‹ Etudes historiquesChapitre 22 sur 40 · RENNES · texte numérisé non relu

RENNES

' extrait de la gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie

JEAN GÜINTER D’ANDERNACH

SON NOM, SON AGE, LE TEMPS DE SES ETUDES A PARIS SES TITRES, SES OUVRAGES

PAR

M. LE D' E. TURNER

Ancien interne des hôpitaux de Paris Membre honoraire de la Société anatomique

Voilà peut-êlre le plus célèbre et le plus connu de ces médecins érudits de la Renaissance, qui savaient les langues et qui s’évertuèrent à fonder la pure médecine en traduisant en latin les auteurs grecs. Eh bien! grâce à la négligence des historiens, ce docteur régent de l’ancienne Faculté, a perdu même son nom. On l’appelle'aujourd’hui Gonthier d’Andernach, et comme si ce n’était pas assez, on s’accorde à le faire naître en 1487, dix-huit ans trop tôt.

C’est vers le milieu du dix-huitième siècle que la Faculté de médecine de Paris opéra le changement du nom, en proposant pour sujet de prix, pour l’année 1765, V éloge de Gonthier d'Andernach, etc. L. A. Prosper Hérissant, étudiant en médecine (1), l’heureux lauréat, n’osa sans doute

(1) Il mourut à vingt-quatre ans, de la variole, le 10 août 1769 {Éloge histor. , sans nom d’auteur. Paris, 1771.) Bibl. de l’École de médecine, n» 40 291.

pas élever de discussion sur ce point, et Guinter allait ainsi passer à la postérité sous le nom de Gonthier. Entraîné sur cette pente fâcheuse, M, Poirson, dans le Précis de l’Histoire de France qui devait instruire plusieurs générations, a poussé même l’inattention jusqu’à l’appeler Gauthier (pages 144 et 146 de l’édition de 1840) (1). Il n’est donc pas inopportun de mettre un terme à tant de singularités et d’essayer de rendre à Jean Guinter son véritable nom.

Le titre de ses nombreux ouvrages porte toujours Joannes Guinterius Andernacus, et l’un d’eux, traduit en français par lui-même : Instruction très utile par laquelle un chacun se pourra maintenir en santé, tant en temps de peste comme autre temps, imprimé à Argentine (Strasbourg), au Pélican, Van 1547, est par maître Jehan Guinter d'Andernach, docteur de Paris en médecine. Rien n’est donc plus simple. Seulement, en tête de ses deux derniers ouvrages, le de Balneis et aquis medicatis, in-8% Strasbourg, 1565, et le gros in-folio De medicina veteri et nova, Bâle, 1571, les imprimeurs ont mis un th à Guinterius. Cette variante s’explique jusqu’à un certain point pour le livre imprimé à Bâle (dont le titre a été fait sans la participation de Guinter, puisqu’il y est qualifié de medicus clarissimus), mais pour le de Bakeis, imprimé à Strasbourg, où l’auteur résidait alors, on ne devine plus pourquoi l’on met une première fois Guintherius. Ne serait-ce pas une simple faute d’impression? En effet, dans les commentaires de l’ancienne Faculté, dont Guinter a fait partie, son nom est constamment écrit Guinterius, et tous les contemporains, sans exception, ont fait' de même. Ainsi, Vésale, dans son édition revue et corrigée des Institutions anatomiques de Guinter, Venise, 1538, et dans la lettre sur la racine de Squine, Bâle, 1546; comme Lambert Hortensius dans la préface du Plutus d’Aristophane, Utrech, 1556 ; comme Heiiric Pantaléon, qui (Prosopographiœ heroum atque illustrium virorwn totius Germdniæ—

(1) Ce n’est pas une faute d’impression. Il l’écrit à quatre Ms différentes, tou-

turs de la même manière.

fôrto. Basileæ, 1566) a laissé passer une grosse faute

d’impression : Quinferius.

te poërae en vers latins de Georges, Galaminus, imprinié à ■ Strasbourg, in-4°, 4575, a pour titré : ŸUa cîarissirdi doctissimique viri Joannis Guinterii, Andemad medici celeberrimi....- Garmén. Cependant le même volume contient une oraison funèbre en vers grecs de Hubert Damien d’ And eirnach, où le nom de Guinterius aurait été remplacé par celui de rouvéeptoç.

A ' Cette innovation de son compatriote, acceptée plus tard par , quelques historiens, a été probablement la cause première . du changement de Guinter en Gonthier. Le livre de Georges Galaminus est malheureusement introuvable. A son défaut, il nous reste bien l’inscription du même Huber Damien, placée au-dessous du portrait des deux volumes grand in-folio : De mdiùina veteri et nom, on se retrouve le mot grée, écrit de la même manière, dans, V Iconographie de

. Nicolas Reusher, le mêine portrait, gravé de nouveau par Tobie Stimmer, est accompagné d’autres vers du célèbre professeur 'de grec, et cette fois l’orthographe est devenue un ■ peu plus conforme à la vérité, TovtvOtpio^. N. Reusner {Icônes sive imagines mror. literis illustrium..:- m G er mania prœsertim... Additis eorumd. elogiis. Àrgentorati, B. Jobinus, 1587, petit in-8) l’inscrit, malgré cela, sous le nom de Mannes Guinterius Andernacus, sans th.

Pendant longtemps encore on ne fit pas autrement. Ainsi Conrad Gesner {Bibliotheca recognita et aucta per Ms. Simlerum... Zurich, 1574, in-fol., p. 377), Gaspard Bauhin, Pascal Gajlus (Bibliotheca medica site catatog. med, ad annum 1589. Bâle, 1590, in-8), J. Sambucus (Veterum aliquot et recentium medic. philosoph. Icônes. Anvers, 1603, n® 34), Jacques Omphalius (De elocutione... adjectis ad finem epistolis. Lugduni, 1606, p. 363), et même jeân- • Georges Schenck, lorsqu’il publia pour la première fois y. cl. D. Man. Guinterii Andernaci Gynæciorum commentarius, de gravidarum, parturientium, puerperarum et

infantium cura, et le tableau des auteurs qui ont écrit sur le même sujet, page 52, in-8 de 56 pages. Strasbourg, 1606 — C’est sans raison que le même auteur, quelques années après, change le t de Guinterius en th (Biblia iatrica.. Francfort, 1609, in-8).

