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Etudes historiques

Ancien interne des hôpitaux de Paris Membre titulaire de la Société anatomique, etc.

Dans les Opéra omnia Vesalii, Boerhaave et Albinus, à propos des planches anatomiques. qui ont précédé celles de l’auteur dont ils écrivent la vie, disent : « Carpus (Béranger » de Carpi) est le premier qui fit entailler dans le bois des » figures destinées à mettre sous les yeux des lecteurs rimage » des organes. Elles sont d’un dessin “rude (rudipictas arte), » il faut l’avouer ; mais ce senties premières et on les admire. » Vinrent ensuite les planches artistiques d’Albert Durer. » Après lui, le seul que nous ayons parmi ceux qui, les pre- » miers, ont essayé de représenter les organes par des figures, 3» est un médecin de Strasbourg, Gaultier Hermann Ryff, qui » publia, l’année 1541, dix-neuf planches in-folio, imprimées » à Strasbourg chez Balthasar Pistor (Beck, Boulanger), où, 3) dit-il, toutes les parties du corps humain sont représentées » aussi exactement que possible dans des dessins faits d’après » nature. Les figures de Carpus, effectivement, sont inférieures » à celles-ci. Beaucoup plus complètes, elles suivent l’ordre » des parties et donnent une explication assez exacte de la » tête et de l’encéphale. Enfin, elles n’ont été imitées ni de » Vésale ni d’aucun autre. On les regarde comme les prémices

» d’un art naissant qui allait bientôt atteindre la perfection. » Quant aux planches que Jean Dryander, de la Etesse, avait » promises en 1537, elles n’ont pas paru. A ce qui est pris 3) dans risagoge de Carpus, il a ajouté une figure qui donne » le simulacre des vaisseaux pulmonaires et deux autres » représentant les muscles superficiels. Les os de la cage » thoracique, l’estomac, les intestins, la rate, le foie, les reins, » les organes de la génération, la tête, ont été dessinés plus » tard, en 1541, après les premières planches de Vésale et » celles de Ryff, qui s’v trouvent reproduites. »

Or, dans cette petite revue historique, faite pour montrer la supériorité des planches de Vésale, il y a de nombreuses erreurs qui se sont perpétuées sous la grande autorité de Boerhaave et d’Albinus. D’abord Ryff ne mérite pas, comme on va le voir, l’hoiineur qui lui est fait ici,, et les seules belles figures de sa compilation, celles de la tête, appartiennent à Dryander.

Je n’ai pas à m’étendre sur les planches bien connues de Béranger de Carpi. Je rappellerai seulement qu’elles ont paru en 1521 avec ses énormes commentaires sur l’anatomie de Mundinus. Elles sont reproduites dans son court Isagoge de 1523, avec quelques figures nouvelles.

Dryander publia l’anatomie de la tête humaine, en 1536 et 1537. Son premier ouvrage a pour titre : Anatomia capüü humani, in Marpurgensi academiâ mperiori anno publicè exhibita per Johannem Dryandrum, medicum. Marpurgi, in officinâ Eucharii Cervicorni Agrippinatis, anno 1536, mense septenib.

Cet in-4° de 14 feuillets, extrêmement rare, puisque Haller le cite, sans l’avoir vu, d’après le catalogue de Thomassino, se trouve à la Bibliothèque nationale. Il est dédié à Jean Ficin, chancelier du très- illustre prince de Hesse, qui avait aidé à la fondation de l’Académie, de Marbourg, très-estimé des savants, etc... quœ inter dissecandum nuper in humani capitis anatomia , ad vivumtypis atque figuris exceperam, tibi ob id maxime nuncupandaputavi...

