‹ Etudes historiquesChapitre 15 sur 40 · PHILIPPE-FRANÇOIS COLLOT · texte numérisé non relu

PHILIPPE-FRANÇOIS COLLOT

ET

LES OOLLOT

J’ai voulu savoir quel était ce Philippe-François Collot, dont j’ai décrit la thèse de philosophie (Quelques thèses à image exposées momentanément dans les salles de l’Ecole de médecine de Paris, in Gaz. hebd., 1879, n“= 45, 46 et 48). Il appartient, sans aucun doute, à l’illustre famille de ces opérateurs qui « ont eu le don de tailler les malades de la pierre avec une adresse singulière et un succès presque toujours heureux 3). Les armoiries qui se trouvent sur l’image de la thèse de 1673, conservée à l’Ecole de médecine, sont celles du portrait de Philippe Collot (1593-1656), qu’on peut voir dans l’ouvrage de Charles Perrault (Les hommes illustres qui ont paru en France dans le dix-septième siècle. 1700. vol. II, p. 87). Mais quel est-il? M. Chéreau ne l’a pas inscrit dans le tableau généalogique qu’il a dressé dans son article CoLOT du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales (t. XIX, l™ série), et qu’il fait précéder de cette réserve : « 11 y a là peut-être quelques erreurs ; il y a certainement 5 de nombreuses lacunes. Notre but seul est d’inviter les » chercheurs à faire mieux que nous, à nous compléter, à

— IGi —

V nous corriger. » Qu’il me pardonne de me rendre à celte dernière invitation.

Une transposition malheureuse, il faut bien l’avouer a produit dans ce tableau une confusion inextricable pour le lecteur non prévenu. Elle est devenue pour l’auteur lui-même la cause d’autres erreurs. Philippe Collot, mort à quarante-deux ans, n’est pas cëlui qui finit ses jours à Luçon en 1656. Je dis 1656, car la date 1659 du tableau est inexacte. Celui qui finit ses jours à Luçon est Philippe Collot, deuxième du nom, qui mourut â soixante-trois ans, étant né en 1593. Ce dernier figure dans le tableau susdit avec cette seule mention ; « opérateur du roy ». C’est tout simple. Ce qui lui revient a été donné à son père.

Sa sœur aînée, mariée à Restitut Girault, que M. Chéreau fait naître le 6 février 1634, est née sûrement avant 1593, et nous verrons bientôt que son mariage eut lieu vers 1607.

Il me semble inutile de relever en détail les autres erreurs dé ce tableau généalogique (voy. p. 179). Il est à refaire. N’âyânt pas les éléments nécessaires pour le reconstituer d’une manière complète, je vais essayer d’en tracer les lignes principâles, et mettre au moins à leur vraie place les principaux membres de la grande famille des Collot. Autour d’eux, ôn éssâyérâ ensuite de grouper les autres, en tirânt profit dés renSeignéménts que M. Chéreau a « pu rassembler, soit aux Archives, soit dans les ex-tegistres de plusieurs paroisses de Paris».

Maintèriam- rêmatqùdtts î’Aisfôtre, s’il vous plaît.

Laurent Gbllot exerçait la médecine dans la petite ville de Tresnel, près de Troyes (en Champagne), quand il apprit d’Gctaviân dé 'Ville le grand appareil, inventé én 15^5 par Jeàn des Romains, lequel avait transmis le secrèt â Mariànüs S'anctüs, de Barlette, sort meilleur ami. Ils étaient l’mi et l’autre avancés en âge, ét ce fut OCtavîaii de Ÿilie, chirurgien de Rome, élève de Marîaiius Sahctüs, qui répandit la méthode

