‹ Etudes générales et pratiques sur la phthisieChapitre 60 sur 83 · PAU ET AMÉL1E-LES-BAI1SS · texte numérisé non relu

PAU ET AMÉL1E-LES-BAI1SS

11 y a de ces climats dont l'atmosphère est molle, d'une humidité non malfaisante, exempte de vent, d'une moyenne de température hibernale de 6 à 7° centigr. Pau est, au sud-ouest de la France, la plus remarquable de ces stations. L'air y est sédatif, môme un peu énervant. Si l'appétit y est moins vif que sur le littoral, si les forces musculaires y sont un peu défendues, le sommeil y est plus facile et plus profond, et les organes respiratoires très-peu excités. Ce climat est fécond en congestions diverses, en douleurs, en affections rhumaliques, mais en rhumatalgies qui portent plus sur d'autres organes que sur ceux de la poitrine. Celte influence rhumatogénétique est plutôt antagoniste de la tuberculose qu'elle ne lui est favorable. Le fait est, que Pau offre peu de phlhisiques par lui-môme, quoique cette ville n'ait que 144 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sa caractéristique est donnée par l'absence du vent et de l'ozone. Cela n'empêche pas des écarts Ihermomélriques considérables d'un moment à l'autre, ou d'un lieu ta un autre très-rapproché, comme l'exposition nord et l'exposition sud de la même rue. Quoi qu'il en soit, on trouve à Pau,

sol autrefois palustre dans une assez grande étendue au nord, et qui en conserve peut-être encore quelques restes, moins un climat tranché et défini, qu'une zone singulièrement privilégiée, qui est calme et adoucie, dont toutes les conditions telluiïques et atmosphériques ne sont peut-être pas encore bien connues, mais où les phthisiques irritables se trouvent bien. C'est qu'il ne suffit pas d'un seul facteur avantageux, comme la chaleur, pour former un refuge hibernal favorable aux phthisiques; il faut un ensemble de qualités; et cet ensemble lui-même n'est pas un assemblage fortuit, c'est une unité particulière qui, semblable en cela à une Eau minérale naturelle, agit comme telle ou comme climat, et non par l'addition numérique de ses éléments. Pau est à peu près, avec Amélie-les-Bains, la seule station méridionale française de l'intérieur qui soit fréquentée. Elle se développe et gagne incessamment.

Je viens de nommer Amélie-les-Bains. C'est une station sulfureuse thermale en même temps qu'une station d'hiver pour les phthisiques. La température est un peu plus élevée que celle de Pau ; son altitude est de 1 00 mètres de plus environ, mais il règne moins de vent à Pau. En Italie, Rome et Pise ont une certaine analogie avec Pau, quoique, sous le rapport anémologique, Pau soit préférable. Cela compense sa température un peu moins élevée.

STATIONS HIBERNALES MÉDITERRANÉENNES DE LA FRANCE. — ITALIE. — ESPAGNE. — MADÈRE. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

La France possède un littoral méditerranéen assez riche en bonnes stations hibernales moyennes : Hyères, Nice, Cannes, le Cannet, Monaco, Villefranche, etc. Le Cannet, Menton et Cannes me paraissent les trois meilleures. Menton est excellent. Je ne connais pas par expérience les trois stations maritimes de l'Italie, Venise, Naples, Salerne, et je n'en parlerai pas.

En allant plus au midi, nous trouvons Alger, qui offre une ressource très-sérieuse et peut dispenser bien souvent de descendre plus bas. Il n'est pas rare de pouvoir s'y passer de feu pendant tout un hiver. On y jouit donc de tous les avantages de l'air marin sans en avoir les inconvénients. La traversée n'est pas longue, et pour les phlliisiques dont la tuberculose est accompagnée d'un peu d'inflammation pulmonaire et de fièvre, le mal de mer, le nauséisme sont plutôt un bien qu'un mal. Cela peut empêcher le malade d'être trop excité par le passage d'une température basse à une température beaucoup plus élevée.

Malaga, Séville, Valence sont des stations hibernales peu fréquentées par les malades français, mais qui au besoin, et selon telles ou telles convenances particulières, pourraient l'être avec avantage.

