle il était au milieu des ennemis, dans sa campagne du département de l'Oise, aggravèrent moins son affection du cœur que sa tuberculose. 11 se cachectisa par le tabès général tuberculeux, et non par la cachexie séreuse et l'asphyxie cardiaque lente. Après la guerre, une grande caverne s'était creusée au sommet du poumon gauche. 11 a succombé dans l'hiver de 1871 à 1872.

Depuis quand existaient les tubercules pulmonaires quand je les ai constatés il y a neuf ans? Depuis longtemps probablement. Ils languissaient, n'étant pas dans leur terrain. Il est juste de dire, toutefois, que même dans les phthisics arthritiques, c'est le tubercule qui, dans le plus

grand nombre des cas, finit par l'emporter sur les affections antagonistes. — Les cas contraires sont encore malheureusement l'exception. On résiste plus ou moins; mais il faut presque toujours que force reste à la loi de transformation régressive.

Il est temps que je passe à d'autres types, car je ne donnerai pas d'observations faites pour prouver que les deux autres maladies chroniques capitales ou initiales, la scrofule et la syphilis, sont antagonistes de la Phthisie, et que c'est en dégénérant, et à la période de leurs reliquats ou de leurs effets ultimes sur l'organisme, qu'elles créent pour cette maladie, la scrofule surtout, des dispositions puissantes.

C'est dans l'herpétisme, maladie chronique intermédiaire ou de transition, et dans les affections mixtes renfermant les phlegmasies chroniques et les névroses, soit pures, soit associées dans des proportions infiniment diverses, que je prendrai quelques exemples. Ce domaine est infini par le nombre, la variété, les nuances.

Notre pathologie ne connaît plus les nuances, les métis, les transitions. C'est la méthode de Cuvier, non celle de Geoffroy-Saint-Hilaire et de Darwin qui dirige l'école. Elle est bien plus commode. Mais alors il faut nier cette grande loi de continuité de Leibnitz, qui a créé la méthode anatomique moderne ou l'organogénésie. Il ne faut plus s'inspirer de l'embryologie, base de la science de la vie. Il n'est plus vrai que la nature ne fait pas de sauts. De ce que son travail d'évolution est quelquefois latent, ou que tous ses traits d'union ne sont pas connus, il faudra conclure qu'elle fait des hiatus infranchissables, etc.. Encore une fois, cette méthode est trop facile. Elle ne conduit qu'à l'immobilité, qui est le néant de la nature et de l'esprit.

Ces faits étant encore plus communs que ceux de la catégorie précédente, le lecteur voudra bien voir leur multitude dans les quelques spécimens que je vais mettre

sous ses yeux. Et, en effet, ils abondent à ce point dans la clinique, que je n'ai pas d'autre but dans cette exposition succincte, que d'apprendre à les remarquer.

On est tellement habitué à regarder le tubercule et la Phlhisie comme une production morbide et une maladie originales et indépendantes, qu'on ne songe même pas à chercher un rapport entre eux et les maladies chroniques antérieures et concomitantes.

L'école sépare radicalement les maladies chroniques, comme elle sépare justement les unes des autres les maladies aiguës spécifiques. Elle n'admet nul rapport entre elles. Pourtant, ce qui est vrai des unes n'est pas vrai des autres. Je l'ai expliqué dans le cours de cet Ouvrage. Si l'esprit voit beaucoup par les yeux, les yeux ne voient pas loin sans l'esprit.

On ne voit pas la rougeole se transformer en variole, ni celle-ci en scarlatine. Cependant, on voit déjà la syphilis dégénérer et avoir presque calculablement ses transformations régressives. L'arthritisme, la scrofule ont les leurs quoique moins régulièrement. L'herpétisme est très- souvent leur station intermédiaire pour passer à des états régressifs plus graves et plus désorganisateurs.