nouvelle, « étant appelé de tous côtés, même dans les pays étrangers». En 1556, Laurent Collot vint s’établira Paris, par ordre exprès du roi Henri H, qui créa pour lui une charge d’opérateur de sa maison pour la taille. Trois de ses successeurs en ont hérité. François Collot, qui nous donne ces détails dans le Traité de l'opération, de la taille, ouvrage posthume, Paris, 4727, dit page 68 : « Philippe Collet, mon 3> père, a été le derflier; il avait pourtant^ de son vivant, ob- » tenu pour moi la survivance de cette charge, sans qu’il 5>m’en dût rien coûter, non plus qu’à mes frères; mais » M. Yallot, qui pour lors était premier médecin de Sa Maj jesté, soit par négligence ou par quelque raison que je ne » veux pas pénétrer, me fit perdre cette charge; il apporta » tant de délai, soit pour me faire prêter le serment accoü- » tumé, soit pour signer mes lettres, que mon père étant » décédé (1656), il ne me parla plus de la charge que pour » me la vendre; Je ï.e voulus plus l’acheter, croyant que je » ternirais mon nom si je mettais à prix d’argent une charge » qui n’avait été créée que pour récompenser mes ancêtres. » Mais laissons un instant cet ouvrage. Ambroise Paré parle à plusieurs fois de Laurent Collot et de ses enfants. D’abord, au chapitre xlix du dix-septième livre des (Éuvres complètes :

« Comme j’ai vu plusieurs fois faire à maître Laurent CoHo, » chirurgien ordinaire du roy, et mesmement à Ses deiïx en- » fants, lès plus excellents et parfaits ouvriers en leur voca- » tion, qu’il est possible de trouver en notre temps, et croy » que par ci devants y en a eu peu de tels. » Ceci a été écrit la première fois, au verso du feuillet iSb, dans les Dix livres DE CHIRURGIE, Paris, chez Jean Le Roger, au vray Pottier, 1564 (Bibl. nat.. Te 37. 2). — Puis, au chapitre xv du vingtcinquième livre des Œuvres complètes, primitivement Livre DES MONSTRES, Paris, chez André Wechel, 1573 : « L’an » 1570, Madame la duchesse de Ferrare envoya quérir en » cette ville Jean Collô, pour extraire une pierre de là vessie » d’un pauvre pâtissier, demeurant à Montargis... L’an 1566, » le frère du dit Jean Collo, nommé Laurent, fit pareillement

» en cette ville de Paris extraction de trois pierres estant en » la vessie... Les dits Collo m’ont donné les susdites pierres » pour mettre en mon cabinet, comme choses monstrueuses. .. » Je me demande, après cela, comment M. Chéreau appelle les fils de Laurent Collot, Martin et Zacharie, au lieu de Laurent et Jean. Et j’ajoute que l’existence de ce second Laurent Collot, -ignorée de M. Chéreau, enlève toute valeur à ce renseignement puisé dans les archives, générales K.K : « Les comptes de la maison de Charles IX, celui de l’argentier Johenne, le mentionneni (Laurent) à /année io7 2. » Rien ne prouve qu’il soit question ici du premier Laurent Collot.

Revenons aux renseignements donnés par François Collot (ouv. cité, p. 69). Philippe Collot, petit-fils de Laurent Collot, originaire de Tresnel, « étant valétudinaire et ne pouvant se » dispenser de suivre la cour, ni de s’attacher à la personne » de Henri le Grand, prit la résolution, pour se soulager et » pour se rendre utile au public, d’instruire deux sujets : le » premier fut Restitut Girault, auquel il donna en mariage » sa fille aînée, à condition qu’il instruirait Philippe Collot, » son fils et mon père, quoique fort jeune. Mon père reçnt de » lui les lumières suffisantes pour se rendre habile tant dans » la théorie que dans la pratique, et quelques années après )) Restitut Girault s’associa avec lui, conjointement avec » Jacques Girault, son fils, et cette société a duré pendant » toute leur vie. L’autre élève fut Séverin Pineau, chirurgien » ordinaire du roy, auquel il fit épouser Geneviève Collot,: sa » cousine ; enfin tous les deux s’étant perfectionnés, Philippe » Collot mourutâgé de quarante-deux ans. » A quelle époque? Evidemment de 1607 à 1609, comme le prouve le contrat passé « entre nos seigneurs de Sillery, chancelier de France; le duc de Sully, pair de France, pour Sa Majesté; MM. le prévost des marchands et échevins de cette ville, de. Paris, d’une part, et ledit Séverin Pineau, de l’autre, qui tous s’engagèrent sous le bon plaisir duroy» pour perpétuer la précieuse méthode et instruire dix jeunes chirurgiens choisis. C’est sur l’avis de Dulaurens, premier médecin de. Henri IV,

que cette décision tut prise à la mort de Philippe Collet. Or Kicolas Brulart, chevalier marquis de Sillery, a été créé chancelier en 1607j et Dulaurens mourut le 16 août 1609. On peut donc, sans crainte de se tromper beaucoup, faire mourir Philippe Collot vers 1608 et le faire naître en 1566, puisqu’il est mort dans sa quarante-deuxième année. C’est celui-là que M. Chéreau fait mourir en 1659.