Pierre Castellan, professeur de langue grecque à Louvain revient à Guinterius {Vitæ illustr. med. qui toto orbe ad hæc usque tempora floruerunt. Anvers, 1618, in-8, p. 239); tandis que Melchior Adam, qui avait d’abord écrit, comme par hasard, Guinterius, en faisant une citation {Vitcè pUl German., 1615, t. I, p. 295, art. Lambert Hortenshis), adopte le th dans l’article Joannes Guintherius {De vita med. Germ., 1620, t. III, p. 223). Cette notice, très littéraire et pleine de détails, ayant été, dans la suite, consultée par tous les historiens, a contribué puissamment à cette première modification du nom de Guinter. Désormais on écrira indifféremment Guinterius ou Guintherius.

Joh. Antonid. Vander Linden (Z)e script, med. Amsterdam, 1637, p. 275) a préféré Guintherius, tandis que Jean Riolan le fils (Opéra anatom. Paris, 1649, in-fol., p. 803) a tenu à conserver le nom tel qu’il se trouve écrit aux Commentaires: Guinterius. Gabriel Naudé, qui l’appelle ordinairement Andernacus (De antiquit... et dignit. Sckolæmed. Parisiens., 1663, in-8), a voulu garder aussi Joawwes Guinterius (p. 137). Paul Freher (Theatr. vir. éruditions clar. Nuremberg, 1688, p. 1269) l’enregistre encore sous son vrai nom Guinterius.

Dans la même ville de Nuremberg, deux ans auparavant, Mercklin (Lindenus renovatus, 1686), ayant sans doute égard au Towdtpioç d’Hubert Damien, le nomme pour la première fois Guntherius.

Au commencement du dix-huitième siècle, sauf Jacques Douglas, qui écrit exactement Guinterius (Bibliogr. anat. Londres, 1700), en tête de son article (p. 68), tout en laissant passer à la table Guintherius, tous les autres historiens, André Ottomar Gælieke, à Magdebourg (hist. anatomies, 1713, n“ 57) ; à Leyde, Boerhaave et Albinus, dans la préface

qui contient la vie deVésale(Oi)era omnia Vesalü, 1725), et à Genève J. J. Manget {Biblioth. script med., 1731), adoptent unanimement Johannes Guintherius en revenant au th.

Après ceux-là, le dictionnaire universel de médecine de James, traduit de l’anglais par Diderot, Eidans et Toussaint, revu par J.ulien Basson (1746, fol. vi, v.; la première édition est de 1743), retourne à l’orthographe primitive de Guinterius (t. 1, p- 1240, art. Anatomie). A la même époque, à Cologne, le Père Hartzeim (Bibliotheca coloniensis, 1747, in-fol.) dit aussi Guinterius (p. 178). Cependant l’auteur de la traduction du Dictionnaire universel de James l’a nommé, page cxvj, Guntherus d’Andernac. C’est alors le moment de la plus grande confusion. On peut en juger dans l’ouvrage ie EaWer {Methodus studii medici... (Amsterdam, 1751). L’illustre bibliographe, après avoir donné à Johannes Guin~ ter Andernacensis son vrai nom, page 499, l’appelle, dans le même paragraphe, Gunterus, puis Gunther, vulgo Guinterus, page 849, et ailleurs constamment Guinterus (p. 367 et 588).

De plus, Antoine Teissier avait publié àLeyde, en 1715, les Éloges des hommes savants, tirés de THistoire de M. de Thou. Pour lui, Guinterius devient en français Guinthier. Le Père Niceron {Mémoires pour servir à V histoire de la république des lettres. Paris, 1730, t. XII, p. 42) n’a pas fait la faute de mettre un th; mais en tiraM Guintier du latin Guinterius il est encore un peu à côté de la vérité. S’il avait connu le petit traité de la peste, traduit en français par maistre Jehan

Guinter d’Andernach lui-même {Instruction très utile .

Argentine. Au Pélican, l’an 1547), il n’aurait pas eu la peine de chercher à faire un autre nom.

Enfin Eloy (Dicf. hist. de la méd., 1” édition. Liège, 1755), comme Moréri, d’après lui, a eu le tort de changer le t en th et d’écrire Jean Guînther.

Ainsi, à l’époque où Astruc travaillait aux Mémoires pour servir à V histoire de la Faculté de médecine de Montpellier, fiui furent publiés par Lorry (Paris, 1767), la plus grande

confusion régnait sur le nom que les auteurs donnaient à Jean Guinter d’Anderna'ch. Sous l’influence du célèbre Astruc les études historiques eurent une certaine vogue. On parlait beaucoup de son livre tant de fois promis (Eloy, Dict. hià 1755, t. I, p. 114), et qui devait voir le jour seulement deux ans après sa mort.

Or, en 1763, « un anonyme (peut-être Astruc lui-même)

» , ayant fait tenir à la Faculté de médecine une somme de trois » cents livres pour donner un prix à qui ferait le meilleur » éloge d’un médecin célèbre désigné un an d’avance » J. B. Louis Ghomel, ancien doyen, proclamé dans l’assem- » blée générale, le 18 octobre 1764, jour de Saint-Luc, sur le » rapport de MM. Astruc, Casamajor, Gevigland, Moreau,

» Solier et Roux, fut admis à lire son Eloge de Louis Duret,

», docteur régent, professeur au Collège royal, médecin ordi- » naire de Charles IX et de Henri III ». (A Paris, chez Lottin üaisné, 1765.) Il est dit dans la préface, page xiii ; « On » peut donc espérer de voir le prix fondé de manière ou » d’autre. On fera des éloges, et les médecins de la Faculté » seront admis au concours. Chaque siècle fournira au moins » deux ou trois médecins. On propose pour l’année prochaine » l’Eloge de Gonthier d’Andernac. Il paraît donc qu’ôns’oc- » cupe actuellement du siècle de François P’'; ce siècle est » celui du renouvellement des lettres en France. » Ainsi voilà qui est fait : Guinter est dépouillé de son nom, sans motif, négligemment, par la Faculté elle-même, à l’instiga-tion, sans doute, du célèbre Astruc ; car, dans les Mémoires pj^m: servir à r histoire de la Faculté de Montpellier (p. 236), il est appelé Jean Gunthier d’Andernac. . . " ' .

