LE 15 JUILLET
Par le D’^ Edouard TURNER
Ancien interne des hôpitaux de Paris Membre honoraire de la Société anatomique, etc.
Oui, je suis aussi de cet avis. Servet n’a rien inventé', et Flourens a eu tort de lui attribuer la découverte de la circulation pulmonaire. Elle doit revenir à Colombo, qui se vante assez de Uavoir faite. Mais M. Ghéreau a beaucoup trop grandi cet anatomiste de deuxième ordre, aux dépens de Servet et de Vésale,
Le jugement de Scbelborn {améMiates Uterariæ, t. XIV, p. 393), que a Servet peut être rangé parmi les aliénés » , ne sera accepté par personne. On continuera à s’apitoyer sur le sort de ce grand esprit, victime de l’intolérance de son siècle. Ce qui n’empôcliera pas de traiter d’orgueilleux aujourd’hui comme autrefois, tous ceux qui cherchent la vérité en dehors de la légende officielle.
L’opiuion de Haller invoquée, d’ailleurs, par M. Ghéreau, est encore la plus vraie. La voici toute entière ; a Dans le cinquième livre de son ouvrage, Christianismi resUtutio, il est passage reproduit par Wotton, Douglas et Moshemius, où s circulation du sang à travers les poumons est manifeste- Daent décrite. L’esprit vital est forme de l’air et du sang dans
le poumon. Le poumon prépare ce sang dans un long trajet ' et de la veine artérieuse dans l’artère veineuse le sang passé à travers les branches de ces vaisseaux, tout comme dans le foie, de la veine porte dans la veine cave. Parmi les arguments qu’il donne à l’appui de son opinion, se trouvent l’ampleur de la veine artérieuse, qui serait bien plus petite si elle était destinée seulement à nourrir le poumon, le péu de
perméabilité de la cloison interventriculaire et d’autres moins
importants. En somme, dit Haller, il aurait vu ce que Galien lui-même ne savait pas, ce que un' peu auparavant Realdo Colombo paraît avoir connu, bien que la grande découverte n’ait été publiée par ce dernier que plus tard. » Je ne sais pas pourquoi M. Cbéreau a mis Paulo post prius. Il y a dans le texte de Haller Paulo prius {Bihl. anat., I, 204). Pour compléter l’idée de Haller, il faut ajouter ce qu’il dit, p. 213, à l’article Colombo : « Dans le livre VH de son ouvrage, De n anatomica, il a décrit très exactement (verissime) le cours du sang à travers les poumons, et il a enseigné que le sang avec Pair était conduit par l’artère veineuse dans le ventricule gauche, mieux {accuratius) queServet. » Voilà la vérité, En dehors de cela, je ne vois qu’exagéra tion. Et parce que Flourens s’était trompé, il n’était pas nécessaire de faire tant de bruit autour de Colombo. « Et du moment, dit M. Cbéreau, que, par une conception hardie, un éclair de génie a pu faire deviner après des siècles d’attente que le sang parvenu aux derniers ramuscules d’un ordre de vaisseaux, pouvait être repris, après avoir été modifié dans ses caractères par les ramuscûles d’un autre ordre de vaisseaux, le chemin conduisant à une des plus brillantes acquisitions de la physiologie était ouvert, s {Bulletin de V Académie de Médecine, 4 879, p. 739)- Mais, depuis longtemps, on savait que les choses ne se faisaient pas autrement dans le foie. Et la connaissance du pas,* sage du-sang à travers les poumons n’a été pour rien dans. la découverte de Harvey, voir p. 789.