Il paraît que l’enseignement de Séverin Pineau (mort en 1619) ne produisit pas d’opérateurs distingués, ce qui fit que Restitut Girault et ses deux élèves continuèrent seuls à pratiquer la taille par le grand appareil.

Philippe Collot (1593-1656), mort à Luçon (Vendée), à soixante-trois ans, le plus célèbre de la famille, avait donc environ quinze ans lorsqu’il perdit son père. Son histoire nous a été donnée à grands traits par Charles Perrault, qui n’était pas « docteur en médecine et membre de l’Académie des sciences », comme le dit par erreur celui qui a publié l’ouvrage posthume de François Colot {sic) (ouv. cité, p. 78), mais poète à ses heures, cultivant les arts, et membre de l’Académie française. Le docteur en médecine était Claude Perrault, membre de l’Académie des sciences, son frère aîné, l’immortel architecte de la colonnade du Louvre et de l’Observatoire.

Dans la notice de Charles Perrault, p. 87, je transcris ce passage : « Tel était celui dont je vais parler, et tels étaient » son père, son ayeul, son bisâyeul, et depuis son fils et ses » petits-fils... »

C’est de ce même Philippe Collot, deuxième du nom (1593- 1656), qu’il s’agit dans la requête du mofe d’octobre 1646, relevée parM. Chéreau, dans laquelle Philippe Collot, Charles Collot, Jacques Girault et Antoine Ruffin demandent à établir un hôpital au faubourg Saint-Antoine pour y tailler les pauvres {Commentaires de V ancienne Faculté, t. XIII, fol. 298 recto).

Guy Patin, dans sa lettre à Ch. Spon, datée du mardi 5 décembre 1656 (édition Reveillé-Parise, II, p. 266), dit : « Nous

»: avions ici deux cousins, fort excellents hommes à tailler la » pierre par incision de la vessie : le plus jeune des deux » nommé Gyrault, mourut âgé de cinquante ans, le mois de » juillet dernier, à Evreux, où il était allé pour tailler un » gentilhomme. Il avait autrefois taillé le pape d’aujourd’hui » à Cologne, l’an 1642. L’autre s’appelait Ph. Colot, âgé » d’environ cinquante-huit ans, qui a éléperitissimus artifex.

» Il était allé tailler un homme près de la Rochelle : il est » tombé malade d’une dysentérie et est mort à Luçon. Voilà » aujourd’hui A. Ruffin, jadis chirurgien de la Charité, le » premier lithotomiste de Paris. Il y en a encore quelques » autres qui courent après cette répntation lucrative, comme » Javot, chirurgien de la Charité; Govin, de l’Hôtel-Dieu; et » un autre Colot, cousin du défunt, qui était à Rordeaux, et » qui vient ici busquer fortune. » M. Chéreau (art. cité, Bict. mcycL, t. XIX, 1” série, p. 216), en écrivant : « Colot (Philippe), appelé grand, excellent lithotomiste par Guy Patin (lettre du 5 décembre 1659), et qui mourut à Luçon, en Poitou, après y avoir taillé un huguenot, au mois de novembre 1659», a fait encore une bien fâcheuse confusion. Au lieu de prendre, dans la lettre du 5 décembre 1656, ce qui appartenait a Philippe Collot, il lui applique ce qui, dans la lettre du 2 janvier 1659, était pour Jérôme Collot. On trouve, en effet, dans une autre lettre de Guy Patin à André Falconet (édition Reveillé-Parise, III, p. 107)-: « Je vous donne le » bonjour à ce commencement d’année, et je vous dirai que )) ce 2 janvier 1659, ce matin, j’ai rencontré dans nos écoles > un homme qui m’a fait vos recommandations ; il s’appelle 3). Jérôme Colot, lUhotomus expertus et peritus sed non- » dum tous famœ quantum vduisset. Il m’a dit que vous lui » aviez fait tailler plusieurs malades... » C’est bien évidemment celui qui était venu de Bordeaux (1). La grosse faute de M. Chéreau n’est pas d’avoir traduit le lithotomus expertus et peritus au lieu du peritissimus artifex, qui était