Les exemples de cette espèce de transition sont innombrables. Voilà pourquoi il ne s'agit que d'appeler l'attention sur eux et de prier les observateurs de voir, par eux-mêmes, s'il y a beaucoup moins de coïncidence au fond de ces faits, qu'entre ceux qui nous démontrent des rapports de transformation régressive entre la syphilis primitive, la secondaire, la tertiaire et toutes les dégénérations consécutives.

Je crois que si on sait se contenter des analogies fondamentales, cette comparaison, qui n'est qu'un fil conducteur, est tout à fait admissible et peut aider à mieux voir. La pathologie a des lois spéciales, c'est-à-dire particulières à chaque espèce; mais elle a des lois générales qui sont communes à toutes.

PHTHISIES HERPÉTIQUES, ETC.

Los dartres opposent à l'invasion et au développement de la Phthisie une résistance d'autant plus grande qu'elles sont arthritiques, ou forment ce que M. Bazin appelle des arthritides.

Le psoriasis, qui est la dermatose arthritique par excellence, est aussi la dartre des sujets forts, ou de ceux qui opposent le plus de résistance à la Phthisie. L'eczéma sec et le lichen viennent ensuite.

L'acné et le pityriasis donnent le moins de garantie. Tout cela dépend aussi, bien évidemment, de la vigueur plus ou moins grande de la nutrition générale et de la force primitive de la constitution.

On observe là une échelle de résistance qui reproduit à peu près celle de l'arthritisme lui-même. Les arthritides naissantes, le psoriasis chez les sujets forts, opposent à la tuberculose le maximum d'antagonisme. Mais au fur et à mesure que ces dermatoses s'usent par l'usure des sujets qui en sont affectés, la prédisposition à la tuberculose augmente. Alors, non-seulement le nombre des herpétiques tuberculeux s'accroît, mais la résistance de l'herpétisme à la marche envahissante de la tuberculose diminue. C'est ce qui fait que le nombre des phthisiques qui portent encore l'habitus dartreuxet des dermatoses plus ou moins vivantes, mais de plus en plus effacées, est si considérable. Telle est aussi l'origine des angines granuleuses, des gastralgies, des dyspepsies, des entéralgies, des spasmes bronchiques, des névralgies externes, de l'hypochondrie, du nervosisme ou de l'irritabilité nerveuse en général, et d'une foule d'affections nerveuses et de phlegmasies chroniques combinées chez un très-grand nombre de phthisiques parmi les gens du monde. Ces affections de nature évidemment herpétique,

jouent encore, pendant un temps plus ou moins long, un rôle antipathique à la Phthisie, qui finit néanmoins presque toujours par l'emporter. C'est de cette manière que l'herpétisme cède en s'affaiblissant un terrain très-favorable à la tuberculose, tout en luttant encore contre elle jusqu'à ce que celle-ci se le soit complètement assimilé.

La coexistence si fréquente de l'herpétisme cutané, viscéral et névropathique avec la Phthisie, n'est donc pas seulement une juxtaposition, mais elle présente un exemple de la transformation régressive des maladies chroniques. C'est une des grandes sources de la Phthisie, et la plus grande peut-être, dans ce qu'on appelle la société. Il est important de noter que l'herpétisme névropathique est beaucoup plus antagoniste et protège plus longtemps le phthisique, que l'herpétisme qui prend des formes inflammatoires et altérantes.

Je n'ai que l'embarras du choix pour fournir des faits de ce genre à tous les degrés. Je me bornerai aux suivants dont je veux abréger l'histoire le plus possible.