Passons à la page 782 du Bulletin. « L’ouvrage de Cdombo est un chef-d’œuvre par la méthode, la pureté du style, etc. » Assurément, il est plus facile à lire que celui de Vésale, Mais on ne peut comparer ce rnanuel d’anatomie, Dé re anatomicx,
<559, petit in-folio de 296 pages, aü Dé Tiumanî corporis fa- Ifica, graiid in-folio dé 759 pages, 1543', et [dé 824 pages, 1555. « L’auteur a passé plus de 40 années de sa vie à scruter les rouages merveilleux de notre organisation; dès son jeune âge, il disséquait de nombreux cadavres à Padoüe, à Pise, à Rome. » Cela ne s’accorde guère avec l’histoire, et Colombo nV pas donné tout ce temps-là à l’a.natomie. M. Chèreâù a oublié de dire que Colombo' avait étudié la pharmacie. Car il a’été^ d’abord pharmacien, PJiarmacopola [RallQx , ouv. cit.,p. 213], puis élève pendant sept ans du grand chirurgien Jean-Antoine Plato, surnommé Lonigo {De re anatomicâ, 1559, p. 24). C’est après quül devint le disciple et l’ami de Vésale. « Il examinait plus de 600,000 crânes en plusieurs lieux ! !1... Ses observations sur les animaux vivants ne se comptent pas, et c’est lui qui le premier, dans ses vivisections, a employé les chiens à la place des cochons ». Ce qui n’est pas exact, voir Vésale. « Il a même écrit un livre tout entier, destiné à diriger, les investigations dans ce sens. » Ce livre est tout simplement le 14® chapitre, lequel a six pages, de l’ouvrage De re anatomica, Venise, 1559.
11 est bon qu’on sache ce qu’il contient. On y verra d’abord justifiée cette phrase de Haller sur Colombo, ouv. cit., p. 214 : « Errores commisiss'e non diffltemur, nimisque acriter non solum contra G-alenum, sed etiarh contra præcéptoremVesaliuni dixisse. » Nous ne cacherons pas qu’il a commis des erreurs et qu’il s’est exprinié trop aigrement non-seulement contre Galien, mais contre son màitreVésale. Il s’agit uniquement dans ce chapitre XIV, p. 259, de l’püverture des animaux vivants, De viva sectiojste. La prèmière page est employée à se hiQquer de Galien, qui n’a disséqué que dès singes, et qui alors ne devait pas reprendre les anciens anatomistes, qui avaient fait, eux, de l’anatomie humaine. Il est dit ensuite pourquoi il faut se servir dü chien de préférence à tout autre animal. Ce n’est qu’au milieu de la deuxième page qu’on ^’oit le chien lié sur sa planchette et ouvert. On. examine d abord en quoi consiste la voix ; on voit comment le poumon enveloppe le cœur ; puis on contemple les mouvements du diaphragme, oc quod inspirando dilatâtur et expirando cons-
tringitur. » C’est le contraire qui est la réalité. Mais n’importe ! Ensuite les mouvements du coeur à l’occasion desquels Colombo fait cette réflexion, au haut de la page 258 ; «Jta ut ex hac vivi canis sectione plus una diecula discas, quam multis mensibus ex pulsu arteriarum : neque tantum tribus integris mensibus voluptatis, atque pulsum cognitioriis capies ex lib. Gai. de Puis, quantum una horula ex inspectione cordis morientis, ■> que M. Ghéreau traduit trop librement, p.782 : •« Les ûvisecUons, fait-il remarquer, en apprennent plus en un jour que trois mois de lecture des livres de Galien. » On est déjà à la troisième page. Si l’on ouvre une chienne prête à mettre bas, après l’incision de l’utérus, on voit les diverses enveloppes et surtout la position des petits chiens, les pattes de devant ou les mains placées en croix, comme s’ils demandaient à Dieu de leur donner le jour (ac si omnipotenti Deo supplices pro eorum ereatione, atque in lucem exitu preces effunderant). Mais ce qu’on ne croirait pas, continue à observer Colombo dans ses vimsections, c’est que la chienne mourante a moins de sollicitude pour elle que pour ses petits, que l’anatomiste vient de retirer de son ventre. Plus de la moitié de la page est occupée à démontrer ce grand amour des bêtes pour leurs petits et à nommer les grands personnages qui en ont été les témoins. A la quatrième page, 259, erreur d’Aristotè, qui a osé dire que le cœur avait trois ventricules: le droit avec du sang très-chaud, le gauche avec du sang très-froid et celui du milieu avec du sang tiède (médioeris). Suivant Colombo, si l’on met le doigt dans le ventricule droit, on sent une chaleur tiède. Dans le ventricule gauche la chaleur est si forte qu’on ne peut la supporter ! Il est plus heureux quand il repousse la ridicule supposition des vapeurs fumeuses de l’artère veineuse, et il dit ensuite, avec juste raison, qu’on ne peut tout voir sur le même chien, qu’il faut en ouvrir plusieurs. Alors il décrit la première vivisection, qui sert à montrer les nerfs récurrents et à faire des expériences sur les modifications de la voix qu’on obtient en comprimant ces nerfs (1). Il nomme ensuite les assistants et
l) Tout cela était bien connu de Vésale et mên’.e de Galien.'