(1) . Jérôme Collot mourut en 1684, séloa Tolet

pour Philippe Collot, mais de l’avoir fait mourir en 4659 au lieu de 4656, et surtout d’avoir embrouillé en les mélangeant les dates des lettres de Guy Patin, Pour un admirateur fervent de ces lettres, ee n’est guère pardonnable. Il faut bien dire encore que si M, Ctiéreau les avait lues avec plus d’attention, il n'aurait pas inscrit au fameux tableau généalogique cet autre Gollot, cousin du défunt (Philippe Collot), venu de Bordeaux, Jérôme Collot enfin, comme son frère,

François Collot, qui dévoila le secret si longtemps gardé dans la famille, mourut en 4706, M, Chéreau le fait naître au hasard vers 4652, Que n’a-t-il là-dessus encore consulté la lettre à André Falconet du 43 mai 4659 (édition Reveillé- Parise, III, p, 435) : « Le petit Colot en a taillé d’autres qui » en sont réchappés; j’espère qu’il deviendra aussi bon et » aussi heureux opérateur que son père : fiat! » (Il aurait eu alors sept ans,) Et, page 747, une autre lettre au même, du 24 novembre 1669 ; « Le petit François Colot a depuis peu » taillé ici M, le marquis de Hauterive, frère de M, le garde y> des sceaux de Châteauneuf, qui s’en porte bien à l’âge de > quatre-vingt-cinq ans. 11 est allé en Flandres y tailler un » riche bourgeois. » (Et ici dix-sept ans.) Que n’a-t-il feuilleté aussi le Traité posthume de l'opération de la faille t il y aurait vu, pages 15, 105 et 159, la relation d’opérations faites en 1658 et 1660. Il faut donc, sans hésitation, remonter à une époque bien plus éloignée, et le faire naître vingt à vingt-cinq ans plus tôt, vers 1630 au moins.

La date 1652, donnée au hasard par M. Chéreau pour la naissance de François Côllot, est presque celle de la naisnance de son fils, Philippe-François Collot, l’auteur de la thèse dé philosophie conservée à la Faculté de médecine. Cettethèse a été soutenue le 10 août 1673, pour obtenir le grade de maître ès arts, le baccalauréat ès lettres d’aujourd’hui. Philippe- François Collot devait avoir alors dix-huit ans à peine. On peut donc admettre qu’il est névers 1655. Il est resté inconnu à M. Chéreau, malgré les renseignements qu’il était facile d’aller puiser dans le XV® volume des Commentaires. Ainsi

page 650, au commencement de la séance du 8 juillet 1673 le doyen Jean-Baptiste Moreau prévient l’assemblée que maître François Collot, l’habile lilhotomisle, est venu demander à la Faculté (Proposuit Decanus M. Franciscum Collot peritissimum lithotomum in mente habere), en reconnaissance des bontés qu’il a maintes fois reçues de ses docteurs qu’il lui plaise d’accepter la dédicace de la thèse de philosophie que son fils allait bientôt soutenir {Sibi ut liceat so~ phisma philosopMcum- quid quant primum esset propugnatarus ipsius filius, universo medicorum Parisiensium, ordini nuncupare), et qu’elle veuille bien permettre de le laisser faire lui-même sa demande à l’assemblée. Personne n’y mettant opposition, le sieur Collot fut introduitfadmissMs in comitiarum locum, dominus Collot ipse a Facultate ut exoraret), et fit sa demande en disant qu’il n’aurait Jamais souffert d’être taxé d’ingratitude envers la Faculté, etc. Puis, quand il fut sorti, elle déclara {facta supplicatione egressus e conclane declaravit Facultas) qu’elle acceptait la dédicace de la thèse, et que, pour reconnaître la gracieuseté qui lui était faite, elle se proposait d’honorer cet acte de sa présence {Facultatem sua presentia actum istum qua rei potest ratione cohonestaturam). Et le sieur Collot introduit de nouveau, le doyen lui fit part de la décision unanime de l’assemblée {atque id, iterum admisse domino Collot, renunciavit decanus de concessu).