Puis le recteur de l’Académie de Marbourg annonce {rerum medicarum sludioso) que le prince Philippe de Hesse, plein de sollicitude pour son école de médecine, a décidé de son autorité royale que tous les ans deux cadavres de prisonniers ou de suppliciés serviraient aux démonstrations publiques d’anatomie; qu’avec cette permission Jean Dryander, professeur ordinaire de médecine, très-exercé dans ce genre d’études, en a fait deux avec le plus grand succès, l’une en juin 1535

etr^iutre en mars 1536. Le recteur ne comprend pas comment rAllemagne (Germania) a négligé jusqu’à présent de recueillir les fruits qu’on peut retirer des études anatomiques. C’est pour leur restituer leur antiqûe splendeur que Dryandera été invité à publier les figures de l’anatomie de la tête humaine qui ont été si bien dessinées d'après nature sur ses préparations. On tâchera plus tard (qms si placer e viderimus) de donner les figures d’anatomie du corps humain tout entier.

Après une pièce de vers {Reinhardus Hadamarius ad lectorem) commencent les planches, qui devaient être au nombre de douze ; nous allons voir que onze seulement pal'urent cette année-là. Elles sont toutes disposées de la même manière : sur le recto est la figure avec son numéro d’ordre j en face, au verso de la figure précédente, se trouve l’explication. Quelques-unes donnent, en outre, les instruments qui ont servi à la préparation.

N° 1. Cuir chevelu avec incision cruciale; une ficelle autour de la tête au niveau du front; instruments.

N° 2. Les deux enveloppes extérieures du crâne rabattues ; os â nu ; instruments, scie courbe, etc.

N® 3. La calotte du crâne, sciée circulairement, est enlevée et mise de côté ; la dure-mère est rabattue, le cerveau apparaît sous la pie-mère.

N“ 4. La pie-mère est enlevée ; cerveau â nu.

5. La moitié droite du cerveau est conservée ; l’autre est coupée jusqu’aux ventricules, pour montrer les membranes de séparation de la dure-mère.

N“ 6. La coupe horizontale à trois travers de doigts de profondeur, pour montrer les ventricules latéraux, qui apparaissent sous forme de croissants.

N“ 7. Tout le cerveau enlevé pour mettre à découvert le cervelet et l’origine des nerfs ; le pressoir d’Avicenne (torcular).

N“ 8. Cervelçt enlevé à moitié; description peu compréhensible du quatrième ventricule, probablement ouverture du canal qui sera l’aqueduc de Sylvius.

N° 9. La partie inférieure du crâne où le cou est implanté.

N" 10. Trois figures : I. Tête de profil : suture coronale sur le côté; les os qui la forment. IL Tête de face : milieu de la suture coronale et cavité des yeux. III. La mâchoire inférieure avec ses dents.

11. Deux figures : le reste des os du crâne avec les sutures de la partie postérieure et supérieure de la tête.

Ces quatre dernières figures des os de la tête ont été

copiées sur les deux petits squelettes de Béranger de Carpi. La première appartient au squelette Vu de face; les trois autres au squelette vu de dos qui tient dans la main droite une tête de profil et dans la gauche une autre tête présentant le sommet ou vertex. Elles sont exactement pareilles, mais considérablement agrandies.

Au verso du 11“ 11 on lit ; Finis figurarum anatomiœ capitis humanié

Totius autem corporis humani singulas partes anatomico negocio absolutas adeoque ad vivum expressas expectabis brevi.

Contrairement à ce qu’on a toujours répété partout, d’autres figures n’ont pas tardé à paraître. Quelques-unes même portent la date 1536, bien qu’elles se trouvent dans l’ouvrage suivant, dont le titre est inscrit dans un frontispice trèscurieux de composition :

Anatomiœ, hoc est, corporis humani dissectionis pars prior,

. in quasingula quœ ad caput spectantrecensenturmembra, atque singulœ partes, singulis suis ad vivum commodissime expressis figuris delineantur. Omnia recens nata.

Per lo. Dryandrum medicum et mathematicum.

Item

Ana- i Porci, ex traditione Cophonis.

to- j

- mia * Infantis, ex Gabriele de Zerbis.

Marpurgi apud Eucharium Cervicornum.

A nno 1537, mense Junio.

C’est la première partie de l’Anatomie universelle du coi’ps humain, que Dryander s’était promis de faire et qu’il n’a pu achever. Nous allons voir tout à l’heure où il l’a laissée.