Prosper Hérissant ne pouvait évidenament pâs se permettre de discuter la nouvelle appellation de Jean Gonthier d’Andernach, qui lui était imposée ; mais il a.urait dû s’eh tenir là et ne pas divulguer la note manuscrite de M, Schœpflin, alors professeur d’histoire et de belles-lettres à l’üriivèrsité de Strasbourg. Cette note inqualifiable, placée en marge d’un précieux: exemplaire du poème de Georges Galaminus, cont

tient autant d’erreurs que de mots. Elle est reproduite à la première page de V Eloge historique, etc., par Prosper Hérissant (Paris, 1765).

La voici : « Le nom de Gonthier était Wmther, cë qui si- » gnifie en allemand hiver. Il a changé le W en Gu, comme » on écrit Guillelmus pour Wilhelmus. La plupart des au- » leurs le citent sous le nom de Guintier. A son nom propre )) il joignait toujours la dénomination de sa patrie, qu’il asso- )) ciait ainsi à sa gloire. On voit à la tête de la plupart de ses » ouvrages Joan. Guinterius Andernams, quelquefois An- » dernacus tout seul, on Janus Antoniacüs ou Antoniace- » nus, c’est la même chose. Andernach portait dans l’ancienne » Gaule, et soüs nos premiers rois, le nom A’Antoniacum. » La confusion n’était ïpas assez grande ! il n’y avait pas assez de Gonthier. Voilà maintenant un nouveau nom, Winther (qui aujourd’hui ne prend plus à’h). Certes, il n’a pas été difficile à M. Schœpflin de s’imaginer que Guinter venait de Winter. Mais de Winter arrivera Gonthier, c’est autre chose. Gonthier en allemand se dit Günther, en latin Guntherus, ce qui est vraiment trop loin de Guinterius. Winter et Gunther sont deux mots qui ont leur signification propre. Il faut choisir. Ce ne peut être l’un et l’autre. Si c’est Guinter, ce n’est pas en même temps Gonthier. En second lieu, Teissier et le Père Niceron sont les seuls auteurs qui Paient appelé Guinthier ou Guintier. Eloy {Dict. hist., 1755) l’avait nommé Guinther. Quant à joindre toujours à son nom propre le nom de sa patrie, il ne faisait en cela que suivre la coutume de son temps. De même qu’en tête des ouvrages de Lnlien, on -^oxi Claudius Galenus Pergamenus, et de ceux de Vésale, Andréas Vesalius Bruxellensis, etc., on a mis sur ceux de notre auteur Joannes Guinterius Andernams, mais jamais Andernams tout seul ; cette abréviation n’a été employée dans là suite que par quelques historiens. Seulement, pour le traité en latin de la Peste, Guinter a remplacé Andernacus par Antoniacenus. Une autre fois, il a pris le pseudonyme de Janus Autoniacus, dans le temps où il s’est

abstenu même de signer l’une de ses traductions, De diebus -decretoriis lihri très. . . Paris, 1529. Ea\\eT(BibLmed., p. 232) d’après Conrad Gesner (Bibl..., 1574, p. 327) et J. G. Schenk {Bibl. iatrica..., 1609, p. 266), a écrit Antoniacus. Mais dans l’original (Cl. Galeni Perg. de constitutione artis medicæ liber), il a quatre fois répété Autoniacm. Faut-il ajouter que dans l’ouvrage de Gesner il s’était glissé une faute d’impression, un ^ à la place du c, et que Schenck a copié Antoniatus. Enfin Andernach portait le nom AAntoniacum, peut-être Autoniacum, plutôt que Antenacum (Ammien), Antomcum ou Antunnacum.

Et c’est ainsi qu’on fait de l’histoire à la légère! Parles erreurs accumulées sur le nom seul de Guintêr on peut juger du reste. Il faut bien trop de temps pour remonter aux sources. N’est-il pas infiniment plus commode de se servir des écrits des autres sans se préoccuper en aucune façon de ce qu’ils peuvent contenir de vrai ou de faux et même d’inac- ■ceptable ! Guinter devenu Gonthier et Gonthier transformé en Winter n’e&t pas possible. Vous croyez qu’on va s’arrêter devant cette impossibilité? Pas du tout! Eloy, un historien sérieux cependant, dans la deuxième édition de son Dict. hist. dé la médecine anc. et mod., in-4“, 4 volumes, 1778, après le nom de Jean Güinther, ajoute : « que d’autres ap- » pellent Gonthier. Son nom véritable était Winter. Il

changea le W en Gu et se donna celui de Güinther. » Malgré cela, dans le cours de son article, Eloy le désigne constamment, sous le nom de Gonthier, d’après l’Eloge de Prosper Hérissant.

Déjà, en 1774, Haller lui-même (jBibl. anatom., 1, 174), subissant l’influence du livre nouveau, avait abandonné le mom de Guinter du Meth. studii medici pour celui de Gun- THERTJS (l’appêllation latine de Gonthier). Je pense, dit-il dans une note, qu’on doit plutôt le nommer ainsi, parce que son compatriote Hubert Damien l’appelle Tou-Apiov; mais, àjoùte-t-il, le mot grec devrait être écrit autrement, si Winter était le vrai nom. Il lui était facile de s’assurer de la vérité,

puisque partout il y a Joannes Guinterius Andernacus. Après le titre Guntherus, il commence sa notice par J. Günther, vulgo Guinter, Andernacensis, pour dire ensuite constamment Guinterus. La confusion devient encore plus grand e dans h Bibl. med. pract. du même Haller (1776, I, 517). Au-dessous du titre, qui cette fois est J. Guinther, on lit : J. Guintherus (Winter) Andernacensis. Ailleurs, à la page 208, le nom de J. Guinter est mis correctement comme par hasard. On retrouve, en effet, page 231, Gunther; page 232, Guinther; et page 233, Guintherius. Il est remarquable qu’Haller, écrivant en latin, n'ait pas une seule fois donné l’orthographe réelle de Guinterius, qu’il aurait pu voir en tête de ses nombreux ouvrages.