Un mois après, page 658, le jeudi 10 août, le fils du sieur Collot soutint sa thèse. La chose eut lieu comme la Faculté l’avait dit. Douze docteurs, six du premier rang et six du second, convoqués per schedulam à Bidellis delatam, étaient présents à deux heures, au collège royal de Navarre, savoir, du premier rang, maîtres : François Blondel, Germain Préaux. Nicolas Richard, Jean Garbe, Jean- Armand de Mauvillainet Jean de Bourges; et du deuxième rang, maîtres : François Gouel, Jean-Baptiste de Revellois, Denys Puylon, Antoine Lemoyne, Charles Marteau et Claude Puylon. . Tous, avec le doyen, partirent de la chapelle en grand costume, précédés

des massiers, le doyen en tête, et se rendirent à la salle {ad locum disputationis), où les premières places leur avaient été réservées. Ils demeurèrent tous jusqu’à la fin de l’acte, et le sieur Collot leur en témoigna tout son contentement. Il avait offert une très belle thèse, entourée d’un ornement or et argent, au doyen, qui la rendit ensuite {Thesim elegantissimam aureo argenteo que ornamento munitam ohtulerat Decano, quam deindè ei reddidit Decanus). Cette thèse ainsi ornée fut mise dans un grand cadre doré, et donnée à la Faculté, qui la lit placer dans la salle de ses réunions, pour perpétuer la mémoire de cette gracieuseté envers elle {Quam adhuc eîeganter adornatam aurataque et amplissimia quadra instructam, postmodum obtulit Facultati, eamquein comitiarum loco apponi curavitad perpetuam grati erga Faeultatem animi memoriam).

Bien que les Commentaires ne parlent ni de l’image, ni de l’impression sur satin, qui n’étaient pas choses extraordinaires à cette époque, il ne me semble pas douteux qu’il soit ici question de la thèse qui se trouve aujourd’hui consèr-. vée à l’Ecole de médecine.

Philippe-François Collot reçut ensuite le Bonnet de maître ès arts de la main du recteur. Et c’est tout ce qu’on sait de son histoire. La dédicace de sa thèse : « Saluherrimo et celeberrimo medicorum Parisiensium ordini » aurait pu faire croire qu’il serait un jour docteur régent. Il n’en a rien été. Son nom n’est pas inscrit, même comme bachelier, dans les Commentaires. Il aura préféré suivre la carrière de ses illustres ancêtres. Et à ce propos j’ai le regret de trouver encore M. Chéreau en faute (art. cité, p. 216) quand il dit que Colot (François), l’auteur du Traité de l’opération de la taille, a été « le dernier des Colot lithotpmistes ». Tout le monde sait, au contraire, que son fils (très probablement Philippe-François) Int obligé de le tailler ; et d’ailleurs ce passage (p . 88) de Charles Perrault, dans l’éloge de Philippe Collot, deuxième du nom, ne laisse aucun doute : « Il est vrai encore que, quelque » excellent qu’ait esté dans ses opérations celui dont je parle,

x> on a encore enrichi sur ses connaissances. Son petit-fils » qui vit présentement et qui est le sixième de père en fils » qui possède ce précieux talent... »

Est-il besoin de faire remarquer que les Collot d’alors malgré leur spécialité, avaient trouvé grâce devant la sévère Faculté? Il faut dire qu’elle traversait le moment difficile, où son autorité venait d’êti'e battue en brèche par la création de la Chambre royale, il avril 1673. Cette Société rivale était formée de médecins qui, reçus dans les écoles provinciales, et venus à Paris avec de grands personnages, prétendaient y exercer, contrairement aux statuts de la Faculté, sous la haute protection de Daquin, le premier médecin du roi (Varchiatrorum cornes). Déjà François Collot n’avait point à se louer deVallot, le prédécesseur de Daquin. C’était une raison suffisante pour avoir la faveur des docteurs régents.