In-4 de 36 feuillets, beaucoup moins rare que le précédent. On y retrouve le même avertissement du recteur de l’Académie de Marbourg, la même dédicace , de Dryander à Jean Ficin, les mêmes vers au lecteur de Reinhard d’Hadamar (ville du duché de Nassau). Après un grand discours de J. Dryander sur l’utilité de l’anatomie, prononcé à Marbourg le 25 octobre 1536, viennent les figures de l’anatomie de la tête dessinées d’après nature. Les sept premières avec leurs explications sont entièrement conformes à celles de la première édition, avec cette petite différence qu’en tête de chaque page on lit : à gauche, Anatomia, id est dissectionis, etc. ; à

droite, capîtis Kumâni figura prima, secunda, ter lia, etc. Pour la huitième, l’explication est plus complète, et la planche à été mise dans un autre sens. La neuvième figure représente la cavité huccale, la langue avec épiglotte. La planche portant le n“ 9 dans l’édition précédente (base du crâne où le cou est implanté, â laquelle on a ajouté la mâchoire inférieure) forme ici : Capitis Jiitmani figura âedma. Les figures H' et 12® sont un peu différentes des autres; elles ont été dessinées sur dé • pièces montées chacune sur un socle qui porte une inscription ; la première INEVITABILE FATUM, la seconde HOMO BtJLLA, avec la même date 4536. Elles sont destinées â montrer la forme et . la position des os et des sutures dù crâne. Ma^ré cela les quatre figures d’après Béranger d:e Carpi, sortes de schémas d’un dessin beaucoup plus simple, ont été conservées avec une explication nouvelle, mais sans numéros .

Ces douze planches de l’anatomie de la tête sont précédées et suivies d’une même figure schématique assez compliquée mais fort curieuse : ünkersalk figura omnium partium capitis Mmanicum sud eæplicatione. Personne, que je sache, n’a songé à faire remarquer qu’elle est la reproduction exacte d’une grossière esquisse â la plume qui se trouve répétée deux fois dans l’ouvrage de Magnus Hundt {Anthropologium éc hominis dignüate, naturâ et pfoprietatibus, etc. Lipsi«, 4501, in-d). Les lettres explicatives mêmes ont été conservées ; le dessin seul est meilleur. Si l’on avait la curiosité de les eoraparer l’une avec l’autre, on pourrait les voir dans un même volume de la bibliothèque Mazarine, n® 455113.

Après avoir terminé l’anatomie de la tête humaine, Dryandér prévient le lecteur qu’il n’a pas pu, partim per ■occupationes,

. partim per sculptores, rédiger l’explication des planèhes représentant les organes de la cavité thoracique, ni composer l’anatomie du troisième ventre (comme on disait alors et qui était le premier pour les anatomistes). Ils’est décidé adonner comme avant-goût aux hommes studieux lès figures de l’ou vrage commencé, qu’il a placées ici en appendice pour qu’elles puissent servir en attendant les autres.

Le thorax revêtu de ses parties molles, detractd priori cuticulâ, avec la date 1537.

Les poumons vus par leur face postérieure, avec la trachée et ses divisions.

Le cœur et les gros vaisseaux qui en partent.

Le thorax osseux.

Une nouvelle pièce de vers. Ad anatomiœ contemptorem, termine le volume. Nous y voyons que le nom de famille de

Rêinhard d’Hadamar était Lorich, professeur de rhétorique à l’Académie de Marbourg.

J’aurais dû dire déjà que toutes ces planches ont été dessinées par le même artiste, un inconnu qui a laissé les initiales G. V. B., et le plus- souvent l’une d’elles, G, combinées de différentes façons avec un compas ouvert. Cette variété dé monogrammes a conduit Brulliot à une singulière méprise (Dict. des monogr., 2® part. Le n° 2834)., la figure onzième de Dryander, signée G., est attribuée à un graveur en bois allemand du xvi® siècle, et le n“ 2839, la figure quatrième du même ouvrage et du même artiste, signée G. V. B., appartient cette fois à un graveur sur bois italien du xvii® siècle.