Ceux qui se sont bornés à en donner les titres n’ont pas manqué d’écrire exactement son nom. Le Catalogue de Falconeta poussé même l’exactitude jusqu’à conserver Guintherius pour le De halneis et aquis medicatis. Autrement c’est toujours Guinterius (p. 230, 232, 233). Dans Quæstionum medicarum sériés chronologica (Paris, 1752,' troisième partie), on trouve mentionné à l’année 1530 : Joannes Guinterius Andernacus. J. A. Fabricius (Biblioth. græca. Hambourg, 1708-1728), qui énumère les divers traducteurs des œuvres de Galien (t. V de l’édition de 1796), dit indifféremment Guinterius et Guintherius, mais jamais d’autre nom ressemblant à Gunther ou Gonthier. Enfin la Bibliothèque française de Du Verdier Vauprivas (1544-1600) (Paris, 1773, t. 11, 440) fait mention de Jean Guinter d’Andernac avec l'Instruction par laquelle un chacun se pourra maintenir en santé, tant au temps de peste comme en autre temps, imprimé à Strasbourg, au Pélican, 1547. A cette indication si précise, M. de la Monnoye, de l’Académie française, n’a pas craint d’ajouter la note malheureuse que voici : « Ce mé- » decin, que de son nom latin Guinterius nous aurions dû appeler Guintier, n’a rien écrit en français. Mais ayant » composé le livre De victus et medicinæ rations cum ali o » tum pestilentiœ tempore observanda, imprimé à Stras-

» bourg, 1542, in-8», il s’en est fait une traduction française » anonyme, qui est celle dont il est ici parlé, laquelle n’étant ’)) pas de lui ne doit pas lui être attribuée. Il mourut à Stras- % bourg le 4 octobre 1574, dans sa quatre-vingt-septième » année. Voy. les Mém. de Niceron, t. XII, où il est appelé )) Jean Guintier. » M. delà Monnoye nous apprend la source où il a puisé. Il se trompe en tout très gravement, même sur la quatre-vingt-septième année, comme nous le verrons bientôt. Outre la traduction française de Jean Guinter, il avait paru celle d’Anthoine Pierre, de Rieux. Chez les libraires Jehan et Enguelbert de Marnef, au Pélican, à Poitiers, 1544.

Tous les historiens modernes vont naturellement accepter, sans réflexions, le Gonthier d’Andernach de YEloge histo rique de Prosper Hérissant. Cependant Thomas Lauth (Eîst. de Vanat., 1815, p. 356) le nomme encore Guinther. Il est singulier que cet auteur n’ait pas supprimé Vh, puisqu’il commence son article par « Jean Winter, appelé en latin GuintJierus et en français Gonthier » . On se demande comment Lauth, sachant l’allemand, a pu conserver un pareil amalgame et laisser croire que le même personnage pouvait avoir deux noms si différents que Guinter ou Winter, et Gonthier, c’est-à-dire Günther. Il était si facile de s’assurer des noms véritables, Guinter et Güinterius. Mais personne ne veut se donner la peine de faire des recherches ! La Biographie médicale de Boisseau et Jourdan répète sans y prendre garde ; (c Gonthier s’appelait véritablement Winter. » Le Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne de Dezeimeris, 1834, en mettant à côté de Jean Gonthier, Joannes Guinterius Andernachus, fait un rapprochement qu’il est impossible à un esprit un peu sévère de laisser passer. Brunet {Manuel du libr.) inscrit régulièrement Guin- 'terius (Joannes)-, mais il dit trop légèrement aussi que J. Guinterius est la traduction latine de J. Gonthier. Aujourd’hui il n’est plus question dans les ouvrages de bibliographie èt d’histoire que de Jean Gonthier d’Andernach !

Ainsi de Guinterius, Guinter (Winter), Guintherius,

Quinthier, Guintier, Guintherus, Guinther, Guinterus, on en est arrivé à Gunthier, Gonthier, Gunther, Guntherus, Gunterus, Guntherius (lerowôepîo; de Hubert Damien, qui avait aussi écrit Torjnhpioç). En vérité, Gonthier est trop loin de Guinter ou de Guinterius, pour qu’on persiste plus longtemps à garder cette nouvelle dénomination, qui n’a pas sa raison d’être. Il faudra donc l’oublier comme un préjugé, et écrire désormais dans l’histoire Jean Guinter, Ge sera peut-être moins euphonique que Gonthier d’Andernach, mais plus vrai,

C’est une chose acceptée par tous les historiens depuis MelchiorAdam (1620) que Jean Guinter d’Andernach est né en 1487, et qu’il avait quatre-vingt-sept ans lorsqu’il mourut le 4 octobre 1574. Vander Linden {De script, med., 1637) a bien mis 1497 au lieu de 1487 ; mais comme il a laissé persister à côté de cette date nouvelle « mort à quatre-vingtsept ans », on ne peut avoir aucun doute ici sur une faute d'impression, qui a été reproduite, malgré cela, par quelques auteurs distraits.

La prosopographie d’Henric Pantaleon (1566) fait seule exception à l’opinion généralement admise. Elle recule la naissance de Guinter jusqu’en 1510, Mais le retentissement des éloges de Melchior Adam a fait oublier l’ouvrage contemporain de H. Pantaléon, et la date 1510 a été abandonnée, repoussée même assez dédaigneusement par Prosper Hérissant (ouv. cit., note de la page 38), qui avec tout le monde fait naître Guinter en 1487, dix-hüit ans trop tôt. H. Pantaléon tout en se trompant était, on le voit, bien plus près de la réalité, cinq ans trop tard.

On ne peut comprendre la persistance d’une pareille erreur, •loo la lecture plus attentive du récit de Melchior Adam devait faire soupçonner. Suivons, en effet, pas à pas les premières années de cette biographie de Jean Guinter que tous

les historiens ont copiée sans se rendre compte, il tant bien le dire, de ce qu’ils écrivaient. Né en 1481, à Andernaeh de parents honnêtes mais sans fortune, il est envoyé à l’école dès l’âge de quatre ans. Il quitte à douze ans « le lieu de sa » naissance où les sources manquaient à son ardeur pour » l’étude », et va à Utrecht où il eut pour condisciple Lambert Hortensius. De là, il passe à Deventer où, dit la légende, il fut forcé de mendier pour vivre. Il était encore fort jeune puisqu’il alla ensuite terminer ses humanités et faire sa philosophie à Marbourg. Et quand, aussitôt après, il fut choisi par la ville de Goslar, en Saxe, pour y instruire la jeunesse, il devait avoir dix-huit à dix-neuf ans. Ainsi, raisonnant avec l’erreur qui le fait naître en 1487, on serait alors en 1505 ou 1506. Mais Dieu ne permit pas qu’il y demeurât longtemps, et il se rendit à Louvain pour y continuer ses études {studiorum ibi contimandorum causa). Dès son arrivée, il fut chargé d’enseigner la langue grecque, ce qu’il fit avec un soin et une habileté au-dessus de tout éloge. C’est à ce moment qu’il fut pris du désir invincible de venir étudier la médecine en France. Il a environ vingt et un ans. On devrait donc être en 1508; pas du tout, on est en 1526. Car la dédicace du Syntaxis grœca, le premier ouvrage de Guinter, imprimé à Paris au mois d’avril 1527, nous apprend, qu’il professait les lettres depuis quelques mois, lorsqu’il fut invité à publier son livre déjà presque terminé à Liège, l’année précédente.