M. C..., 48 ans, petit-fils de goutteux, père asthmatique, mère gastralgique et délicate. M. C... est fortement couperosé. Un acné rosacé qui a des alternatives de vivacité et de pâleur lui couvre le nez et une partie des joues. C'est une nature grêle, et un tempérament nerveux. 11 est gastralgique. Il y a dix ans qu'il a commencé à tousser avec une expectoration souvent hémoptoïque. Il a maigri, sa couperose a pâli et décru très-sensiblement. 11 a présenté alors des symptômes généraux très-évidents de phthisie pulmonaire. C'est alors aussi qu'on a constaté de la malité et des crépitations humides spéciales au sommet du poumon gauche en avant et surtout en arrière. Je l'ai vu aux Eaux-Bonnes pour la première fois vers cette époque où j'ai constaté l'ensemble de ces caractères. M. G... y est revenu plusieurs fois jusqu'en 1871. Sous l'influence de la médication thermale, la couperose a refleuri, la gastralgie a repris souvent une vivacité qui a forcé plusieurs fois à modérer les doses de l'eau de Bonnes. Les craquements humides fins du sommet gauche ont pris le timbre sec accompagné d'un souffle inerte plus dur. Cet état s'est immobilisé en même temps qu'ont successivement disparu

tous les signes généraux graves et la toux ellc-mômc. M. C... passe ses hivers dans le Midi. A cette condition, sa santé se maintient très-supportable. Cependant, il y a deux mois, les crépitations du sommet gauche sont redevenues plus grasses et plus humides, et les crachats reprennent de temps en temps une teinte rosée, sans que néanmoins, jusqu'à présent, la santé générale se soit détériorée.

Je ne regarde pas cet amendement comme solide ; la tuberculose se réveillera sans doute, parce que la constitution n'est pas assez forte pour maintenir vivace la forme d'herpétisme dont le malade est affecté, et parce que la lésion du sommet gauche, a une grande tendance à se congestionner.

Madame G..., 36 ans, née d'un père très-rhumatisant et d'une mère asthmatique, est depuis plus de 15 ans sujette à un pityriasis du dos, de la poitrine, du cuir chevelu, etc.. Elle est nerveuse et maigre. Depuis dix ans, elle souffre d'une susceptibilité catarrhale des bronches excessive, qui l'oblige à passer dans le Midi au moins un biver sur deux. Il y a dix ans qu'elle a commencé à éprouver des accidents plus graves. Des signes incontestables d'affection tuberculeuse du sommet du poumon droit ont apparu : diminution du son, bruit d'inspiration faible, bruit d'expiration dur et trèsprolongé, toux opiniâtre, fébricule hectique, amaigrissement.

C'était au mois d'octobre 1864. Hiver à Paris sans sortir. Au printemps, légère hémoptysie, râles sous-crépitants humides dans la fosse sus-épineuse droite, état général aggravé. Au mois d'août, cure d'Eaux-Bonnes. Hiver dans le Midi. A la saison thermale suivante, amendement; crépitations sèches rares, souffle de bonne nature. Le pityriasis s'est notablement avivé et étendu.

Depuis huit ans, madame G... oscille entre des apaisements et des recrudescences de son affection tuberculeuse continue, "mais soumise à des alternatives qui coïncident toujours, dans leurs rémissions ou leurs reprises, avec des exacerbations ou des rémissions de son pityriasis. Heureusement pour elle, elle est très-nerveuse, gastralgique, et ce sont autant de points d'antagonisme et de résistance. Elle est déjà venue 5 ou 6 fois à Eaux-Bonnes, et toujours avec

5fi2 OBSERVATIONS PARTICULIÈRES

un succès de consolidation incomplète. C'est une femme très-menacée, malgré la lutte qu'elle soutient avantageusement depuis huit années. Le pityriasis est un antagoniste moins puissant que le psoriasis. Si madame G... n'était pas nerveuse jusqu'au nervosisme et aux dyspepsies douloureuses, elle résisterait beaucoup moins à sa phymatose et à la Phthisie.

M. de L..., 40 ans, mère extrêmement névropathe, père affecté de goutte vague et d'une affection organique du cœur à marche lente; mort apoplectique.

M. L... a de l'acné punctata de la face, et surtout des épaules et de la poitrine en quantité. Il est gastralgique et plus encore entéralgique. Il souffre beaucoup et depuis longtemps de cette dernière affection. Depuis sept ans il s'est mis à tousser et à maigrir. Je l'ausculte pourtant sans préoccupation de tuberculose, et je perçois dans la fosse sus-capulaire gauche des râles muqueux de forme un peu craquante et très-circonscrits avec une diminution très-sensible du son. L'entéralgie qui était sèche devient sécrétante, et prend des caractères d'entérocolite sub-aiguë avec des alternatives de constipation et de diarrhée pseudo-membraneuse.