Je me suis arrêté un peu longuement sur ces deux ouvrages de Dryander parce quaucun historien en France n’en a tenu compte. Lmth (IJist. de l’anat., p. 367) n’avait pas pu se procurer même l’anatomie de la tête de 1537. M. le docteur Chéreau {Dict. encych, art. Anatomie) n’en parle même pas.

Les six premières planches de Vésale, imprimées à Venise en 1538 et dessinées par un peintre célèbre de cette époque, Joannes Stephunus Calcarensis, sont presque aussi inconnues. Elles ont été cependant décrites par L. Choulant {Geschichte und Bibliographie der Anatomischen Abbildung. . . Leipsik, 1852), mais dans un ordre qu’il faut changer. La première, avec la dédicace à Narcissus Vertunus, de Magdebourg (Parthenopæus), contient la veine porte, avec le foie et la rate, Jecur sanguificationis officina... Generationis organa... Lsi deuxième, Venæ cavæ, jecorariœ descriplio quæ sanguis omnium partium nutrimentum per universum corpus diffunditur. La troisième, Arteria magna... ex sinistro cor dis sinu oriens, et vitalem spiritum toto corpori deferens, naturàlemque calorem per contractionem et dilatationem temperans. La quatrième, Humani corporis ossa parte anteriori expressa. La cinquième, Lateralis o-xeXstou figuræ designatio, avec ce distique sur le nombre des os : ‘

Adde qtmter dénis bis centum senaque, habebis Quam sis multiplici conditus osse, semel.

Enfin ,1a sixième planche, à Urgo delineatum.

Ce sont de très-grandes feuilles, imprimées d’un seul côté. La figure principale a 43 centimètres de hauteur. L’explication est sur les côtés. Elles sont rarissimes et ne se trouvent pas dans les bibliothèques de Paris. Les cinq dernières ont été reproduites dans de moindres dimensions par Ryff, mais leur

dessin grossier ne peut donner qu’une faible idée de ces planches célèbres qui avaient été dessinées par un grand artiste.

En 1541, rimprimeur Christian Egenolf publie àMarbourg :

Anatomia Mundin% ad Vetustissimorum eorundemque aliquot manùscri'ptorum codicum fidem collata, jusloque suo ordine reslituta, per Joannem Bryandrum, medicum, prof essor em Marpurgensem ;

Âdjèctæ sunt qmrunicumque partium corporis ad vivum eæpressæ figurœ;

Adsunt et scholia non indocta quæ prolixorum commentariorum vice esse passant . . .

Cet autre in-4 de 67 feuillets donne uniquement le texte de ce manuel d’anatomie de Mondini, qui datait de 1315 et qui avait été l’objet de tant de commentaires avant Dryander. Le professeur de l’université de'Màrbourg ne trouve rien de plus parfait que ce petit livre élémentaire, qui n’est pas sorti des écoles depuis plus , de deux c^nts ans. Il doit être conservé encore, malgré la barbarie de son style, bien que, dit-il dans sa préface àHieronymus Glauberger, savant jurisconsulte de Francfort, on ne veuille admettre aujourd’hui pour les études que dés ouvrages bien écrits, comme ceux d’Alexandre Benedetti, Jean d’Andernach, André Lucana, Vésale et autres. Il s’est borné à ajouter quelques annotations très-courtes au texte de Mondini, mais il l’a illustré de nombreuses figures: d’abord celles de l’anatomie de la tête et de la poitrine, énumérées plus haut, et six planches nouvelles, sorte de schémas, assez peu exacts du reste, des organes de la cavité abdotninale, savoir : I, la masse intestinale; II, le foie, l’estomac et la rate en place ; III, la rate et ses vaisseaux ; IV, le foie à cinq lobes; V, les organes de la génération de l’iiommé, et Vl, ceux de la femme. Toutes les autres planches du livre sont empruntées à Béranger de Carpi : les six corps entiers, pour la démonstration des muscles de la paroi abdominale antérieure, dessinés de nouveau par le même artiste aux initiales G. B. Deux corps de femmes assis avec le ventre ouvert pour montrer les organes de la génération. Plusieurs figures détachées par trop réduites dans leurs dimensions les veines superficielles du membre supérieur et du membre inférieur, les os de la main et du pied. Enfin les trois écorchés (toujours de Béranger de Carpi), destinés à niontrer tous les muscles superficiels du corps : le premier a fronte, tenant une corde ; le deuxième a tergo, le bras gaucho fléchi, l’autre

étendu ; le troisième un Christ en croix où l’on y 'oil très-bien les muscles des bras, ut reddarttur medici cauti circa sectiones ulcerim atque vulnerum.