Il vint donc à Paris en 1526, à vingt et un ans. Prosper Hérissant dit, sans y réfléchir, qu’il y était venu en 1525 et qu’il avait alors trente-sept ou trente-huit ans. En suivant le même calcul, il aurait été reçu docteur en 1530 à quarantedeux ou quarante-trois ans {ouv. cit., p. 10). Dans cette supposition erronée, que deviennent la précocité intellectuelle de Guinter et sa vocation irrésistible pour la médecine ? .

Pour ne pas tomber dans une si grosse erreur, il ne fallait pas négliger un renseignement qui se trouve dans la préface du Plutus d’Aristophane de Lambert Hortensius (in-4 imprimé

à Ütrecht, en 1556). Ce livre est introuvable ; mais les passages qui nous intéressent ont été conservés par Melch, Adam luimême (Fto pMos. Heidelberg, 1615, I, 295, artLAMSERT hortensiüs). Ils sont aussi dans Pierre Castellan {puv. cit., Anvers, 1618, p. 239, art. Jo. gdinterius andernacus).

« En ce temps-là, l’Académie de Louvain jetait un vif éclat, î Les professeurs Rutger Rescius pour le grec, Conrad Gocle- » nius pour le latin et Jean Campensis pour l’hébreu y atti- D raient tant de savants et d’élèves, qu’en peu de temps on )) en vit sortir, comme du merveilleux cheval de Troie, une » armée innombrable d’hommes instruits. Je suivais aussi, dit » Lambert Hortensiüs, les leçons du péripatéticien Louis Vivès 9 et du rétheur Jean Paludanus, qui était déjà vieux : J’avais 9 alors au cours de mes études un condisciple auquel je 9 communiquais exactement tous les discours de ces maîtres, 9 Jean Guinter d’Andernach, que j’avais connu à ütrecht 9 dès mon jeune âge (abunguicuUs). » D’après cette citation, on peut déjà croire qu’ils étaient du même âge, tout en pressentant que Lambert Hortensiüs devait être le plus vieux. Or, ce dernier est né en 1501, suivantPaul Freher (ouv. cit., p. 1472), qui a raison sur ce point contre Eayle {Dict. hist. et cnt, p. 1500),

En prenant la date fautive de Bayle, 1518, pour la naissance de Lambert Hortensiüs et celle de Melchior Adam, 1487, pour la naissance de Jean Guinter, on voit que les erreurs des historiens peuvent aller jusqu’à mettre trente ans de différence d’âge entre deux personnages qui ont été camarades d’études dès la plus tendre enfance.

Mais revenons à la citation de Lambert Hortensiüs. Il rappelle ensuite la pauvreté de son ami, qui, par son intelligence et ses aptitudes à l’érudition, put cependant montrer bientôt ce dont il était capable. Et il invoque à ce sujet le témoignage du savant Stephanus Montanus. « Car peu après, dit-il, ayant s quitté Louvain pour se rendre à Paris, il donna aussitôt des * preuves de son savoir qui, jusque-là, était resté dans l’om- » bre et commença sa glorieuse carrière aux applaudissements

« de tous. Nommé professeur de langue grecque, il mérita » bientôt (paucis diebus) de magnifiques appointements 5) En voilà assez, il me semble, pour prouver qu’au moment où Guinter vint à Paris, il avait environ vingt et un ans et non pas trente-sept ou trente-huit, comme l’a dit Prosper Hérissant, et avec lui tous ceux qui l’ont fait naître en 1487, d’après Melchior Adam.

Mais avant de quitter l’historien Pierre Castellan, je dois faire ressortir un autre fait important. A la fin de son article il se borne à dire que Guinter mourut à Strasbourg le 4 octobre ibl4f, sans parler de son âge. J. G. Schenck iatrica), lùOà, avait fait la même chose : « obiit vero Argentinæ, 1574, 4 octobris ». Et plus tard le Père Hartzeim {BiU. Coloniensis), 1747, garde la même réserve, ne préjugeant rien sur la date réelle de la naissance.

Melchior Adam avait pris sans doute la malheureuse date, 1487, dans le très curieux recueil de portraits de Nicolas Reusner gravés par Tob. Stimnaer (Icônes... 1587). Mais il est impardonnable de l’avoir acceptée, puisqu’elle est en désaccord constant avec son récit. Nous y avons suivi jusqu’à présent les premières années de la vie de Guinter. A l’occasion de sa mort, nous retrouvons la même impossibilité relativement à l’âge qui lui a été assigné.

« Enfin à l’automne de l’année 1574, appelé auprès de » l’illustre et vaillant baron Lazare de Schwandy qui était » tombé malade, il fut pris lui-même de fièvre ardente et » ramené à Strasbourg; il passa dans une meilleure vie le » quatrième jour d’octobre dans sa quatre-vingt-septièine » année. » Voilà Guinter qui fait de la médecine activé, en dehors de sa résidence, à quatre-vingt-six ans passés ! Il n’en avait en réalité que soixante-huit. Mais ce n’est pas tout. Melchior Adam donne aussitôt après, l’épitaphe que Michel Toxites fit pour son maître et ami, et l’on n’est pas peu surpris d’y lire que Jean Guinter avait vécu environ 70 ans.

Excessitseptem decies atque amplius annos,

Mens tamen in sano corpore sana fuit .

Ce temps n’aurait-il pas subi même une. légère augmenta tion pour fournir la mesure du vers? Peu importe. S’il s’était trouvé un lecteur assez attentif pour découvrir ces contradictions à quelques lignes de distance, cet oiseau rare en histoire médicale n’aurait pas manqué de se mettre à l’œuvre, et, sans chercher beaucoup, il serait arrivé à trouver la date certaine de la naissance de Jean Guinter. En effet, il nous la fait connaître lui-même dans la dédicace de sa première traduction : Cl Galeni Pergameni libritres . Guinterio Jomne inter¬

prète. Paxi&Ws, apud Simonem Colinœum, 1528, in-8.