Vésicatoires au sommet gauche, traitement méthodique du catarrhe douloureux et spasmodique du gros intestin. L'année suivante, les Eaux d'Eaux-Bonnes sont bien supportées. L'affection tuberculeuse du sommet gauche reste ce qu'elle était. L'hiver est passé à Paris sans accidents.

Depuis sept ans, M. de L... est venu à Eaux-Bonnes quatre fois. Il a des alternatives de déliquescence et d'exarescence des cavernules très-limitées de son sommet pulmonaire gauche. Les craquements toujours assez volumineux ne présentent que trois ou quatre bulles qui s'humectent à de certains moments où le malade semble avoir contracté une bronchite et où il garde la chambre en hiver pendant une semaine. En été, en automne surtout, ces craquements deviennent secs avec une expiration demi-soufflante et une matité qui persiste. Les pustules d'acné sont moins nombreuses et moins enflammées; mais l'affection intestinale — qui n'a aucun des caractères de l'entérite tuberculeuse — persiste et fait le tourment du malade.

La tuberculose est tellement circonscrite ; elle a si peu

retenti sur l'économie; le tempérament morbide est si spécialement abdominal, qu'on peut espérer que cette dernière localisation morbide continuera à prédominer. Mais l'altération tuberculeuse n'est pas tarie. Elle ne se laisse pas complètement oublier. Les vésicatoires volants et une courte cure d'Èaux-Bonnes arrêtent invariablement ses menaces d'envahissement. L'Eau de Bonnes, surtout, ravive utilement l'affection herpétique de l'intestin ; et la peau du dos et de la poitrine se couvre toujours d'une éruption acnéique nouvelle sous l'influence d'un emplâtre de poix de Bourgogne saupoudré de chlorhydrate d'ammoniaque (sel ammoniac).

Quelle différence entre la marche et la physionomie de ces tuberculoses, et celles des phthisies vulgaires ! SiLaënnec n'a pas approfondi la nature de la Phthisie, il nous a au moins donné les moyens de reconnaître les cas de cette maladie, qui sans lui auraient toujours échappé à la conscience du malade et à la science du médecin. 11 est évident que, dans tous ces cas, qu'on ne rencontre guère dans les hôpitaux, il y a quelque chose qui n'existe pas dans les phthisies vulgaires.

Quel peut être ce modificateur? Je le demande à ceux qui repoussent la doctrine de l'antagonisme.

M. P..., de Reims, 35 ans. Pityriasis du cuir chevelu, des bras et de la poitrine, apparences qui excluent à priori l'idée d'une maladie grave delà poitrine. Père rhumatisant. Pas de fièvre, peu d'amaigrissement, voix enrouée, expectoration muco-purulente, sommet gauche, matité considérable, râles sous-crépitants humides dans une assez grande étendue en avant et en arrière. Sommet droit, submatité, bruit expirateur très-prolongé, voies digestives en bon état.

En 1871., cure thermale bien supportée, visite à Paris deux fois dans l'hiver de 1872. Le malade a engraissé, il a vaqué à ses occupations tout l'hiver. La matité, le souffle sont les mêmes dans la grande étendue qu'ils occupaient à la partie supérieure du poumon gauche, mais on n'y perçoit plus de crépitations. Le souffle est sec, et, si je peux ainsi dire, inorganique. Rien n'y annonce un travail

morbide actif, soit calarrhal, soit parencbymaleux. Le pityriasis s'est étendu et s'est avivé. M. P... a pris chez lui cet hiver, à deux reprises, de l'eau d'Eaux-Bonnes transportée.

