‹ Etudes historiquesChapitre 12 sur 40 · MO · texte numérisé non relu

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votre bonté pour refldre ma cause plus odieuse. Par quoy pour leur respondre, j’ai voulu mettre ce mot d’écrit en avant pour me servir comme desalvation; afin aussi de leur donner, à entendre que j’ay de quoi payer. Vous suppliant, messieurs, de penser que c’est toute autre chose de traicter de la civilité des mœurs, en philosophe moral, pour l’instruction de la tendre jeunesse, et autre chose de parler des matières naturelles en vray médecin et chirurgien pour l’instruction des hommes jà tous faicts. »

Ambroise Paré, prenant ensuite un à un les différents passages incriminés, y répond d’une manière victorieuse. Cette réponse, assez salée, a toute la verve et l’aisance de Piabelais.

La petite pièce conservée à. la Bibliothèque est sans date; mais l’indication des pages de la première édition des œuvres d’Ambroise Paré prouve suffisamment qu’elle a paru pendant le procès de 1575.

André Malezieu (Malesius), que M. Chéreau appelle Malaisé, a osé crier au plagiat, parce que dans les livres nouveaux (Des tumeurs contre nature et Des plaijes) se trouvaient des sujets déjà traités dans le Synopsis chirurgiœ de Gourmelen, dont il avait donné une traduction française en 1571. (Les deux premiers livres, qui forment à eux seuls presque tout l’ouvrage, portent justement le même titre I. Des tumeurs contre nature. — \\. Des playes.) Or, il n’y avait de commun, évidemment, que ce que l’un et l’autre avaient emprunté à ïagault, qui lui-même avait pris à Guy de Chauliac et autres. Malgaigne a relevé avec beaucoup de soin (loc. cit., p. cccxxxv et suivantes) les nombreux emprunts faits par A. Paré à ses prédécesseurs jusqu’à Hippocrate, auxquels il n’a pas fait plus de tort « qu’une chandelle qui s’allume à une autre chandelle ». Mais A. Paré n’a pas copié; il a tout arrangé à sa manière. Si bien que les menées de la Faculté contre l’ouvrage du premier chirurgien du roi ne pouvaient réussir et furent sans effet ; ainsi, contrairement au dire de M. Chéreau, nous avons les œuvres de maître Ambroise Paré dans toute leur originalité première.

Deuxième édition.— Après sa fâcheuse tentative, la Faculté dut se calmer, et Paré y compta bientôt plus d’amis que parmi les chirurgiens. On trouve à la date du mardi 10 avril 1576, toujours sous le décanat d’Estienne Gourmelen (huitième volume des Commentaires) : « Dans la même séance, maître Nonantheuil entretient la Faculté au sujet d’un procès devant le parlement entre le collège des chirurgiens et Ambroise Paré, dont le débat public devait avoir lieu le. lendemain. Il pensait que notre avocat (patronmi) devait être averti de ce procès, afin que si les défenseurs {eorum patroni) causaient quelque préjudice à la Faculté de médecine, il eût alors, au nom de la Faculté, à demander au parlement de ne rien décréter qui pût porter atteinte à ladite Faculté, sans l’avoir entendue. Ce qui fut adopté à l’unanimité. » {Noster patronus etiam no mine Facultatis senatum moveret ut nihil in ejusdem Facultatis præjudicium decernere ipsa inaudita, quod omnium suffragiis confirmatum fuit.)

On ne sait ce qui advint de ce procès avec les chirurgiens, et Paré y resta probablement fort indifférent. Il n’aimait pas les querelles. Au milieu de ses nombreuses occupations à la cour, il préparait une nouvelle édition de ses œuvres, revues et augmentées, qu’il devait présenter à la censure de la Faculté. On se rappelle que l’arrêt du 2 mai 1535 avait été confirmé. Il avait ajouté à ses œuvres un nouveau livre, Des animaux et de l’excellence de l’homme, et pour être ugréable aux médecins il avait supprimé le livre des fièvres, qu’il avait « transporté et accommodé » au livre des tumeurs contre nature. Mais revenons aux Commentaires. Au verso du feuillet 98, le doyen Claude Rousselet a écrit de sa main : « Le samedi 5 du mois d’avril (1578), après le service divin, M. Ambroise Paré, premier chirurgien du roy, par l’intermédiaire de M. Lusson, a prié (supplex rogavit) l’école "de médecine, mettant de côté la contestation survenue entre nous, il y a deux ans, âu sujet de la publication de son livre, de faire subir à ce livre la censure publique de notre école de médecine. Après avoir été examiné mûrement, il serait