Les squelettes, de face et de dos, qui se trouvent tout à fait à la fin du livre de Dryander avec une description qui a' pour 'titre ; Osteotome, id est, ossiurn corporis humani divisio,. ex Galeno prcecipue collecta, ont été empruntés aux six premières •planches’ de Vésale; 'mais ils sont d’un dessin grossier et malheureusement réduits à 13 centimètres de hauteur.

'■ La même année 1541 parut l’oùvrage' de Rylf :

Des aller, furtrefflich sten hochsten vund adelicKsten ~gs'chopffs aller Creaturen... Das ist des Menschen warhafftige heschreibung oder Anatomi... (je ne continué pas, ce titre a une page), erstmals inn tutsche sprach verfasset ‘Dùrch 'Magistrum Gualtherum Hermenium Ryff, argentinum [medicum. MDXLL A la fin : Zu Straszburg bey Balthassar Beck.

La dédicacé à Albert (IV dit le Bel), ducdeMecklembourg, prince dé Vendalie, comte de, Scbwerin, Rosfock et Stargard, ^est datée du 1“ septembre 1541.

Cet in-folio de 73 feuillets, imprimé en caractères gothiques, se trouve à la bibliothèque Mazarine, n® 4465. Il contient, plusieurs fois répétées, dix-neuf figures qui, suivant Douglas (RiôL anat:, 2® édit., 1634, p. 91), auraient été publiées séparément à Strasbourg, avec explications en langiie 'allemande, sans titre, avec cette courte préface au bienveillant lecteur : «Ici je t’ai mis sous les yeux ce qu’il y a d’essentiel ' dans l’anatomie, la véritable anatomie, avec la représentation des organes externes et internes... publiée pour la première fois en langue allemande, comme il n’a jamais été fait, ni vu, ni lu jusqu’à ces temps. »

' Ces mêmes figures de Ryff,. au nombre de dix -neuf, ont été exactement reproduites à Paris, chez Christian Wechel, en 1543, avec texte latin, sous ce titre : Anatomia omnium corporis partium descriptio,picturæ lineamentis singula membfa ad vivum exprimens in tabulas redacta, opéra et dHîgenüa M. Gualteri. H. Byjf, argentini medici.

Quitus prcemissi sunt Phlebotomia Canones aliquot... opéra ejusdem.

La première figure a pour sujet ; Omnium hum. corp. interiorum menibrorum seu niscerum ocularis descriptio. Dans les cavités thoraciques et abdominales ouvertes d’un ; corps d’homme assis, Rylf a logé trois planches de Dryander. On y. reconnaît facilement, en effet, le cœur avec ses deux

incisions ventriculaires (feuillet 39 de Y Anatomia Mundini) ; réstomac, le foie . et la rate, avec la masse intestinale rejetée sur le côté (feuillet f5) pour montrer les organes de la génération (feuillet 24).

La deuxième figure : Generationis membra in muliebri sexu. Dans la cavité abdominale ouverte d’un corps de femme faisant pendant à la figure précédente, se retrouvent les organes de la génération de la femme du feuillet 25 du même livre de Dryander.

La troisième, Omnium venarum hum. corp. ocularis demonstratio, est une mauvaise reproduction de la seconde des six premières planches de Vésale. Le foie est sur la ligne médiane. Naturellement la rate et la veine porte, qui formaient la première planche de Vésale, manquent ici.

La quatrième, Arteria magna aorti ex sinistro cor dis sinu oriens et vitalem spiritum toti corpori deferens, naturalemque calorem per contractionem et dilatationem temperans, e^'t aussi une reproduction des premières planches de Vésale, gui avait admis pour la grande artère 187 branches. Ryff, bien entendu, conserve ce nombre, mais il. ajoute à la planche de Vésale le cœur aux incisions ventriculaires de Dryander et fait représenter d’une façon grotesque les détails de la tête qu’il ne pouvait comprendre.