Je connais trop la Phlhisie, les Eaux -Bonnes et leurs rapports, pour croire qu'après une seule cure, M. P... aurait obtenu le bienfait remarquable que je viens de signaler, si le médicament thermal n'avait pas pris un solide point d'appui sur l'herpétisme. L'influence de cette diathèse est démontrée de deux manières, premièrement, par la résistance qu'elle a imprimée à l'organisme qui, malgré une tuberculose double, passant d'un côté au deuxième degré (râles sous-crépitanls assez volumineux et humides dans tout un lobe supérieur), est resté en dehors du mouvement de la maladie et ne s'est point cachectisé; secondement, par le succès rapide d'une seule cure d'Eaux-Bonnes, qui a arrêté l'évolution de la tuberculose à gauche, a développé encore la résistance de la santé générale, et a surexcité le pityriasis.

Il me semble superflu de continuer l'exposition de celte série. Je pourrais fatiguer le lecteur par la répétition de faits très-analogues aux précédents. Quant aux faits qui montrent la résistance de l'herpétisme vaincue, et surtout, l'herpétisme déjà usé et impuissant quand la Phthisie se déclare et marche côte à côte avec lui sans en être bien sensiblement modifiée, leur nombre considérable prouve toujours une chose, c'est le rapport fréquent et plus étroit qu'on ne l'a vu jusqu'à présent, qui existe entre l'herpétisme et la tuberculose.

Au moment même où j'écris ces lignes, je reçois aux Eaux-Bonnes, le lo juin 1872, une dame de 63 ans, qui a été traitée bien des fois par M. Bazin pour diverses dermatoses qui viennent, dit-elle, d'une humeur dartreuse qu elle a depuis son enfance. Elle s'annonce comme affectée d'un catarrhe bronchique simple. Sans l'habitude que j'ai

d'ausculter et de percuter ici tous les malades quels qu'ils soient, j'aurais pu me croire dispensé d'examiner par ces méthodes la poitrine de madame P..., tant l'examen de la malade, sous tous les autres rapports, devait me convaincre que les limites et la nature de son affection ne dépassaient pas la trachée et les grosses bronches. Cependant, la moiti : supérieure du poumon droit présente une diminution considérable du son, et, dans toute celte étendue, on perçoit des râles muqueux spéciaux. Partout ailleurs les poumons sont sains.

Madame P.. . commence son traitement aujourd'hui. Elle a incontestablement depuis plusieurs années des tubercules en assez grand nombre au sommet du poumon droit. Cette altération finira probablement par s'étendre dans les poumons, et à s'imposer à l'organisme entier. Je suis aussi certain que possible, cependant, que la cure thermale va immobiliser cette grave lésion, en développant les éléments de résistance que lui ont déjeà opposés la constitution et l'iierpétisme de la malade.

On demande si, dans ces cas, où des maladies comme l'arthritisme, le scrophulisme, l'herpétisme s'affaiblissent, dégénèrent et éprouvent des transformations régressives, c'est la maladie goutte, la maladie dartre, etc., qui s'abâtardissent et descendent d'elles-mêmes l'échelle des maladies chroniques, indépendamment de l'organisme qui ne serait dégradé lui-même que consécutivement, etc.

On ne pourrait me faire cette objection, que si j'étais un ontologiste, ou que si je professais que les maladies sont des êtres qui peuvent exister et se modifier indépendamment de l'organisme. Ce sont évidemment le goutteux, le scrofuleux, l'herpétique qui s'usent, s'affaiblissent, dégénèrent, perdent leur constitution morbide primitive, et deviennent tuberculeux, ou contractent toute autre maladie à produits morbides misérables ou désorganisafeurs. Je croyais mes