ïa ^atrième page est finie. Au eommeneement de la cinquième (p. 260) il triomphe des partisans d’Aristote, qui ^oyaient que la voix vient du eoéur, compression de la earotidéj explication de l’erreur. On peut voir encore sur le même «bien les mouvements du diaphragme, apres avoir incisé l’abdomen ; puis les mouvements du poumon, après l’ouverture de la poitrine, et, contrairement à ce que l’on croit, le péricarde contenant une certaine quantité de liquide chez les animattx vivants. Et la cinquième page tire à sa fin. La sixième et dernière est mieux remplie. Sur un deuxième Chien, on observe les battements du cœur et leurs variations. On constate que les battements de la grande artère dans l’abdomeu alternent avec ceux du cœur. Mais un spectacle admh râble vous sera encore donné par ce pauvre chien. Si l’on vient à souffler de l’air par un tube placé dans une ouverture de la trachée artère, on verra les poumons se dilater, envelopper le coeur, dent les battements ne tarderont pas à re^ paraître. Tout cela, bien entendu, est dans Vésaleî Sur un troisième chien placé dans les mêmes conditions, on pourra miéux observer les mouvements des poumons; constater- que dans le ventricule droit le sang n’est pas très-chaud et s’assurer non sans danger (animadvertere tuo periculo poteris) que la chaleur est si forte dans le ventricule gauche qu’on ne peut y mettre la main, ce qui est loin de la doctrine d’Aristote, qui le dit très-froid. Sur un quatrième chien, on pourra faire une incision, mais près du coeur, à l’artère veineuse, pour voir si elle contient du sang ou de l’air. Sur un cinquième chien, il s’agit d’aller vite, et alors, chose admirable, le-cœur enlevé de la poitrine continue à battre, et le chien, mis sur ses pattes, pourra aboyer et marcher. Et après cela, dit Colombo, qu’on vienne encore jurer par Aristote et dire que ce grand philosophe savait tout. Sur un sixième chien, il faudra rapîdeinent briser le crâne et ouvrir les membranes pour voir les mouvements du cerveau, qui, comme le coeur, a ses alternatives de dilatation et de contraction ; car il ne peut âütrèihèht pour la formation de Tespfit animal, que presque tous les philosophes et les médecins placent dans le «êrveau. Et c’est tout. Voilà les vivisections sans nombre qui
portent le sceau du génie, p. 771, et Colombo est fait du coup le Claude Bernard du xvi® siècle. Que l’on mette donc à côté le chapitre correspondant deVésale (de vivorum sectione non- NULLA, tout à fait à la fin du volume), qui traite des points bien autrement variés et difficiles, et l’on verra ce que vaut cette phrase du Bulletin, p. 780 : a Vésale est admirable dans tout ce qui regarde l’anatomie descriptive, l’anatomie des détails, mais il est presque déylorahle quand il s’agit de la physiologie, du jeu des rouages de l’économie. » Colombo « est bien autrement osé, » dit M. Chéreau quelques lignes plus bas. En effet, il n’hésite pas à dire que Galien s'est trompé en donnant cinq lobes aux poumons, trois à droite, deux à gauche, De re anatomica^ p. 222, tandis qu’il n’y en a que quatre. Le cinquième lobe, dit Colombo, n’existe que chez les animaux où le foie, étant loin du cœur, il a fallu un coussin pour empêcher la veine cave de se rompre. Et Galien ne devait pas critiquer si fort les anciens anatomistes, puisqu’il n’avait pas fait d’anatomie sur l’homme !