ensuite publié {in lucem posthac ed'eretur), avec clés corrections approuvées par la Faculté tout entière réunie en assemblée générale. La demande de cet bomme ayant ainsi paru à tous conforme au décret du parlement et aux principes de l’équité, on convient que l’examen de ce gros livre, contenant un énorme travail {haud exigiiæ molis maximique laboris), serait confié à quelques-uns de nos docteurs, qui Ipourraient et voudraient y consacrer (collocare) leur soin, qu’ils se forjneraientune opinion {de eo quid smtirent) et qu’ils feraient ensuite un rapport fidèle à toute l’école, qui donnerait son avis et ajouterait en quelque sorte sa petite pierre. C’est ainsi que la mission de lire ce livre et de l’examiner avec soin a été acceptée par MM. Liébault, Marescot, Duval,La Mer,Haultin, Courtin, Martin, Lusson, Rebours, Héron, qui tous avertis par moi, ouvertement et publiquement, de conserver toujours la dignité et l’autorité publique de notre ordre, d’en montrer l’utilité et d’en soutenir les intérêts, promirent d’agir, dans cet office, de façon que toute sorte de bonne foi, d’attention, de convenance, et surtout ce qui regarde la stabilité, l’intégrité, l’honneur, l’agrément et l’utilité de la profession médicale, dans tous ses droits, ne laissât rien à désirer. »

Qu’advint-il de toutes ces belles paroles? Les Commentaire^ le disent au feuillet 102. Au bout de quatre mois, « le lundi 11 du mois d’août (1578), tous les docteurs furent convoqués per juramentum, dans les écoles supérieures, pour entendre le rapport des dix hommes choisis qui avaient reçu la mission d’examiner le livre écrit sous le nom d’Ambroise Paré, premier chirurgien du roy. Mais d’après ces dix hommes, dont quelques-uns manquaient, il est convenu que tous déclareraient, devant l’école assemblée, leur jugement sur ce livre, après avoir apposé chacun sa signature au bas du rapport; qu’ enfin l’école décidei'ait un jour {aliquando) quelle autorité {quid et quantum authoritatis) serait accordée à l’auteur de ce livre. En attendant, les dix hommes sont avertis que les différents traités de cet ouvrage distribués par l’école à

chacua d’eux, pour examiner s’ils doivent être approuvés, seront présentés ouvertement et publiquement (palam et publiée) à toute l’école, afin que leur censure {illorum castigationé) demeure bien établie, et que ces traités ne soient fas publiés autrement que corrigés par eux {qmm sicut ab iisemendatifuermt).y>

Le projet n’était assurément pas facile à exécuter. Les Commentaires sont muets sur ce qui se passa au sein de la Faculté. Mais il est probable qu’on ne put s’entendre, et la deuxième édition, achevée d’imprimer le 8 février 1579, parut avec ce titre : Œuvres d’Ambroise Paré..., divisées

en 27 livres . , reueuz et augmentez par l’auteur......

1105 pages. Le traité des animaux, qui forme le premier livre, n’a que 29 pages. Le vingt-septième est celui des rapports et des moyens d’embaumer les corps morts. Dans l’Avis aulecteur, quelques justes reproches sont ajoutés à l’adresse des chirurgiens et deS médecins. « Je sçay bien toutesfois » que les chirurgiens qui me deuoyent prester la main, pour » me souleuer le menton, de peur que je n’allasse au fond de » l’eau, m’ont voulu plonger la teste, pour me faire noyer, D m’ont voulu rendre odieux au magistrat civil, à l’ecclé- » siastique et au populaire, n’ont laissé pierre à remuer, » pour me faire chopper s’ils pouvoyenl..., car la bonté de » ma cause m’asseurait tout, et l’iniquité de leur faict me » donnait telle deffiance de leur parti, que le cœur me crois- » sait de iour en iour, pour avancer mon desseing, etc.