« Depuis trois ans passés qu’il fait partie de la famille médi- » cale, dit-il en commençant, il a voulu, suivant l’usage, lui » témoigner toute sa gratitude. Jusque-là il s’était voué au » culte des nymphes aimables des lettres ; mais le sort et la » rigueur des temps l’ont arraché à ses douces amours pour » le porter vers les graves matrones delà science> » Plus loin, il réclame l’indulgence pour son œuvre « parce que,

5) d’abord, je suis jeune et tout nouvellement initié à la.méde- » cine. Que peut, en effet, écrire et savoir un homme à peine » sorti de sa vingt-troisième année ? nPrimum quod et juvenis et recens adhuc medicinœmystasim.Quœemm scribendi facultas et rerum cognitio esse possit in hominevix vigesi-

mum tertium ætatis annum egresso ? . Cette dédicace au

prince Antoine de la Marck, comte de Beaulieu (en Argonne), son bienfaisant Mécène, est fort intéressante et mériterait d’être citée tout entière. Gomment a-t-elle échappé aux yeux des historiens ? C’est incompréhensible !

Prosper Hérissant, qui a joint à son éloge de Gonthier d’Andernach un catalogue raisonné de ses ouvrages, n’a pas même mis cette première traduction à sa vraie place. Il ne parle pas non plus d’une autre publication qui parut la même année 1528:CtoMdM Galeni Pergameni de Elementis ex Hippocratis sententia libri duo, suivis de deux petits traités aussi de Galien : De optimo corporis humani statu et De bono corporis habitu, où Jean Guinter allègue encore sa jeunesse comme excuse, me homine propemoduni adolescente »,

dans sa dédicace au révérend père en Christ Jean Olivier abbé de Saint-Marc. Mais ce n’est pas le moment de dire combien YEloge historique de Jean Gonthier d’Andernach par Prosper Hérissant renferme des fautes et d’omissions. C’est une œuvre de jeunesse, et d’ailleurs trop légèrement conçue, comme la plupart des productions historiques de son époque. Elle est à refaire. J’ai déjà rassemblé pour cela de nombreux matériaux, et j’espère un jour terminer une étude plus complète sur la vie et les œuvres de l’homme célèbre auquel je me borne à rendre aujourd’hui son nom et son âge, en y joignant le catalogue revu et corrigé de ses ouvrages.

Jean Guinter d’Andernach, né en 1505 au lieu de 1487, était donc quand il mourut, le 4 octobre 1574, non pas dans sa quatre-vingt-septième, mais dans sa soixante-neuvième année. Cette rectification entraîne nécessairement avec elle dans l’histoire de cette époque des changements qu’il est utile de mettre en évidence. Jacques ^ylvius, né en 1478 (peut-être 1491), devient l’aîné de Guinter de vingt-sept ans. Jean Fernel, qui était de la même licence, et Charles Estienne (1503-1564) sont ses contemporains, comme Jean Sleidan (1506-1556), Bartholom. LatomuS, Jacques Omphalius, Guillaume Rondelet (1507-1566) et Jean Sturmius (1507-1589) que Melchior Adam fait son élève avec André Vésale (1514-1564). Les quelques détails dans lesquels je vais entrer prouvent que Melchior Adam était un agréable panégyriste, et non un véritable historien digne d’être cité sans réserves. Ainsi Jean Guinter a été professeur de langue grecque à l’université de Louvain ; André Vésale y a fait à peu près vers le même temps ses humanités : il ne lui en a pas fallu davantage pour dire hardiment que Vésale avait eu Guinter pour professeur de grec. Or cette assertion, qu’on retrouve partout dans les auteurs comme un fait bien connu, est loin d’être prouvée. On sait en effet que, d’une part, Jean Guinter quitta Louvain en 1526, peut-être même en 1527, puisqu’il était allé aussi à Liège, comme nous l’avons déjà vu (préface de Syntaxis Græca). D’autre part à cette époque Vésale, né

le 31 décembre 1514, n’avait pas encore douze ans, toutjuste l’âge où l’on commence à appreudre la langue grécque. Ainsi Vésale ne fut réellement l’élève de Guinter qu’à Paris. Il y suivit ses leçons. Puis il disséqua sous sa direction, après avoir été l’élève de Sylvius en anatomie. Si l’on peut dire de ce dernier qu’il a été le vieux maître de Vésaln, il ne sera plus permis d’en faire autant pour Guinter qui était bien plutôt son contemporain, puisqu’il n’y avait entre eux que neuf ans de différence.

Et, à ce propos, qu’on me permette d’insister en terminant sur l’explication d’un fait qui a été mal interprété par tous ceux qui en ont parlé. Pendant un voyage d’André Vésale à Cologne, Jean Eccius lui avait montré une lettrg de Dryander, où il était blâmé de n’avoir fait aucune mention des célèbres professeurs d’anatomie de son temps et en particulier de son

maître Jean Guinter. « . a me nostrœ œtatis eelebrium.

dissectionis professorum nullam esse factam enumeratiojiem, ac me prœter aliquot alios Joannem Guinterium hac in parte prœceptorem non cognopisse. » A cela Vésale .répond, à la page 177 dé h lettre sur la racine de Squine, qu’il a certes pour lui (Guinter) beaucoup d’estime sous bien des rapports et qu’il l’a reconnu dans ses écrits pour son profèsseur de. médecine. « Queni ego sane multis nominibus colo .et in mediçing præçeptoris loco publicis scriptis habeo. » Mais je demande, dit Vésale, qu’on m’attribue toutes les dissections que je lui ai vu tenter sur l’homme ou quelque autre animai,, excepté à table. « tôt mihi

modos sectionis infligi cnpio, quot ilium aut in homine, aut alio bruto (prœterquam in mensa) tentantem vidi. n Et je ne.erois pas que Guinter ait lieu de s’en fâcher, puisqu’il est constant que. pour lui comme pour d’autres, s’il a appris quelque chose en dehors des lixTes dé Galien dans cette partie dé notre art, c’est à moi qu’il le doit. « Neque arbitror Guinterium id ægrè ferre, quum ipsi cum panels aliis constet, num mihi aliquid in hac nostrœ artis parte

debeat, si quid modo in dissectionis ratione extra communes Galeni libres, sibi vindicet. »

Th. Laulh (Hist. de Vanat., p. 315) va donc trop loin quand il écrit ; « Il est donc indécent que Vésale, élève de Sylvius » etdeGuiather, se permette de dire que le premier ne savait D pas disséquer, et qu’il n’a jamais vu disséquer le second » qu’à table. » Je suis en cela de l’avis de Haller {Bibl. anat.