Nous arrivons à Madère, la plus célèbre des stations hibernales pour la Phthisie. Tous ceux qui y ont séjourné, les Anglais surtout, en font un éloge irréfutable. Les malades qui peuvent s'y rendre en famille, et qui ne craignent pas l'éloignement, n'ont rien de mieux à faire lorsqu'ils sont encore dans des conditions sérieuses de curabilité ou d'ajournement indéfini. On y est enveloppé d'une atmosphère moite et chaude telle qu'on voudrait la réaliser artificiellement chez soi, et que Trousseau la conseillait dans un vaste appartement, aux malades qui ne peuvent pas se déplacer. L'inconvénient d'une atmosphère toujours plus ou moins agitée, y est compensé par cet état thermo-hygrométrique.

Je ne dirai rien des îles Baléares, de Ténériffe, de Corfou, de Malte, etc., que je ne connais pas. On a pu voir que, dans tout le cours de cet ouvrage, je me suis abstenu d'érudition, et que j'ai tenu à ne donner que ce que je savais par moi-même. Je trouve plus qu'inutile de copier matériellement des livres quand je ne peux pas opiner pour

mon compte sur les indications que tout le monde peut y puiser. Dans un ouvrage qui n'a pas la prétention d'être un traité complet et classique, je ne dois citer que lorsque je peux approuver ou critiquer d'après mon observation et mon esprit propres.

Le séjour dans une bonne station hibernale ne doit pas empêcher de remplir les indications que l'état du malade peut présenter pour l'emploi de tel ou tel traitement. Il ne faut pas non plus s'y croire tout permis au point de vue hygiénique, en ce qui concerne l'exercice en plein air. Il y a dans toutes ces stations delà pluie, du vent, du brouillard, du froid, un matin, un soir, une nuit.

On doit être attentif à éviter toutes ces influences, car elles sont nuisibles partout. On ne va chercher dans ces refuges hibernaux que le plus grand minimum possible de ces occasions de bronchites, de pleurésies, de congestions pulmonaires, etc.. Quant aux médicaments, ils doivent être si peu négligés lorsque leur indication est formelle, qu'au contraire, leur action est d'autant plus eflicace qu'ils sont administrés dans des conditions plus favorables, et ont moins à faire, si je peux ainsi dire, pour produire leurs bons effets.

Toutes les stations d'hiver pour les phthisiques n'ont pas leur maximum d'opportunité et de bonne influence dans les mêmes mois. Les unes sont préférables à la tin de l'automne et au commencement de l'hiver ; les autres à la fin de l'hiver et au printemps.

Généralement, l'automne et la première partie de l'hiver sont plus propices aux phthisiques dans les climats peu méridionaux et situés dans l'intérieur des terres; comme la fin de l'hiver, ou les premiers mois du printemps, dans les climats plus méridionaux (Alger, Malaga, Madère exceptés) et situés sur le littoral français : Cannes, Hyères, Cannet, Menton, Monaco, etc.

Cette différence a inspiré l'idée des étapes hibernales, ou des stations hibernales progressives. Ainsi, on séjournerait à Pau du 15 octobre à la lin de janvier, et à Cannes, au Cannet et à Menton, du 1er février au 1er mai, etc.. Je pense qu'il n'y a pas de règle absolue à cet égard. C'est l'état des malades à ces diverses phases de leur hibernation, qui doit servir de guide au médecin. Si, au commencement de telle ou telle phase, un climat donné ne paraît plus convenir, il faut faire émigrer les malades plus bas, de Pau à Menton ou au Cannet par exemple; et graduer ainsi, de manière à ce qu'ils ne changent que de lieux sans changer de conditions extérieures et de climat relatif. 11 est toutefois une chose à laquelle les médecins ne font guère plus attention que les malades, c'est à l'influence vernale.