» Les médecins disoyent que i’avois passé les bornes et f) limites de la chirurgie, et principalement en traictant des » fieuvres. Or ie leur demanderois volontiers qui a faict le » partage de la médecine et de la chirurgie? Et où aucun en » seroit faict, qui sont ceux qui se sont contentés de leur part, » sans quelque entreprise sur l’aiitre? Car, etc. »

G est donc absolument le contraire de la conclusion de M. Chéreau qui est la vérité. Et l’on peut dire en reprenant son texte ; Fort heureusement! le grand et noble chirurgien

ne fut pas vaincu dans cette guerre acharnée qui lui était livrée. Par l’intermédiaire de Guillaume Lusson, nullement attaché à la cour (il était docteur régent depuis quatre ans à peine), Ambroise Paré présenta son livre à la censure de la Faculté. On sait très-bien que les dix commissaires nommés parles médecins pour l’examiner ne donnèrent aucun coup de ciseaux dans les pages de ce dernier. Il est donc certain que l’ouvrage imprimé doit être tout à fait pareil à l’ouvrage manuscrit, et que, sur les œuvres d’Ambroise Paré, la main de la Faculté n’a pas réussi à s’appesantir.

Troisième édition. — Ce que M. Chéreau dit ensuite de l’édition latine, la troisième édition de 1582, n’est pas plus exact. Il s’agit du titre, qui aurait été encore imposé par la Faculté. Or, il n’en est rien. Ouvrons ce tome VllI des Commentaires.

Au verso du feuillet 166, le doyen Guillaume de Baillou a écrit sur les admirables registres que, le 21 du mois de décembre (1581), la Faculté s’est réunie régulièrement (légitimé). Parmi les sujets mis en discussion (hoc in medium adducta), se lYouve «la traduction du français en latin des œuvres de M. Ambroise Paré, que s’était à tort appropriée Jacques Guillemeau. Comme il n’y a qu’un membre de l’école qui ait pu la faire, est-il convenable (quod indignum) àe la laisser aux trop présomptueux chirurgiens qui ne seraient pas capables de faire une page de latin ? »

Une commission, composée de MM. J. Piètre, Nicol. Jacquart, Leconte, Ellain, Rebours et Marescot, donne son avis sur les diverses questions qui occupent la séance et qu’il serait trop long d’énumérer. « Au sujet du titre du livre de M. Ambroise Paré, il faut agir prudemment (De titulo Ub. M. Ambre. Paré caute agendum). ».

Au verso du feuillet 167, le 30 décembre, les commissaires ont fait part à la Faculté du résultat de leurs délibérations (Deputatorum sententia est facultati pâte facta) . Celle-ci a partagé leur manière de \oiY (probavitjudiciumeorumdem). Elle s’est occupée surtout (maxime laboravit) de changer le titre

des œuvres de M. Ambroise Paré. Elle a pensé qu’il fallait encore changer entièrement (omnino immutandam esse) la lettre qui se trouve en tête des livres et de tout l’ouvrage. Elle a été d’avis d’y mettre ce titre {probavit hune prœfigendum tituluni :

« Ambrosii Parmi primarii regis chirurgi opéra latinitate donata a Docto quodam viro : Cura et diligentia Jacobi Guillenieau chirurgi parisiensis.

)) Ce titre sera donné au typographe Jacques Dupuys. Les feuillets qui porteraient en haut un titre falsifié {adulterimm) seront effacés, déchirés et gardés pour un vil usage {expuncta et lacer ata et in viliorem usum asservata). »

Cette fois encore, les décisions de la Faculté ne furent pas suivies, et l’ouvrage parut dès le mois de janvier 1582, avec le titre qui très-probablement était sur le manuscrit ;

Opéra. Ambrosii Paræi regis primarii et parisiensis chirurgi A docto viro plerisque locis recognita : Et latinitate donata, Jacobi Guillemeau, regii et parisiensis chirurgi More et diligentia. .

