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PRÉSENTÉE PAR LES TEMPLIERS DEVANT LES COMMISSAIRES APOSTOLIQUES

Ensuite, nous, notaires susnommés, accompagnés de Hugo Nicolaï, et Guillaume de Radulphî , déjà nommés, nous sommes transportés au Temple de Paris, et avons fait comparaître par-devant nous les Templiers qui y sont détenus, et dont les noms suivent :

Pierre de Bournia, prêtre (ou mieux, Pierre de Boulogne).

Humbert de Saint-Pierre.

Robert de Monboyn.

P, de Latigniaco-Sicco, prêtre.

Thomas de Martigny, prêtre.

Pierre de Blois.

Pierre de Suiref.

Egidius de Ghenru.

Christian de Bysi.

Guillaume de Laligniaco-Sicco.

Jean de Clipes.

Girard de Somons.

Jean-le-Chamber.

Joanaes de Lorsius.

Radulphe de Belle- Yglisse.

Guillaume de Marenct.

Marsilet de Floer.

Thomas Euval.

Theobaldus dePlomiorum.

Etienne Pacon , prêtre.

Poncius de Buria.

Jean de Geneste.

Arbert de Jemville.

Guillaume de la Fons.

Ricard Lejcharem.

Gossoynus de Bruges.

Johannes de Orbis.

Guido de BoUeville.

Gérard de Mongneville.

Hugo de Ghaminant.

P. de Trelhet, prêtre.

Dujand de Vineis.

P. de Cheru.

P. de Sancta-Gressa.

Mathieu de Clissi.

P. de Boucocli.

Simon de Reims.

Thomas des Cames.

Jean Bragdefer, prêtre.

p]gidius de Fontaincourt.

Guillaume de Veignes.

Jean de Noyon.

Henri de Pressigny.' Radulphus de Ponte.

Guillaume de Briois.

Guillaume Digi.

Philippe de Ville-Sublerre.

Pontius de bono opère.

Jacob de Vergus.

Aymo de Barbouë.

P. de Jaulx. Ponsard de Gifli.

Guillelmus Ârdonii.

Thomas Quintini.

Etienne de Pruin.

Jean de Furne.

Gobert de Maie.

Ghicard Alberti.

Arnould dePortel.

P. de Castanhier.

Jean de Turne.

Guido Botelli.

Jean de Serencourt.

Nicolas de Serencourt.

P. de Sacelles.

P. le Picart.

Jean de Corville.

Thomeuz de Legnoville.

Jean de la Voue.

Jean de Pont-FEvêque.

R. de Treploy, prêtre.

Reginald de Larchant.

Theobald de Basimont.

Radulphus de Sens.

Nicolas de Troyes,

Qui s'étaient présentés avant cette époque pour défendre l'Ordre.

Ensuite, le mardi 7 avril, nous sommes rentrés en séance dans la chapelle susdésignée, attenant à la chambre épiscopale ^^^ et là, ont comparu devant les commissaires susdits, les frères dont les noms suivent :

Regnauldde Pruin,

Pierre de Bologne, prêtres.

Et les frères Guillaume de Chambonnet, Bertrand de Sartiges et Guillaume de Fuxo, chevaliers; les frèrrs Jean de Montroyal, Mathieu de Cresson-Essart, Jean de Saint-Léonard, et Guillaume de Guirisaco,

Qui s'étaient offerts en leur nom et au nom de leurs frères pour défendre l'Ordre.

En cette qualité, ils exhibent devant les commissaires une requête î^) dont le frère Pierre de Boulogne a donné lecture, d'après l'assentiment des autres délégués présents. En voici la teneur :

En votre présence, révérends pères, et en présence de ceux auxquels notre saint Père le Pape a donné commission d'informer contre le Temple au sujet des infamies ^-^^ dont l'Ordre est accusé, moi et les frères qui

(l; Aula) episcopali.

(*2) Quamdam redulam.

[^) Artkulis hoirendis.

168 VîkCEê.

m'assistent, nous avançons, disons et répondons, dans toute la simplicité de notre cœur, et non par esprit de contradiction(^), que les Templiers ne peuvent et ne doivent pas, et bien plus, ne veulent pas nommer de défenseurs (^^ tant qu'il leur sera impossible ^ au milieu de conjonctures aussi graves, de se réunir entre eux, et de recevoir aussi les conseils et les avis du grandmaître, parce que leurs statuts (^) s'y opposent formellement.

Qu'ils s'offrent tous en général, et chacun d'eux en particulier, pour défendre l'Ordre ; qu'ils prient et supplient qu'un concile général soit réuni, et qu'on y statue sur l'affaire du Temple.

Ils disent que, lorsqu'ils seront entièrement libres, ils se rendront tous, s'ils le peuvent, à ce concile; ceux qui ne pourront y aller nommeront des mandataires ou un délégué pris dans l'Ordre, qui traitera l'affaire en leur nom.