Hippocrate disait : que l'automne est funeste aux phthisiques : Auiumnus tabidis malus. On ne sait pas assez que, chez nous, c'est le contraire, et que c'est notre printemps qui est funeste à nos phlhisiuues. Ces malheureux passent l'hiver à espérer le printemps. Ils ignorent que, pour eux, le printemps c'est la mort ou un acheminement plus rapide vers ce terme fatal. J'ai même observé, bien souvent, que plus le printemps est beau, comme on dit, c'est-a-dire violent, hâtif pour la végétation, surtout s'il succède à un hiver long et dur, plus les maladies vernales sont nombreuses et intenses, et plus la Phlhisie revêt ses formes inflammatoires et rapides. Il ne faut donc pas trop rechercher les printemps chauds après les hivers longs et froids. Cette hâte de la végétation est partagée par la Plithisie. On croit, à tort, que ce sont les vicissitudes brusques des mois de mars, d'avril et de mai qui déterminent les accidents inflammatoires et les éruptions tuberculeuses chez les phthisiques. Je pense que ces poussées hâtives sont moins des faits thermométriques et barométriques simples, que des effets de saison proprement dite, c'est-cà-dire des effets de la même cause cosmique annuelle

qui ranime toute la nature. Or, rien n'est plus vivant et plus sensible que les maladies. Elles sont la partie la plus irritable de nous-même, parce qu'elles en sont la plus faible et la plus susceptible ; parce qu'elles vivent et meurent plus vile que les parties saines de notre nature, et qu'elles ressemblent, sous ce rapport, à des parasites et à des myriades d'êtres qui pullulent au prinptemps, dont la vie est courte et rapide, et qui ne naissent que pour se reproduire et mourir. C'est aussi la loi des maladies. Voilà pourquoi elles renaissent au printemps, et entraînent facilement, dans leur tourbillon organique, les éléments sains alors beaucoup plus irritables. C'est comme une épidémie annuelle pour toutes les maladies, même pour les chroniques. Je conclus, pour ce qui concerne mon sujet, en conseillant aux phlhisiques de se garder avec plus de soin encore contre les intluences stimulantes et les promesses décevantes de vie du printemps, que contre les brouillards et les influences tristes et dépressives de l'automne,

Le conseil fort sage qu'on donne aux phthisiques de ne pas se rendre trop rapidement, et comme le permettent aujourd'hui les voies ferrées, du Nord dans le Midi, lorsqu'en automne ils vont chercher un abri tempéré contre l'hiver, et de regagner aussi progressivement, et non tout à coup, leur résidence habituelle au printemps, ce bon conseil, disje, est inspiré par des idées et des observations analogues à celles que je viens d'exposer.

Ces idées impliquent aussi la règle de choisir, pour les phthisiques, un séjour d'été tempéré, et de fuir les chaleurs excessives.

sk.iours d'été, — régions palustres. — altitude. — vapeurs. — atmosphères artificielles.

Boudin avait vanté pour les phthisiques les régions palustres fécondes en fièvres d'accès, à cause de l'antagonisme

qu'il croyait avoir observé entre les fièvres intermittentes et laPhthisie. Je me suis assez expliqué sur ce sujet, lorsqu'au chapitre des maladies antipathiques à la Phlhisie, j'ai distingué la cachexie palustre, seule antagoniste de celte maladie, des fièvres intermittentes récentes avant qu'elles aient altéré profondément l'économie.

Je crois néanmoins que les pays à marais, généralement peu ventilés, h atmosphère lourde, molle et sédative, ne sont pas défavorables aux phthisiques, et que les fièvres intermittentes elles-mêmes ne leur nuisent pas, car après tout, elles sont le commencement de la cachexie qui existe bien rarement sans avoir été précédée et amenée par elles. Or, celle-ci est certainement antagoniste de la Phthisie pour les personnes qui n'habitent pas ordinairement les pays palustres, et qui n'y sont pas nées.

Quelle est la valeur de l'altitude dans la cure de la Phlhisie?

De ce que cette maladie diminue de fréquence avec l'altitude, et qu'une fois arrivé à deux mille, deux mille et quelques cents mètres au-dessus du niveau de la mer, on ne rencontre plus ou presque plus de phthisiques, en fautil conclure que des phthisiques, transportés à ces hauteurs, guériraient, et obtiendraient la môme immunité? Il est permis d'en douter, et de craindre sous ce rapport de grandes déceptions.

Il faudrait au moins que les altitudes qu'on destinerait aux phthisiques fussent, même à deux mille mètres audessus du niveau de la mer, tempérées et exemptes de vent.