N’importe. M. Chéreau tombe sur Vésale, et, entraîné dans sa philippique, il fait dire à Colombo dans sa préface au lecteur ce. que Colombo lui-même n’aurait pas osé dire, p. 784 du Bulletin : Car on peut adresser aux deux derniers anatomistes (Galien et Vésale), que je viens de nommer, ce vers qu’on adressait aux anciens (1) :
Smt loua, svMt quædam medioeria^ smt mala plwa'.
Voici le texte : Quippe qui nova de rebus anatomicis in lucem edentibus suum Avicennam , principem omnium, nt ipsi asserunt, disciplinarum, Mundinum, Carpum, proceres in anatomi vivos magno cum fastu objiciunt, quorum scriplis in lioc argumento nihil quicquam adjici posse videatur. Alios non modo quos dixi^ sed Oalenum, YessaliumqUe in medium ufferre. Post quorum scripta, de Jiumanis corporïbus secundis^
(l) Ce vers appartient à une épîgramme que Martial adressait à ses propres œuvres.
tractare, superli, amUtiosique scriptoris officium arUtrmitur esse. Terum tamen ex Us nemo me a scribendo deterrere potuit, aam eorum frivolis scilicet objectionibus facile, vereque responderi possit. Q,wd enim ad très illos authons attinet, quos PRIMO objiciebant, carmen illud tritum illis existimo convenire : Siintbona,etc.
Non-seulement les autres dont j’ai parlé, mais encore Galien et Vésale ! Après eux traiter de la dissection des corps humains, n’est-ce pas le fait d’un vaniteux et d’un ambitieux! Malgré cela aucun d’eux n’a pu m’empêcber d’écrire, puisqu’il est facile de répondre simplement à leurs minces objections. Car aux trois auteurs qu’ils m’ont objecté d’abord, convient, je crois, ce vers connu :
Sunt bona, sunt quædam mediocria, sunt mala plura.
Il ne s’applique donc pas à Galien et à Vésale, auxquels, d’ailleurs, Colombo rend justice dans le reste de sa préface.
Je reviens à ce qu’on est convenu d’appeler la circulation pulmonaire ou la petite circulation. Colombo l’a décrite mieux que ses devanciers. C’est entendu. Mais pourquoi vouloir que ces pages admirables aient été écrites dans la première moitié du XVI® siècle, p. 785, puisqu’elles sont de 1559. Je laisserai croire à M. Cbéreau, puisqu’il y tient, que ni dans Vésale, ni dans Fallope, on ne saurait en trouver de pareilles : « Servet s’efface devant cette grande figure de Colombo.... » Passe. Mais cette phrase singulière, sinon incompréhensible 1 « Servet n’en est que le copiste, parfois maladroit, toujours mystique » (même page). Je m’attacherai seulement au mot copiste, et. je ferai remarquer tout d’abord qu’eu. 4553, Servet n’a pu copier le De re anatomica de 4559, Qui n’était pas, je suppose, alors en manuscrit. D’ailleurs, il est facile de voir que la description de Servet n’est pas du tout celle de Colombo, et le mot flavus. tant critiqué par M. Chéreau, le prouve bien. Flavus veut dire jaune. Mais il signifie aussi rouge clair, et il me semble que pour désigner le changement de coloration du sang, cette expression vaut IJien celle de floHdus.
Âü momeilt 6ù Servet écrit, on enseigne, en Italie, cloison interventriculaire n’est pas perméable. Le sang doit prendre Une autre voie pour aller du ventricule droit au ventricule gaucLé, celle des poumons. C’est ce que Servet écrit leprenileï. Vésale, daùs la deuxième édition de son ouvrage, en 1555, dit aussi que les fossettes de la cloison du cœur de sont pas percées. C’est contraire aux idées de Galien qu’il a professées jusque-là. Mais il est occupé à la cour, il se borné à signaler le fait sans en tirer les conséquences.
