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PLANCHES ANATOMIQUES DE VÉSALE

ET LEDRS CONTREFAÇONS

Par le Ë. TËBSîER

Ancien interne des hôpitaux de Paris Membre titulaire de la Société anatomique, etc.

Dans un précédent travail {Gaz. hebd., 1876, n“^ 50 et 5^), à propos des planches anatomiques de Dryander et de Ryff, j’ai dû seulement énumérer les six premières planches "de Vésale, imprimées à Venise en 1538. Mais cela ne suffit pas, puisque, malgré la description qu’en a donnée L. Ghoulant {Geschichte und Bibliographie des anatomischen Abbildung, etc. Leipsig, 1852), elles sont restées tout à fait inconnues. Signalées deux fois dans la préface des Opéra omnia Vesalii sans que Boerhaave et Albinus eh aient indiqué le nombre, elles ont été négligées par la plupart des historiens. M. Burggraeve {Etudes sur André Vésale. Gand, 1841) dit (p. 60) qu’elles parurent en 1540; M. Ghéreau répète cette erreur et en fait une autre en ajoutant qu’elles « vinrent enrichir le De hümanicorporis FABRicA {Dict. encycl. dessc. méd.,

Gependant Vésale lui-même en avait longuement parlé dans la lettre à Jean Oporin, son ami très-cher, professeur de langue grecque à Bâle et qui avait en même temps une imprimerie. Oporin présente celte lettre au lecteur en ces termes : « Quoniam Epislola, quam una cum Tabulis, ad hosce deHumani corporis fabrica libres et ipsorum Epitomen paratis, ab Andrea Vesalio exitalia missam accepimus, plera-

que coiitinere iiobis visa est, quorum aliûquin Lectoreminitio admonendum putassemus, quæque^typographis, præcipue ita parvi Principum décréta pendentibus, et ad ea quæ in rei litterariæ usum evulgantur depravanda natis, significanda videbantur : operæ pretium duximus, illam ita quoque, uti ad nos missa est, candidis Lectoribus communicare. » Je prends dans l’édition de 1543 ce qui, dans cette lettre, arapportànotre sujet: « Nam quid Principum décréta apud Bibliopolas, et in omnibus angulis nunc densissime satos Typographes valeant, abunde in meis anatomicis tabulis ante annos très Venetiis primum impressis, et postmodum misere passim depravatis, majoribusque intérim titulis eæornatis, est animadvertere. Auguslœ enim, mea ad Narcissum Vertunum, Cœsdris et regni Neapolitani primarium medicum, rarumque profecto nostrœ (Btatis medicorum eœemplar, subducta Epistola, nescio quid rabula Germanice est prœfatus et præter meritum in Avicennam reliquosque Arabes blaterans, me inter quosdam succinctos Galenos commémorât et {ut emptori fucum faceret) me coegisse in sex tabulas falso asserit, quæ Galenus pluribus quam trigenta libris diffuse complexus est; dein Latina se Germanico idiomate douasse subjungens, attestatur Grœcas et Arabicas voces ab ipso adhibitas; quum intérim non solum taies omnino subduxerit, sed ea omiserit quæ convertere nequivit, quorumque nomine tabulæ in 'primis debebant esse commendatiores. Præterquam quodVenetam sculpturam perverse istic sunt imitati. Hoc Augustano sculptore longe rudior imperitiorque extitit, qui Coloniæ iisdem tabulis manum admovit, quantumvis illic nescio quis intypographi gratiam scribai, non tantum ex meis tabulis hominis constructionem melius quam ex humanæ fabricæ resectione intueri posse, verum etiam ipsos ex elegantissimis fecisse multo elegantiores : quam tamen et picturam valde corrun puerit et nervorum delineationem parum faciliter imitatam adjecerit, quam ego characterum adjecto indice, uni atque alteri amico, qui id tantisper dum ipse eam ederem, a me expectabant, ruditer delineaveram. Parisiis très priores eleganter expresserunt, aliis intérim propter sculpturæ, uti conjicio, difficultatem omissis ; quam potius a prioribus, si studiosorum habita èsset ratio, abstinendumfuisset.Cæterum Argentinensis ille quem Fuchsius tantisconviciis obquædam denuo transcripta proscindit, quemque ego longe alio jure quam ipse plagarium appellare possem, de studiis pessime est meritus, quod tabulas, quæ nunquam satis mag'nœ studiosis P oponi poterunt, tam fæde contraxerit et turpissime

pictas ac prœter othnem jrationem circumscriptas cum Augustani versione tanquam suas emiserit. Hujus gloriœ is invidere visus est, quiundicumque citra delictum compilatù ex aliorum libris, imaginibus Marpurgi et Francofordiæ

ejus generis libres adhuc emittere pergit .