Les deux écorchés (a fronte et a tergo) qui viennent ensuite, destinés à montrer tous les muscles' du corps situés imm-édiatement sous la peau, ont peut-être été imités de Béranger de Carpi, mais ils ne sont pas copiés cette fois.

Quant aux figures de l’anatomie de la tête, neuf sur dix sont la reproduction exacte de celles de Dryander. Byff a laissé de côté la onzième et la douzième, parce qu’elles étaient un peu trop spéciales, et il a remplacé la cinquième, trop difficile à comprendre pour lui, par une autre à moitié copiée [Cranium a substantia cerebri evacuatum).

Ces figures de l’anatomie de la tête humaine, au nombre de dix pour Ryff (Dryander en a douze), ont dû leur succès à leur plus grand format. En effet, leur dessin paraît plus correct au premier abord ; mais on s’aperçoit bientôt, en les examinan plus attentivement, qu’elles sont inférieures à celles dont il s’est servi. Une remarque encore : les instruments qui accompagnent les deux premières figures de Ryff sont les mêmes qui se trouvaient déjà dans les planches correspondantes de Dryander, publiées en 1536 et 1537.

. Enfin les trois squelettes (Hum. corp. ossa parte anteriori expressa, ’Sxù.erhv a tergo delineatum, Lateralis o-xîXetoô figurœ

designatio), sonlde très-grossieres reproductions des squelettes des six premières planches de Vésale maladroitement réduits ■ à de moindres proportions. On y a conservé les lettres explicatives, les explications et le distique sur le nombre des os.

Ainsi Rylf a tout copié. Il n’était pas anatomiste et l’on s’accorde à dire qu’il vivait de compilations. Wechel n’en savait probablement rien, et dans sa publication il a vu seulement l’utilité qui en résulterait pour l’étude de l’anatomie. Il dit dans sa préface au lecteur qu’avec ces planches et les quatre livres des l7islitutmis anatomiques de Guinter d’Andernach il sera beaucoup plus facile de comprendre, d’apprèndre et de retenir les plus minutieuses particularités dü corps humain : la place et la figure de tous les os, les rameaux des veines, des arières et des nerfs, les connexions des muscles avec tous les autres organes, intérieurs et extérieurs...

Ainsi Lmlh (Hist. de Vanaf., p. 366) se trompe quand il dit queRyfif «a recommandé la lecture de l’anatomie de Guinter et que c’est sans doute pour cette raison qu’il n’a pas décrit lui-même beaucoup d’organes dont il donne la figure. » C’est Wechel, comme on vient de le voir, qui a parlé de Guinter.

Je dois ajouter qu’il n’y a pas eu de traduction française du livre de Ryffj comme quelques auteurs Font écrit, et à propos d’erreurs,' qu’on me permette en passant d’en relever une bien autrement grave qui s’est glissée dans le Dict. ENCYCL. DES SC. MÉD., t. IV, p. 226, OÙ il est question des «c Tabulæ de Louis Vassæus, de Châlons (1540), qui se font surtout remarquer par une finesse extrême et par une expression nette des plus petits détails. » Or ces Tabulæ sont des tableaux très-complets (et non pas des figures) où Loys Wassé a résumé ce que Galien et d’autres savants avaient écrit sur l’anatomie pour rendre plus facile la voie qui conduit au divin ouvrage de Galien sur l’usage des parties du corps humain. C’est la phrase de Douglas (Bibl. anat., p. 73) : Hœ tabulæ adeo sunt gratiorèsquodnullafere in corpore tam minuta pars sit quœ ibi non pervestigatur, qui, traduite trop légèrement, a fait tout le mal. Eloy {Dici. hist. de la méd., 1755, t. II, p. 438) ne s’y était pas laissé prendre. Voici sa traduction : « Il n’y a presque pas une partie du corps humain, si petite qu’elle soit, dont on ne trouve une description dans ces tables. » Après le titre du livre : Ludovici Vassœi catalaunensis in anatomen corporis Jiumani tabulæ quatuor, 1540, .Douglas ajoute que Jean Ganappe en a donné en

1555, à Paris, une édilioa en français dans laquelle Tordre suivi par l’auteur a été un peu modifié • mais de figures point.