Valverde, élève de Colombo {Historia, de la, composîtim iel cUerpo huiffiaiio, Rome, 1556)j ne dit pas autrement que Servet. Il faut arriver en 1 55» pour avoir la description si exacte et si particulière de Colombo.
M. Chéreau n’a démontré pour personne que Servet a copié Colombo. Après des calculs assez compliqués, il arrive à cette conclusion au haut de la page 788 : « donc Realdo Colombo a écrit son livré bien avant l’année 1555». A moins que 1555 ait été mis pour 1559, je ne comprends pas. Car Paul IY étant mort en 1559, au milieu de Tannée, Colombo a pu écrire cette année-là : « J’éprouve une joie immense d’avoir terminé sous le règne de Votre Sainteté cet ouvrage, que j’avais commencé il y a plusieurs années » [De re amtomièa, Paris, 1562). Le permis d’imprimer {De re anaiomica, Venise-, 1559), est du 24 janvier. C’est donc, à la fin de 1558, què M. Cbêreâu aurait dû écrire.
î)u reste, cette page 788 du Bulletin est pleine de suppositions, parfois erronées. Ainsi « Colombo mourut dans la première moitié de Tannée 1559. » Le privilège de la très-sainte Eglise romaine [De re amtomica, Venise, 1559), prouve qu’il était encore vivant le 17 juin 1559. « Il devait avoir alors de soixante à soixante-cinq ans. C’est bien là, ce semble, l’âge de ce maître (Colombo), à la longue barbe, au crâne absolùmient dénudé, qüi est représenté dans le frontispice de l’édition donnée par ses fils. » On peut être chauve bien plus tôt.® puis, quel âge avaient ses enfants ? Ils pouvaient être encoré jeunes. La date de sa naissance, 'placée vers 1494, me paraît peu probable. A ce compte-là, il aurait eu vingt ans de plus que Vésale. C’est difficile à croire.
Toujours même page, a Colombo était alors (1 540) et depuis longtemps connu pour l’un des professeurs les plus en re- nom, àPise surtout...*. Il n’a été àPise que plus tard, lorsqu’il était professeur à Padoue, et il succéda à Vésale en ^543. Le De Mmani corporîs fairica nous apprend qu’il était alors professeur sopUstices (1) à Padoue, anatomiste trèsstudieux, <!. wiinc sopMstices apud Patavinos prof essor, anatomes stiidiosissimus, » F® édition, 1543, p. 56. Il alla à Rome en 1547, n’ayant occupé que quatre ans la chaire d’anatomie à Padoue et à Pise. M. Chéreau suppose que l’Espagnol (Servet) a dû entendre dans ce temps-là Colombo » professer la théorie de la circulation pulmonaire. » Qu’est-ce qui autorise à faire croire que Colombo savait alors ce qu’il a écrit dix à douze ans plus tard? En veine de suppositions, M. Chéreau finit par se demander, au commencement de la page 789, si Servet n’a pas appris, en 1 537, à Paris, des « Italiens, ses amis, presque ses compatriotes, le véritable cours du sang dans la petite circulation [sic). » Quel secret bien gardé par eux et par luit
Je suppose à mon tour, que Colombo n’a été définitivement fixé sur le trajet du sang à travers le poumon qu’après.1556. Valverde, l’élève de Colombo à Rome, s’exprime encore à cette époque comme Servet : « Je crois que de la veine artérieuse le sang est transféré dans les poumons, où il se purifie 8t se prépare à pouvoir le plus aisément se convertir en esprits. Et après s’être mélangé avec l’air qui. entre par les rameaux de la trachée, il va avec cet air dans l’artère veineuse qui le porte au ventricule gauche du cœur. » J’ai pris cette citation dans le Bulletin, page 791.
Dans la lettre de Monavius, le cuidam Mspano dont il ne se rappelle pas le nom est évidemment Valverde. Quoi qu’en dise M- Chéreau, jamais personne n’a gardé dans sa mémoire l’ita^ lien Colombo à l’étàt d’Espagnol. C’est comme si . l’on allait faire aussi de Vésale un Espagnol, parce que sa patrie dépendait de l’Espagne.
(t) Etait-ce fie pharmacie ?