Venetiis, mm calendas septembres (i 542).

Ces six premières planches, grandes feuilles volantes, imprimées d’un seul côté et sans numéros d’ordre, ont été mal classées par L. Choulant (ouvrage cité), qui les a décrites d’après l’exemplaire (le seul connu) que possédait son éditeur, Rodolphe Weigel, de Leipsig. Evidemment, la première feuille est celle qui contient la dédicace à Narcissus Vertunus Parthenopæus, et la dernière, l’écusson placé au pied d’un tronc d’arbre coupé, où on lit : Imprimebat VenetiisB. Vitalis, Venetus, sumptibus Joànnis Stephani Calcarensis. Prostant veiro ex officina D. Bernardini. A{nm) 1538.

La dédicace, sur laquelle nous allons revenir, occupe lè tiers supérieur de la première planche. Les deux tiers inférieurs sont remplis par des figures. La principale représente le foie et la rate avec les branches de la veine porte; deux autres plus petites, les organes de la génération dans les deux sexes avec les vaisseaux sanguins et spermatiques ; elles ont pour litre : Jecur sanguificationis officina. . . ; Generationis organa... L’explication de la figure principale se trouve à gauche; les plus petites n’en ont pas. Dans la marge inférieure, branches de la veine porte, au nombre de huit (L. Choulant, ouvr. cit., p. 191).

. Voici le texte de cette importante dédicace que ne pourrait remplacer une traduction :

Prœstantissimo clarissimoque Viro Domino D. Narcisse VertunoParthenopœo, Cæsariæ majestatis medico primario, Domino Suo et patrono, Andræas Wesalius Bruxellensis.S.D. (Vesalius s’écrivait alors par un W, ce qui montre bien que le nom de Vésale vient de la ville de Wesel, dont sa famille était originaire. Son nom primitif était Witiiig). Non ita pridem, Narcisse doctissime, quumPatavii ad medicinæ chirurgicæ lectionem delectus, inflammationis curationem per^ tractarem, divi Hippocratis et Galeni de remlsione ac derivatione sententiam explicaturus, venas obiter in charta delineavi, ita ratusquidper %a.P Hippocrates intellexisset, facile posse demonstrari. Nosti namque quantum hac tempestate, ea dictio dissentionum atque contentionum, etiam inter eruditos, de vena secanda cqncitaverit, dum alii fibrarum consensum ac rectitudinem, alii aliud

nescio, quid, indicasse Hippocratem affirmant. Verum ilia venarum delineatio tantopere medicinæ professoribus studiosisque omnibus arrisit, ut arteriarum quoque et nervoruni descriptionem, a me obnixe contenderent. Quia vero ad meam pertinebat professionem Anatomes administration ipsis deesse non debui, potissimum quum scirem. ejusmodi lineamenta, . his qui secanti adfuissent, non médiocre commodum allatura. Alias siquidem aut partium corporis, aut simplicium pharmacorum cognitionem ex solis picturis, seu formulis velle assequi, ut arduuni, sic quoque vanum ac impossibile omnino arbitror : sed ad memoriam rerum confirmandam apprime conducere, nemo negaverit. Cæterum cum plurimi hœc frustra imituri conarentur, rem prælio commisi, atque illis tabellis, alias adjunximus, quibus meum o-x£)>£Tov nuper in studiosorum gratiam constructum Joannes Stepbanus, iiisignis riostri sæcüli pictor, tribus partibus appositissime expres.sit, magno sane usu eorum, qui non modo tionestum, aut pulchrum, sed etiam utile ac necessarium judicant summi opificis solertiam artifiçiumque contemplari et domicilium illud animœ {ut Plato ait) introspicere. Prœterea singulis partibus, quanquam id in præsenti négocia non admodum ex senlentia confiai potuit, sua nomina ascripsimus, barbaris, quœ etiam peritiores in plurimorum libris subinde remorari soient, minime prœtermissis. Quod uutem ad rei veritatem attinet, nullum hic apicem ductum puta, quem Patavini studiosi in hujus anni consectionc, a me demonstratum non attestabuntur ut intérim sileam de Parisinis prœceptoribus meis longe doctissimis Lovaniensibus medicis, apud quos non semel Anatomen publiceadministravi. Porro ut noms hic noster conatus, alicujus patrocinio corn-

