‹ Études historiquesChapitre 7 sur 16 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

d'odoard de moulins au roi» dans laquelle il lui fait

coninaitre le résultat de l'instruction

contre les templiers.

Odoard de Moulins, chevalier, à Philippe, roi de France, salut.

Sire, je vous fay savoir que j'ay fait tout mon pouvoir de prendre au corps, et saisir les biens des Templiers de notre séneschaussée de Beaucaire, dont j'ai fait inventaire fidèle ; en ayant pris jusques au nombre de quarante-cinq, entre lesquels sont cinq chevaliers et un prestre.

Et m'estant soigneusement enquis d'eux , pour savoir la façon de leur réception et profession ; tous par moi interrogez, et très-exactement l'un après l'autre examinez, ont fort librement confessé, et se sont accordés en leurs dépositions : telles qu'en leur entrée, celui qui est reçeu, baise au dos et par derrière en premier lieu le recevant, secundement au nombril, tiercement à la bouche. En

après, baise les autres frères assistants au chapitre sur le point qu'il est reçeu.

Et toutes fois nient tous aucune sodomie avoir jamais été parmi eux commise ni perpétrée. Nient pareillement avoir jamais requis d'aucun de leur Ordre, de telle et semblable vilainie.

Quant à la Croix^ ils sont divers; plusieurs ont dit et confessé que, quand ils sont reçeus, le recevant leur monstrant la Croix en lieu secret (en laquelle est Teffigie et représentation de Jésus -Christ), lui fait nier tout ensemble la croix et le crucifié ; lui donnant à entendre que Jésus -Christ estait un faux prophète, et qu'il avait été cloué au poteau de la croix pour ses déceptions et tromperies doott il abusait le monde, reniement qu'il faisait par trois fois l'une après l'autre , crachant dédai* gneusement autant de fois qu'il abjurait, contre la Croix,

Les autres déposent que c^oix aucune ne leur a jamais été présentée, ou fut l'efBgie de Jésus -Christ; mais que tant seulement ils la mettaient en leur robe, et le recevant la leur faisait nier, et dire que Jésus-Christ était un faux et meschant prophète. En quoi plusieurs se trouvent du même accord touchant ce faict.

Quant aux choses esquelles les autres sont discordans, Yostre Majesté, Sire, le pourra bien amplement et au long voir par les informations que j'en ai faites ; que tout aussitôt que j*aurai clos et parfaites, j'emport(^ay et rendray moy-mesme es mains de Votre Majesté,

PIÈGK64 iêl

Sur l'article du cordeau, qu'on a de coutume à leur donneri tous les XLV s'accordent et consonnent à leurs déposition : à sçavoir, que certain cordeau ou ceinture esbroite leur est donnée en leur réception , qu'ils ceignent sur leur chemise, et sont tenus porter tout le t^nps de leur vie, ^ signe qu'ils sont inviolaUement astraints aux ^oses par eux promises à leur entrée.

Nient pourtant tel courdon avoir jamais été pris d'aucune teste ou idole ; comme aussi sont tous d'accord à nier de jamais avoir adoré , ni veu adorer Idole ny simulacre quelconque, en aucune assemblée de chapitre provincial.

Excepté seulement un frère, Pons Gaillard > commandeur de Lignac , qui dépose avoir veu en la ville de Montpellier, en un chapitre provincial y tenu, une teste mise sur une arche, laquelle fut adorée par les frères du chapitre après l'heure de compiles ; asseurant quelqu'un d'entre eux avoir ouy dire que certaine teste avoit accoutumé d'estre adorée en leur chapitre.

Quant à ce qui regarde la consécration de la sainte hostie, un seul prêtre des Templiers en a confessé toutes les erreurs, disant que celui qui le reçeut à l'Ordre, lui commanda de ne la consacrer à l'autel, ny moins dire les paroles requises à la consécration et sacramentales, sur l'hostie qu'il élevait et monstrait au peuple, ny à celles qu'il donnait aux Templiers, quand ils faisaient la communion.

Ce mesme prestre a dit et confessé l'avoir exactement observé, selon qu'il lui avait esté très-estroitement enjoint, touchant les hosties qu'il distribuait aux autres frères, quand ils se présentaient à la table; mais (|ue,

pour celle de son élévation à l'autel , qu'il montrait au peuple, quelle estroite et rigoureuse défense qu'on lui eust fait, il la consacrait toujours dans son cœur avec la mesme intention et les propres paroles sacramentales à ce requises.

n y en a néantmoins quelques-uns, peu toutes fois, quy ont déposé que^ lorsqu'ils faisoyentla communion, ils croyaient et scavaient fort bien ne recevoir que des feuilles blanches, et des hosties non consacrées.

Finalement déposent' et soutiennent tous, que jaçoit qu'ils jurassent et confessassent telles' erreurs de parolle et de bouche, en leur réception, en leurs cœurs pourtant ils retenaient un ferme et constant propos» plein de bonne volonté, de demeurer, persévérer, vivre et mourir en l'unité de la foi de TEglise apostolique et romaine.

Ce sont, sire, toutes les choses que j'ay peu tirer de leur bouche, et les dispositions qu'ils ont faites, que je n'ai plutôt peu envoyer à Vostre Majesté, pour l'empêchement de vos affaires, avecq vostre seneschal de Beaucaire^i).

(l) Hist. de Provence t page 3^. —Ces contradictions dans les dépositions des accusés sont une des plus fortes preuves de Tinnocence de l'Ordre.

No VI.

Page 1