I, 174) qui accepte simplement la déclaration de Yésale ;

« negat unquam corpora humana incidisse Vesalius,Guinterii discipulus. » Guinter d’ailleurs le reconnaît lui-même dans ses commentaires De medicina veteri et nova, 1571 :

« Quod olim Lutetiæ Parisiorum accidit, cum cadaveris fœminœ incisioni publice in scholis, Andrea Vesalio tum mihi operam dante, præessem, » p. 1 59 du premier commea- • taire, et à la page 91, au commencement du dialogue IV qui traite de l’anatomie. « Hanc nos quoque docendi rationem olim Lutetiæ ante annos triginta in anàtome celebranda observavimus. Deinde cumalii, tum Andréas Vesa. lius, qui antea mihi medicinam publice profitenti operam dabat... » Il avait déjà dit {Inst, anat., 1536, p. 32 et 33) ; (.iNuper autem opéra AndreœVesaliimperatorisMyropolœ filii, me Hereules juvenis magnœ expectationis, ac prœter singularem medicinæ cognitionem in corporibusque dissecandis dexterrimi, post longam partium disquisitionem invenimus. »

Tout cela n’empêche pas Jean Guinter d’Andernach d avoir été appelé par Riolan d’abord, « Primus Anatomes in Academia Parisiensi instaurator », appréciation qui plus tard a été attribuée à Winslow par Prosper Hérissaiit(oMV. cii. , p. 24), et ensuite par Th. Lauth, qui a eu le tort de croire à la vérité de ce renseignement [om. cit., p. 317.)

Dans son Catalogue raisonné des ouvrages de J. Guinter (1), Prosper Hérissant a placé d’abord les ouvrages composé spar l’auteur, puis ses nombreuses traductions sans tenir beaucoup à l’ordre chronologique. Je crois qu’il serait bien plus utile de les énumérer tous dans l’ordre de leur apparition. On y trouvera ainsi plus d’un enseignement.

I. Syntaxis grœca nunc récens et natg et édita ÿ auetore Guinterio Joanne Andernaco. Lutetiæ apud Ægidium Gormontiura, mense aprili 1527. ln-8, sans pagination. — Ce premier ouvrage, que J. Guinter avait commencé, à Liège, en 1526, fut achevé à Paris, où, depuis quelques mois, il enseignait les lettres ; « Bum menses aliquot literas doceo. » Il avait eu quelques scrupules. Mélanchton préparait un livre pareil au sien. Mais, en octobre, ayant appris de son illustre ami qu’il n’avait plus le temps de s’en occuper, il se décida à revoir son petit traité élémentaire in juventutis usum. Il ne se dissimule pas ses imperfections ; mais il écrit pour l’utilité publique, et non pour sa propre gloire. Jusque-là, comme il le dit (dans sa dédicace au prince Antoine de la Marck, son Mécène), on n’avait sur cette matière que les traités en grec d’Apollonius et de Théodore Gaza, ou d’autres ouvrages si savants que bien peu pouvaient les comprendre.

• H. ClaudiiGaleni Pergameni libritres : Primus, de facultatum naturalium substantia. Secundus, quod animi mores corporis temperaturam sequuntur. Tertius/de propriorum animi cujusque affectuum agnitione et remedio. Guinterio Joanne Andernaco interprété. Parisiis, apud Simonem Goli-

(1) Malheureusement adopté avec Irop de confiance par Halle?.

nœum, 1528. In-8, de 48 feuillets (lignes comptées de cinq en cinq). — Le premier traité a 4 feuillets, les deux autres ensemble 39 feuillets. — C’est la première traduction latine de J. Guinter, et, comme je l’ai dit, personne jusqu’ici n’eu avait fait la remarque. Les institutions anatomiques étaient déjà en préparation : Institutiones amtomicæ quas mm formamus. Je cite encore une phrase enthousiaste delà dédicace de ces trois livres de Galien qui traitent de l’âme humaine : Ausim hoc sanctissimi tanquam aram manu ienens dejerare, nihil in omnium philosophorum, ac prope dixerim etiam Christianorum quorundam scriptis melius, dignius, sanctiusque contimri. A ceux qui lui reprochent sa jeunesse comme traducteur, « Quod tam juvenis ad hoc interpres prodierim. » (Il vient d’avoir vingt-trois ans), il répond fièrement : « Sciant illi me ex eorum esse numéro, qui scribendh profieiunt, (ut ait quidam diserte), ex proficiendo ^cribunt. » Il écrit ex œdibus Joannis Tagoltii doctoris medici doctissimi. Il est l’hôte de J. Tagault qui connaissait aussi Antoine de La Marck, puisqu’il dit : « Et hospitis mei humanissimi quimultam tibi salutem ascribi jussit. » Dans l’avis au lecteur, Guinter dit encore que dans cet exemplaire unique, il a dû, plus de quarante fois, s’écarter du texte grec tant il était altéré. Il commence ainsi avec joie son œuvre de restauration des livres de Galien. Aussi écrit-il en gros caractères ces quatre mots pleins d’espérance : Dies POSTERIORES, PRiORiBus MELiORES. — En français, Paris,

1557, in-16.

IIL CL Gai. Per g. de seetis ad, medicinam introductio liber unus. Item (Isagoge) seu medicus introductoriûs Galeno adscriptus. Paris, 1534, dans Varia Galeni opéra, in-fol. Basileœ, 1537, in-8. A la page 183 : Introductio seu medicus Galeno adscriptus, avec medicorum schola, hoc est Claudii Galeni Isagoge, sive medicus, Ejusdem defini^ tionum medicinalium liber. Texte grec et latin ; saus nom de Guinter. — J’ai placé ici la première édition de ces livres

qui est introuvable. Us semblent être désignés au commencement de la dédicace de l’ouvrage suivant.

IV. Cl. Gai. Perg. de elementis ex hippocrâtis sententia libri duo. Guinterio Joame Andermco interprète. Parisiis apud Simonem Colinœum, 1528. In-8 de 38 feuillets. Au feuillet 33 se trouve De optimo corporis humant statu, et au verso du feuillet 37, De bono corporis habitu. — Le livre est dédié au révérend père en Christ, Jean Olivier, abbé de Saint-Marc, grand protecteur des savants, etc. Traduction demandée et rapidement faite. Prosper Hérissant ne mentionne pas cette première édition. Il indique, page 81, celle de Paris, 1541, qui a été probablement revue par J. Sylvius. Car le titre contient € recens a quodam ad grecum exemplar recogniti duo). Parisiis, apud Simonem Colinœum, 1541, in-8.