mendatior . Si gratum tibi ac studiosis fore intellexero,

aliquando majora adjiciam. Vale. Patavii, calend. Apri. An. salutis M. D. XXXVIII.

Nous y voyons que « peu de temps après sa nomination à la chaire de médecine .chirurgicaledePadoue,V:ésale, devântfaire des leçons sur le traitement de l’inflammation, avait, pour expliquer les doctrines du divin Hippocrate et de Galien sur la révulsion et la dérivation, fait faire une planche des veines, persuadé qu’il était qu’on pouvait facilement démontrer ce

que Hippocrate avait entendu par -mt iÇ-v . Cette planche

plut tellement aux professeurs de médecine et à tous les étudiants qu’ils le supplièrent de donner aussi la description des artères et des nerfs, et comme l’administration de Fanatomie dépêhdaît de son êrrseignemcnt, il n’a pu manquer de le

faire...... Il ne faut pas croire, dit-il très-judipieusemeiit,

qu’on puisse arriver par ce seul moyen à la connaissance des parties du corps; mais personne ne niera qu’il ne serve à se rappeler lés choses. Voyant enfin qu’elles étaient trop difficiles à copier, il a fait imprimer ces planches en y joignant les trois autres où Joannes Stephanus, peintre illustre de son temps, avaitsupérieureihentreprésentédans des positions différentes le squelette préparé tout récemmen t pour l’usage des études .; . . . Il affirme que tout ce qu’il a fait dessiner il l’a montré à Ses auditeurs de Padoue dans l’année. Il atteste aussi ses trèssavants maîtres de Paris et les médecins de Louvain, chez lesquels il a plus, d’une fois démontré publiquemént l’anatomie.» On sait que les maîtres auxquels il fait allusion sont Jacques Sylvius et Jean Guinter d’Andernach. .

La deuxième planche ne contient qu’une seule gravure sur bois occupant toute la leuille; elle a 43 centimètres de hauteur. G’est le système veineux complet; avec le folCj à cinq lobes. En haut le titre : Venm eam, jecorariWi xotlnç^ etc. ; en bas, branches des veines caves, au nombre de 168. L’explication est sur les deux côtés de la figure.

La troisième planche donne une gravure de la même dimension que la précédente et offrant la même disposition. En haut le titre :Artem magna, àopTri,et'c. ; en bas, le nombre dé ses branches ; 147. C’est le système artériel avec le cœur non ouvert et les reins : «Les deux carotides internes qui vont se jeter dans le rcta de Galien ; par devant se voient les

deux plexus veineux des ventricules latéraux à leur point de départ. Ils sont désignés ici comme Plexus reticularis ad cerebri basim, Rete mirabile, iii quo vitalis spiritus ad animaient prœparatur, tandis que dans les livres De corporis humant fabrica (1543, p. 310, 621, 642), ce réseau est considéré comme existant chez les animaux et non chez l’homme. » (L. Choulant, ouvr. cité.) ::

La quatrième planche montre un squelette debout vu dé face,-le bras gauche pendant le long du corps^ le bras droit fléchi, la main droite dirigée en haut, Ouverte. La figure occupe le côté droit de la feuille. L’explication est à gauche avec les noms des os en grec, latin, héhreu et arahe.

La cinquième planche, disposée comme la précédente, donne le même squelette vu de profil, le bras gauche pendant, le droit demi-fléchi. Dans la marge inférieure est le distique sur le nombre des os : Adde quater dénis bis centum senaque, etc.