M. Chéreau place à tort les deux points (:) après latinitate donata. Et il tire des conséquences des deux membres de phrase mis ensemble. Mais sa plus grande erreur est de croire que ce dernier titre est celui qui a été imposé parla Faculté. Celle-ci ne réclamait que la traduction en latin pour un de ses membres {latinitate donata a docto quodam viro :). Haultin {Altinus), dit-on, y aurait collaboré plus que tout autre, sous la direction de Guillemeau. N’importe. Le titre réel de l’édition latine dit tout autre chose. On sait que la traduction en latin avait été faite sur la deuxième édition revue et augmentée par l’auteur. Guillemeau a préféré mettre a docto viro plerisque locis recognita, suivant l’usage d’alors. Le savant homme dans le titre de Guillemeau est donc tout simplement l’auteur, Ambroise Paré. Et le privilège en français, daté du 8 décembre 1581 , qui traduit ensuite par un sa- ^'ant personnage reuues en plusieurs lieux, n’a pas la moindre importance.

La Faculté s’était imaginée probablement tout confondre clans le laUnitale donata a docto quodam viro, mais cette prétention n’a pas été acceptée. Le titre qui est resté dit en somme que les œuvres d’A. Paré revues par ce savant homme (c’est-à-dire la 2® édition de 1579) ont été. données en latin par les soins de Jacques Guillemeau (labore et diligentia). Et là encore le privilège, en traduisant avec trop de légèreté, Et mises en latin par le labeur et le travaüde M. Jacques Guillemeau, s’est trompé. Dans sa dédicace à Marc Myron, premier médecin du roy, Jacques Guillemeau dit en effet qu’il a trouvé un homme dévoué qui a bien voulu consentir à faire la traduction sans que son nom fût mis sur l’édition qu’il préparait. {Peritum igitur et mei publicæque utilitatis amantissimum nactus, prœcibus impetravi ut translationem absolveret : sed ea conditione ne édition quam ipse videbar meditari nomen suum inscriberem.)

Après le Discours d’Ambroise Paré . Savoir de h mu-

mie, des venins, de la licorne et de la peste, 1582 ^til avait été un peu question dans les deux premières éditions de

ses œuvres, et la Réplique . à la response faicte contre son

discours de la licorne, slus&î chez Gabriel Buon, au Clos Bruneau, à l’enseigne de Saint-Claude, 1584, vinrent les Œuvres

d’Ambroise Paré . divisées en vingt-huit Hures . reuues

et augmentées par l’auteur. Quatrième édition.

C’est la plus complète et évidemment la meilleure. A. Paré y avait mis la dernière main. L’introduction est ici le premier livre; le traité des rapports, etc., le vingt-huitième. L’ouvrage se termine par la grande Apologie et le Traicté contenant les voyages, qui paraissaient pour la première fois. Après la table générale et l’errata, on lit : « Touchant les voyages, le lecteur ne s’arreslera à l’ordre des années, lequel n’y a esté gardé; toutes fois les histoires et discours n’en sont de rien changés ni corrompus. »

Je rappelle ici l’erreur au sujet de la date du Voyage de Thurin, 1536, que tous les historiens, même Malgaigne, ont laissée passer. Le pas de Suse fut forcé dans le courant d’oc-

tobre 1537 (Henri Martin, Hist. de France, ’VIH, p. 246,

quatrième édition).

La cinquième édition (Paris, chez la veufue Gabriel Buon, 1598) est aussi fort importante. Elle contient 1228 pages ; mais il y a 58 lignes à la page, ce qui donne quelques augmentations sur la quatrième édition (Malgaigne); le privilège, daté de Paris le 11 mai 1597, est accordé à la veufue et héritiers ie feu maistre Ambroise Paré pour l’espace de neuf ans. Cette édition posthume présente quelques remaniements et des additions, qui ne sont pas toujours d’Ambroise Paré. Les éditeurs ont fait de Apologie et Traicté contenant les voyages, un vingt-neuvième livre.

Les deux éditions qui suivirent, la sixième, 1607, et la septième, 1614, sont, à quelques corrections près, la reproduction de la cinquième. Elles ont le même nombre de pages, 1228. Le privilège en date du 10 janvier 1607, pour dix ans, est accordé à Nicolas Buon. Et cependant ces deux éditions furent publiées en même temps par deux libraires: Barthélemy Macé, au mont Saint-Hilaire à l’Escu de Bretaigne, dont la sixième édition est à la Bibliothèque de la Faculté et la septième à la Bibliothèque nationale; et Nicolas Buon, rue Saint- Jacques, à l’image de saint Claude, dont les deux éditions se trouvent à la Bibliothèque nationale (Td. 72, 1, G etD). Pour l’impression celle de 1607 vaut mieux que celle de 1614.