principes en pathologie générale assez connus pour n'être pas exposé à ce qu'on me demandât si c'est le sujet qui change ou la maladie. Évidemment, c'est le sujet tout entier, tel que la maladie l'a fait et qu'il a fait la maladie, qui change et se transforme, l'un portant l'autre. La goutte, la scrofule, le cancer, la tuberculose, etc., sont des manières d'être définies, des végétations ou des greffes spontanées, dont les changements, les transformations progressives ou régressives, accusent des modifications analogues dans le terrain ou la constitution. Les maladies sont plus que des accidents, car elles ne reçoivent de l'extérieur que des impulsions. Elles sont moins que des êtres, car elles n'ont pas une existence indépendante de l'organisme. Ce sont des modes d'existence parasiti forme, développés aux dépens des éléments altérables de notre nature. Elles constituent un règne pathologique qui a son échelle comme le règne animal. Seulement, dans celui-ci, les êtres les plus rudimentaires et qui ont le moins de vitalité, occupent les degrés inférieurs, tandis que, dans le règne nosologique, l'échelle est renversée; ses degrés les plus élevés sont occupés par les maladies où existent Je minimum d'éléments sains et le maximum d'éléments morbides destructeurs de la vie dans les organismes supérieurs.

Ainsi, plus l'organisme s'abaisse, plus la maladie monte ; plus il dégénère, plus elle s'engendre. Elle vit de lui ; elle est formée de ses altérations et de ses déchets. Elle s'y individualise autant que possible pendant un temps, sans devenir jamais un individu. Plus elle s'y individualise, plus elle est maladie; et suivant le degré de force saine qui lui résiste, ou suivant son degré de force morbide propre, elle s'assimile l'organisme ou est assimilée par lui.

Quand la tuberculose s'est assimilé tous les éléments d'antagonisme que lui offrent les diatlièses moins régressives, l'individu est tout tuberculeux : c'est le phlhisique consommé. Cette lutte ou cet antagonisme sont mis en évidence

ET REFLEXIONS. Sb7

par tous les fails que je viens de rapporter. Ils prouvent, je le crois, que la Phthisic n'est ni une maladie chronique capitale ou initiale, ni une maladie spécifique. C'est tout ce que je veux démontrer. Or, cette preuve importe singulièrement à la cure individuelle et sociale de la tuberculose pulmonaire, objet principal de ces Éludes.

Si la tuberculose est une maladie parasitaire, son parasite n'est qu'un effet et ne peut pas, pour nous médecins, jouer le rôle de cause. C'est une production ultime dont la connaissance ne peut guère plus nous instruire au point de vue de l'art, que la connaissance des mucédinées du muguet ne peut nous servir à combattre et à prévenir les maladies caehectisantes qui se compliquent, in extremis, des effets de ce parasite.

On me dira qu'il y a un muguet idiopathique, primitif, qui est toute la maladie. Je réponds, que le développement de ce microphyte, même dans ces sortes de circonstances, suppose toujours une altération des surfaces où il vient éclore, et que la nature et le traitement de ces maladies spéciales dépendent encore plus de l'état morbide de l'organisme que de la présence du parasite.

La suppuration serait-elle aussi une maladie parasitaire? Si le globule du pus a son homologue histologique dans le globule blanc du sang, la granulation tuberculeuse a son homologue histologique dans le corpuscule lymphatique des ganglions de ce nom.

Si la tuberculose est parasitaire, pourquoi pas l'herpétisme, la scrofule, etc., dont la dégénération prépare si puissamment l'organisme à concevoir le tubercule? Il y a des dermatoses parasitaires : ce sont précisément celles dont la régression ne conduit pas à la phthisie tuberculeuse. Si le tubercule est parasitaire, je ne vois pas pourquoi les maladies qui le précèdent si souvent dans la série régressive des maladies chroniques ou constitutionnelles, et qui font abou-

508 OBSERVATIONS PARTICL'LIEIŒS

tir si souvent à lui l'organisme atteint dans son fond, je ne vois pas, dis-je, pourquoi ces maladies ne seraient pas parasitaires elles-mêmes.

Dira-t-on que le parasitisme ne commence à paraître que lorsque les maladies deviennent infectieuses, zymoliques, cachectisantes, à productions morbides pauvres et nécrobiotiques, etc.. Cela est bien arbitraire et attend la démonstration. Il n'y a rien de moins infecté et de moins livré au zymotisme, qu'un individu fort et sain encore, dont le sommet d'un poumon commence à se tuberculiser. Si plus tard il est livré au tabès tuberculeux, sa maladie n'aura pas changé de nature. Sachons donc nous arrêter, car la limite est difficile à tracer; à moins qu'on ne convienne que toutes les maladies sont parasitaires. Ce serait plus simple.