Dans la sixième planche, le même squelette, vu de dos,

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est placé cette fois, à gauche et l'explication à droite. Je rappelle réçusson qui. s’y trouve au pied d’un tronc d’arbre coupé avec l’inscription : Imprimebat..... Anno 1538. Dans la marge inférieure, on a mis le privilège du pape, deTempereur et de la république de Venise, qui devait garantir ces planches de la contrefaçon, sous des peines sévères.

Vésale nous a appris lui-même ce que valaient lés décrets des souverains auprès des libraires {nam quid prindpum décréta apud biblippolas.....). Mais avant de décrire les; contrefaçons dont il s’est plaint si amèrement: et qui ont surgi dès 1539 malgré ce puissant privilège, je dois faire remarquer que les six premières planches de Vésale n’ont pas servi à son grand liyre d’anatomie ni à VEpilome. Il dit lui-même quelque part que c’était un essai, une première tentative. Les trois squeledes, vus de face, cle profil et de dos, ont des attitudes tout à fait différentes, et des autres planches de Venise une seule peut-être a été consei’vée, et encore après avoir subi de profondes modifications {De 1mm. corp. fabr. Ubriseptem, p. 313(1) ; la même figure est répétée deux fois dsLUsVEpitome). ,

. Les trois squelettes des six premières planches dé Vésale, qu’on pourrait appeler les squelettes de Jean de Calcar, se retrouvent cependant ailleurs que dans les contrefaçons. On ne s’était guère douté jusqu’à présent que ce sont les trois petits squelettes, réduits de 43 à 12 centimètres, inversés, qui se voient aux feuillets 76 :et 77 des Andreæ Vesalüniagnæ chirurgiæ libri septem, in-8 publié en 4 569, à Venise:, par Prosper Borgarutius. Il leur a adjoint un quatrième squelette -beaucoup plus mal dessiné que les 'trois autres et qui s’en distingue encore par l’absence de lettres explicatives. Boer^ haave et Albinps {Opéra omnia Vesalü, p. 933), les ont fait reproduire sur cuivre exactement tous les quatre et dans les mêmes dimensions; les lettres des, trois premiers ont été conservées, bien qu’elles ne servent dans le texte à aucune démonstration. Je possède une feuille (71), plus large que haute, signée Lesueur l’aisué, dépendant de je ne sais quel ouvrage, où sont grossièrement représentées ces trois ré-

• (i) C’est en réalité la page 413, parce qu’il y a eu erreur dans l’impression : après la page 312 bn a recommencé 213. Bien que celte faute ait été relevée dans Yerrala de Vésale, on continue, L. Chbulaiit comme les autres,’ à croire que l’édition de 1555 contient 165 pages de plus, que celle de 1543,. et qu’en conséquence elle est plus complète. La difiërence est de 65 pages seulement, et d’autre part les caractères sont plus gros. Ceux qui se donnent la peine de lire savent bien qu’il ri’y a entre lés deux éditions que dé minimes cliangcnients difficiles à trouver.

(ludions des squelettes originaux de Jean de Galcar ou des six premières planches de Vésale.

J’arrive aux contrefaçons. La première est celle d’Augsbourg, où la lettre à Narcissus Vertunus a été remplacée par laprùfacede cet enragé d’xillemand, qui reproche a Vésale d’avoir voulu renfermer en six tableaux ce que Galien avait à peine mis en trente livres. Haller {Bib. mat., I, p. 180) nous en donne le titre ; Ein gar Kunstlich, allen Z eib und Wundarzten neitzliches Werk in 6 Figuven, mit lanKalt aller Blutscliag und Flechsadern samt den Gebeineii des gantzen Leibes (un très-bel ouvrage,, extrêmement utile aux médecins et chirurgiens, en 6 figures, contenant tous les vaisseaux ainsi que les os de tout le corps), Augsbourg, 1539, in-fol. Et il ajoute : Âuctorem Johannem de Necker vocat Trew. Nonne Vesdlii? '