Je né puis' pas non plus laisser péssér tellë qu’elle est, la citatiôn qui sè trouve au bas de la page 772 : <x J’ai eu, dit-iî, dans mes travaux deux auxiliaires, savoir : André Vésale, qui me prêta même son concours babile dans l’édition publiée à Venise, àe, meÿ Gommentaires \ l’autre est Michel Villahovanus, mon aide' ordinaire dans les dissections, jeune homme orné de toute espèce dé littérature, et à nul autre pareil en' fait dé doctrine' de Galien, » Ce fragment si intéressant dé la dédicacé de la deuxième édition des Amtàmicarum iTistifutîôtium, /F (Quatuor) per Joamem Quinterium Andemaciim (qü’on s’obstine à appeler Gonthier), demande à être reproduit plus fidèlement. « Cætérum quod ad partes meas attinet, Æmw ante annos ali qUot, editum, niül-
tis déindë cOns'ectiOnibus administratis, et sedUla partîUin' inSpéctione, reèognovi, auxi, etabsolvi. Glm in re, non ddmodum sanéfdcîli, aùxüidrios Mlmi ^rïmum Andreâm Wemlium, juvenem me Hercules in anatomis diligentissimUm, puriôrisque ' medicinaé professorem non pœnitendum : qui] etiam ' nuper in eodem hoc meo commentario Veneiiis excusso, eg'regiam dperdm prmiüü. Postbunc, Michael Villanovanus familiaritér mihi in eonsectioUibus adhibitüs est, vir omni litterarUm genere ornatissimUs, in Galèni doctrîna vix nulli sécundüsi «'Donc Guinter, après dèhornbreuses dissections nouvèllès, donne une 2® édition de son livre, Comménlariurnhunc^ etc( Dans cette tâche difficile il a eu deux auxiliaires; d’abord André Vésale, etc., quï même dernièrement d mis tousses soins à publier une autre édition de mon commentaire a Venise' 638). (Ce livre, très-rare, est à la bibliothèque Mazarine, n® 28,637), La 2® édition des institutions anatomiques de J. Guinter, d’Andernach, a été imprimée à Bâle (4539); à Lyon (1544). Quant à Michel VillanovanUs , Haller l’avait déjà dit anat., I, 204), c’est Michel Servet, Il s’appelait peut-être de Villeneuve, et il n’y a plus à se préoccuper de savoir s’il' était de l’Aragon. Il a déclaré lui-même être né en. Navarre.
Autre inexactitude à relever, p. 779 : « Et regarde les reines comme des conduits chargés déporter à toutes les parties du corps le sang mêlé au principe vital. » Il n’y a' pas
encore de principe vital. Pour tous, y compris Colombo, le sang avec l’esprit naturel, venu du foie, est dans les veines et sert à la nutrition de tous les organes (1) ; l’esprit vital formé dans le poumon et le cœur est porté par les artères dans tout le corps ; l’esprit animal est formé dans le cerveau et conduit par les nerfs.
Pourquoi dire encore, p. 777 ; « Licencié , il fut présenté comme ses collègues au cbaneelier de l’Université ; docteur, il eût approuvé de sa signature les comptes.... » M. Chéreau sait bien qu’on était présenté au chancelier pour obtenir la licence, et qu’on n’était licencié qu’après la bénédiction apostolique, et que, pour signer aux fameux registres de la Faculté, il ne fallait pas seulement être docteur, mais docteur régent. Il n’en coûte pas plus de dire les choses comme elles sont.
A la page 768, ligne 42, au lieu de cœw il faut mettre foie\ p. 770, ligne 20; au lieu de encore mettre mieux.
Je ne veux pas finir sans appliquer à la lecture de M. Gbéreau le vers usé [tritum] de Martial : Sunt hona, etc. Les bonnes choses sont : l’histoire du livre de Servet, CJirisiiOr nismi Restitution ‘et le fragment si instructif trouvé dans les Commentaires.
(l) Pour Colombo la veine artérieuse (artère pulmopaire) est une branche de la veine cave. (P. 166, 177 et 178, De re amtomica.)