J'aurais à produire maintenant les faits nécessaires, pour établir la réalité des autres antagonismes, et, par conséquent, des autres variétés de phthisie que j'ai admises, tels que les antagonismes et les variétés fournies par les associations de la tuberculose pulmonaire avec la chlorose, l'impaludisme, le saturnisme, etc. ; mais il ne s'agit pas tant de citer des faits de ce genre, que de montrer les modifications intéressantes que ces diverses cachexies impriment à la tuberculose, et quelle marche, quel cachet spécial elles impriment à la Phthisie. 11 doit donc suffire d'appeler sur ce point l'attention des médecins. Quelques faits passant sous leurs yeux ne leur prouveraient rien. 11 faut voir ces choses par soi.

J'appelle surtout leur esprit sur les faits si nombreux dans le monde, où la Phthisie est modifiée dans sa marche et indéfiniment ralentie par les affections nerveuses ou les névroses concomitantes. La surexcitation nerveuse et les névropathies imposent, en effet, un frein puissant à l'évolution et aux caractères communs de la Phthisie. J'ai

dit combien l'asthme, dans lequel entrent un élément spasmodique, et, presque toujours, un nervosisme général trèsmarque, est antagoniste des tubercules, qui finissent pourtant si souvent à le dominer et à le vaincre. Une foule de névroses, qui n'ont pas le poumon pour siège, jouent le même rôle.

Le médecin, une fois averti, verra ces faits tous les jours, et saura tirer les conséquences pronostiques et thérapeutiques qu'ils renferment. Il se rappellera aussi qu'un grand nombre de névroses et de viscéralgies ont une origine arthritique ou herpétique, personnelle ou héréditaire.

M. V...,dc Dunkerque, 26 ans. Névralgie herpétique généralisée. C'est un exemple de névralgies multiples externes et internes des membres, de la face, des viscères; hypochondriaque au plus haut degré. Dès 1862, hémopl.ysics faibles, mais fréquentes, amaigrissement, fièvre hectique tuberculeuse et névrosique combinées; boulimie. Malité et craquements humides dans le tiers du lobe supérieur gauche ; expectoration pituiteuse où nagent des petits crachats opaques. Cure d'Eaux-Bonnes pendant deux ans; guérison consolidée, souffles inorganiques et matité persistant depuis neuf ans. Les affections nerveuses ont survécu.

Mademoiselle T.; 25 ans, arrive à Eaux-Bonnes en 1864, dans un état de marasme et de débilite tels qu'elle était incapable de se tenir sur ses jnmbes, et qu'on la transportait dans une petite voiture à bras. Elle ne mangeait ni viande cuite ni viande crue; à peine des fruits et quelques friandises, pas de vin. Elle ne vivait que d'une surexcitation nerveuse générale qui lui permettait tout au plus quelques heures d'un sommeil interrompu. C'était un type d'hypochondro-hystérique.

Ses poumons, toujours en proie à une respiration spasmôdique, étaient fatigués par une dyspnée continuelle, môme dans le repos. Sa poitrine donnait partout à l'auscultation un bruit de respiration stridente et comprimée, au milieu de laquelle éclataient aux deux sommets, mais surtout à gauche, des crépitations dures et sèches. Dans ces points, la sonorité plessimétrique, exagérée partout, était fort diminuée. La loux quinteuse et convulsive était suivie d'une expectoration pituiteuse toute la journée, et nummulaire très-me-

nue le malin. Mademoiselle T... avait quelquefois des syncopes d'une demi -heure, sans pâleur, pendant lesquelles le pouls persistait, syncopes hystériques. Elle fit une cure d'Eaux-Bonnes, et y revint l'année suivante, plus forte, marchant, vivant presque de la vie commune, mais aussi maigre, ne mangeant pas plus. Poitrine dans le même état par l'auscultation ; toussant et crachant moins toutefois ; la respiration moins comprimée, le bruit d'expansion perçu dans des points où on ne l'entendait pas.