Mais peu importe, j’aime mieux insister sur le renseignement, d’une bien autre importance, qui est donné par la cé^ lèbre thèse de 1673, sur l’orthographe du mot Collot. Il faut décidément l’écrire avec deux l-, et non pas Colot, comme on le fait généralement aujourd’hui, d’après l’auteur anonyme qui a. composé le discours-préface et donné le titre de l’ou- . vrage posthume de Fr. Colot. Dans le corps du livre, au contraire, le nom. de Collot est toujours écrit comme il faut, avec deux l. On a déjà vu Collo écrit de cette manière, dans les citations empruntées à Ambroise Paré, et Moréri, qui a fait l'article de son Dictionnaire d’après Charles Perrault, a mis aussi comme lui deux l au nom de Collot. Enfin Armand- Joseph Collot, le docteur régent de l’ancienne Faculté, a toujours signéles registres-commentaires, chaque année : Collot.

Cet autre membre de l’illustre famille était né à Paris. U était déjà docteur en médecine de Reims quand, le 29 janvier 1695 [Commentaires, XVIP vol., p. 236), il demanda à être admis, après examen, au nombre des bacheliers qui faisaient leur stadium de 1694 à 1696. La Faculté avait été obligée d enfreindre un peu ses statuts pour aider à l’extinctipn de la chambre royale, qui avait perdu son principal appui.

Taquin, le premier médecin du roi, avait été remplacé par Fagon (un docteur régent!) le 2 novembre 1693. Les registres nous apprennent que deux candidats seulement s’étaient présentés au baccalauréat en 1694 et avaient été admis le 3 avril : André Cressé et Jean-Baptiste Chomel {Commentaires, p. 197). Déjà, dans les deux années précédentes (1692-1694), il n’y avait eu que trois bacheliers. Il était donc grand temps d’agir, la Faculté se mourait. Le 3 mai 1694 parut l’arrêté supprimant la chambre royale. Il fut enregistré au Parlement le 29 juin. C’est alors que la Faculté dut instituer des exa mens supplémentaires pour le baccalauréat. D’abord, le 16octobre (jubilé de la Saint-Rémy), furent admis neuf docteurs et deux candidats nouveaux {Commentaires, p. 207) : Joseph Pithon Tournefort (d’Aix), docteur-médecin d’Orange (1), le 10 mail688; — Honoré Michelet, docteur-médecin d’Avignon, 26 août 1670, puis docteur-médecin de Montpellier, 3 mars 1694; — Charles Thuillier, docteur-médecin d’Angers, 30 septembre 1671; — Pierre Jacquemier, docteur-médecin de Toulouse, 3 mai 1679; — Philippe Hecquet, docteur-médecin de Reims, 8 juillet 1684, puis d’Abbeville, 2 août 1694; — Daniel Tauvry, docteui’-médecin d’Angers, 7 septembre 1685; — Antoine Serin, docteur-médecin de Toulouse, 26 septembre 1686; — Jean Bompart, docteur-médecin de Reims, 2 mai 1683; — Jacques Souhait, docteur-médecin de Montpellier, 2 mai 1687; — Gilbert Puylon et Antoine Leclerc.

Le'26 février 1695, furent admis Armand-Joseph Collot (de Paris); docteur-médecin de Reims (2), et Mathieu-Denis Fournier (de Paris), aussi docteur-médecin (p. 237); et enfin, le

(1) Le texte mauuscrit porte Auraciensis. C’est ATausi^nsis qu’il faut lire. Le secrétaire du doyen Claude Berger a fait le même lapsus calami, p. 276, où il écrit Oardîicensibus m lieu de Cadurcensibus.

' ^ (2) Les Commentaires ne donnent pas la date de sa réception. Mais je dois à l’extrême obligeance de M. le docteur Maldan, directeur actuel de l’Ecole de Reims, de savoir qu’elle eut lieu le 9 septembre 1692. Rien de plus, les registres de cette époque sont perdus ! — Il me faut faire remarquer en passant què M. Chéreau â dû se tromper encore, au moins un peu, quand il a mis la naissance d’Armand-Joseph CoUot en 1672. Car U est bien probable que l’École de Reims ne faisait pas des docteurs âgés seulement de vingt ans.