Enfin, au mois de mars 1542, Christian Egenolf fit paraître à Francfort un autre ouvrage de Dryander en.,allemand : Der gantzen Artzney gemeiner Inhalt, in-folio de 110 feuülets que je n’ai pu me procurer. Il est décrit par Ghoulant (ouvr. çit.), il contiendrait un grand nombre de figures prises de tous côtés dans différents auteurs. C’est sans doute ce dernier ouvrage qui a fait dire à Malgaigne (Introd. aux Œuvres complètes d’Ambroise Paré, p. ccvii) que «Dryander publia en allemand, de 1538 â 1547, des traités d’anatomie et de médecine où il semble avoir pris pour guides les arabistes des écoles italiennes ». D’après les descriptions qui précèdent, on peut juger de l’inexactitude de cette appréciation.

Cette revue, dont on voudra bien nous pardonner la lon-r gueur, va nous permettre d’établir avec sûreté les conclusions suivantes : , .

Les planches de Carpus (Bérangér de Carpi) ont paru, a Bologne en 1521, dans les Commentaires sur l'anatomie de Mondini, et en 1523 dans Vlsagoge. Bestinées à des in-8, elles sont malheureusement trop petites. Malgré cela, il faut reconnaître qu’elles sont très-remarquables par la hardiesse du dessin, et presque toutes fort belles au point de vue artistique. Autre édition moins bonne, pour les figures : Anatomia Carpi. Venetiis... 1535.

Jean Dryander a donné les douze planches de l’anatomie de la tête, et les quatre planches sur la .cavité de la poitrine en 1536 et 1537, à Marbourg.

Les six premières planches de Yésale, dessinées par Jean de Calcar, imprimées et publiées à Venise, sont de 1538.

On sait que, makré le privilège de l’empereur, du roi de • France et de la république de Venise, qui devait les couvrir, ces planches ont été l’objet d’indignes contrefaçons, dont Vésale se plaint amèrement dans la lettre (septembre 1542) à son illustre ami Oporin, professeur de langue grecque à Bâle, pour l’impression de ses deux ouvrages d’anatomie parus en 1543 : De humani corporis fabrica, libri septem, et leur Epitome. Voici ce qu’on y trouve à l’adresse de Ryff ; Cæterum Argentinensis ille quem Fuchsius (Apologia adversus Gualtherum Ryffium,Basi\eæ, 1536, in-8) tantis conviciis ob quœdam denuo transcripta proscindit quemque ego longe alio jure quam ipse plagarium appellare possem, de studiis pessime est méritas, quod tabulas, quæ nunquam salis magnœ studiosis proponi poterunt, tam fœde contraxerit et turpis-

sime pictas ac prœter omnium rationemcircumscriptas cum Augustani versmie tanquam suas emiserit . Seulement il ne faudrait pas traduire et turpissime pictas par et de les barbouiller de hideux coloriages, comme l’a fait Firmin Didot {Essai sur la gravure sur bois, p. 90) ; turpissime pictas veut dire simplement très-mal dessinées.

Vésale fait ensuite allusion aux ouvrages de Dryander, publiés par Christian Egenolf, à Marbourg, 1541, et à Francfort, mars 1542 ; mais il y a une nuance au commencement de la phrase que personne n’a songé à faire ressortir : Hujus gloriœ is invidere visus est, qui undicumque citra delectum compilatis ex aliorum libris, imaginibus Marpurgi et Francofordiœ ejus generis libres adhuc emittere pergit.

Malgré la nuance, Dryander garda rancune à Vésale de ce reproche, peut-être un peu sévère, et dans la suite, comme tant d’autres, il se donna le malin plaisir de critiquer les découvertes de son jeune et redoutable rival, qui devait rester le grand réformateur de l’anatomie.

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