LETTRE
DE raiLlPPE-LE-BEL A HUGUES DE LA CELLE ET ODOAHD
DE MOCLINS, GOUMISSAIRES ROYAUX, CONTENANT
L'OiDRB D'ARRÊTEIt LES TEMPUERSw
Philippe, pw la grftce de Dira» roi de IV«icè, etc.
C'est une chose déplorable, pleine de lamenfationg, aigre et bien amère; chose horrible et cas noiistnietix^ à quoi il faut longoement bien penser. Chose terrible à voir, réciter; crime détestable, abominable, d*exécraUe meschanceté et de (^nd et de prodigienx scandale et forfait; chose totalement iidramaine, reci^dée et trèslointaine de tonte humanité, et de longtemps, au rapport de plusieurs personnages dignes de foi, non toutefèis sans un grand étonnement et frayeur, avec un vtiràment et horrible bruit, parvenue à nos oreilles.
Que les Templiers, vrais loups cruels sous la peau d'un agneau, sous liiabit A manteau de religion, quand ils entrent en leur Ordre, nient par trois fois Jésus* Christ, d'une horrible barbarie et détestable cruauté, lui crachant autant de foi^ contre ia lace, et ^ue toos nude
ils baisent celui qu'ils ont de neuf receu en leur profession«
Par quoi ayant traité de cette affaire avec le Pape Clément, notre sainct père, les prélats, princes et barons de notre royaume, et ayant cerché tous moyens pour tirer la vérité d'un si nouveau et damnable faict. Nous qui sommes constituez et ordonnez du Dieu souverain pour la défense de la foi et de l'ecclésiastique liberté, ayant été député sur ce fait par Sa Sainteté Guillaume de Risins, de l'Ordre de saint Augustin, inquisiteur de la foi, avec plusieurs conjectures, tant par les charges et informations, que par plusieurs et diverses présomptions légitimes et probables, contre tels ennemis de nature et de Dieu.
Combien que les uns soient coupables, les autres innocents ; toutefois, pour la gravité du cas, et que de tant de choses horribles on ne peut tirer aucunement la vérité, par délibération de notre Conseil, en Tadvis des prélats, princes et barons de notre royaume, voulons et mandons que vous preniez au corps toutes et chacunes les personnes de l'Ordre des Templiers, et iceux remettiez sous le jugement et cognoissance des juges ecclésiastiques ;
Que tous leurs biens, meubles et immeubles, vous preniez et saisissiez sous main, pour être gardés et conservés, jusqu'à ce qu'autrement en ait été par nous ordonné.
Ces lettres furent données au royal monastère de Notre-Dame-lez-Pontoise, l'an 1307(i).
(l) Bist. de Provence y de César Nostradamus, pages 323 et 3S4,
No V.