16 avril, cinq autres docteurs : Jacques Minot (de Sancerre) médecin du prince de Bourbon, docteur-médecin de Valence en Dauphiné, 26 octobre 1665; — Joseph Chambon, autrefois médecin du roi de Pologne, docteur-médecin d’Avignon 6 septembre 1677 ; — Jean Gaillard, docteur-médecin, 5 fél vrier 1689; — Claude Dufresne (de Paris), docteur-médecin de Reims, 24 décembre 1692; — Nicolas Audry de Boisregard (de Lyon), docteur-médecin de Reims, 3 novembre 1693 (p. 240).

Armand-Joseph Collot fut élu le premier de cette licence, le 3 septembre 1696. Tournefort avait la quatrième place et Jean-Baptiste Chomel la sixième. Les thèses d’Arm. J. Collot sont dans le IX® vol. du recueil in-fol., aux numéros 1485, 1490, 1508; 5 mai 1695, 16 juin 1695 et 26 janvier 1696. Les Commentaires {loc. cit., p.294) nous apprennent qu’il donna généreusement à la Faculté cent louis d’or (1400 livres) pour sa première place à la licence [Pro gratia prioris loci in licentia obtenti açcepit decanus centum ludovicos aureos... quos generose obtulit facuUati). Il reçut le bonnet de docteur le 4 octobre 1696, devint ensuite docteur régent, puis professeur de chirurgie à la Faculté en 1710. Il mourut en 1726. Etait-ce un frère de Phili}. pe-François Collot? Je ne le crois pas (1). Ses prénoms semWent indiquer une autre branche de la famille.

M. Chéreau, lui, ne craint pas de l’inscrire, à tout hasard, dans son tableau, comme fils de François Collot, entre un frère aîné, « Colot, lithotomiste à Aix en 1726 », et un autre plus jeune, « Philippe Colot, opérateur du roi en 1754 ». Ce dernier me semble bien plutôt être, à cause de son prénom, un dis du Philippe-François Collot, l’auteur de la thèse de philosophie. Mais je crois inutile de me perdre en suppositions sur tous les personnages du nom de Collot qui ont été réunis dans le tableau généalogique dressé par M. Chépeau. Il vaut mieux signaler les principales impossibL

q) S’il ayait été fils de François Collot, les Comifientaires l’aoraiept dit,

lités qu’il renferme : 1® Charles Collot, opérateur du prince de Condé (1638), du roi (1644)..., et Jacques Collot, chirurgien du prince de Condé (1644), ne peuvent être les frères du premier Philippe Collot, mort à quarante-deux ans (1556-1608). 2® Pierre Collot, né le 6 janvier 1635; François Collot, né le 22 mai 1657, et Philippe Collot, mort en bas âge chez son père, rue Quinquampoix, le 29 septembre 1 648, ne sont pas non plus les frères du second Philippe Collot, mort à Luçon à soixante-trois ans (1593-1656). 3® Cette fdle du premier Philippe Collot, mariée à Restitut Girault, lithotoiniste célèbre que M. Chéreau fait naître le 6 février 1634, a été, en réalité, mariée vers 1607.

Quant à « Marie Akakia, fille de Martin Akakia, célèbre médecin de Paris », je me demande s’il faut en parler au milieu de tant d’incertitudes. Il n’est pas impossible qu’elle ait été la femme du premier Philippe Collot. Mais alors elle ne pourrait être qu’une sœur inconnue de Martin Akakia (1574- 1605) et de Jean Akakia. Celle qu’on connaît épousa Pierre Seguin, lequel fut professeur de chirurgie au Collège royal de 1588 à 1599, après son beau-père, Martin Akakia (1539- 1588), mort à quarante-neuf ans. En 1599, Pierre Seguin fut remplacé par Martin Akakia, son beau-frère, qui mourut en 1605 sans postérité. Jean Akakia, son frère, docteur en 1612, puis docteur régent, puis médecin de Louis XIII, alla mourir en Savoie à la suite du roi, en 1630, laissant plusieurs enfants. 1 avait été doyen de la Faculté de 1618 à 1620.