1. Claudii Galeni Pergameni liber de Plenitudine. Polybus de Satubri rictus ratione privatorum. Guinterio Jeanne Andernaco interprète, prostant in vico Jacobœo (rue Saint-Jacques), apud Christianum Wechel, 1528, in-folio, avec Apuleius Platonicus de Eerbarum virtutibus et Antonii Benivenii libellus de abditis nonnullis ac mirandis morborum et sanationum causis. Jean Guinter vient de perdre son jeune protecteur, Antoine de La Marck. Il exprime -très élogement sa tristesse dans la dédicace à son compatriote et ami Jacques Omphalius d’Andernach. Cette dédicace ne se trouve pas dans une deuxième édition, accuratè ad græcum exemplar recognitus (libellus). Parisiis, apud Christianum Wechelum, 1539, in-8, de 103 pages. Bibl. Mazarine, n» 29,000. -^L’opuscule {longe utilissimum) de Polybe qui accompagne le commentaire de Galien * n’a que trois feuillets (13 à 15). Son titre ainsi modifié : Polibii de dietâ salubri libellus, a été copié sans examen {dans le P. Niceron, t. XX) par Prosper Hérissant, qui a eu le tort de croire à un ouvrage différent (p. 82).

Ce petit traité a été publié isolément : 1® à la fin d’un volume in-8 de 318 pages. Basileæ apud Andream Gratandrura,

J529, contenant jStrriôonM Larg'i de compositione medicamentorum, etc. et AittonuBemvenii de abditis nonnulUs etc -Bibl. Mazarine, n” 29,824. — 2“ Dans un autre recueil dû même éditeur, Bâle, 1531, in-fol. de 172 feuillets. Cl. Gcil Perg. opéra jam recem versa. Il se trouve au f. 153, avec ce litre singulier : Cl. Galeni in HippocraUs, sive ut alii Polybi lib. de ratione virlus privatorum commentariu, avec une dédicace : Nobilissimo viro Joanni Francisco Rocquio domino apud Roberval, antesignano illustriss. Principis Roberti à Marca Marscali Francice; 3" Paris, apud S. Golinœum,1533, avec d’autres livres. Ribl.~nat.,Ts^ll,^z. — 4® Paris, chezWechel, 1536, o.vo,c, Rranchaleone de Bàlneorumutilitate etleslivres précédents. — 5° Francfort, apüd Christianum Egenolph, 1554, in-8, contenant De conservandâ bond valetudine; au feuillet 180, De Electione meliorum simpjlmum ac specierum medicinaliüm ; au f. 183 v, Loci aliquot Philippi Melanchton. in libro de anima, de moderatione cibi et potus, item somni et vigiliarum,\mî.\%^.'i.

POLIBIUS DE sALDBRI VICTÜS RATIONE PBIVATQRüM, GDINTÉRtO JoANNE Adernago INTERPRETE, n® 29,356.

Item. Parisiis, apud G. Cavellat, 1555, in-1 6 dé 200 feuillets, au 197® verso, Polybius, etc. Bibl. nation. , Te 10 is. Item, Anvers, apud Joannem Bellerum. 1562, in-16. Bibl. Mazarine, n® 29,357. —'7® Frâneofurti, apud hœred. Chr. Egen., 4557, ln-8 de 283 feuillets, avec deux autres traités: en plus. Au f. 28,0 est.l’opuscule de Polybe. Bibl. nat., Te 1013 A. Beau livre ililustré de nombreuses gravures très Y'emar- ^quables. ^ --

VI. L’année 1528 se termine pan la publicatiop suivante : Cl. Gai. Perg. de naturalibus facultatibus lib’ri très. De pulsum usu liber unus: Item et quœdam Pauli Æginetœ de diebus criticis, Thoma Linacro Anglo intérprete. On lit à la fin,: « Hos quatuor Galeni perutiles libellos nunquam prius in Gallia visos et stylo eliminatiore à Guinterio Joànne Andernaco perpolitos, excusit Simon Colinæus Anno salutis humanæ, raillesimo quingesimo vigesimo octavo, mense vero

decembri, » J. Guinter offre au lecteur la traduction de Ti. Linacer (Dieu vivant, quel homme !) dans une courte et charmante préface. C’est Pierre Bélon, médecin (physicus) du duc de Vendôme, qui l’a rapportée nuper d’Angleterre où il étail allé avec les ambassadeurs du très chrétien roi de France. Nous voyons encore dans cette préface que Guinter était déjà bachelier « medicinœ studio, cujus jam pridem candidati sumus». Il a plusieurs choses en préparation <£ quæ nunc parturiraus » qu’il publiera bientôt. Bibl. mt. Tb. 6. 24. Prosper Hérissant ne parle pas de cette publication.

VIL Cl. Gai. Perg. de atrabile liber, detumoribusprœter naturam liber. Guinterio Jeanne Andernaco. Parisiis,.apud S. Gûlinœum, ip9, in-8. Très belle dédicace « à très illustre prince Robert de la Marck, chevalier de l’ordre du roi, maréchal de France, comte de Brayne et seigneur de Florange (Floreing), le frère d’Antoine, son Mécène, qu’il a perdu et dont il chérit la mémoire.

Ces premières traductions de J. Guinter ont été publiées ensemble, chez Cratander, à Bâle, en 1529, avec ce titre : Cl. Galeni Perg. Aliquot libelli, scil : Corporis temperaturam mimi mores sequi; de vitiis animi et eorum remediis; de sectis, introductorius ; de plenitudine; de optimo corporis statu ; de bono corporis habitu; de elementis libri duo ; de atrabile ; de tumoribus prœter naturam per Jo. Guinterium, partim récognitif partim nuncprimum versi. In-fol.

VIII. Galeni ad Patrophilum de constitutione medicinœ. Paris, chez Simon de Cplines; in-8 de 35 feuillets, texte grec. Ce petit livre est dédié par Guinter « ornatissimo adolescenti Michaeli Braillon », le fils du célèbre médecin de Paris (voy. XXI). Ce dernier avait eu soin de lui donner comme précepteur le savant et habile Jacques Toussaint, pour lui enseigner les langues. « Grœcam ita amplecteris, ut oratores et poetas non paucos brevi adeo tempore ad unguem dediceris. »

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