Retour à Eaux-Bonnes une troisième fois dans les mêmes conditions. Elle a vécu ainsi, tenant ferme contre le deuxième et le troisième degré pulmonaire de sa phlhisie, qui ont fini cependant par vaincre son nervosisme si opiniâtre, et l'entraîner après deux années encore, avec les formes de la phthisie vulgaire arrivée au tabès ou à la période de déliquescence et d'élimination.

Cette terminaisons! longtemps, si extraordinai rement écartée par la surexcitation nerveuse, et presque sans alimentation, n'est pas un fait très-rare chez les phthisiques affectées de névroses intenses qui répugnent en général à la Phthisie, et auxquelles aussi la tuberculose ne s'attaque pas communément.

J'avais, il y a 3 mois, dans mon service d'hôpital à la Charité, salle Saint-Vincent, n° 5, une jeune fille hystérique et hypochondriaque affectée d'une tuberculose caractérisée localement dans tout le poumon droit par des crépitations sèches disséminées du haut en bas, de l'expiration très-dure et presque soufflante, avec de la diminution du son au sommet de ce même poumon en avant et en arrière. Elle éprouvait chaque mois une hémoptysie assez abondante durant 5 à 6 jours.

Les élèves qui suivent mes visites étaient étonnés de la résistance que cette jeune fille opposait à la lésion organique si caractérisée et aux hémoptysies qu'elle éprouvait depuis huit mois. Ils voyaient une fièvre continue, autant névropathique que tuberculeuse, une toux opiniâtre, des signes physiques incontestables, et en comparant ce cas aux cas nombreux de phthisie vulgaire qu'ils observaient à côté de celte singu-

lière phlhisique, ils me demandaient si je ne me trompais pas, et si ces poumons étaient bien véritablement tuberculeux. J'aurais pu céder à leurs doutes, si je n avais jamais observé la Phthisie qu'à l'hôpital ; mais j'ai vu tant de cas analogues dans la pratique privée, qu'une femme affectée de blépharite herpétique, hystérique et hypochondriaque, névropathe à l'excès, comme celte lille, présentant une tuberculose pulmonaire à forme lente , immobile depuis longtemps et sans symptômes de phthisie proprement dite, est pour moi un fait vulgaire.

J'achève ici cette brève exhibition. Les praticiens qui exercent dans un certain milieu social n'ont maintenant qu'à regarder autour d'eux, ils verront cette variété de la Phthisie se multiplier. 11 ne faut pour cela qu'être prévenu des rapports d'opposition que je signale, et qui sont pleins d'intérêt le jour où il est prouvé qu'ils ne sont pas des coïncidences fortuites, mais des combinaisons d'éléments antipathiques, dans l'observation et le maniement desquels la médecine peut puiser des directions pratiques très-précieuses quand il s'agit d'une maladie dont la thérapeutique est trop souvent si précaire.

Je termine par une réflexion générale. — Les faits du médecin ne sont pas ceux du pur savant. Les premiers sont comme la nature vivante, comme la maladie surtout, pleins de nuances, de transitions, de traits indécis, de générations, de dégéné rations, de transformations incessantes. L'observateur qui n'est pas pénétré du principe de continuité ou d'évolution continue, pourra être un savant très-rigoureux, mais il ne sera pas un médecin.

Les faits de la bonne clinique ne sont pas des faits à" Institut. La clinique est remplie de doutes, de peut-être. Les faits qu'on y observe ne tont jamais faits, ils se font toujours. Les faits de la médecine expérimentale sont con-

trefails : ils ne se font pas d'eux-mêmes comme ceux de l'expérience , ou de la nature observée dans sa spontanéité.

C'est dans cet esprit, sans méthode artificielle et sans fausse exactitude, que j'ai vu et présenté le tubercule et la Phthisie.

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