L. Cboulant (ouvr. cité, p. 53) nous apprend que c’est la contrefaçon non pas de Johan, mais de Jobst (de Necker), dont il a vu une édition imprimée à Cologne, chez 0.0. und J. , in-fol. avec le même titre auquel on a ajouté seulement : Audi andrer künsten Leibhabern (ainsi qu’aux amateurs des autres arts). Il est dit, en effet, dans la préface de cette édition, que ce chef-d’œuvre a été écrit par André Vésale eri latin, édité et dessiné par l’habile peintre Johannes >Stephanus et imprimé par Bernard Vitalis à Venise. 11 y 'a aussi la petite malice sur les trente livres de Galien mis en six tableaux. {.Also hat Stephanus Jntemplœus in sechs Figur gebracht, was Galenus in sechs gantzen, subtilen, auch hochmitzlichen buchern gehaudlet hat, und yetzund ist durch Andream Wessalium in sechs kunstliche und nutzlich Figur mit herlichen verstand zusamen getsagen, was durch den Galenum wolin dreissig, odernoch mer buchern lang und vil geschriben ist, welches kunstlich Werck dureh Andream Wessalium latinisch beschriben, darnach auss verlegen und aurichten des kunslreichen Malers Joannis Stephani durch den Bernardum Vitalem ein Venediger mit fteyss in den ûruck gebracht ist worden.)

Les six feuilles d’Augsbourg, imprimées, d’un seul côté, ont des figures tout à fait pareilles à celles de Vésale. On a mis sur la droite une traduction allemande de l’explication en latin, qui est conservée à gauche. Ce serait la meilleure imitation des six premières plancheWe Venise ; et cëpendant Vésale s’écrie : Præterquam quod Venetam sculpturam perverse isticsunt imitatif Dans l’édition sans date signalée par L. Cboulant, les figures, quoique copiées sur la précédente.

sont encore plus imparfaites. Elles sont, absolument, disposées de la même manière, seulement le texte latin est imprimé en italique.

La contrefaçon de Cologne,, dont.Vésale parle, ensuite, est celle, qui contient une mauvaise reproduction de, la planche des nerfs, qu’il avait communiquée à quelques amis. On sait, en effet (Epist.docens venam asdillarem dexlri mbiti in dolore laterdli secandam. Bâle, 1539), que Yésale . avait deux planches de nerfs, pno.nce/ê&n septem paria delineata sunt, in altéra universæ dorsalis medulœ ramuli exprimuntur^ qu’il gardait en réserve jusqu’à ce qu’il eut celle des muscles et de toutes les parties intérieures.:.... EL bien, c’est la première qui a été si grossièrement défigurée à Cologne par Macrôlios. L. Choulant (ouvr. cité, p. 52) en donne une réduction, et il décrit minutieusement cette feuille rarissime, imprimée d’un seul côté comme les autres et dans les mêmes dimensions. « Elle représente, dit-il, un cerveau de grandeur naturelle coupé horizontalement, de manière à faire voir les ventricules latéraux; au-dessous les nerfs, qui partent de, la base, et .un morceau du palais, le nerf vague, avee. sa distribution dans la poitrine et ‘ la cavité abdominale. » Les nerfs sont plus gros que nature. Quelques explications sont gravées sur bois, d’autres sont imprimées en caractères typogra^ phiques. En haut on lit : Gerebrnm animalis fans et principium, sensum volimtarium per nerms communicans ab se et dorsali meduUd enatos universo corpori L’explication. en latin se trouve à gauche, en italique. A droite : Ægidius Macfolios medicinæ apud Agrippam. Coloniam prof essor analoinicus studiosis. Andréas Wesalius, quo nemo post Galenum in anatome diligentius et verius versatus est, tabulis aliquot superiore anno editis maximam commoditatem stUr diosis, quibus non datur àvTo^taç copia,: creavitA Sed ut anitnus hominis docti oeiosus esse nequit, ita singularis industria, ab eodem istam quoque tabulam, quœ nervorum syzygiam septenariam, sensuuni scilicet instrumenta et loea, ob oculos evidentissime ponit, elegantissime expressit. Eam ms dUdum nacti, quanqüam depictani tantunmodo, verum adeo concinne, ut arbitrer authorem in omnium manibus illam. esse optavisse, typographis tradidimus ne soli nos, quod plurique per invidiam.faciunt, thèsauro tali frueremur. Cur enim mn thesaurum appellem quod ingeniosam naturæ machinam exprimit et docet? Nec priores sex tabulœ, quœ venarum, arteriarum ét sceleti. imagines dant, quicquam habent tam ingeniosum, quod cum prima ista (sic enim