Je n’ai rien à dire des autres femmes des Collot mentionnées par M. Chéreau, si ce n’est que le tableau généalogique ne renferme pas la seule que j’aie pu retrouver, la femme du second Philippe Collot (1593-1656). On lit, en effet, à la page 201 du livre posthume de Fr. Collot, une observation intéressante à plus d’un titre qui commence ainsi : « Une » religieuse de Saint-Magloire, rue Saint- Denis, à Paris, âgée » de soixante-douze ans, sœur aînée de Marie Boucherat, ma » mère, avait dans la vessie une grosse pierre... Je le (corps ^ étranger) cassai peu à peu par morceaux, et je le réduisis

% ensuite en fragments ; et sans rien retirer de la vessie avec J) des instruments, je lui fis rendre ces fragments, en sorte )) qu’au bout de huit jours il ne lui restait plus rien. Elle ■» mangea toujours de même qu’elle mangeait en pleine santé. D Elle a vécu jusqu’à l’âge de quatre-vingt-deux ans. »

Je n’ai pu résister au désir de citer la fin de cette observation, et j’aurais voulu en signaler bien d’autres pour montrer que la pratique de Dolbeau (lîthotritie périnéale) ne différait pas de celle des Collot. Il est remarquable que le chirurgien de notre temps a eu le même succès que ses illustres devanciers, dont il a singulièrement perfectionné le « dilatatoire ». Cet instrument est représenté au chapitre xliv du livre XVII des Œuvres complètes d’Ambroise Paré (i® édition et suivantes).

Je regrette que l’exiguïté des colonnes du feuilleton m’empêche de reproduire ici le tableau généalogique de M. Chéreau. J’ai dit qu’il était à refaire. Je propose le suivant ;

TABLEAU GÉNÉALOGIQUE DES COLLOT Laurent Collot, originaire de Tresnel ; à Paris en 1556.

Laurent Collot opérait en 1566.

Philippe Collot (1566-1608)»

Mort à, 42 ans.

N... née avant 1593, épouse

Restitut Girahlt.

Jacques Giradlt.

Mort eu 1656.

Philippe CoLl 1593-1656, épouse Marie Boucherat.

Mort à Luçoii

Geneviève Collot X... Collot • mariée à d’où viendraient Sévcrin Pineau- Charles,

Jacques, Gérômo,

François Collot (1630-1706). auteur du livre posthume publié en 1727.

Philippe-François Collot, auteur de la thèse de philosophie de 1673.

Mon tableau est trop incomplet, assurément; mais il a l’inûontesiable avantage de s’accorder avec cette phrase de

Charles Perrault, dans sa notice sur Philippe Collot, qui a vécu dans le dix-septième siècle, de 1593 à 1656. « Tels étaient son père (Philippe Collot, mort à quarante-deux ans), son ayeul (Laurent Collot), son bisayeul (Laurent Collot de Tresnel), et depuis lui son fils (François Collot) et ses petitsfils (Philippe-François Collot et . ). » Il est plus que pro¬

bable que, quand Charles Perrault fit sa notice, il avait été se renseigner auprès de François Collot, l’auteur de l’ouvrage qui fût publié seulement vingt et un ans après sa mort, en

Admettant que des deux frères, Laurent et Jean Collot, Laurent soit l’aîné, puisqu’il porte le nom patronymique de la famille, j’ai dû mettre, comme fille de Jean, Geneviève Collot, épouse de Séverin Pineau, qui ne figure pas sur le tableau de M. Chéreau.

Il y manque encore bien évidemment un inconnu, X..., frère de Geneviève ou du premier Philippe Collot, d’où serait issue une seconde branche, à laquelle appartiendraient Charles et Jacques. C’est à ce dernier, probablement, qu’il faudrait donner pour enfants : Pierre, né en 1635; François, né en 1637 ; et Philippe, mort en bas âge, chez son père, rue Quinquampoix, en 1648. Mais que vaudrait un tableau généalogique bâti sur de pareilles suppositions?

Restent encore : Jérôme Collot, le cousin qui vint de Bordeaux « busquer fortune » à Paris; Armand-Joseph Collot, le docteur régent, mort en 1726, et le « Collot lithotoraiste à Aix en 1726 », dont on ne sait que faire, comme de Martin et Zacharie.

MARTI>'ETs

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