Qu'ils ont commis et délégué leurs fr^s Regnauld de Pruin, Pierre de Boulogne, prêtres, Guillaume de Chambonnet et Bertrand de Sartiges, chevaliers, auxquels ils ont donné pouvoir d'avancer, de dire, de faire et de consigner par écrit tous les droits, les allégations, les preuves qu'ils possèdent et peuvent produire pour la défense, le maintien et l'honneur de l'Ordre. Qu'ils désavouent à l'avance tout ce que ces délégués pourraient avancer ou dire qui portât préjudice ou nuisit en quel-

,f) Non animo litem rontestaiidi.

(•2) Procuratores.

;:ï) Dejnrc.

PIÈCES. Id9

que manière à l'Ordre susdit ; mais qu'ils entendent et désirent que cela soit au contraire réputé nul et non avenu.

Us protestent contre tout ce que leurs frères, tant qu'ils seront prisonniers , ont déclaré ou déclareront dans la suite contre l'Ordre, comme ne devant point être invoqué contre lui, parce qu'il est reconnu que ce que ces Templiers ont déposé et déposent encore, leur a été arraché par la violence, à l'aide de la crainte, et a été obtenu à prix d'argent et par des manœuvres frauduleuses. Les Templiers fourniront à cet égard toute espèce de preuves en leurs temps et lieu, lorsqu'ils n'auront plus rien à redouter, et que l'Ordre aura été rétabli dans le même état qu'avant leur arrestation^^).

Us demandent que les frères qui, après leur entrée dans rOrdre, allèguent contre lui toutes sortes d'infamies (^), soient mis sous bonne garde entre les mains de l'Eglise, jusqu'à ce qu'on ait appris quelle foi on doit ajouter à leurs dépositions.

Ils demandent, supplient et requièrent que leurs frères soient interrogés en l'absence de tout laïque qui puisse entendre leurs dépositions, ou de toute autre personne qui leur paraîtra suspecte à juste titre ^^\- que la violence ou la crainte ne soient point mises en œuvre pour arracher de faux aveux ou déguiser la vérité. Car tous les Templiers sont tellement frappés de terreur et de crainte, qu'on ne doit point être étonné qu'il y ait

;l) Ad plénum fuerint in integruiu reslituti.

('i) Conversantur inllone^(o.

(M) De quà possint mcrifo dubilaro.

des menteurs parmi eux, mais plutôt des gens qui osent dire la vérité; surtout si on considère les tribulations, les angoisses, les injures et les menaces qui sont le partage de ceux qui disent la vérité , et tous les maux endurés par eux chaque jour, tandis que les faux témoins jouissent, entre autres avantages, des douceurs de la liberté, et reçoivent de magnifiques promesses.

Une chose étonnante, cependant, et qui doit d'autant plus frapper tout le monde, c'est qu'on ajoute plus de foi aux témoignages de ces menteurs, qui,. après avoir été circonvenus, attestent de semblaUes impostures pour sauver leur corps (^^ plutôt que de croire ceux qui, comme les martyrs de Jésus*Ghrist, sont morts dans les tourments, pour soutenir la vérité. De même, pour ceux qui, en plus grand nombre, encore vivants, et pour obéir au cri de leur conscience , ont souffert et souffrent tous les jours dans les prisons, pour l'amour de la vérité, tant de tourments, de peines, d'angoisses, de calamités et de misères.

Ils disent que, hors du royaume de France, on ne trouvera point, dans toute l'étendue de la terre, un seul frère du Temple qui soutienne de semblables mensonges; que cela est évident, puisque toutes ces dépositions ont été faites en France^*', puisqu'elles ont été obtenues à prix d'argent, par la violence, la crainte et la corruption.

Pour la défense de l'Ordre , ils répondent et disent simplement que l'Ordre du Temple a pris naissance , et

(1) Ad utilitatem corporum .

[i) Les Templiers avaient, on le voit par rettc articulation, sainement jugé Tesprit de leur procès.

PILXES. 171

a été fondé sur la charité et les sentiments de la vraie fraternité, en Thonneur de la Vierge, la glorieuse Mère de Jésus -Christ; pour l'honneur et la défense de la sainte Eglise et de toute la chrétienté, ainsi que pour la destruction des ennemis de la Croix, c'est-à-dire des païens et des Sarrazins, partout où ils se trouvent, principalement dans îa Terre-Sainte, consacrée par le sang du Fils de Dieu, qui est. mort pour nous racheter.

Que c'est un Ordre saint, pur et immaculé aux yeux de Dieu et de son Fils, qui n'est flétri par aucune souillure ^ ^K dans lequel a été et est toujours en vigueur l'institution de la règle et son observance salutaire, telle qu'elle a été approuvée et confirmée par le Saint-Siège, qui a octroyé aux Templiers de nombreux privilèges.

Que quiconque entre dans l'Ordre, prononce quatre vœux principaux t^î :1a pauvreté, l'obéissance, la chasteté, et promet de se consacrer entièrement au service de la Terre-Sainte, c'est-à-dire de conquérir Jérusalem ; et si, par la grâce de Dieu, elle a été enlevée aux infidèles, de la conserver, la garder et la défendre dans la mesure de ses forces.