nuncupare îibet,quod prima hominis et veluHprincipium depingat) sit comparandum. Valete, Je ne puis faire l’injure au lecteur, quel 'qu’il soit, de mettre en français un latin si simple. Pas n’est besoin d’insister davantage, et je renvoie au grand ouvrage d’anatomie (édition de 1543, p. 319)-, où l’on trouvera la planche originale de Vésale (la deuxième figure).

Chose singulière! On ne connaît pas les trois premières planches contrefaites à Paris ni l’éditeur qui les à données seules, (.( à cause de la difficulté de graver les autres, suppose Vésale, et cependant, dit-il, les étudiants pouvaient bien mieux se passer des premièi’es. » On soupçonne, il est vrai, Christian Wechel, qui les aurait remplacées en 1543 par la compilation de Ryff, parue en 1541 à Strasbourg, chez Balthasar Beck, et dont nous avons déjà parlé {Gaz. hèbd., 1876, n» 52).

Dans cettè contrefaçon de Strasbourg, on a copié cinq planches sur six, les cinq dernières, savoir : la distribution des veines et des artères dans tout le corps et les trois squelettes; on trouve ces derniers aux pages 354 et 355 du beau livre de Tagault : De chirurgica institutione, imprimé par Wechel en 1543 (1). Je serais tenté de croire que Borgarutius, voyant cette mauvaise contrefaçon des trois squelettes des six premières planches de Yésale dans la Chirurgie de Tagault,- s’est déterminé à les faire graver de nouveau et à les mettre à la même place (après le livre des luxations), dans la Grande Chirurgie de Vésale, qu’il a publiée, en 1569. Il a eu probablement cette double intention de donner une meitleureidée des trois squelettes de Jean de Calcar, et de rappeler qu’ils appartenaient à Vésale. Ils sont malheureusement trop petits.

J’ai déjà fait remarquer la nuance des reproches que Vésale adresse à Christian Egenolph pour les ouvrages de Dryander, publiés à Strasbourg, 1541, et à Francfort, 1542. Ces livres, dont les figures ont été prises de tous côtés dans les ouvrages des autres, ne pouvaient convenir à Vésale; mais il est loin de jeter cette fois à leurs auteurs l’épithète de plagiaires. Je me bornerai à rappeler que dans V Anatomie de

(1) Ce n’est pas un livre rare. La bibliothèque de la Faculté de médecine en possède deux exemplaires. L’un d’eux contient l’opuscule de 'Wechel, qui donne avec les canons de la saignée les dix-neuf planches de la compilation de Ryff. Ces deux ouvrages, sortis de l’imprimerie de Christian 'VVechel, la même année 1543, ayant le même foi-mat et des figures pareilles (les trois squelettes), bien que tout à fait indépendants l’un de l’autre, ont été reliés ensemble.

Mondinus annotée et illustrée par Di^ander, les deux petits squelettes seulement ont été grossièrement imités de Vésale, et que je n’ai pu me procurer l’ouvrage publié à Francfort en 1542, sous le titre: Z)er gantzen Artzenei gemeiner Inhalt. Je termine en faisant observer que des six premières

[danches imprimées à Venise en 1538, très-probablement es squelettes seuls ont été dessinés par Jean de Calcar. On attribue à tort à ce peintre célèbre toutes les figures de Y Anatomie de Vésale, qui comprend les sept livres De humant corporis fabrica et leur Epitome. Un travail prochain, mais écrit cependant depuis plusieurs mois, cherche à établir ce qui lui revient dans cette œuvre prodigieuse. La première partie contient l’histoire du portrait d’André Vésale de Bruxelles par Johann Stephan Von Calcar, qui se trouve au musée du Louvre, n” 95 de l’école italienne.

FIN

extrait de la gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie

LE

PORTRilT D’ANDRÉ VÉSÂLE

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