La huitième édition des œuvres d’A. Paré, divisée en trente livres, nous ramène à M. Chéreau. Cette fois, hâtons-nous de le dire, il a été vraiment heureux.

Après le titre gravé habituel, un second titre, imprimé en caractères noirs et rouges, annonce que cette édition est augmentée d'un fort ample Traicté des fiebures, tant en général qu'en particulier, et de la curation d'icelles, nouvellement treuué dans les manuscrits de Vautheur. Un peu plus loin, le catalogue des livres dit plus particulièrement : « 30. Le traicté de toutes sortes de fiebures, tant en général fia’ en particulier, avec les remèdes et curations d’icelles, Ifeuué dans les manuscrits de l’autheur par ses enfants. »

Donc, M. Cliércau a découvert dans une lettre de Guy Patin que le susdit traité n’est pas d’Ambroise Paré. La lettre à Claude Belin du 4 novembre 1631 (Bibl. nat., Ms., Lettres ORIGINALES DE Guv Patin, in-fol. n» 9358) renferme en effet cette phrase : « Le Paré des dernières impressions, bien » relié, vaut huit livres, sans rien rabattre; il est augmenté ■» en cette dernière d’un nouveau traité des fièvres qui a esté » adiousté sur la fin du livre, et fait par un médecin intus et » in cute mihi nota, sans y avoir mis son nom; lequel est » très-bon. » Ce précieux renseignement était passé inaperçu parce que, au lieu de le Paré, les éditeurs négligents des lettres de Guy Patin avaient mis le prix. Réveillé-Parise ne s’est probablement pas donné la peine de revoir dans l’original les lettres déjà publiées. Il a copié simplement la septième du Nouveau recueil des lettres choisies de feu Guy Patin, t. IV, p. 19. Rotterdam, chez Reinier Leers, 1725.

Ainsi le livre des fièvres de la huitième édition des œuvres d’Ambroise Paré n’est pas de lui. C’est bien certain. Mais M. Chéreau se hâte un peu trop de conclure qu’il est de Guy Patin. Nous n’imaginons pas pourquoi notre confrère a supprimé dans sa citation : lequel est très-bon {Union médicale, loc. cit., p. 562). Or ce petit bout de phrase adressé par Guy Patin à un de ses confrères, qu’il connaissait depuis peu et avec lequel il n’avait pas pris l’habitude de plaisanter, est très-important. Pour moi, il me dispose à croire que justement le fameux traité est d’un autre médecin bien connu de Guy Patin, mais point de lui. La phrase qui suit : « Le » dernier La Framboisière qui est aussi bien augmenté, et de » bonnes choses, vaut au dernier mot six livres dix sols y présente la même appréciation sérieuse. Guy Patin n’aurait pas pu dire de son ouvrage lequel est très-bon. Rien ne prouve non plus que cette huitième édition ait été publiée par les soins de Guy Patin. D’abord, sauf le traité des fièvres, elle n’est pas différente des autres, et ce n’était pas dans le caractère du sévère et honnête Guy Patin de faire ce mensonge inutile : « Trouvé dans les manuscrits de l’autheur par

ses enfants >••. C’est bien là, au contraire, un procédé d’éditeur qui' veut attirer l’attention du public sur une nouvelle réimpression.

Guy Patin d’ailleurs n’aurait pas fait cette maladresse d’écrire un nouveau traité des fièvres, quand il savait que Paré en avait déjà donné un dans la première édition de ses œuvres. Il était bien trop fin et trop attentif pour que, voulant imiter le style et l’orthographe d’Ambroise Paré, il n’ait pas même pris soin d’écrire comme lui le mot fièvre. L’auteur du nouveau traité a écrit fiebures. A. Paré écrivait fleures.

Malgaigne s’est donc bien trompé en ne voyant pas cette supercherie (vol. III, p. 67). Je m’étonne que sa sagacité ait pu ainsi être mise si facilement en défaut. Il aurait dû pourtant se méfier en examinant l’exemplaire de la huitième édition qui est à la Bibliothèque de la Faculté. Un savant, très malin et très-habile, a placé à la fin du volume un manuscrit qui a pour titre : «. Livre des fleures, recueilli de Galien, Fernel et autres autheurs », et qui est précisément la copie du traité d’A. Paré lui-même, divisé en quinze chapitres, celui de la première édition de 1575. L’écriture est ancienne: probablement une protestation immédiate ou un moyen de confrontation.