Que le néophyte reçoit, avec le modeste baiser de paix, l'habit et la croix qu'ils portent toujours sur leur poitrine, en mémoire de la passion du Dieu crucifié pour nous ; on lui apprend à conserver la règle et les anciennes traditions données par l'Eglise Romaine et les saints Pères.

Qu'il ny a, pour tous les Templiers, qu'une seule

(1) Ab omni sortie qaorumlibet vitioiuin.

?) Quataor substantialia.

i72 PIÈCES.

règle, qui a toujours été fidèlement ôbsenrée dans tout l'univers , partons les frères de l'Ordre, depuis sa fondation jusqu'aujourd'hui. Quiconque dit ou croit qu'il en est autrement se trompe en tout point, pècbe mortellement et s'écarte complètement du sentier de la véritéO).

En conséquence, en réponse aux faits articulés contre eux, faits remplis d'attaques contre l'Ordre î*^ 4iorribles, qui doivent h ce titre inspirer l'horreur et être rejetés comme absurdes et infâmes, ils disent que ces articulations sont fausses et imposées par le mensonge; que ceux qui ont suggéré ces impostures à notre seigneur le Pape, et au sérénissime roi de France, sont de mauvais chrétiens, adonnés à l'hérésie, qui dénigrent et trompent la sainte Eglise et la religion chrétienne.

Que^ poussés par l'envie et la cupidité, ils se sont faits les propagateurs de scandales impies et ont gagné des apostats de l'Ordre, ou des frères qui se sont enfuis du Temple, chassés du troupeau, c'est-à-dire de la communauté, comme des brebis galeuses^^^^ à cause de leurs méfaits, et qui, tous ensemble, fabriquent et recherchent ces crimes supposés, ces affreux mensonges reprochés à tort aux Templiers et à l'Ordre tout entier.

Que ces fourbes se conduisent de manière à rechercher et attacher à eux toutes les personnes crédules qu'ils peuvent rencontrer, et qu'après leur avoir appris ces impostures, ils les pousseront à les révéler au roi et à

(1) A traraite veritatis.

(?) Rcligionem.

(3) Morbida; pecudcs.

son conseil. II s'est trouvé ainsi, dans toutes les parties du monde, des gens subornés, rais au courant de ces accusations, et qui concourent de la sorte aux mêmes manœuvres. Tels sont les moyens employés pour se faire croire du roi et de ses conseillers, qui sont persuadés que ces infainies sortent du Temple et des Templiers, tandis qu'elles ont pris leur source dan$ la méchanceté de ces imposteurs.

De là sont venus tous ces maux qui accablent aujourd'hui les chevaliers du Temple, tels que la prison, la confiscation de leurs biens, les tourments et la^moft, ainsi que ces violences exercées contre ceux de nos frères qui, par la crainte de mourir, ont appris de nos accusateurs à parler contre leur conscience, et ont été contraints de proférer ces infamies. Le roi de France, tromfpé lui-même, a Mt connaMre ces révélations au Pape; ils^ ont été dans ce cas trompés tous^ deux par de fausses déclarations.

Ils disent encore (pue, d'après^ lar coutame^^), vous ne pouvez point, en droit,, procéder d'office, puisque, avant leur arrestation, on ne leur reprochait aucun des faits articulés aujourd'hui; que certainement ils ne sont point protégés contre la violence ^^), puisqu'ils ont été et demeurent au pouvoir de ceux qui en imposent au roi. Qu'ils adressent et font parvenir chaque jour à leurs frères des avertissements de vive voix et par lettres, afin que ces derniers ne reviennent point sur les dépositions arrachées par la crainte; car s'ils se rétractent,

1 Via inûità.

(2) In loeo tuto non esse.

on assure qu'ils seront brûlés jusqu'à ce qu'il n'en reste aucun vestige^').

Us ajoutent que les frères de l'Ordre qui ont parlé et fait des aveux, y ont été poussés par la torturer ou la crainte de la torture, et qu'ils se rétracteraient volontiers, s'ils l'osaient ; mais ils ont été tant et tellement effrayés, qu'ils craignent de le faire, à cause des menaces proférées chaque jour contre eux. C'est pourquoi ils supplient qu'on les interroge en leur donnant toutes les garanties possibles de sécurité, afin que la terreur ne leur fasse point déguiser la vérité.

Us font toutes ces protestations et déclarations sans préjudice à tous autres moyens de défense (^), qui ont été ou pourront être présentés isolément par les frères du Temple, dans un intérêt particulier ou général(^), pour le présent et pour l'avenir, en faveur et pour la défense de l'Ordre susdit ; ils déclarent sans autorité, nul et de nuUe valeur, tout ce qui a été produit, proféré, lancé ou dit, qui pourrait nuire ou causer quelque préjudice à l'Ordre du Temple.

(1) Combnrentur omnioô.

(S) Salvis semper omnibus defensionibus.

(3) Specialiter vel genenliter.

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