Ces conditions ne pourraient guère se rencontrer que dans les pays équatoriaux. De plus, l'altitude se compose pour celui qui y est né ou acclimaté, de bien d'autres éléments météorologiques que la diminution de pression atmosphérique, éléments qui sont en harmonie avec elle. Cette unité, ou ce climat, sont eux-mêmes en rapport avec l'indi-

gène, et se sont fondus depuis longtemps avec lui- On conçoit que de celte harmonie, puisse résulter une modification constante qui détruise la prédisposition à une maladie des voies respiratoires, et éloigne du même coup l'influence des causes occasionnelles de cette maladie. Mais, de là à la puissance eurative contre une maladie organique accomplie ou s'accomplissant, il y a très-loin. D'ailleurs, nous ne pouvons guère instituer en Europe des expériences capables de nous éclairer. Quant à croire qu'on imitera les climats à altitudes plus ou moins considérables, en construisant des appareils qui ne peuvent avoir pour effet que de diminuer la pression atmosphérique et de réaliser la fameuse diète respiratoire, je ne regarde pas la chose comme sérieuse.

Les vapeurs médicamenteuses qu'on dégage dans l'appartement des phthisiques, les vapeurs de goudron ou la senteur des pins dans certaines régions, exercent-elles une influence appréciable sur les poumons tuberculeux? J'en doute, ou plutôt je ne le crois pas du tout. J'ai vu les bois de sapins d'Arcachon, et les appareils à dégager les vapeurs du goudron dans la chambre des phthisiques, si dépourvus de toute influence quelconque, que je ne songe même plus à recommander l'usage de ces moyens. Ils flattent beaucoup plus les idées des malades qu'ils n'agissent sur leur maladie. Pourtant, je prescris toujours les vapeurs anlicalarrhales du goudron, toutes les fois que les phthisiques ont des sécrétions bronchiques trop abondantes. Dans les phthisies sèches, chez les sujets nerveux, il faut, au contraire, éviter ces vapeurs, qui ne font alors que constiper davantage les bronches et exciter la toux.

Je ne veux parler, en passant, des vapeurs d'iode que pour les proscrire. Elles irritent la membrane muqueuse des bronches, font larmoyer, éternuer et tousser sans aucun profit.

Je me souviens que, vers l'année 1 848, étant médecin du Bureau central des hôpitaux, je fus chargé à l'hôpital de

la Pitié, du service de M. Piorry, qui venait d'être nommé professeur de clinique, et qui fut plus tard remplacé dans ce service de la Pitié par Requin.

Je trouvai sur la table de nuit de tous les phthisiques, qui étaient très-nombreux dans une salle de cent malades, un bocal dans le fond duquel on avait placé des parcelles d'iode métallique exhalant des vapeurs et une odeur trèsprononcée de ce métalloïde.

Les malades devaient aspirer souvent dans la journée ces vapeurs qui s'exhalaient d'ailleurs constamment près d'eux. Ils toussaient continuellement, suffoquaient, n'y tenaient plus. Quelques-uns avaient des crachats sanglants, et généralement une expectoration pituiteuse qui exigeait des efforts cruels. Ils me supplièrent de les délivrer de ce surcroît de mal. Je le fis, lorsque, après une semaine d'observation, je me fus convaincu que ce traitement, employé depuis longtemps déjà, n'avait fait qu'exciter leurs poumons en pure perle.

Le séjour continuel dans les élables a joui autrefois d'une réputation bien affaiblie aujourd'hui. Cette pratique est à peu près abandonnée. Je ne l'ai jamais appliquée, mais j'en ai entendu dire du bien par des médecins capables et dignes de foi. Est-ce à la température tiède, uniforme, confinée des élables que seraient dus les bons effets qu'on attribue à celte atmosphère spéciale? ou bien, les émanations animales y contribueraient -elles dans le sens où ces émanations sont vantées comme concourant à la nutrition vigoureuse et à la fraîcheur de teint des bouchers, des équarrisseurs et de tous ceux qui respirent habituellement les miasmes qui s'échappent du corps des animaux? Il est probable que, dans les bons résultats qu'on prétend recueillir du séjour des phthisiques dans les étables, il faut faire entier, et ces conditions générales et ces influences spéciales heureusement combinées.

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