Le volume est ainsi énorme. Il avait déjà 1320 pages imprimées. Ses 1228 premières répondent à celles des trois éditions précédentes. Le reste est pour le nouveau traité des fièvres.. Le privilège donné au camp devant la Piochelle, le 18 juin 1628 (1), est pour huit ans. L’exemplaire de la Bibliothèque de la Faculté a appartenu à Carolus Séron, D. M.

C’est sur la huitième édition, la dernière de Paris, chez Nicolas Buon,rue Saint-Jacques, à l’enseigne de saint Claude et de l’Homme sauvage (Bias avec la devise : Omniamea megüm porto), qu’ont été faites les éditions des œuvres d’Ambroise Paré imprimées à Lyon, inférieures de tous points, pour le papier moins fort, les caractères plus petits, le texte rempli de trop nombreuses incorrections (Malgaigne).

(1) Guy Patin était docteur depuis liuit mois.

En voici l’énumération. Neuvième édition, avec le titre imprimé noir et rouge, chez la veuve de Claude Rigaud et Claude Oberl, rue Mercière, à la Fortune, 1633; exemplaires à la Faculté et à la Bibliothèque nationale (Td. 72, 1, F).

Dixième édition, même titre. Chez Claude Prost, rue Mercière, à i'Occasion, 1641; exemplaire à la Faculté.

Onzième édition, titre un peu changé. Chez Pierre Rigaud, rue Mercière, à la Fortune, 1652. L’exemplaire actuel delà Bibliothèque nationale (Td. 72, 1, G) n’y était pas du temps de Malgaigne.

Douzième édition. Même titre avec une légère modification: chez Jean Grégoire, rue Mercière, à l’image de la Renommée, 1664; deux exemplaires à la Faculté. Celui du legs Grisolle, facile à reconnaître bien que les pages du commencement et de la fin soient absentes, pourrait être supprimé. Il est catalogué 249, A, et par conséquent pas à sa place.

Treizième édition. Les éditions de Lyon sont de plus en plus mauvaises jusqu’à cette dernière, corrigée et mise en plus beau langage, ce qui est pire. Chez Pierre Volfray, rue Mercière, à la Couronne d’or, 1685.

Jean Grégoire, qui avait eu l’idée de cette détestable édition, avait pris un privilège dès le 20 juin 1666, pour dix ans. Sa veuve le céda avec les planches de l’ouvrage à Pierre Volfray. Surla mêmepage, onlit: achevé d’imprimerle25janvierl685. Un exemplaire à la Faculté, donné par P. Sue, professeur et bibliothécaire de l’Ecole de santé.

On peut caractériser d’un mot chacune de ces treize éditions des œuvres d’Ambroise Paré. Les deux premières, rarissimes, n’ont été probablement tirées qu’à un petit nombre d’exemplaires. On peut les appeler, la première, édition de 1575; la deuxième, édition de 1579. La troisième est V édition latine, 1582. La quatrième, la plus complète, la meilleure, revue par Ambroise Paré, qui y a ajouté la grande apologie, l’édition par excellence, 1585. La cinquième, trèsappréciable, la première des éditions posthumes. La sixième et la septième, des éditions posthumes, 1607 et 1614, ou encore

celles des deux éditeurs. La huitième, la dernière édition de Paris avec le nouveau traité des fièvres qui n’est pas d’A. Paré. C’est Yédition définitive, ce qui veut dire que les éditions de Lyon reproduisent son texte. La neuvième, 1633, la dixième, 1641, la onzième, 1652, la douzième, 1664, de plus en plus mauvaises pour le papier et l’impression, jusqu’à la treizième et dernière, l’édition mise en plus beau langage,

Une reproduction exacte de l’édition latine a été faite à Francfort, 1594. Pour les traductions en langues étrangères, je renvoie à l’introduction de Yédition de Malgaigne dont on ne saurait dire trop de bien. L’éminent professeur y a répandu abondamment les trésors de son labeur infatigable.

FÎN

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